L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu

lhommequimitfinalhistoirekenliuJ’ai voulu lire ce livre à la suite du billet de Charybde 2. Je vous renvoie donc vers lui pour lire son billet (comme cela vous n’êtes pas obligé de lire le mien jusqu’au bout).

L’homme qui mit fin à l’histoire est une nouvelle (de 102 pages sur ma liseuse) écrite d’une manière que je n’avais jamais lu, sur un fait que je ne connaissais pas et sur des réflexions qui m’intéressent mais dont je n’avais jamais rien lu (de manière romancée).

Le livre est écrit sous la forme d’un documentaire filmé, un peu comme ceux que l’on peut voir sur Arte, sur des faits historiques. Souvent, il y a une voix principale, celle d’un narrateur ou du « personnage » principal, entrecoupé d’images d’archives, de témoignages mais aussi d’avis de spécialistes pour éclairer ces témoignages. Dans les notes, on peut lire que cette idée lui est venue à la lecture de la nouvelle Aimer ce que l’on voit : un documentaire de Ted Chiang.

Le livre de Ken Liu est construit exactement de cette manière. La narratrice est une nippo-américaine, Akemi Kirino, directrice scientifique des laboratoires Feynman. Elle raconte comment une dizaine d’années auparavant, elle a proposé, avec son compagnon Evan, des voyages dans le passé à des familles de victimes de l’Unité 731, pour revivre les atrocités vécues par leurs proches. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Unité 731 est une unité de recherche japonaise, créée après l’invasion de la Chine par les Japonais et fermée à la défaite de celui-ci, en 1945. Dans cette unité ont été menées des expériences sur les êtres vivants dans le but d’améliorer les connaissances et la pratique des chirurgiens militaires, de mieux comprendre la transmission des maladies et de pouvoir mieux les guerres mais aussi de créer des armes bactériologiques. Il s’agit de ce que l’on peut écrire sur le papier. Dans les faits, cela correspond à des tortures et des traitements inhumains sur des prisonniers chinois, qui étaient le plus souvent tout de même des paysans raflés au hasard dans les campagnes environnantes. Ainsi, Ken Liu nous parle de vivisections sans anesthésie, de bras que l’on faisait geler intentionnellement pour étudier la gangrène, les amputations et la manière de les ranimer, de maladies injectées volontairement, de viols aussi.

Sauf que le Japon n’a reconnu que très tardivement les agissements de cette unité, et surtout a gardé tous les documents papiers pouvant indiquer des faits précis sous le sceau du secret. L’Histoire ne peut pas s’appuyer uniquement sur des témoignages car cela manque de faits vérifiables (sur quoi toutes les découvertes (scientifiques ou non) s’appuient). De plus, ici, les seuls témoignages sont ceux des bourreaux et non des victimes, des bourreaux prisonniers du régime communiste chinois après la Seconde Guerre mondiale, et qui ont le sait ne pouvait être digne de confiance pour les États-Unis mais aussi pour le Japon et toutes les nations occidentales. Ces témoignages ne pouvaient être donc que falsifiés.

Evan Wei, le compagnon de Akemi Kirino, sino-américain, spécialisé dans le Japon (on va dire ancien car j’ai oublié la période historique), découvre les événements de l’Unité 731 par un film et s’efforce ensuite de reconstituer les faits. Devant l’impossibilité de trouver des documents objectifs (en tout cas en quantité suffisante), il se tourne vers les témoignages mais des familles des victimes. Pour cela, il va avec sa compagne utiliser une des découvertes scientifiques de celle-ci, les particules de Bohn-Kirino, pour fabriquer une sorte de machine à remonter le temps, mais uniquement pour les familles des victimes, et l’expérience ne fera de la personne qu’un témoin d’images recréées par son cerveau :

Les particules de Bohm-Kirino permettent de recréer, en détail, les informations de tous types autour du moment de leur création : la vision, le son, les micro-ondes, l’ultrason, l’odeur de l’antiseptique et du sang, le piquant de la cordite et de la poudre au fond des narines.

Mais cela représente une masse d’informations colossale, même pour une seule seconde. On n’avait aucun moyen de la stocker, sans parler de la traiter en temps réel. La quantité de données rassemblées pour quelques minutes aurait saturé tous les serveurs de Harvard. On pouvait ouvrir une porte sur le passé, mais on ne verrait rien dans le tsunami de bits qui en jaillirait.

[…]

J’ai donc conçu l’idée d’utiliser le cerveau humain pour traiter les informations obtenues par les détecteurs Bohm-Kirino. Les capacités du cerveau au traitement en parallèle de masse, le substrat de la conscience, se sont révélées très efficaces pour filtrer et traduire le torrent de données issu des détecteurs. Il pouvait recevoir les signaux électriques bruts, en rejeter 99,99%, transformer le reste en images, en sons, en odeurs, leur trouver du sens et enfin les enregistrer sous la forme de souvenirs.

Le problème est que cette technique est destructrice :

sa technique est destructrice, comme vous le savez : une fois qu’il a envoyé l’observateur à un endroit et un moment précis, les particules de Bohm-Kirino s’annihilent et nul ne peut retourner là-bas.

