Mourir d'Arthur Schnitzler

Lewerentz m’écrivait hier dans les commentaires (je vous résume) ne pas avoir trouvé Mademoiselle Else mais avoir pris Mourir du même auteur à la bibliothèque et me demandais si je connaissais. Ma réponse fut non mais que j’allais le lire de suite. Il m’a fallu deux jours car c’est une lecture très très éprouvante (en tout cas pour moi).

L’histoire est assez simple. Felix apprend qu’il est très malade et qu’il n’a plus qu’un an à vivre. D’après l’introduction de mon édition, la maladie, qui n’est jamais nommé dans le texte serait le mal asthmatique. Pour savoir cela, Felix a été voir un autre médecin que son médecin traitant habituel et néanmoins ami, Alfred (qui pense que son ami peut guérir si il se repose). Felix se retrouve donc à aller s’aérer les poumons. Il n’y va pas avec son ami mais avec Marie sa petite amie.

Tous les deux sont très amoureux et Marie a décidé qu’elle aiderait son homme jusqu’au bout, même si le bout devait être proche . Dans le lieu de convalescence, il va y avoir une sorte de huis clos entre Marie et Felix. Chacun va alors évoluer ; ils ne resteront plus dans le cadre du petit couple amoureux. Felix tente d’abuser de la générosité de sa compagne, elle essaie de rester patiente même si elle a des moments de haines à son égard. Lui perçoit toutes ces attentions mal. C’est très particulier comme moment car chacun a quelque chose de différent dans sa tête : Marie est dans la position de la garde-malade amoureuse (elle lui dit même qu’elle le suivra jusque dans la mort, ce qui est assez jusqu’au boutiste vu de l’extérieur) et le malade qui réfléchit à ce qu’est la mort. Arthur Schnitzler rend toujours très bien ces moments où la pensée est omniprésente par rapport à une action délaissée. Il nous parle sentiments, rêves et cauchemars. À cette première partie, j’ai été très gênée, beaucoup plus que dans Double rêve qui a inspiré Eyes Wide Shut, car dans cette autre nouvelle le couple n’était pratiquement jamais ensemble. Là, on est en présence d’un huis-clos, où les personnages, dans une situation de crise, sont comme dans une cage, on entend tout ce qu’il pense, tous les sous-entendus qui peuvent se faire. Cela donne cette impression d’être un voyeur. On a envie de les laisser seuls et de les retrouver heureux comme au début. Je crois que c’est pire que toutes les télé-réalités du monde.

Au retour de ce lieu de convalescence, Felix se sent mieux et ils décident de s’arrêter dans une ville un petit peu. C’est là qu’ils apprennent la mort du professeur qui a prédit la mort de Felix. C’est le moment bascule où finalement les certitudes de Felix vont être ébranlées. Si cet homme n’a même pas réussi à prédire sa mort, il y a peut être une chance qu’il guérisse. Marie est déjà très éprouvé.

Cela ne va faire qu’empirer. À leur retour, Alfred conseille un repos absolu : il faut donc garder la chambre pendant des mois (on peut devenir infecte dans ce cas là). Marie peut sortir (même si elle ne le fait pas beaucoup) et Felix ne le peut pas. Commence alors une sorte de jalousie, pas contre un autre homme mais contre un monde qui essaie de lui prendre sa petite amie. Felix arrive alors à se dire qu’il peut prendre sa petite amie au monde, et même que cela doit venir avant sa mort à lui, juste avant.

Dès lors l’enjeu de l’histoire va être de savoir qui de Felix ou de Marie va survivre. J’ai ressenti un sentiment encore pire qu’à la première partie car là, il y a une action qui se déroule sous vos yeux, sans que vous ne puissiez rien faire. C’est comme si vous assistiez à la traque d’un meurtrier. Marie est la souris que Felix doit chasser. Vous continuez à connaître tous les sentiments de l’un et de l’autre et vous n’arrivez pas à aider Marie.

En fait, c’est une nouvelle très dérangeante car elle vous rend impuissant devant la mort de quelqu’un car vous êtes extérieur à l’action mais aussi à cause de la tension induite par le huis-clos du couple. C’est quelque chose que je n’ai pas ressenti avec Mademoiselle Else car tout au long de la nouvelle, on est en empathie avec le personnage à cause de la technique du monologue intérieur. On arrive à se dire qu’elle ne peut tout simplement pas échapper à son destin.

Bon, ben maintenant, j’attends l’avis de Lewerentz.

Références

Mourir d’Arthur SCHNITZLER – traduction de l’allemand (autrichien) révisée par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent dans Romans et nouvelles (tome 1) d’Arthur SCHNITZLER (Livre de Poche – La pochotèque, 1994, réédité en 2005)

7 réflexions au sujet de « Mourir d'Arthur Schnitzler »

  1. Bonjour Cécile,
    Et bien, vous m’avez devancé – et en vitesse ! Je ne l’ai pas encore lu; ça sera ma prochaine lecture. J’espère pouvoir lire ce texte de Schnitzler ce week-end. En attendant, j’ai lu votre commentaire avec intérêt.

  2. Bonjour Cécile,
    J’ai lu « Mourir » et j’ai beaucoup aimé. La description des sentiments des personnages est très bien; ça m’a pas mal fait penser à du Henry James. C’est poignant et la réflexion sur la mort et la façon de la voir selon qu’on se sait condamné (Félix) ou qu’on a la vie devant soi m’a beaucoup plu. C’est aussi la mort qui plane sur Félix qui trouble la relation du couple, et ça aussi, j’ai trouvé intéressant. J’ai bien aimé aussi la façon dont la description du physique des personnages permet de montrer leurs contradictions. Bref, j’ai beaucoup aimé et Schnitzler est un auteur que je relirai !

    1. La comparaison avec Henry James ne m’était pas venue à l’esprit. Mais c’est vrai qu’elle est tout à fait a propos car il est dans la même description des sentiments des personnages (même si je trouve Schnitzer plus violent), notamment dans la nouvelle « L’auteur de Beltraffio ».

  3. J’ai beaucoup aimé mademoiselle Else mais ce que tu dis de ce livre me tente beaucoup également… je pense que je vais noter l’auteur en général, en fait!

    1. J’ai fait exactement la même chose. J’en ai lu trois puis après j’ai noté l’auteur et me suis offert les deux tomes avec ses nouvelles. Je sais ce n’est pas bien. L’avantage c’est que dans la PAL cela ne fait que deux livres, au lieu de plein si j’avais pris toutes les nouvelles séparément.

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