Quatre nouvelles de Liu Qingbang

Liu_QingbangLiu Qingbang est un auteur que j’ai découvert par hasard à la bibliothèque du Trocadéro, à Paris. Je cherchais d’autres livres de Liu Xinwu dont je vous ai présenté précédemment Poussière et sueur et je suis tombée sur un recueil de nouvelles de Liu Qingbang, intitulé Cataclysme.

Liu Qingbang est né à 1951, dans le Henan. Après ses études secondaires, à 16 ans, il devient paysan, puis à 19 ans, il devient mineur. Pendant neuf ans, il est descendu au fond d’un puits de mine, puis il est devenu rédacteur dans le Journal des ouvriers des mines de Chine, pendant une vingtaine d’années. Cela lui a donné l’occasion de côtoyer tous les types de mines, de voir les conditions de travail dans chacune, de connaître les ouvriers aussi. Parallèlement, il a commencé à écrire et est devenu écrivain professionnel en 2001. Vous pouvez trouver des éléments biographiques et bibliographiques sur cette page franchement très intéressante.

Les thèmes de prédilection de cet auteur sont la mine mais aussi la vie à la campagne.

Pour l’instant, trois livres de Liu Qingbang sont parus en français : Le puits (Bleu de Chine, 2003), adapté au cinéma sous le titre Blind Shaft ; Cataclysme (Bleu de Chine, 2011) et La lettre (Ming Books, 2016).

Cataclysme

CataclysmeLiuQingbangCataclysme est un recueil de trois nouvelles récentes (2006 et 2007) de Liu Qingbang, et est préfacé de manière très intéressante par Françoise Naour qui en est aussi la (très bonne) traductrice.

Pour reprendre ces mots, avec ces trois nouvelles, « nous voici entre drame et comédie chez les mineurs et les paysans du fin fond de la Chine, loin du bling-bling insolent des nouveaux parvenus, loin des Expositions universelles, des Jeux olympiques ou de fantastiques prouesses économiques […] Ces trois récits emmènent le lecteur en voyage, dans le milieu de l’Empire du milliard, non chez les riches, ni chez les classes moyennes, qui représentent aujourd’hui cent cinquante à deux cent millions de Chinois, mais au sein du milliard restant, gens de peu, vivant chichement, démunis ». On apprend plus loin dans cette préface qu’aujourd’hui la mine fait entre 5000 et 6000 décès par an en Chine (chiffres de l’auteur ; les autorités parlent de 3700 morts alors que les organismes indépendants parlent eux de 20000 morts par an).

C’est dans cet univers que l’auteur nous emmène dans les trois nouvelles de ce recueil.

La première nouvelle s’intitule Nouvel An à la mine. Une femme attend avec sa petite fille son mari pour fêter le Nouvel An. Le début de la nouvelle commence par le descriptif des longs préparatifs pour cette fête traditionnelle. Le mari travaille à la mine et ne vit donc pas avec elles. Une mauvaise nouvelle. arrive. Cette année, le chef a décidé de ne pas donner de congés et le mari se voit donc obliger de prévenir (au dernier moment) qu’il ne viendra pas. Sa femme déçue qu’il loupe une fête aussi importante (c’est un peu elle qui décide comment va se dérouler l’année) décide de le rejoindre avec tous ses plats préparés, sa fille … pour lui faire une surprise. La nouvelle décrit les retrouvailles mais aussi la « fête ».

C’est une nouvelle que j’ai trouvé très triste, tout en étant joyeuse et réaliste. Je n’ai pas eu l’impression que Liu Qingbang romançait. La petite fille ne reconnaît pas son père dans le sens qu’il est plus un étranger pour elle qu’un père. Le mari est triste de ne pas pouvoir fêter la nouvelle année chez lui. Il est heureux de voir sa femme, elle fait la sévère mais elle est heureuse de la revoir. On la sent volontaire, traditionnelle. Il y a une volonté de faire contre mauvaise fortune, bon cœur, de prendre la vie comme elle vient, en toute simplicité, de vivre tous les petits bonheurs qui sont donnés.

En très peu de pages, Liu Qingbang nous fait rentrer dans l’intimité de cette famille, dans une atmosphère particulière. Les personnages sont complexes et réalistes ; l’atmosphère et les détails de la vie quotidienne sont tellement bien décrits que l’on s’y croirait tout simplement.