Déjà, on voit toute la complexité du problème : est-ce que un seul témoin peut faire l’Histoire ? Quelle crédibilité lui accordé sans documents (et aussi sans autres témoignages)  pour corroborer son histoire ? On peut d’ailleurs lire dans la nouvelle le passage suivant :

Je comprends bien que, du point de vue des défenseurs du Pr Wei, la vision brute de l’histoire se déroulant devant vous n’incite guère à mettre en question la preuve indélébile dans votre esprit. Mais cela ne suffit pas au reste d’entre nous. Le Procédé Kirino exige une foi aveugle : qui a vu l’ineffable ne doute en rien de son existence, mais cette clarté ne se reproduit pour personne. Nous voici donc coincés ici dans le présent à essayer de deviner le passé.

Le Pr Wei a mis fin à l’enquête rationnelle sur l’histoire pour la transformer en une religion personnelle. Ce qu’a vu un témoin, nul autre ne pourra jamais le revoir. C’est de la folie.

L’utilisation de témoignages est quelque chose, comme je le disais, qui n’est pas conforme à la méthode de l’historien. Ils s’attirent les foudres de ses paires. Ken Liu donne à lire plusieurs réactions :

J’ai un immense respect pour Wei, qui reste mon meilleur étudiant. Mais il a renoncé à la responsabilité de l’historien de s’assurer que la vérité n’est entachée d’aucun doute. Il a franchi la frontière qui sépare la frontière de l’activiste.

De mon point de vue, il s’agit moins d’idéologie que de méthodologie. Ce qui nous oppose, c’est la définition qu’on donne d’une preuve. Les historiens formés à l’occidentale ou à l’asiatique se sont toujours basés sur la documentation, or le Pr Wei donne désormais la primauté aux témoignages – des témoignages qui de plus proviennent d’individus non pas contemporains des événements, mais issus d’une époque ultérieure.

Ken Liu traite d’autres thèmes relatif à l’Histoire et à l’historiographie : quelle utilisation peut-on faire du passé dans le présent ? est-ce qu’utiliser le passé pour justifier ses revendications est moral ? est-ce qu’oublier le passé (et entre autre sa responsabilité) est possible et vivable à l’échelle d’un État, sous prétexte que l’État a changé de forme ? à qui appartient l’Histoire ? qui fait l’Histoire ? est-ce que la personnification de l’Histoire créé quand même l’Histoire ? Sur cette dernière question, je voulais encore donner une citation :

Comme nous ne disposons que d’une capacité d’empathie limitée envers la souffrance de masse, cette approche, selon moi, risquerait de déboucher sur le sentimentalisme et sur la mémoire sélective. Plus de seize millions de civils ont péri en Chine lors de l’invasion japonaise. La majeure partie de ces souffrances ne sont intervenues ni dans les fabriques de mort comme Pingfang, ni dans d’innombrables village et bourgs isolés loin de tout, où on a massacré et violé sans relâche hommes et femmes, leurs cris emportés par le vent glacé, si bien qu’on a oublié jusqu’à leurs noms. Pourtant, eux aussi méritent qu’on se souvienne d’eux.

Il est impossible que chaque atrocité trouve un porte-parole aussi éloquent qu’Anne Frank, et je ne crois pas que nous devions réduire l’histoire entière à un recueil de récits de ce genre.

Pour traiter toutes ces questions, la forme choisie par Ken Liu est idéale car elle lui permet de raconter son histoire mais aussi de confronter les différents points de vue. Il faut voir que tous ces points de vues sont inventés ou réécrit mais que tout est fait de manière très réaliste.

Sur le thème du témoignage dans la construction de l’Histoire mais aussi sur la question du propriétaire de l’Histoire, je vous conseille le film Le Labyrinthe du Silence qui traite de la préparation du procès de Francfort en Allemagne, qui s’est tenu entre 1963 et 1965. On retrouve dans ce film cette idée que l’Histoire (et donc son jugement) ne peut pas se baser uniquement sur des témoignages mais sur des faits précis (et datés dans le contexte du film). Quand on vit le genre de choses qu’on vécut les gens dans ces camps ou ces unités, on ne note pas les faits pour un futur procès ou pour les futurs historiens. On est obligé de raconter a posteriori et forcément qu’on y met sa sensibilité. Les historiens eux cherchent des faits objectifs ; ils peuvent s’appuyer sur des témoignages mais les faits doivent être recoupés. Sauf que parfois, c’est impossible.

Est-ce que pour autant les histoires des gens ne doivent pas constituer notre Histoire commune pas forcément celle d’un certain pays mais une Histoire commune de l’Humanité entière ? C’est là-dessus (et pas que) qu’interroge la nouvelle de Ken Liu (en 102 pages seulement).

Je pourrais en parler pendant des heures, vous citer tout le livre mais le billet est déjà trop long. Je me rends bien compte qu’il y a peu de chances que les gens lisent cela jusqu’au bout. Si vous avez sauté des parties du billet, ce n’est pas franchement grave, ne retenez que la conclusion : lisez cette nouvelle intelligente et percutante !

Références

L’homme qui mit fin à l’histoire : un documentaire de Ken LIU – traduit de l’anglais (États-Unis) par Sylvie Denis (Le Bélial’, 2016)

Silo – épisode 1 de Hugh Howey

Silo1HughHoweyJ’ai entendu parler de ce livre pour la première fois mercredi dans l’émission de Augustin Trapenard, Le carnet du libraire. Le libraire avait l’air enthousiaste et A. Trapenard l’a aussi recommandé.

