Le lecteur perpétuel de Didier Barrière

Ce livre ne m'a ni particulièrement plu (les passages sur la lecture en général sont bons), ni particulièrement déplu (un petit peu pédant à mon avis quand il décrit tous les livres qu'il achète) donc comme je n'ai rien de bien intelligent à dire je n'en parlerai pas trop (le sujet n'est pas les lecteurs en général mais de lecteurs de livres anciens : il fuit les éditions récentes ; je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher à ces pérégrinations de lecteur. La cause en est double : le sujet et le style). Par contre les passages sur son addiction à la lecture et à la lecture de livres anciens sont plutôt pas mal. Voilà pourquoi je mets les extraits les plus significatifs que j'ai relevés.

Extraits

"Pas un seul vrai livre ! me disais-je au milieu de cette île tropicale, où je me morfondais… D'épais romans de gare ou de plage. Des guides pratiques sans typographie. Des recettes de cuisine sans poésie. Des abrégés de l'Écriture pour la jeunesse, ou des paraphrases romancées… une grosse Bible, certes, mais avec des illustrations mièvres, pour la famille. Curieusement, une laide Encyclopédie de la sexualité, rappelant le mauvais goût des années soixante-dix. Un prix Goncourt aussi, troué de dialogues… 

Rien de ce qui fait la profondeur d'un livre, somme de savoir et d'émotions. Uniquement des textes mal imprimés pour liseurs qui ne connaissent ni la littérature ni l'art. Un vide désespérant pour un lecteur nourri de bibliothèques. Il ne demande pourtant pas grand-chose. Un seul livre digne de ce nom lui suffirait. Et surtout un espace pour s'isoler, sans radio ni télévision ni cantiques. Un petit lieu frais où l'on puisse méditer sans tomber de sommeil.

C'est chaque fois la même chose quand je cède à l'invitation d'"amis" lointains : je suis ravi de découvrir une ville, une campagne, un pays, mais trop cher est le prix à payer s'il faut supporter des conversations qui gâchent la beauté des paysages, si les intérieurs où l'on séjourne, riches d'objets divers, sont pour moi les plus pauvres, privés du seul élément décoratif d'importance qu'est le livre…

Aussi, dès mon retour sous le ciel grisâtre de l'Europe, me suis-je rattrapé par d'intensives lectures, véritable bain littéraire pour secouer l'esprit de sa torpeur due au soleil. Mes choix se portèrent essentiellement sur des auteurs de référence que je voulais cultiver depuis longtemps. Je n'eus pas à regretter ma sélection." (p. 5-6)

 

"C'est terrible de passer d'une fiction à une autre, sans transition, d'un amour à un autre. Dans la plupart des romans que je voudrais commencer, la première phrase me rebute, cette phrase à l'imparfait ou au passé simple ("La marquise", etc.), qui nous oblige à resserrer notre esprit sur une histoire particulière alors que des milliers d'autres nous attendent." (p. 7)

 

"À quoi bon d'ailleurs acheter tous ces livres, puisque tant d'autres m'attendaient à la maison, comme impatients d'être défrichés ? Et le soir, je regrettais de n'avoir pas mille mains pour les prendre et les dévorer tous ensemble. Je finissais par me calmer pour en choisir un seul, mais ma lecture était de plus en plus agitée." (p. 12)

 

"Mais pouvais-je me faire entièrement confiance, vu mes difficultés organiques à entrer dans d'autres univers que le mien ? Je n'avais plus la patience du jeune lecteur, ouvert à toutes les formes d'écriture, voulant se conformer à l'admiration de l'élite pour les auteurs "qu'il faut avoir lus"." (p. 14)

 

"Il devenait clair que j'avais plus de plaisir à chercher des livres qu'à les lire. Si la quête du livre pouvait être déjà une forme de lecture, je serais bien savant. Que de connaissances j'aurais emmagasinées en soupesant les volumes, avec les milliers de titres passés sous mes yeux ! Et le mal que je m'étais donné par d'incessants voyages aurait pu rendre légitime cette acquisition miraculeuse du savoir. Pas si miraculeuse que cela, d'ailleurs,puisque toute manipulation contribue à mémoriser un ouvrage qu'on n'a pas lu.

[…]

Cela dit, le fait de m'asseoir pour lire ne m'apportait plus de vraie satisfaction. Tous les ouvrages qu'il fallait parcourir page à page perdaient de leur intérêt. Avant d'en lire un qui ne m'attirait pas ou que les gens me conseillaient, je me disais que cela n'allait pas me plaire, que je traiterais l'auteur de "crétin" au bout de quelques chapitres. C'était une manière de me prouver que j'avais raison de ne pas l'avoir lu.

[…]

Dès lors, je n'étais plus capable de persévérer dans une lecture ennuyeuse. Il me fallait des résultats. J'avais peur d'être un blasé ne recherchant ques des jouissances littéraires, qu'il lui était devenu bien difficile de trouver." (p. 16-17)

Références

Le lecteur perpétuel de Didier BARRIÈRE (Éditions des Cendres, 2007)

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