Mort d’une dame en été de Heimito von Doderer

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C’est une courte nouvelle, moins de trente pages, extraite d’un recueil publié en 1966, écrit par Heimito von Doderer. Je voulais découvrir l’auteur tout simplement et je savais pertinemment que ce ne n’était pas son chef d’œuvre.

Le texte m’a un peu fait penser à l’été de la canicule. On est en été à Vienne. La ville a été désertée par ses habitants, tous partis en villégiature. Seul reste les personnes isolées et les atypiques. Les personnages de cette nouvelle sont en tout cas des spécimens de cette catégorie : un écrivain, narrateur, un professeur et une veuve.

Celle-ci va jouer le rôle principal puisque sa mort donne son titre à la nouvelle. Elle était veuve depuis un an. Sa famille est partie. Elle décède une nuit. La personne qui s’inquiète le plus pour elle est un homme venu de Berlin pour étudier les travaux qu’a laissés son mari derrière lui. Il la découvre donc inanimée dans son lit. Il appelle la personne la plus proche qu’il connaît, notre écrivain-narrateur, et qui en fait n est pas plus proche de cela. Ce sera lui qui se chargera, avec l’aide minime du professeur, d’organiser les obsèques de la dame. Se pose alors de multiples problèmes : qui prévenir ? quelles dispositions prendre ? comment l’habiller ? Des dispositions d’autant plus difficiles à prendre quand on ne connaît que très peu la personne.

C’est une nouvelle qui a une fin mais qui n’a pas de chute. C’est un peu décevant car le texte est bien construit, très intéressant à lire. Il y a de très belles images notamment, dont celle de l’inspiration :

J’avais déraillé ce matin-là, je n’étais pas monté au bon moment dans le train de l’inspiration qui ne marque que de brefs arrêts sur l’une ou l’autre des voies souterraines de notre pensée, pensée tellement riche en correspondances que nous en perdons le fil la plupart du temps. Mais toute faiblesse essaie d’échapper à elle-même, quelle que soit la façon. Je trouvai la mienne.

J’étais en perte de vitesse et commençais à m’égarer. Cela avait entraîné et consolidé un état que les mécanismes de la vie privilégient particulièrement lorsqu’ils veulent nous prendre en tenaille. À chacun échoit ce qu’il mérite, à un endroit et à un moment donné, et le degré de nos difficultés se mesure toujours de la manière la plus précise, conformément à notre état. Le coup de téléphone de M. von Alsberg m’avait coupé en plein milieu de mes divagations.

Le problème est que l’on souhaiterait plus de développement car l’auteur nous décrit un univers dans lequel on aimerait se plonger plus. On aimerait s’imprégner plus de ces personnages. C’est pour moi une bonne découverte car c’est un auteur qui m’est accessible mais je le savais dès le départ, cette nouvelle n’est pas son chef d’œuvre.

Références

Mort d’une dame en été de Heimito von DODERER – traduction de François Grosso (Éditions Sillage, 2010)

Titre original : Tod einer Dame im Sommer – paru pour la première fois en 1966 dans le recueil Unter schwarzen Sternen.

Un siècle de littérature européenne – Année 1966

2 réflexions au sujet de « Mort d’une dame en été de Heimito von Doderer »

    1. Du coup, j’en ai un autre dans ma PAL qui m’a l’air bien aussi. C’est Un meurtre que tout le monde commet. La quatrième de couverture est la suivante :

      Paru en Allemagne en 1938, Un meurtre que tout le monde commet est le premier roman important de Heimito von Doderer, l’auteur des Démons. L’oeuvre immense et extrêmement originale de ce romancier le place au premier rang des écrivains autrichiens, à côté de Musil et de Hermann Broch. Ce livre rassemble les éléments d’une enquête policière, ceux d’une éducation sentimentale et ceux, enfin, d’un roman d’initiation que n’épuise pas l’anecdote : parvenu à l’âge adulte, Conrad Castiletz (« Kokosch », l’anti-héros romantique du roman) qui mène dans l’Allemagne des années vingt, la vie ordinaire et sans histoire d’un fils d’industriel, s’efforce un jour de résoudre l’énigme de la mort de la soeur de sa femme, survenue plusieurs années auparavant. L’extraordinaire construction de ce livre où ressurgissent, avec la force du leitmotiv, certaines images-clés, la densité poétique et souvent baroque du style, suggèrent une volonté d’élucider ces ellipses de la vie où Doderer perçoit non pas le déterminisme d’un hasard mais la magie d’un destin. Toute l’oeuvre de Doderer, du reste, s’articule autour de personnages égarés dans l’Histoire collective et que l’on voit chercher inlassablement la nature de leur identité. Telle est la fatalité de Conrad qui découvre avec stupeur que la seule chose à laquelle il ne peut échapper est son enfance. Il y a chez Doderer comme la mélancolie d’une énigme impossible. Et c’est peut-être de là que provient la beauté étrange de son oeuvre.

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