J’avais juste entendu dire il y a quelque temps qu’Actes Sud allait ouvrir une nouvelle collection nommée Exofiction. Silo est le livre qui inaugure cette collection. Le livre est disponible en épisodes (en version numérique) et dans sa totalité (en numérique et en papier). Je ne lis jamais de SF (parce que le peu d’essais que j’ai fait ne m’a pas plu et que du coup j’appréhende un peu) donc j’ai choisi la lecture par épisode. Résultat : je suis accro.

Ce premier épisode fait une cinquantaine de pages. On suit Holston, le sheriff du silo, tour enterrée de trente étages, dernier endroit sain sur terre (je suppose que c’est sur terre). L’épisode commence quand Holston, demande à sortir, ce qui est le crime suprême. Cela le condamne à la mort puisque dehors l’air est malsain. Pourtant, avant de mourir, il devra nettoyer les caméras qui permettent aux gens de l’intérieur de voir ce qui se passe à l’extérieur.

L’épisode explique le pourquoi de cette demande saugrenue du sheriff, puisque rien ne l’oblige à mourir. On apprend que c’est dû à la mort de sa femme dans les mêmes circonstances il y a trois ans. Le récit alterne les deux périodes.

Au cours de cet épisode, Hugh Howey pose quelques jalons de l’univers : on tire à la loterie le droit de faire des enfants, les morts servent d’engrais au jardin, les archives sont stockés sur ordinateur, le silo a déjà connu des insurrections qui sont le tabou de cette société.

J’ai été accroché dès les premières lignes par la manière dont la voix de Holston m’a interpellé. J’ai tout de suite voulu savoir pourquoi cet homme voulait se suicider. L’histoire de sa femme est intéressante car elle travaille au service qui gère le stockage des données. C’est son histoire qui permet de poser son univers. Son apparition est trop courte pour que je me sois attachée à cette femme. Elle est par contre l’élément qui apporte le mystère, l’envie d’en savoir plus. Holston est l’élément humain et sa femme est l’élément qui rend avide de savoir.

Finalement, je préfère la lecture en épisodes car on ne sait pas quand on aura la réponse à nos questions. C’est de plus le mode original de publication puisque au départ le livre est de l’auto-édition. L’auteur a mis en ligne une première nouvelle celle-ci et à donner quatre nouveaux épisodes à ses lecteurs qui lui demandait une suite.

Références

Silo – épisode 1 de Hugh HOWEY – traduit par Yoann Gentric (Actes Sud, 2013)

Un logique nommé Joe de Murray Leinster

UnLogiqueNommeJoeMurrayLeinster

J’ai piqué cette idée de lecture dans le Canard enchaîné. La quatrième de couverture est laconique : « En 1946, Murray Leinster imagine les dérives d’un réseau informatique mondial ». Le livre est en réalité une nouvelle puisqu’il ne fait que 40 pages.

Un homme, travaillant à la maintenance des « logiques », s’aperçoit d’un problème un jour. Alors qu’auparavant les gens pouvaient chercher toutes sortes d’informations dans le réseau mondial des logiques (qui piochent leurs informatiques dans une sorte de réserve de connaissances), ceux-ci se mettent à proposer des services. Ainsi, l’homme n’est plus obligé de réfléchir mais la solution lui est donnée instantanément (plus intelligente que ce qu’il n’aurait jamais trouvé bien évidemment). Genre : « comment puis-je braquer une banque ?, « comment puis-je me débarrasser de ma femme ? », « comment puis-je rentrer à la maison bourré sans que ma femme ne s’en rende compte ? ». La nouvelle de Murray Leinster étudie les conséquences de la prise de pouvoir insidieuse des machines sur l’homme (ce n’est pas sans rappeler notre situation moderne).

Le texte est excellent et se lit très rapidement d’ailleurs. C’est là tout le problème. Murray Leinster avait vu une situation qui allait se produire mais il n’a pas eu la prétention d’en faire un roman. Je trouve que cela aurait mérité plus de pages car là, on reste superficiel au niveau de la réflexion, puisque à la fin des 40 pages, le problème est réglé. La réflexion est montré par des situations qui aboutissent trop vite pour qu’on est vraiment le temps de réfléchir. À la fin du texte, on a envie de crier : ENCORE ! ENCORE !

Pour donner une idée du style, je mets un extrait du passage qui m’a le plus enchantée :

Si quelque chose d’équivalent était arrivé à l’époque des cavernes et si on avait été obligés de ne plus faire de feu… si on avait dû arrêter de se servir de la vapeur au XIXe siècle, et de l’électricité au XXe… c’était la même chose. Nous avons une situation très simple. AU XIXe siècle, l’homme était obligé de se servir d’une machine à écrire, de la radio, du téléphone, du téléscripteur, des journaux, des bibliothèques publiques, des encyclopédies, des fichiers, des annuaires, plus les services de messagerie, d’avocats-conseils, de chimistes, de médecins, de diététiciens, d’archivistes, de secrétaires… tout cela pour noter ce dont il voulait se souvenir et pour lui dire ce que d’autres personnes avaient noté et qu’il désirait savoir ; pour transmettre ce qu’il disait à quelqu’un d’autre et pour lui transmettre ce qu’ils répondaient.

