Filles impertinentes de Doris Lessing

FillesImpertinentesDorisLessingC’est la première fois que je lis Doris Lessing. J’ai pourtant deux livres d’elle dans ma PAL : Le Cinquième Enfant et Le Carnet d’Or en anglais mais j’ai lu quelque part que ce livre était sûrement le mieux pour rentrer dans l’œuvre de cette auteur (d’un autre côté, les journalistes disent cela pour tous les livres, sauf le premier bien évidemment). Donc je l’ai acheté et lu et j’ai vraiment beaucoup aimé (voire adoré mais comme je le dis tout le temps vous n’allez plus y croire à force).

Filles impertinentes reprend deux textes publié pour la première fois par Granta dans le milieu des années 1980 : Impertinent Daughters et My Mother’s Life. De ce que j’ai compris, Doris Lessing avait déjà écrit sur ses parents mais d’après la quatrième de couverture, elle s’y « dévoilerait sous un jour nouveau » et mettrait « tout sa puissance de conteuse au service d’un sujet universel : les relations mère-fille ».

En effet, dans ce court texte (140 pages), Doris Lessing parle de son père, de sa mère, leur jeunesse, leur mariage, leur émigration en Perse puis en Rhodésie du Sud, leur vie de fermier, la mort du père et la fin de la mère. Elle décrit tous ces sujets en essayant de retrouver ses sentiments, ceux de sa mère et d’analyser leurs comportements à toutes les deux a posteriori.

Ainsi, sa mère est décrite comme une petite fille et une jeune femme extrêmement brillante, qui a souffert et de l’absence de sa mère et du fait que tout était destiné à son frère cadet, très peu brillant. Elle aurait voulu rentrer dans la Marine, ce qui bien sûr lui était interdit à l’époque, mais c’est son frère qu’on y destinait. Elle a du se battre pour faire des études d’infirmière car même si son père voulait l’envoyer à l’Université, c’était pour faire des études plus « convenables ». Ainsi, Doris Lessing décrit sa mère comme une jeune femme brillante, obstinée, conquérante, pleine de vie et de projets d’avenir même si elle était très marquée par son éducation : bourgeoise, ayant le sens des convenances, aimant recevoir et paraître. Je trouve que cette première partie souligne un des points les plus intéressants : l’objectivité de l’auteur, ni bienveillant, ni malveillant face à son projet.

Le père n’est décrit qu’en surface. C’est un homme brisé par la Première Guerre mondiale, où il a perdu une jambe, qui a un caractère plutôt contemplatif et est plutôt dans la réflexion. Doris Lessing souligne que la Première Guerre mondiale n’a fait qu’amplifier ce caractère déjà préexistant. Au lieu de s’attarder sur le caractère de son père, elle le décrit plutôt comme le négatif de celui de sa mère : c’est le fait que son père soit comme cela qui fait que sa mère n’a pas pu s’épanouir puisqu’elle n’a pas pu faire pour sa famille tout ce que son éducation lui a inculqué.

Elle décrit de cette manière tous les grands moments de sa vie. Pourtant, elle sait voir les bons côtés de sa mère. Par exemple, elle dit bien que sa mère était plus pédagogue et débrouillarde que n’importe quel manuel pour éduquer ses enfants. Tel que je l’écris, je me rends compte que ce n’est pas les bons côtés qu’elle voit mais plutôt qu’elle a fait ce qui a du être fait, à cause de (grâce à) son éducation. Elle s’est « sacrifiée ». Doris Lessing souligne aussi plusieurs fois l’emploi de ce mot par les femmes de cette époque car une femme ne pouvait vivre que pour sa famille (sans forcément comprendre son mari et ses enfants).

Doris Lessing parle aussi beaucoup d’un conflit de génération entre la sienne et celle de sa mère, très exacerbée car sa mère était de la génération d’avant la Première Guerre mondiale et elle de celle d’après, celle de l’Empire Britannique et celle de la Grande-Bretagne. Au moment où elle écrit le texte, elle dit bien qu’à son avis, il n’a jamais existé de fossés aussi grands entre deux générations. Cela m’amène à un dernier point qui m’a vraiment beaucoup impressionné dans ce texte : c’est la distance que l’auteur met à voir les choses. On le remarque très facilement car l’auteur ne dit pas forcément je/moi pour parler d’elle et de son comportement. Souvent elle parle de « sa fille » pour parler d’elle. J’ai trouvé que l’on pouvait le voir comme une désolidarisation entre deux « personnages » : soit la Doris Lessing d’aujourd’hui / la Doris Lesing  adolescente soit entre le personnage qu’elle était réellement et le personnage que sa mère aurait voulu qu’elle soit.

C’est un texte qui, à mon avis, est vraiment très intéressant pour les gens qui aiment Doris Lessing mais aussi pour comprendre une certaine époque du monde.

Références

Filles impertinentes de Doris LESSING – traduit de l’anglais par Philippe Giraudon (Flammarion, 2014)

4 réflexions au sujet de « Filles impertinentes de Doris Lessing »

  1. Je note ce livre. Je dois dire que j’ai beaucoup aimé « Le Carnet d’Or » et nettement moins « Les grands-mères » mais celui-ci semble plus intéressant.

    1. « Le Carnet d’Or » est un livre que beaucoup ont l’air d’apprécier. Pour l’instant j’ai seulement sorti le Cinquième Enfant de ma PAL parce qu’il est plus court et pas en anglais …

  2. Je n’ai jamais lu Doriss Lessing (j’ai failli écrire Loris Dessing, hm) mais celui-là me tente bien beaucoup, surtout pour ce que tu dis la fin, afin de comprendre une époque et d’aussi enfin découvrir cette auteure. Je me l’a ferait peut-être plutôt en anglais par contre, histoire d’avoir le « vrai » style dés le début de ma découverte 🙂

    1. Je ne suis pas sûre que ce texte ci existe en anglais car quand je l’ai rentré sur LibraryThing, j’étais la seule à l’avoir et quand j’ai voulu combiner, je n’ai pas trouvé. Par contre, Doris Lessing est très accessible en anglais pour moi (donc je suppose que toi il n’y aura pas de soucis). Je suis en train de lire Ben, in the world qui est la suite du Cinquième Enfant (que j’ai bientôt terminé) et ma lecture est plutôt fluide. Le Carnet d’Or est plus important en nombre de pages et certains avis ont l’air de dire qu’il est plus difficile de rentrer dans ce livre que dans d’autres.

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