La dénonciation de Gert Hofmann

Présentation de l’éditeur

Un soir où il s’apprête à étudier une affaire de dénonciation qu’il doit plaider le lendemain, l’avocat Karl Hecht reçoit de l’hôpital où vient de mourir son frère les carnets intimes de celui-ci. Dès lors, le récit se construit par bribes, et le passé que le narrateur avait tenté d’occulter affleure petit à petit. Ce qu’il pensait avoir évacué remonte à la surface par pans entiers et comme malgré lui : le souvenir de la disparition, pendant la guerre, de ses voisins demi-juifs, et celle de ses propres parents, dans les deux cas après une dénonciation.

Ce souvenir lancinant, à l’origine de la folie et de la mort de son frère, Hecht va tenter de s’en défaire tout au long du récit, qui apparaît comme une interrogation douloureuse sur les pièges de la mémoire et de la culpabilité.

Mon avis

Ce n’est pas le Gert Hofmann que je voulais lire initialement mais il n’avait que celui-là à la librairie (c’est déjà pas mal vu que le livre date de 1994). La présentation de l’éditeur ne laisse absolument pas présager de ce que l’on va trouver dans ce livre.

À sa lecture, j’avais en effet pensé qu’il s’agissait plutôt de se remémorer au coin du feu les souvenirs de la guerre que le narrateur a voulu oublier et qui lui reviennent au fur et à mesure. Le narrateur est un vieil avocat bougon, en désaccord avec son fils (désaccord d’ordre politique mais qui dégénère en désaccord familial), s’occupe d’une affaire dont il ne voulait absolument pas entendre parler et lui arrive sur le coin de la tête la nouvelle du décès de son frère qu’il n’a pas vu depuis belle lurette :

Je viens d’apprendre le décès subit (le 8 septembre) suivi de l’incinération immédiate (le 9) à l’âge de quarante-cinq ans de Wilhelm, le frère jumeau dont j’étais sans nouvelles depuis une quinzaine d’années, vous vous souvenez, écrit l’avocat Karl Hecht ; j’en ai été avisé en anglais par l’administration du Bellevue Hospital de New York qui ajoute, pieux mensonge, que le défunt s’est éteint « dans la paix et la sérénité »; elle précise en outre que ses cendres, expédiées immédiatement à mon adresse (le 10), selon ses vœux, risquent d’arriver le 12 (par fret aérien, en exprès), c’est-à-dire, si je ne m’abuse, dès demain.

L’avoct écrit sa nuit au fur et à mesure à un vieil ami et il s’énerve au fur et à mesure, change de sujet brusquement quand son frère lui rappelle l’affaire en cours ou vice-versa, quand son fils rentre à la maison. Les dénonciations de ses parents semblent comme accessoires. Elles ne sont qu’une petite partie de son énervement.

J’ai plus eu l’impression de lire un monologue de théâtre, un acteur seul sur scène dans un salon, plutôt qu’un roman. Là où je m’attendais à du tragique (et même à une histoire des plus classiques), j’ai plutôt trouvé une histoire originale, légèrement acide et moqueuse, avec donc un ton original.

Références

La dénonciation de Gert HOFMANN – roman traduit de l’allemand par Evelyne Brandts (Actes Sud / Babel, 1994)

Un siècle de littérature européenne : Année 1979

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