Tout ce qu’il nous faut, à nous, ce sont les logiques. Lorsque nous voulons savoir, ou voir, ou entendre quelque chose, lorsque nous désirons parler à quelqu’un, nous pianotons sur les touches d’un logique. Coupez les logiques et tout va fiche le camp.

Références

Un logique nommé Joe de Murray LEINSTER – traduit de l’américain par Monique Lebailly (Le passager clandestin / dyschroniques, 2013)

V pour Vendetta de Alan Moore et David Lloyd

J’ai lu cette intégrale (regroupement de comics paru en épisode) grâce au 12 d’Ys car avant je ne savait même pas qu’elle existait. Je sors comme d’habitude de ma planète puisque un des auteurs est le fameeeeeeeux Alan Moore et qu’il y a même une film qui en a été adapté.

J’ai bien dit grâce parce que j’ai énormément aimé (j’ai des petits bémols dont je parlerai à la fin). Le scénario signé d’Alan Moore est juste passionnant. On est en Angleterre à la fin des années 90. Il y a eu un guerre quelques années auparavant qui a fait que l’Angleterre est au main des fascistes. Cela va de pair avec un ordinateur qui surveille tout et tout le monde, avec les camps de concentration pour les ennemis de la société que sont ici les Noirs, les homosexuels … On réalise sur eux toute sorte d’expériences, plus nocives les uns que les autres sous prétexte de sciences. Les habitants de cette Angleterre sont complètement amorphes devant cette société qui les prive de leur droit élémentaire : la liberté. La preuve en est est qu’ils attendent avec ferveur le programme radio officiel où la Voix représente le pouvoir suprême détenu par l’ordinateur. Mystification bien évidemment car c’est bien la voix d’un homme.

Un homme va essayer de changer les choses, c’est V (c’est l’homme sur la couverture, un peu comme Guy Fawkes : c’était ce que voulait les deux auteurs). V comme vendetta ou comme V (le chiffre romain). Il a été détenu dans un camp de concentration d’où il a réussi à s’évader. Le début de la bd sera sa vengeance contre les personnes qui l’ont enfermé : ce sont aujourd’hui des grosses huiles dans le régime en place. Il y a la Voix. Il est évident que cela va donc faire vaciller les bases du régime ; il est traité de terroriste. La vengeance de V ne s’arrêtera pas aux personnes qui lui ont fait du mal mais continuera car il prône l’anarchie pour aider l’Angleterre à sortir de là : il y a donc une phase de destruction des institutions en place et la mise en place d’un ordre nouveau, un ordre choisi par les habitants eux-mêmes. Il faut donc qu’ils prennent le pouvoir et donc qu’ils se réveillent. C’est ce que V va essayer de faire en s’adjoignant l’aide d’Evey Hammond, une jeune femme qu’il a sauvé des griffes de la police et qu’il formera à des aspects qui ont disparu de l’Angleterre de cette époque (la culture par exemple).

C’est une réflexion terriblement intelligente qu’on nous présente ici. Les deux auteurs arrivent à présenter de nombreux aspects de la vie d’un pays fasciste et paranoïaque, à présenter les réponses que peut envisager le régime face à la contestation. Il y a des références intéressantes : 1984, Arthur Koestler … Ce qui est vraiment intéressant, c’est l’absence de jugement. Les auteurs n’hésitent pas à employer de grands mots comme anarchie, terrorisme … tout en présentant tous les aspects, positifs comme négatifs. C’est la première fois que je lis un comics où on nous présente une vraie réflexion qui ne sois pas manichéenne. C’est intéressant de voir que les auteurs ont écrit cette bd dans les années 80 où l’Angleterre en devenir leur faisait peur. Ils ne lui voyaient pas d’avenir. Cette bd c’est leur réflexion sur le sujet. C’est donc aussi un texte militant, un texte qui vise à avertir des dangers.

Il est souligné dans la postface dans un entretien avec Alan Moore le travail qui est fait sur la mise en page du livre : on n’expose pas les pensées des personnages et il n’y a pas de blocs narratifs. Je n’avais pas remarqué mais quand je l’ai rouvert ensuite, j’ai été époustouflée qu’on puisse faire passer tant de choses en si peu de textes. Le graphisme et les couleurs sont à mon avis assez datées mais je trouve qu’on s’habitue au fur et à mesure et cela ne dérange plus la lecture (la figure de V est toujours très soignée par contre). Le petit bémol que je mettrais, c’est que j’ai été incapable de reconnaître les visages des personnages secondaires tout au long de ma lecture. Je me suis basée sur le lieu (travail, bar …) pour les reconnaître mais c’est tout. À la lecture, cela ne me dérangeait pas plus que cela mais toujours dans la postface, Alan Moore souligne l’importance de ces personnages secondaires. J’ai eu honte et je me suis promis une seconde lecture.

Je recommande donc.

Références

V pour Vendetta de Alan MOORE (scénario), David Lloyd (dessin) – traduction de Jacques Collin (Urban Vertigo, 2012)

Livre lu dans le cadre des 12 d’Ys – catégorie romans graphiques et intégrales.

Eternity Incorporated de Raphaël Granier de Cassagnac

Quatrième de couverture

Après l’anéantissement de la civilisation par un virus inconnu, une partie de l’humanité survivante a trouvé refuge dans une ville-bulle régentée par un ordinateur central omnipotent : le Processeur.

