Une femme allemande de Fabienne Swiatly

 

 

Quatrième de couverture

"Dans les ruines d'une ville allemande une jeune femme tente de survivre. Plus tard, on la retrouve en France, vite mariée et très vite malheureuse. Une vie de peu où le désir et l'envie s'étiolent au fil du temps. Le magnifique portrait d'une femme cabossée par la vie et à jamais seule dans un pays dont elle peine à saisir les codes sociaux."

Mon avis

Ce petit livre (seulement 120 pages) vaut surtout pour son écriture. Il y a dix chapitres, que l'on peut plutôt voir comme des séquences, où on retrouve cette femme allemande à différents stades de sa vie. Pour continuer la comparaison avec le cinéma, l'auteure nous place avec une caméra braquée sur la femme (à un mètre) : cela donne l'idée que nous sommes détachés de sa vie, que nous n'en sommes que de simples observateurs. "Elle secoue les salades terreuses avant d'en choisir une, hésite devant la rhubarbe trop verte à son goût. Elle n'est pas pressée de rentrer, se sent bien à flâner sur le marché pendant que la vieille s'occupe des petits" (p. 42). Cette phrase laisse entrevoir ce que tout le livre décrit : l'enfermement de cette femme qui croyait partir au paradis, échapper à l'Allemagne de l'après-guerre. Au lieu de cela, elle se retrouve tout le temps enceinte parce que son mari (qui a perdu toute sa superbe qui l'avait éblouie durant leur rencontre) ne sait pas prendre les précautions qu'il faut, elle est enfermée toute la journée et ne peut communiquer avec les autres femmes même si elle est dans une région où on parle allemand (mais pas le même qu'elle).

Durant tout le roman, Fabienne Swiatly nous parle du bonheur enfui de cette femme allemande : "Au matin, son étonnement qu'elle puisse encore se lever, se remettre debout. Deux jambes qui avancent dans la pièce, deux bras qui lèvent les enfants, une bouche qui embrasse et parle en allemand. Et pendant que ses mains changent les langes, nettoient les fesses, lui reviennent les souvenirs de sa propre enfance. De cette époque où elle était une petite fille aimée d'un père qui ne crachait pas encore de la terre russe. Un père qui l'emmenait dans le camion de la fabrique et traversait la ville en klaxonnant. Alors elle riait, ne pensait pas à l'avenir, le présent suffisait" (p. 52-53).

Une très jolie découverte. J'ai déjà mis deux autres romans de Fabienne Swiatly dans ma LAL : Gagner sa vie (La fosse aux ours, 2006) et Boire (Ego comme X, 2008).

Les avis d'Anne et d'Yvette Bierry.

Références

Une femme allemande de Fabienne Swiatly (La Fosse aux ours, 2008)

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