Modeste proposition … de Jonathan Swift

Quatrième de couverture

On connaît Jonathan Swift (1667-1745) comme l’auteur des Voyages de Gulliver. On connaît moins, en revanche, le féroce pamphlétaire, d’un humour et d’une radicalité que les situationnistes n’auraient pas reniés. Puisque chacun doit contribuer à la richesse commune, il pousse la logique à son terme : les pauvres et leurs enfants doivent être réinsérés dans le cycle économique ; la mendicité doit être rationalisée. Quitte à ce que cela soit de la plus folle manière.

Mon avis

Le litre complet de la première nouvelle est Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public.

Jonathan Swift, en proposant que l’on mange une majorité des enfants d’un an, la nourriture étant payé au parent pendant cette année, proposition volontairement grotesque, cherche à attirer l’attention sur ce qui se passe en Irlande au moment où il écrit. Il sait à mon avis pertinemment qu’en proposant des idées consensuelles sur l’éradication de la pauvreté, personne n’écoutera et surtout n’agira. Avant de lire cette nouvelle, j’avais lu des critiques qui insistaient sur le point de vue farfelu et grotesque sans indiquer la teneur militante du propos. L’auteur donne d’ailleurs le pays fautif de ce qui se passe en Irlande : c’est l’Angleterre et explique comment on en est arrivé là.

Quelques extraits :

En ce qui me concerne, je me suis épuisé des années durant à proposer des théories vaines, futiles et utopiques, et j’avais perdu tout espoir de succès quand, par bonheur, je suis tombé sur ce plan qui, bien qu’étant complètement nouveau, possède quelque chose de solide et de réel, n’exige que peu d’efforts et aucune dépense, peut être entièrement exécuté par nous-mêmes et grâce auquel nous ne courrons pas le moindre risque de mécontenter l’Angleterre. Car ce type de produit ne peut être exporté, la viande d’enfant étant trop tendre pour supporter un long séjour dans le sel, encore que je pourrais nommer un pays qui se ferait plaisir de dévorer notre nation, même sans sel.

Je conjure les hommes d’État qui sont opposés à ma proposition, et assez hardis peut-être pour tenter d’apporter une autre réponse, d’aller auparavant demander aux parents de ces mortels s’ils ne regarderaient pas aujourd’hui comme un grand bonheur d’avoir été vendus comme viande de boucherie à l’âge d’un an, de la manière que je prescris, et d’avoir évité ainsi toute la série d’infortunes par lesquelles ils ont passé jusqu’ici, l’oppression des propriétaires, l’impossibilité de régler leurs termes sans argent ni travail, les privations de toutes sortes, sans toit ni vêtement pour les protéger des rigueurs de l’hiver, et la perspective inévitable de léguer pareille misère, ou pire encore, à leur progéniture, génération après génération.

Le deuxième texte est moins marquant. Il est intitulé Proposition d’attribution d’insignes aux mendiants de toutes les paroisses de Dublin par le doyen de Saint-Patrick. Jonathan s’approprie l’idée, dans l’idée de mieux en prouver l’absurdité, que chaque paroisse doit s’occuper uniquement de ses propres pauvres et pas de tout ceux qui arrivent sur leur territoire. Ils faut donc les marquer avec des insignes. Le texte est moins percutant car il y a moins l’idée choc pour marquer les esprits. De même le texte est moins inspiré, plus didactique.

Livre lu dans le cadre du challenge « English Classics » de Karine:)

Références

Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public suivi de Proposition d’attribution d’insignes aux mendiants de toutes les paroisses de Dublin par le doyen de Saint-Patrick de Jonathan SWIFT – traduction de l’anglais par Lili Sztajn et Thierry Gillyboeuf – postface de Gilles Tordjman – illustrations de Marion Bataille – couverture de Olivier Fontvieille (éditions Mille et une nuits, novembre 1995 – septembre 2001, réédité en 2009)

2 réflexions au sujet de « Modeste proposition … de Jonathan Swift »

    1. J’en ai lu plusieurs et c’est vrai que c’est celui qui m’a le plus plu car il ne met justement pas tant d’humour que ça c’est plutôt de la sombre ironie, il est plutôt sarcastique là-dedans. Dans Instructions aux domestiques, il est juste drôle et on n’a pas cette impression qu’il y a quelque chose derrière.

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