Isolés du monde extérieur, les habitants de la bulle se retrouvent brutalement séparés de l’ordre lénifiant distribué depuis des siècles.

Trois citoyens, Sean l’artiste drogué proche des opposants au Processeur, Ange la gardienne de la loi prête au sacrifice et Gina l’ingénieur ambitieuse se lancent dans une quête dangereuse des secrets du Processeur et d’eux-mêmes !

Avec une écriture singulière et sans tabou, Raphaël Granier de Cassagnac nous plonge dans une enquête passionnante qui nous dévoile les ressorts impossibles d’une société futuriste se rêvant idéale.

Mon avis

En ce moment, je suis dans les romans qui parlent de société gérée par un nuage, un ordinateur comme si ce n’était pas l’homme qui avait créé ce cerveau artificiel.

C’est donc le cas ici. Des personnes à la suite d’un virus ont créé une bulle où tous les gens qui avaient pu se faire cryogénisé se sont réfugiés après qu’un virus est infecté le reste de la planète. Cette idée venait de la société Eternity Incorporated ; les directeurs sont les membres fondateurs, les Pionniers de la Bulle. Ils avaient prévus que la bulle serait gérée par un Processeur : une machine qui décide des unions, des bébés qui doivent naître, qui assiste les comportements de la vie de tous les jours (la conduite … et même le réveil). Nous sommes des siècles plus tard quand commence le livre. Le Processeur est tombé en panne pour la première fois et on n’arrive pas à le redémarrer. Le livre va analyser les premiers comportements des citoyens de la bulle après ce « drame », à travers le regard de trois personnages. Il nous présente une démocratie assistée par un dictateur numérique. C’est vraiment intéressant et renvoie à pas mal de livre en ce moment sur le sujet (le livre de Éric Sadin est très bien, je le redis). Pourtant, l’auteur propose une vision très personnelle en choisissant d’inviter son propre univers. Une réussite pour cet auteur car il arrive à rendre palpable un monde qui n’existe pas. J’ai été très agréablement surprise.

Ce qui est aussi très intéressant dans ce livre, ce sont les personnages. Ils sont très différents, un est un homme proche des marginaux, un musicien, la seconde fait partie de la brigade qui est chargée de surveiller le monde extérieur (celui qui a été quitté par les pionniers pour rentrer dans la bulle) et la troisième est chargée de la connectique de la bulle et donc des contacts directs avec le Processeur. Les personnages vont donc du moins rigides au plus rigides mais pourtant chacun pourra s’adapter à côtoyer l’autre lors de l’après Grande Panne. Ce qui m’a plu c’est que l’auteur ne cherche pas à en faire trop : les personnages se parlent mais ne deviennent pas amis (comme dans les films américains pour sauver le monde) pour autant. Il y a un côté sobre, je trouve, car chacun conserve sa personnalité. Ils ne se dévoilent pas au cours du livre. C’est ce qui fait que le livre est plus dans la réflexion que dans une description bateau des aventures diverses et variées pour rallumer un processeur.

Raphaël Granier de Cassagnac met la bulle dans une période électorale, un peu comme nous, mais en encore plus violent, avec des discours encore plus tranchées. Je dévoile une partie du livre mais les citoyens, pour qui le Processeur pensait depuis le début de la civilisation, quand ils doivent choisir un candidat, choisissent le candidat qui prône la sécurité même si c’est lui qui organise l’insécurité. Les citoyens sont rassurés par un ordre qu’ils ont perdu ; ils ont juste besoin de rassurer. Sean Factory, le musicien, un des héros de l’histoire, propose une civilisation qui va vers plus de liberté, vers du choix mais les citoyens ne sont pas forcément près.

La conclusion du livre est spéciale (ce sont les pages grises pour ceux qui veulent lire le livre ou qui l’ont lu) mais est surtout très sévère pour le genre humain (la dernière phrase), en général.

Le seul défaut que je reprocherais, c’est que parfois l’écriture de Raphaël Granier de Cassagnac est bavarde. Il y a des moments où je me disais mais avance, mais avance plus vite car il y a un suspense sur la nature du virus, la nature de la panne, le redémarrage du Processeur, les machinations de la présidence de la bulle, les meurtres. Je voulais savoir plus vite et l’auteur partait sur autre chose !

En conclusion, j’ai plutôt beaucoup apprécié.

Références

Eternity Incorporated de Raphaël GRANIER de CASSAGNAC (Mnémos, 2011)

Le site internet du livre.

What happened to Hammond ? de John Russell Fearn

J’ai choisi de lire ce livre parce que … trivialement il coutait 2$69, je ne connaissais pas l’auteur et la couverture était kitch. J’ai découvert ce titre en suivant le conseil du bas de la page relative à Murder in the Library dont je vous ai déjà parlé. J’ai bien fait car ce livre m’a énormément plu et ce pour deux raisons.

C’est un roman policier des plus classiques puisqu’il s’agit d’un mystère en chambre close. Il faut savoir que l’auteur préféré de John Russell Fearn était John Dickson Carr. Ceci explique cela.

