Trois nouvelles coréennes

Quatrième de couverture

On ne reçoit en France que de trop parcimonieux échos de l’effervescence créatrice qui agite la Corée depuis la chute de la dictature, il y a une vingtaine d’années. Le cinéma coréen, dont les écrans français donnent de temps à autre un aperçu, fournit de saisissants témoignages de cet audacieux dynamisme, que connaît aussi la littérature, notamment dans le domaine des nouvelles longues.

Les trois textes réunis dans ce recueil saisissent sur le vif un quotidien très contemporain, celui des auteurs, tous nés après 1970 ; ils affichent aussi un goût prononcé pour la dérision et des situations au burlesque parfois déjanté.

Deux pied-nickelés se retrouvent emprisonnés à l’intérieur de la chambre forte qu’ils étaient en train de dévaliser et attendent que la police vienne  les délivrer ; un chanteur frustré incapable de chanter en rythme dans la chorale de son lycée se met à courir les karaokés pour enregistrer les voix de casseroles ; enfin, « J’étais un maquereau », de Kim Tae-yong, qui donne son titre au volume, est aussi la première et unique phrase que s’avère capable d’écrire un homme subjugué par la page blanche… Ou comment se faire une idée de la Corée contemporaine.

Mon avis

J’ai sûrement été conditionné par la quatrième de couverture et surtout que je lis peu de littérature asiatique mais j’ai trouvé justement que ces trois nouvelles étaient très différentes de ce que l’on pouvait lire d’habitude. Généralement, il y a une manière de raconter qui est différente par rapport à des littératures occidentales (française ou autres). Ici, ce n’est pas le cas en tout cas pour le mode de la narration et pour la première nouvelle du recueil.

Les trois nouvelles ont à mon avis un point commun : le désenchantement. Chacun des personnages n’attend rien de sa vie (les braqueurs bras-cassés, le vieux qui était maquereau ; même le copain du gars qui chante faux, à quarante ans, est déjà blasé). Le héros de la deuxième nouvelle a atteint son objectif en montrant à ses camarades que l’on peut survivre en chantant faux et on se demande : et après ? Il a attendu vingt ans pour réaliser cela et a orienté toute sa vie là-dessus. Dans la première nouvelle, on a à faire avec deux bras-cassés qui ont ouvert un coffre d’une banque un vendredi soir avec l’aide d’une pauvre fille. Malheureusement, la porte se referme par accident. Les trois se se retrouvent enfermer tout le week-end dans le coffre. Les deux garçons qui ont un casier ne sont pas trop d’illusions sur le sort mais la jeune va être prête à tout pour s’en sortir, quitte à se vendre. L’auteur nous présente cela comme quelque chose de « normal », ou plus exactement de « pas si grave ». Ils sont blasés. La troisième nouvelle est la plus triste et la plus réussie aussi. Le vieux, le maquereau, ne sait ni lire ni écrire ; la jeune fille qui s’occupe de lui va lui apprendre. Il va dès lors se retrouver comme bloquer sur son passé (qu’il nous raconte au travers du prisme de la figure du père et d’un livre) car il n’arrivera pas à la coucher sur le papier (il n’arrive pas à s’en décharger). Je ne vous parle pas de la jeune fille qui couche avec le vieux.

Finalement, je m’interroge sur ce que je dois penser de la Corée d’aujourd’hui (ne regardant pas beaucoup de films, je ne peux même pas me baser sur une quelconque culture cinématographique). Je vous demande donc conseils : quels sont vos expériences avec la littérature coréenne ? Avez-vous ressenti la même chose ?

Références

Recueil de trois nouvelles :

  • Prisonniers de la chambre forte de Kim EON-SOO
  • D le décalé de Kim JUNG-HYUK
  • J’étais un maquereau de Kim TAE-YONG

Les trois nouvelles ont été traduites dans le cadre des ateliers de traduction organisés par l’Institut coréen de la traduction littéraire.

Éditions Cartouche, 2011

7 réflexions au sujet de « Trois nouvelles coréennes »

  1. De Corée je n’ai lu que trois livres et je suis d’accord avec toi c’est différent…
    Je te conseillerais Voler ! du moine Jaeyon qui explique les principes bouddhiques au travers des aventures d’un petit canard qui veut sortir de sa basse cours, c’est chez Picquier pour les grands et illustrés 🙂

    Je suis bien tentée par ce recueil tellement j’aime les nouvelles, je note !

  2. J’avais vu ce titre en librairie mais le 4e de couverture ne m’avait pas convaincue. Votre billet est intéressant. Je crois que la seule auteure coréenne que j’ai lu est Shin Kyung-sook (son roman « Prends soin de maman »); j’avais pas mal aimé mais moins que les auteurs japonais. Sinon, j’ai aussi lu « La bicyclette rouge », un manhwa de Kim Dong Hwa (bien mais répétitif). Bref, j’y connais rien en littérature coréenne :-S

  3. J’avais lu deux truc jeunesse aussi toujours chez Picquier, Féline de BU Hui-ryeong, sympa et aussi Si j’étais Fifi Brindacier de Yoo Eun-sil, qui est bien et qui je pense te plairait parce que l’héroïne devient monomaniaque de l’auteur de Fifi Brindacier et cherche partout ses autres livres traduit en coréen 🙂

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