Eternity Incorporated de Raphaël Granier de Cassagnac

Quatrième de couverture

Après l’anéantissement de la civilisation par un virus inconnu, une partie de l’humanité survivante a trouvé refuge dans une ville-bulle régentée par un ordinateur central omnipotent : le Processeur.

Isolés du monde extérieur, les habitants de la bulle se retrouvent brutalement séparés de l’ordre lénifiant distribué depuis des siècles.

Trois citoyens, Sean l’artiste drogué proche des opposants au Processeur, Ange la gardienne de la loi prête au sacrifice et Gina l’ingénieur ambitieuse se lancent dans une quête dangereuse des secrets du Processeur et d’eux-mêmes !

Avec une écriture singulière et sans tabou, Raphaël Granier de Cassagnac nous plonge dans une enquête passionnante qui nous dévoile les ressorts impossibles d’une société futuriste se rêvant idéale.

Mon avis

En ce moment, je suis dans les romans qui parlent de société gérée par un nuage, un ordinateur comme si ce n’était pas l’homme qui avait créé ce cerveau artificiel.

C’est donc le cas ici. Des personnes à la suite d’un virus ont créé une bulle où tous les gens qui avaient pu se faire cryogénisé se sont réfugiés après qu’un virus est infecté le reste de la planète. Cette idée venait de la société Eternity Incorporated ; les directeurs sont les membres fondateurs, les Pionniers de la Bulle. Ils avaient prévus que la bulle serait gérée par un Processeur : une machine qui décide des unions, des bébés qui doivent naître, qui assiste les comportements de la vie de tous les jours (la conduite … et même le réveil). Nous sommes des siècles plus tard quand commence le livre. Le Processeur est tombé en panne pour la première fois et on n’arrive pas à le redémarrer. Le livre va analyser les premiers comportements des citoyens de la bulle après ce « drame », à travers le regard de trois personnages. Il nous présente une démocratie assistée par un dictateur numérique. C’est vraiment intéressant et renvoie à pas mal de livre en ce moment sur le sujet (le livre de Éric Sadin est très bien, je le redis). Pourtant, l’auteur propose une vision très personnelle en choisissant d’inviter son propre univers. Une réussite pour cet auteur car il arrive à rendre palpable un monde qui n’existe pas. J’ai été très agréablement surprise.

Ce qui est aussi très intéressant dans ce livre, ce sont les personnages. Ils sont très différents, un est un homme proche des marginaux, un musicien, la seconde fait partie de la brigade qui est chargée de surveiller le monde extérieur (celui qui a été quitté par les pionniers pour rentrer dans la bulle) et la troisième est chargée de la connectique de la bulle et donc des contacts directs avec le Processeur. Les personnages vont donc du moins rigides au plus rigides mais pourtant chacun pourra s’adapter à côtoyer l’autre lors de l’après Grande Panne. Ce qui m’a plu c’est que l’auteur ne cherche pas à en faire trop : les personnages se parlent mais ne deviennent pas amis (comme dans les films américains pour sauver le monde) pour autant. Il y a un côté sobre, je trouve, car chacun conserve sa personnalité. Ils ne se dévoilent pas au cours du livre. C’est ce qui fait que le livre est plus dans la réflexion que dans une description bateau des aventures diverses et variées pour rallumer un processeur.

Raphaël Granier de Cassagnac met la bulle dans une période électorale, un peu comme nous, mais en encore plus violent, avec des discours encore plus tranchées. Je dévoile une partie du livre mais les citoyens, pour qui le Processeur pensait depuis le début de la civilisation, quand ils doivent choisir un candidat, choisissent le candidat qui prône la sécurité même si c’est lui qui organise l’insécurité. Les citoyens sont rassurés par un ordre qu’ils ont perdu ; ils ont juste besoin de rassurer. Sean Factory, le musicien, un des héros de l’histoire, propose une civilisation qui va vers plus de liberté, vers du choix mais les citoyens ne sont pas forcément près.

La conclusion du livre est spéciale (ce sont les pages grises pour ceux qui veulent lire le livre ou qui l’ont lu) mais est surtout très sévère pour le genre humain (la dernière phrase), en général.

Le seul défaut que je reprocherais, c’est que parfois l’écriture de Raphaël Granier de Cassagnac est bavarde. Il y a des moments où je me disais mais avance, mais avance plus vite car il y a un suspense sur la nature du virus, la nature de la panne, le redémarrage du Processeur, les machinations de la présidence de la bulle, les meurtres. Je voulais savoir plus vite et l’auteur partait sur autre chose !

En conclusion, j’ai plutôt beaucoup apprécié.

Références

Eternity Incorporated de Raphaël GRANIER de CASSAGNAC (Mnémos, 2011)

Le site internet du livre.

2 réflexions au sujet de « Eternity Incorporated de Raphaël Granier de Cassagnac »

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