L’histoire est assez simple. Un jeune ingénieur en électronique veut épouser la fille d’un riche magnat, le fameux Hammond, qui a fait fortune dans le transport. Après 4 mois d’idylle, il demande la main de la jeune fille à son père. Celui-ci refuse alors qu’il avait semblé d’accord au premier abord. Quand sa fille demande une explication, il lui explique que l’ingénieur est un coureur de dot puisqu’il a demandé 2 millions de livres (c’est un auteur américain qui situe ses mystères à Londres). La jeune fille courre après son prétendant et lui demande une explication. Celui-ci lui promet de lui écrire. Et en effet, elle reçoit une lettre le lendemain lui demandant de se rendre à un rendez-vous secret à 19h30 (l’heure est très importante dans le livre). Bien sûr, elle ne doit rien dire à son père. Elle ne prend donc pas sa voiture mais se propose d’y aller à pied. Elle fait le coup de l’héritière rebelle mais quand un taxi passe, elle le prend. Tout cela l’a fait partir bien avance de chez elle.

Quand elle arrive, elle voit son amoureux partir en voiture précipitamment. Le quartier est glauque et abandonné. La maison est très peu éclairée et semble sans vie. Elle frappe à la porte. Un majordome lui répond. Son amoureux est inconnu au bataillon. Le majordome lui claque la porte au nez. La voilà partie demandé des comptes à l’amoureux au lieu où celui-ci habite. Mais entre temps, le père a reconstitué la lettre qui devait lui être cachée (l’héritière est un peu cruche : on lui demande de détruire une lettre et elle se contente de la déchirer en quelques morceaux et de la jeter à la poubelle de sa chambre). À 19h40, il arrive devant la maison glauque mais lui on le laisse rentrer. À 19h50, on retrouve son corps avec tous les os cassés, les organes internes en vrac à exactement 5 miles de là ! (8km pour les gens comme moi)(tout cela en sachant que le roman a été écrit en 1951 et que l’intrigue est contemporaine). La police reconstitue rapidement les derniers déplacements de la victime puisque il était sous surveillance car il avait reçu des lettres de menace. Ils se retrouvent dans la maison glauque : les sols sont couverts d’une épaisse couche de poussière laissant penser que la maison est inhabitée depuis de longues années, il n’y a aucune ampoule dans la maison, il n’y a pas de rideaux … La première chose que je me suis dite est que les coupables étaient des gens bien stupides car ils avaient inventé une machine qui met de la poussière partout et uniformément. Je croyais que le but était de l’enlever. Comme je suis fan de ce type de roman policier, cela m’aurait déjà amplement suffit.

Le livre est sous-titré par l’éditeur « a scientific novel ». Il faut voir que John Russell Fearn est à la base écrivain de science fiction, dans le sens le plus premier du terme, et est très connu pour cela. Il reprend ici une peur de l’époque pour une technologie émergente : l’électronique (et aussi les recherches sur les atomes, électrons …) et un thème toujours d’actualité : la transmutation des objets. C’est très intéressant car il montre l’incompréhension des non-scientifiques et le fossé qui se creuse avec les scientifiques. Il y a aussi la peur du savant fou, de l’invention qui échappe à tout contrôle. Il ne dévie que très peu de la réalité (c’est un tout petit peu de science fiction donc).

Le prochain livre que je lirais de cet auteur est sans doute The Crimson Rambler qui annoncé comme étant dans la veine des romans de John Dickson Carr (et là sous-titré « a crime novel »). J’ai oublié qu’ici il y a le personnage du Dr. Carruthers qui est le scientifique tout puissant qui dirige le monde des sciences mais explique aussi aux profanes que sont les policiers. C’est je crois le point où l’auteur s’est le plus inspiré de John Dickson Carr.

Références

What happened to Hammond ? de John Russell FEARN (Wildside Press, 2006)

L’oeil du purgatoire de Jacques Spitz

Quatrième de couverture

Vous connaissez le passé, imaginez le futur, redoutez le présent : il vous reste à découvrir le « présent vieilli », ce temps inédit inventé par Jacques Spitz dans un roman phénoménal considéré comme un des classiques du roman d’anticipation français. Son héros, un peintre raté résolu au suicide, va vivre une expérience hors du commun qui le conduira où nul n’est allé : inoculé par un savant fou, un bacille s’est attaqué à sa vue et lui permet de voir le monde et les êtres tels qu’ils seront dans un futur proche. Mais ce qui n’était qu’une étrange expérience devient une aventure effarante lorsqu’il réalise que le temps se dilate et qu’il « voit » de plus en plus en avant. Livre haletant sur le cauchemar d’un homme seul au milieu d’un univers en déréliction, L’œil du purgatoire est un roman unique qui réussit à pousser une logique jusqu’à son extrême limite avec une audace et une intelligence qui ont laissé pantois ses admirateurs. Il est impensable de ne pas proposer de nouveau à ceux qui croient que la littérature, mieux que n’importe quel art, doit nous permettre d’explorer les confins et les mystères de notre imaginaire.

Mon avis

Je continue dans la série roman avec des sciences dedans et/ou écrit par des scientifiques. Mais là, attention coup de cœur de moi ! C’est pour contrebalancer mon autre avis d’aujourd’hui.

J’ai entendu parler de Jacques Spitz (1896-1963) dans l’émission Mauvais Genres et bien sûr, j’ai cherché qui était ce monsieur. J’ai vu que L’Arbre vengeur publiait un de ses livres, je n’ai plus hésité ! Jacques Spitz est un polytechnicien qui a travaillé apparemment une dizaine d’années en tant qu’ingénieur conseil. Ensuite, il s’est consacré à la littérature.

