Les Anges de Teolinda Gersão

Quatrième de couverture

Une mère qui glisse lentement vers la folie, un père qui dérive dans une mer d’alcool, un grand-père malade à charge, le foyer d’Ilda n’est pas de ceux qui permettent de vivre une enfance insouciante. Si l’on ajoute les voix mystérieuses qui hantent les fantasmes de la jeune enfant et la succession de tabous à laquelle elle se heurte dans son petit village rural du Portugal, l’éveil d’Ilda est de ceux qu’on n’a pas le temps de voir passer.

Un extrait

(C’est celui choisi pour l’éditeur pour la quatrième de couverture. Vous allez penser que je ne me suis pas foulée mais au final, il illustre très bien l’écriture.)

À la surface, l’eau a formé une vaste étendue comme une mer. On entendait sa voix, l’eau parlait. Mais le village est demeuré silencieux, il n’y avait aucun son hormis la voix de l’eau, le village est devenu muet, un endroit pour les morts. Au fond, au fond. Toutefois, lorsqu’on rouvrait les vannes et que l’eau descendait, on pouvait y retourner, a dit mon grand-père. Certaines années, cela arrivait.

Maintenant il ne pouvait plus, il n’y retournerait plus jamais. Et sans doute était-ce mieux ainsi, il ne verrait pas les dégâts, le village désert, les rues où ne passait plus personne, les pierres, les murs, les toits arrachés, car beaucoup de choses, bien entendu, étaient parties à vau-l’eau, mais dans la vie c’est ainsi, beaucoup de choses allaient à vau-l’eau, on tournait la têtes et les choses n’étaient déjà plus là, les gens n’étaient déjà plus là.

Mon avis

C’est beaucoup trop court : 40 pages seulement. L’écriture emporte de suite vers l’univers de la petite fille. Elle observe, avec des yeux d’adultes, les adultes qui sont censés s’occuper d’elle. Des adultes qui jouent aux enfants ou aux adolescents sans se soucier de cette petite fille qui gère la folie de sa mère (que l’on appellerait chez nous plutôt dépression), l’alcoolisme de son père, la maladie de son grand-père (qui semble être le seul à parler à cette petite fille). Au fur et à mesure que son regard va s’éveiller à ce qui se passe réellement (les causes de la dépression, ce qui fait que sa mère guérit, ce qui fait que son père va plus mal, ce qui fait que son grand-père va mieux et ce qu’il est prêt à faire), la petite fille va elle sombrer dans une sorte de folie. Elle ne parlera pas de ce qui a tracasse et tout restera dans sa tête quitte à parler avec des anges.

Sans aucun doute, ce qui est intéressant dans cette nouvelle, c’est la psychologie des personnages tout autant que leurs solitudes (leurs manières de vivre au même endroit mais de manière séparée : l’écriture de l’auteur arrive très très bien à le figurer). Par contre, je ne dirais pas qu’Ilda se heurte à des tabous de la société portugaise mais plutôt des tabous de sa famille (des secrets inavoués), des tabous d’adultes qui s’imaginent que leurs vies, leurs querelles, leurs amours, leurs drames n’interviennent pas sur l’univers d’une petite fille.

C’est magnifique sans aucun doute mais quarante pages (en comptant les pages de titre) c’est trop court pour faire connaissance avec l’univers d’un auteur (qui au dire de l’éditeur est « une des voix majeures de la littérature moderne portugaise »). Il s’agit ici de la seule nouvelle traduite en français de cette auteure.

Références

Les Anges de Teolinda GERSÃO – traduit du portugais par Elisabeth Monteiro Rodrigues (Autrement, 2003)

Première parution en portugais en 2000.

2 réflexions au sujet de « Les Anges de Teolinda Gersão »

    1. C’est triste je trouve quand on ne peut connaître un auteur que par un texte qui semble mineure pour elle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.