La faute de goût de Caroline Lunoir

Quatrième de couverture

« Je reviendrai. Dans un mois ou dans un an, sans raison ou pour un mariage, suppliée par ma mère, contrite ou heureuse d’être là, pour une réunion de famille ou pour un enterrement. Je reviendrai vérifier qui ils sont. Je débarquerai pour soigner un malaise, une solitude, et en récolter d’autres. Je poserai mes valises, je ne reste pas longtemps, hein, juste quelques jours, pour les écouter, pour les regarder vivre. Et je prendrai mon train, attendrie, agacée ou sombre. Un jour, mon dernier jour ici, je serai confusément atterrée de n’avoir pas su retenir des bribes de leurs vies pour ne pas qu’elles passent sans bruit. »

Mon avis

L’histoire est assez simple : une jeune femme, issue de la bourgeoisie, vient passer quelques jours dans sa famille, dans une grosse maison de vacances avec oncles et tantes, cousines et cousins, grand-père et grand-mère, grand-tantes et grand-oncles. L’évènement de l’année est que le grand-père a fait construire une piscine avec l’accord des autres, la propriété étant gérer en indivision. Il a autorisé la gardienne des lieux à se baigner dedans mais c’est le choc car il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes.

C’est un roman qui sent la nostalgie d’une période qui ne semble plus exister à mes yeux : les vacances dans une très grande famille et des questionnements sur comment traiter ses domestiques. Je suis donc assez perplexe sur le thème choisie. Cependant, après avoir lu un entretien de Caroline Lunoir, j’ai un peu mieux compris son projet : analyser les relations intergénérationnelles par le prisme d’une réunion familiale plutôt que les relations entre classes sociales. Dans ce cas là, c’est vrai que c’est ce type de famille qui s’y prête le plus mais aussi que les drames dans ce type de milieu protégé ne sont pas très courants.

Caroline Lunoir nous décrit un mélange d’affection, d’incompréhension, de tentative de rester lier par le sang mais de se détacher tout de même un peu. Elle nous parle de la tentation pour « un jeune » de faire bouger les choses et de trouver sa place dans cet environnement. Le récit est plutôt bien mené avec un rythme garanti par des chapitres courts, avec des scènes toujours différentes.

Là où je suis plus sceptique, c’est sur le point de vue adopté. Caroline Lunoir place sa narratrice comme observatrice, par les commentaires faits, tout en la faisant évoluer comme un personnage : elle intervient parfois et on se dit mais pourquoi elle le fait à ce moment là finalement. C’est un statut très ambigu, qui rend le roman parfois maladroit quitte à dire une fois que la narratrice a parlé, « ohé, ohé, c’est moi qui est dit cela » (elle ne dit pas vraiment cela mais cela donne cette impression). Tout cela est amplifié par l’écriture : les remarques sont acerbes, un peu agressive (par contre l’auteur arrive à faire de très bonnes phrases, elle est écrivain tout de même) mais elles ne sont jamais dites. Si la narratrice était personnage, on aurait plus ressenti de tensions entre ce qu’elle veut dire et ce qu’elle peut dire pour maintenir la cohésion de son environnement. Mais ici la narratrice est observatrice, on a envie d’éclater pour elle : la tension naît en nous et pas dans la narratrice. Cela rend la lecture stressante je trouve.

 C’est un premier roman. On sent que l’auteur a quelque chose à nous dire mais j’ai trouvé que dans cette lecture, elle cherchait trop à nous montrer quelque chose (on sent trop le travail qu’il y a derrière pour construire le récit, pour l’écriture), alors que ce n’était pas forcément nécessaire.

Deux avis complètement opposés

Celui de Nina et celui de La lettrine.

Un entretien avec l’auteur

Ici.

La dernière phrase

« J’aimerais savoir combien d’entre nous quittent cette maison avec, au coin de leur ventre, la nostalgie de ce qui n’a pas existé. »

Références

La faute de goût de Caroline LUNOIR (Actes Sud / Un endroit où aller, 2011)

2 réflexions au sujet de « La faute de goût de Caroline Lunoir »

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