Pourquoi coup de cœur ?

L’idée est brillante. On a déjà écrit sur la vision que l’on a du futur, sur le présent si on modifiait le passé mais à ma connaissance (il faut dire que dans ce genre de littérature, elle est assez faible donc si vous voyez d’autres titres je suis preneuse) jamais sur ce que nous, et uniquement nous, nous deviendront dans le futur. J’ai passé du temps à comprendre pourquoi le narrateur ne voyait pas le futur. Tout simplement parce que ce n’est pas le but. Il ne voit que le futur d’objets ou de personnes existant dans le présent. Cela permet de se rendre compte (pour ceux qui en douteraient) de ce que nous sommes dans l’histoire de la Terre et même de notre propre pays. La réponse est bien sûr pas grand chose (c’est une découverte pour le peintre vaniteux qu’est le narrateur). J’ai adoré l’idée de faire vivre les idées (et non les âmes) plus longtemps que les corps, et de voir la pérennité de certaines idées.

À part l’idée géniale, Jacques Spitz est un écrivain, un vrai, qui peut vous faire passer des émotions, des idées à travers une phrase. Le style est celui de la phrase longue, maîtrisée. Les transitions pour les changements d’idée se font à l’intérieur de la phrase sans en avoir l’air par une maîtrise de la langue française incroyable. Bien sûr, quand un livre m’a plu, je n’ai souligné aucun passage … Mais je l’ouvre pour rédiger ce billet et tout m’éblouit. Par exemple :

« Des coups pareils vous dégoûtent du travail, et de vous même par dessus le marché ! Je suis rentré avec ma toile sous le bras. Si lâche que j’ai essayé de reprendre, de l’éclaircir, de donner ce qu’on attendait de moi. Mais je me suis vite aperçu qu’il éatit impossible de ressembler à l’image que les autres se font de vous, et de guerre lasse, je suis allé faire un tour. » (page 15)

« Rencontré Babar, plein à son ordinaire d’apéritifs et de projets qui n’aboutissent jamais. En deux minutes, il m’a proposé de concourir pour une affiche, de décorer un petit bistrot, de former un groupe de moins de trente ans. Entre chaque projet, il trempait sa trompe dans son verre perpétuel. Moi, les projets ça me fatigue et, si j’en fais, ils ratent toujours. » (page 29)

Ma conclusion sera simple : c’est un livre à lire absolument !

Références

L’œil du purgatoire de Jacques SPITZ (L’Arbre vengeur, 2008)

La sagesse des morts de Rodolfo Martinez

Mon avis hautement intellectuel sur des livres qui le sont tout autant manquait à … une personne, mon frère qui écris des mails en disant que cela fait tant de jour que je ne publie pas. Tout ça combiné au fait qu’il lit un livre tous les deux ans en moyenne (et sélectionné par sa sœur de préférence, en tout cas je l’espère) fait qu’aujourd’hui un avis.

Une phrase pour illustrer tout le bien que je pense de ce livre :

« Le canot de la police dévorait l’eau comme un requin affamé. » (p. 156 pour les curieux)

On comprend bien l’idée de ce que l’auteur voulait comme image. Mais là, la phrase est juste très très … sans sens par exemple. Au dernière nouvelle, un bateau qui dévore l’eau, pour moi, c’est un bateau qui coule. Un requin affamé qui se nourrit d’eau je n’y crois pas non plus parce que j’ai vu Les dents de la mer. À moins qu’il y ait des requins qui vivent (d’amour et) d’eau (fraîche). Tout cela a été débattu par le comité hautement littéraire de mon blog (c’est-à-dire mon frère et mon père, qui lit encore moins que mon frère) et mérite éclaircissement de personnes extérieures. Je compte donc sur vous (oui, oui, je parle à mes deux lecteurs).

Tout cela ne serait pas grave si ce n’était pas symptomatique du livre. En fait, il y a beaucoup de fautes d’orthographe, de fautes de frappes, de tournures étranges. Vous allez me dire « sur ton blog aussi ! » Je suis d’accord mais je n’écris pas de romans.

Ce que la quatrième de couverture ne dit pas (par contre, elle dit , ainsi que la couverture, qu’il va y avoir du Sherlock Holmes : je viens de me rendre compte que je ne l’avais pas dit c’est pour ça que je le rajoute), c’est qu’en réalité, il s’agit de trois courts romans ou nouvelles. Les trois sont liés, je dirais un peu comme d’habitude, par la fameuse malle de Watson. Ce qui change, c’est qu’au lieu d’être retrouvé par un héritier, elle est retrouvé par un ami du narrateur / traducteur dans une brocante à Londres et lui est offerte en cadeaux. Le truc tout à fait crédible, qui se permettrait d’en douter.

Le premier récit est plutôt intéressant car il mêle SH, Watson, le père de Lovecraft, Arthur Conan Doyle et le Necronomicon (je fais ma savante alors que j’ai jamais lu Lovecraft mais Matilda, oui, alors vous pourrez lui poser des questions). Dans l’ensemble, bien construit et bien structuré, ce roman est très sympa à lire. Ce qui est gênant, c’est que finalement, on retrouve beaucoup d’éléments des aventures de Sherlock Holmes, sans note de bas de page les citant, et cela donne une impression de déjà vu assez prégnante. Le narrateur s’en explique à la fin, mais bon, cela donne une impression décevante encore plus. À cela, s’ajoute le fait que le récit est écrit par Watson sans en adopter le style. On comprend bien que c’est l’auteur qui a voulu donner son avis mais c’est lourd. Notamment l’avis sur le deuxième mariage déjà lu ailleurs sans pour autant qu’il y ait de citation de la part de l’auteur.

