Des éclairs de Jean Echenoz

Présentation de l’éditeur

Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l’intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d’autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l’occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux.

Fiction sans scrupules biographiques, ce roman utilise cependant la destinée de l’ingénieur Nikola Tesla (1856-1943) et les récits qui en ont été faits. Avec lui s’achève, après Ravel et Courir, une suite de trois vies.

Mon avis

J’ai donc lu Ravel et Courir. Je vous en ai dit tout le bien que j’en pensais. Je vous ai fait à peu près le même commentaire : Echenoz nous décrit avec humour et distance la vie de grands hommes qui ont connu la gloire et surtout la descente. Ces biographies sont écrites dans une langue qui donne l’impression de regarder le personnage bougé comme un entomologiste regarde un cafard. On sait déjà pratiquement comment cela va se terminer. Ce qui est intéressant, c’est aussi qu’à chaque fois, on a l’impression que l’œuvre a pris le dessus sur l’homme.

Dans ce troisième volume de la trilogie des vies, Jean Echenoz a pris le parti de faire la même chose pour Nikola Tesla. Il faut dire qu’il avait un bon client en la personne de ce scientifique puisque ayant inventé le courant alternatif (et nous a donc permis de vivre aujourd’hui avec nos ordinateurs, nos lampes …), il a fini pauvre et entouré de pigeons. Il a donc bien connu la gloire et la déchéance. Il était détestable (les scientifiques sont souvent comme cela je vous rassure) mais il ne méritait sûrement pas cela. Vous pouvez jugez vous-même en regardant wikipédia.

La différence avec ce dernier volume nous est cependant précisée dans la présentation de l’éditeur. L’auteur n’appelle pas son héros Nikola mais Gregor et l’auteur ne s’encombre d’aucun scrupules biographiques. Je me suis demandée ce que cela avait apporté à Jean Echenoz (il y a plein de biographies sur Tesla chez Eyrolles mais peut être pas au moment où Jean Echenoz a écrit son livre) et surtout ce que cela nous apporte à nous par rapport aux autres livres. Pour Jean Echenoz, j’ai eu l’impression qu’il en prenait plus à son aise pour se moquer du personnage (notamment sur sa vie sexuelle) mais aussi cela le rend moins sûr de lui. La vie du héros semble se déroule moins facilement. Elle semble moins inscrite dans un destin tracé tout droit : chute, déchéance. J’ai un peu eu l’impression que Tesla combattait Jean Echenoz pour lui dire qu’il n’était pas encore tout à fait fini. Cela m’a fait rire. En tout cas, j’ai moins eu l’impression de lire une biographie mais plus un auteur qui se bat contre son personnage. Après, je pense que j’ai été influencé par la présentation de l’éditeur et que c’est pour cela que je l’ai lu de cette manière-là. Pour nous lecteurs, ce que cela change c’est que l’on fait moins confiance à Jean Echenoz. On se demande où est-ce qu’il est en train de manipuler, à quel moment il invente, à quel moment il change un détail pour que cela colle avec ce qu’il faut faire.

Ce que je retiens des trois livres que j’ai lu jusqu’à présent de Jean Echenoz (parce qu’à n’en pas douter, j’en lirai d’autres), c’est la facilité qui semble se dégager de son récit. On ne sent pas son travail (alors qu’il doit être important justement à cause de cela). L’humour ne semble pas travaillé, ne semble pas forcé. Cela coule de source. La construction n’est pas apparente. On tourne les pages sans s’en rendre compte et c’est seulement à la fin que l’on se rend compte où l’auteur voulait nous amener.

Réjouissons-nous : un nouveau Jean Echenoz est annoncé pour octobre 2012.

L’avis de Ys (pour qui c’est un coup de cœur).

Références

Des éclairs de Jean ECHENOZ (Les éditions de minuit, 2010)

Livre lu dans le cadre des 12 d’Ys – catégorie auteurs francophones.

4 réflexions au sujet de « Des éclairs de Jean Echenoz »

  1. c’est à découvrir si je comprends bien ?
    je ne connais pas du tout cet auteur, seulement de nom (mais je connais tesla par contre) 😉

    1. Si tu as l’occasion, cela peut valoir le coup de découvrir le style de l’auteur. Je serais bien incapable de te dire lequel est le meilleur par contre.

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