La deuxième nouvelle est ma préférée ; c’est celle qui donne son nom au recueil. Un village est évacué car une forte inondation est attendue (une énorme vague plus exactement). Pourtant, deux hommes sont chargés de surveiller les trois greniers à grain du village qui sont plein à cette période ; on ne sait jamais le village voisin pourrait venir se servir, profitant de l’évènement. Les deux hommes ont été choisis pour des raisons particulières : l’un est celui qui plonge le plus profond du village et l’autre est celui qui est capable de nager le plus loin sous l’eau. Ces grandes capacités ont été évaluées dans une rivière et un lac. En tant que lectrice, je me suis dit qu’il fallait vraiment ne pas avoir le choix pour faire ce genre de chose (le motif en est l’argent ici) et que forcément ils allaient mourir. Je vous laisse découvrir si oui ou non.

Ce qui m’a particulièrement plus ici aussi, c’est le réalisme de la situation, de sentir la peur, l’angoisse et l’attente palpable. Là encore, je n’ai pas eu l’impression que l’auteur romançait. Je ne sais pas d’où il tire ses informations mais en tout cas, cela fait vrai.

La troisième nouvelle est la plus tragique. Elle s’intitule Automnale. Une femme attend son mari, parti aux toilettes, près de la rivière. Ne le voyant pas revenir, elle part au devant de lui mais ne trouve rien. Elle pense tout de suite à la rivière. En plus, il était légèrement alcoolisé. Pendant plusieurs jours, elle oscille entre colère, inquiétude et résignation (cela permet à l’auteur de nous raconter la vie de ce couple). Pourtant, elle demande très tôt de l’aide pour sonder la rivière et savoir enfin si le corps de son mari est au fond. Le problème est que l’aide, même de la famille, est payante. Avant toute action, il y a négociation ; la personne aidante désirant être sûre de son gain (même s’il n’y a pas de corps).

La nouvelle illustre peut-être la pauvreté des gens à la campagne mais dessine aussi une forme de société, peu solidaire, à cause de cette pauvreté. C’est pour cela que je parlais de nouvelle tragique, plutôt qu’à cause de la mort du mari.

La lettre

J’ai lu ce titre en numérique mais elle est parue, enLaLettreLiuQingbang ce début d’année, dans un coffret de nouvelles contemporaines chinoises, aux éditions Ming Books.

Dans cette nouvelle, on rentre là encore dans l’intimité d’un couple. Une femme cache une ancienne lettre au fond d’une de ses armoires. Elle la relit souvent, même si cela la met dans un certain état. Cacher est un bien grand mot car le mari sait que la lettre est là, que sa femme ne veut pas la jeter, continue à la relire même s’il désapprouve. Au cours de la nouvelle, le contenu de la lettre se dévoile, son auteur aussi, les sentiments de la femme, les tentatives désastreuses du mari pour faire oublier la lettre mais aussi l’auteur de celle-ci.

Là encore, j’ai trouvé que Liu Qingbang arrivait à rendre la situation palpable. On sent la tristesse de la femme, sa déception, son attente face à son mari ; on sent aussi la balourdise du mari, sa tendresse pour sa femme mais aussi son envie d’avoir une femme « normale », de vivre une vie où le passé ne compterait plus.

Cette nouvelle montre bien que Liu Qingbang ne peut pas être cantonné uniquement à la campagne et à la mine.

Si je voulais résumer les nouvelles de Liu Qingbang, je dirais simplicité et réalisme des situations mais aussi personnages très finement ciselés.

Références

Cataclysme de LIU Qingbang – traduit du chinois, présenté et annoté par Françoise Naour (Bleu de Chine / Gallimard, 2011)

La lettre de LIU Qingbang – traduit du chinois par Coraline Jortay (Ming books, 2016)

4 réflexions au sujet de « Quatre nouvelles de Liu Qingbang »

    1. J’ai vu le recueil des sept nouvelles à la librairie, je pense. Si j’ai bien vu, c’est sept petits livrets dans un coffret. A voir les autres histoires, il doit y avoir d’autres découvertes à faire.

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