Double rêve d'Arthur Schnitzler

Quatrième de couverture

Nous sommes dans la Vienne du début du siècle dernier. Albertine et Fridolin forment un couple uni. Cet équilibre qui paraît solide, cette harmonie qui paraît durable vont basculer un soir de carnaval, où des inconnus derrière des masques révèlent de fa »con furtive à ce couple un instant séparé par la foule qu’il existe une autre vie, plus risquée mais aussi plus scintillante que celle qu’ils mènent depuis des années : la vie des désirs.

Écrite en 1925, cette longue nouvelle qui explore avec virtuosité la sensualité, le désir et l’autonomie de la sexualité, a inspiré Kubrick pour son dernier film : Eyes Wide Shut (1999).

Mon avis

Bien sûr, je n’ai jamais vu Eyes Wide Shut ; ma lecture s’est donc faite sans a priori positifs ou négatifs. Un couple petit bourgeois, Albertine et Fridolin, avec une petite fille de six ans, vivent de manière routinière. Un jour, ils rentrent d’un bal masqué où chacun s’est fait abordé par une personne du sexe opposé. Fridolin s’est fait abordé mais rapidement abandonné : il a du partir à la recherche des deux personnes qui sont venues vers lui. Albertine a elle abandonné l’homme qui l’avait abordé en voyant son mari seul. Chacun a alors plus ou moins ressenti une pique de jalousie, ou plutôt un regain d’intérêt envers l’autre. En revenant chez eux, ils décident de se dire les aventures rêvées qu’ils ont eu. Les deux racontent des faits qui se sont passés au Danemark lors de leurs dernières vacances.

Albertine voulait aborder un homme inconnu à la table à côté d’eux. Fridolin lui a vu une jeune fille nue sur laquelle il fantasme. L’impression que l’on a c’est que Albertine ressent elle une envie nouvelle à l’égard de Fridolin tandis que Fridolin est lui jaloux. Il doit ensuite sortir pour soigner un malade en pleine nuit (car il est docteur).

Quand Fridolin arrive, le patient est mort mais sa fille lui annonce qu’elle l’aime malgré le fait qu’il est fiancé. Le voilà tout décontenancé. Dans la rue, il se fait aborder par une prostituée ; il monte avec elle mais ne couche pas. Puis il s’arrête dans un café ; il retrouve un ancien camarade Nachtigall, devenu pianiste. Celui-ci lui parle de soirées costumées un peu curieuses (qui ressemblent à des orgies sexuelles). Fridolin arrive à se faire inviter après avoir beaucoup, beaucoup insisté. Cependant, il doit trouver une robe de bure. Le voilà donc parti à une heure du matin dans un magasin de costume où il croise une jeune fille qu’il lui fait beaucoup d’effets. Puis arrivé à la soirée, il se fait démasquer mais aussi sauver par une femme mystérieuse qui parmi toutes les femmes qu’il a rencontré lui fait la plus forte impression.

Revenu chez lui au petit matin, il réveille sa femme Albertine qui lui parle d’un rêve qu’elle a fait où elle faisait maltraiter Fridolin alors qu’elle vivait l’extase avec son amant. Fridolin le vit très mal et parle carrément de désamour entre lui et sa femme. Il essaye alors dans la journée de revivre cette nuit. La fille du malade ne lui refait pas de déclaration et part vivre avec son fiancé. La prostituée est à l’hôpital suite à une infection sexuellement transmissible. La fille du marchand de costume est avec un autre. La femme de la soirée est elle retrouvée morte (sûrement par sa faute puisqu’elle a du payer le fait qu’il se soit fait démasquer). De même, son ami pianiste a été amené à la gare manu militari. Il revient chez lui où finalement les deux époux décident de garder pour eux leurs rêves. Le dialogue de fin et le suivant :

– Être reconnaissants envers le destin, je crois, d’être sortis indemnes de toutes ces aventures – réelles autant que rêvées.

– Tu en es vraiment sûre ?

– Aussi sûre que je pressens que la réalité d’une nuit ou même celle de toute une vie ne peut être l’intime vérité de quelqu’un.

– Et aucun rêve n’est totalement un rêve.

– Nous voilà sans doute éveillés maintenant pour longtemps.

La nouvelle insiste à mon avis sur plusieurs choses : l’importance à cette époque du rêve et de la vie rêvée (Freud …) (la nouvelle a été écrite en 1925), la différence entre hommes et femmes et ce que chacun peut attendre du mariage. L’homme est dans l’action et attend de sa femme qu’elle soit à sa disposition : il s’attend même à contrôler ses rêves et fantasmes. Tandis que la femme n’éprouve aucun sentiment de jalousie, reste dans une posture détachée de la vie. Elle s’occupe de sa famille et c’est tout. Finalement, en décidant de se raconter leurs rêves, les deux époux renient la dernière chose qui appartient à la femme. La question que je me suis posée : c’est l’aspect autobiographique.

La nouvelle est surtout écrite du point de vue de Fridolin, ce qui donne encore plus cette impression qu’Albertine est extérieure à l’extérieur.

En conclusion, plutôt pas mal et n’a pas l’aspect sulfureux que l’on peut penser vu l’écho médiatique qui a été celui d’Eyes Wide Shut.

Un autre avis

Celui de Carol[line].

Références

Double Rêve d’Arthur SCHNITZLER – traduit de l’allemand et préfacé par Pierre Deshusses ( Rivages poche / petite bibliothèque, 2010)

Le titre de cette nouvelle est traduit aussi par La Nouvelle rêvée.

7 réflexions au sujet de « Double rêve d'Arthur Schnitzler »

    1. Pour tout te dire, le film j’ai regardé dix minutes sur arte et cela m’a ennuyé. Du coup j’ai éteint. Mais Mademoiselle Else est quand même mieux pour découvrir Arthur Schnitzler.

  1. Je l’avais vu en librairie et comme Schnitzler est un auteur que j’aimerais découvrir, j’en avais lu le 4e de couverture. Mais qu’en j’ai lu que c’est la nouvelle sur laquelle est basée « Eyes wide shut », j’ai laissé tombé, parce que moi aussi, j’ai abandonné le film après une quinzaine de minutes.
    Je maintiens donc « Mlle Else » dans ma LAL.
    Merci.

    1. Vous avez tenu cinq minutes de plus que moi ! Je me rappelle quand il est sorti, on entendait à la télé que c’était un film génial mais dérangeant. Je m’aperçois qu’il y a peu de gens qui l’ont aimé ou même regardé. Mais oui Mademoiselle Else dans la LAL, c’est une bonne idée !

  2. Je n’ai pas trouvé « Mlle Else » à la bibliothèque. J »ai hésité entre « Mme Beate et son fils » et « Mourir »; j’ai ce dernier; l’avez-vous lu ?

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