Le deuxième récit qui est en réalité une longue nouvelle est complètement raté, pourtant cela partait d’une bonne idée puisque il s’agissait de faire revivre Dracula, qui serait chassé par van Helsing, Seward, Sherlock Holmes et Watson. Plutôt bien ! Mais l’auteur a choisi un mode de narration très compliqué puisqu’il mélange les journaux de Seward et Watson sans faire de lien alors que finalement quand c’est fait dans les aventures écrites par Conan Doyle, c’est fait et Watson dit, je vais faire parler telle personne (en tout cas, c’est ce dont je me rappelle).

Le troisième récit lui est une courte nouvelle, de facture classique, qui elle aussi aurait pu être très bien si elle n’avait tourner en ridicule Watson. Sherlock Holmes est à la retraite dans le Sussex, Watson lui envoie un télégramme de Londres pour l’appeler sur une affaire. Le jour d’après, Watson voit à sa porte Billy, le groom du 221B Baker Street, qui lui dit que Sherlock Holmes veut qu’il lui apporte, à lui SH, son courrier en main propre. Et là, on se dit Sherlock est à Londres en toute logique parce que sinon comment Billy ferait mais ça Watson ne le comprend et est encore une fois surpris que Sherlock Holmes est enquêté encore une fois en déguisement. Puis, il y a une autre phrase du genre « j’ai appelé Billy pour lui remettre un télégramme » après nous avoir expliqué que le docteur n’habite plus au 221B Baker Street, je me demande encore où Watson l’a appelé.

Je vous épargne « les escaliers grinçants ».

Si on suit le raisonnement de l’auteur, je préfère très nettement que les aventures de Sherlock Holmes aient été écrites par Conan Doyle que par Watson.

Références

Sherlock Holmes et la sagesse des morts de Rodolfo MARTINEZ – traduit de l’espagnol par Jacques Fuentealba (les éditions Mnémos, 2010)

Le faiseur d'histoire de Stephen Fry

 

Résumé 

Cambridge. Michael Young a enfin fini sa thèse d'Histoire portant sur l'enfance d'Hitler (vous ne pouvez pas savoir comme je l'envie d'avoir fini sa thèse ! Et en plus, il a deux ans d'avance). Il ne lui reste plus qu'à l'apporter à son directeur de thèse pour corrections et que celui-ci l'envoie aux jurys… Manque de chance, ce jour-là, sa copine biologiste vient de le quitter et dans sa case courrier une enveloppe adressée à Léo Zuckermann. Il décide de lui amener en main propre. Entre temps, il décide se venger de la rupture sur la voiture de sa copine. Il fait tomber son manuscrit non relié et là sur le parking, Zuckermann l'aide à ramasser les feuilles éparses. Zuckermann lit le sujet et se montre très intéressé (il était en Allemagne pendant la seconde guerre). Il faut savoir que le monsieur est physicien et vient de construire une sorte de machine à remonter le temps dans le but d'empêcher la boucherie de la seconde guerre. À eux deux, ils décident d'empêcher Hitler de naître d'une manière pour le moins originale (enfin, une thèse qui va servir).

Mon avis

Je ne lis jamais de SF à part si ce sont des uchronies. Comme vous l'aurez compris au résumé, c'est la cas ici. Ce n'est pas du tout du même genre que Archange de Robert Harris : on ne se pose pas la question de "non, ça peut pas être vrai ce qu'il raconte ! oui ?". Ici, c'est plutôt le style qui importe : on y voit tout l'humour et le charme anglais de l'auteur. C'est ce qui fait à mon avis qu'on passe un très bon moment de lecture. 

L'histoire mêle ce qu'on pourrait appeler un classique de l'uchronie : la machine à  remonter le temps et un thème largement traité dans ce style de littérature : la seconde guerre mondiale et qu'aurait-on pu faire pour que Hitler ne commette pas le plus grand génocide de l'Histoire. Est-ce une question d'homme ou d'époque ? Il ne faut pas se le cacher, il y a des textes plus intéressants qui ont été écrits sur le sujet.

Parlons maintenant de l'auteur. Au dire de la quatrième de couverture, c'est quelqu'un de très connu. Il a fallu que je cherche sa photo sur Internet pour me rendre compte que oui en effet je le connaissais. Pour ceux et celles qui regardent Bones, c'est le psy qui soigne Booth après qu'il ait tiré sur le clown (quelle culture, n'est-ce pas ?) C'est aussi un ami de Hughes Laurie (le docteur House) avec qui il a tourné une adaptation des Jeeves de Wodehouse. On parle même de Stephen Fry comme le digne héritier de cet auteur.Au passage, pour un roman érit en 1996, Fry avait "prévu" la reconnaissance vocale et les écrans tactiles. Bien vu !

En conclusion, une lecture forte agréable et distrayante !

Un autre avis

Celui de Nébal

Références

Le faiseur d'histoire de Stephen Fry (La bibliothèque voltaïque – Les Moutons électriques éditeur, 2009)