Luisa de Marie-Claude Roulet

Présentation de l’éditeur

« La liberté selon Camille effraie Luisa, elle signifie l’inconnu, le gouffre blanc, cette angoisse qui la fait se vider n’importe où, sans doute pour être plus légère, inconsistante, transparente. Comment dire à Camille qu’elle aime ça, servir, et non pas être serveuse comme au café mais servante ; que le contentement sur le visage d’Alice la bouleverse, que les demandes d’Étienne l’exaltent autant que la lumière du matin sur les monts Galibans et que c’est un tout, qu’on ne lui a jamais donné une dimension pareille au collège ni au village, ni même au café, sa propre maison.« 

L’attachante Luisa, la lumineuse jeune femme qui comprend tout avant tout le monde, à laquelle sa mère a trouvé une place au « château » où elle est arrivée comme à Thornfield Hall, un exemplaire de Jane Eyre caché dans son sac, va trouver là sa place, sereine et libre auprès d' »un maître incontesté, plus silencieux encore que la vieille femme dont il est le fils », écrivant en pensée les pages du livre de sa vie – dont elle deviendra peu à peu l’auteur souverain.

Mon avis

J’ai piqué cette idée de lecture chez quelqu’un mais je ne me rappelle plus chez qui. Si ce quelqu’un passe par ici, peut-il mettre le lien en commentaire. Ce serait très gentil.

Voilà encore un très court roman (je ne lis que cela en ce moment car mon esprit n’arrive qu’à cela), dont les pages se tournent toutes seules. Pourtant, l’auteur arrive à nous mener dans un univers très particulier, à nous happer même. En fait, il y a plutôt deux atmosphères qui s’entremêlent. On est en province, dans le Sud, dans le début des années 70. Il y a ceux qui sont revenus de la guerre d’Algérie sans s’en remettre, ceux qui ne sont pas revenus. J’ai eu l’impression d’un ancien temps, où il fallait se placer quand on était jeune, ne pas faire d’étude, savoir rester à sa place. Pourtant, il y a des éléments de changements qui viennent (de Camille notamment qui essaye d’être une jeune femme libérée). J’ai eu l’impression que Luisa était dans cet entre-deux, qu’elle ne savait pas où se situer. C’est pour cela que durant tout le livre, elle cherche une place, sa place en réalité.

Cependant, cet aspect d’époque reste en arrière plan car Luisa est une lectrice et une vraie, mais d’un seul livre, Jane Eyre. Quand sa mère arrivera à lui trouver une place de servante au « château », une place tellement prenante et tellement loin, qu’elle ne peut rentrer au village qu’une fois par mois, elle est heureuse et va vivre cela comme Jane Eyre (en tout cas ce que j’ai vu du film). Elle va tomber « amoureuse » du maître mais ne va pas déclarer sa flamme car elle reste à sa place comme sa mère lui a dit ; elle va être silencieuse, rêveuse, travailleuse (même plutôt besogneuse). Elle se créera son film toute seule parce qu’elle pense avoir trouver sa place, quitte à vraiment être très éloigné du monde contemporain.

L’écriture de Marie-Claude Roulet est vraiment magnifique, très lyrique. Je pense que c’est cette écriture qui m’a fait ressentir cette dualité dans l’atmosphère et cet éloignement du temps, cette langueur aussi.

Luisa comprend ça. Elle l’a observé à la dérobée au début, franchement maintenant, elle reconnaît à peine l’homme qu’elle a vu quelquefois au café ; le même mais un autre. Il n’a pas la forte personnalité de Mr Rochester, il est grand et mince, presque fragile, son visage aux traits réguliers est calme, et son regard hors d’atteinte. Il ne ressemble pas aux autres paysans, il a l’air de venir d’ailleurs. Sa présence creuse en elle un vide étrange, comme une faim. Il l’interroge parfois sans jamais le regarder ni prononcer son nom, elle se demande s’il se rend vraiment compte de sa présence. Elle pense à sa mère, à la distance qui les sépare, qui les a toujours séparées et c’est la même faim.

J’ai trouvé la fin très triste même si elle semble heureuse car je n’ai pas eu l’impression que le choix qu’elle fait en restant au château en tant que femme mariée, soit un choix voulu mais plutôt une volonté de s’éloigner d’un monde dans lequel elle n’arrive pas à trouver où elle peut vivre.

Références

Luisa de Marie-Claude ROULET (Le temps qu’il fait, 2010)

2 réflexions au sujet de « Luisa de Marie-Claude Roulet »

    1. On va dire que cela n’a pas mis de la joie dans mon petit cœur. Après j’ai lu l’album de Quatre sœurs que tu as envoyé et c’était mieux 🙂

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