Instruction aux domestiques de Jonathan Swift

Quatrième de couverture

« Si une poignée de suie tombe dans la soupière, et qu’il ne soit pas commode de l’en retirer, mélangez-la bien, cela donnera à la soupe un haut goût français. » Dans les Instructions aux domestiques, Swift raille le ton des ouvrages de bonnes manières et passe en revue avec pétulance, les règles qui gouvernent la vie des gens de maison, du sommelier au groom, de la gouvernante à la cuisinière.

Mon avis

C’est un livre assez court (dans cette édition 120 pages à peu près), très drôle à lire sur le moment. L’auteur y montre encore une fois son sens de la formule. Il commence par des instructions générales concernant tous les domestiques puis il enchaîne par les sommeliers, les cuisinières, les laquais, les cochers, les valets de salle, des intendants, des régisseurs, des portiers, des femmes de chambre, des femmes de charge, des filles de service, des filles de laiterie, des bonnes d’enfant, des nourrices, des blanchisseuses, des femmes de charge (une deuxième fois. Pourquoi ?), des institutrices, des gouvernantes. Si vous faites partie des six dernières catégories, faites attention, ce n’est qu’esquissé Swift n’a pas eu le temps de finir. J’avoue avoir été surprise que l’on puisse avoir autant de personnels différents dans une maison. Je croyais qu’il y avait les dames à l’intérieur qui faisaient le ménage, la cuisinière, l’homme à tout faire et le jardinier : cela ne me faisait que quatre catégories. Quand j’aurais un château, je me souviendrais de tout ça. C’est moi qui vous le dis.

Ce qui faut retenir c’est que c’est vraiment très drôle. Mais il n’y a pas le propos comme dans Modeste proposition… dont je vous parlais l’autre jour. Pour l’époque, sa position devait être assez extraordinaire mais maintenant et à notre époque, elle le paraît moins. Il ne reste donc que le texte. Cela suffit pour passer un très bon moment et admirer l’esprit de Swift. Finalement, vous découvrez un peu plus un auteur plutôt qu’un bon livre. C’est le léger bémol que je mettrais.

Un exemple de l’humour pince-sans-rire de Swift

Instructions à la nourrice

S’il vous arrive de laisser tomber un enfant et de l’estropier, ne l’avouez jamais, car s’il meurt vous êtes sauvée.

Faites en sorte d’être grosse aussitôt que possible, tandis que vous nourrissez, afin d’être prête à prendre une autre place quand votre nourrice mourra ou sera sevré.

Livre lu dans le cadre du challenge English Classics de Karine:)

Références

Instructions aux domestiques de Jonathan SWIFT – édition et traduction d’Émile Pons avec la collaboration de Jacques et Maurice Pons et de Bénédicte Lilamand – préface de Régine Dethambel (Mercure de France, 1997)

Modeste proposition … de Jonathan Swift

Quatrième de couverture

On connaît Jonathan Swift (1667-1745) comme l’auteur des Voyages de Gulliver. On connaît moins, en revanche, le féroce pamphlétaire, d’un humour et d’une radicalité que les situationnistes n’auraient pas reniés. Puisque chacun doit contribuer à la richesse commune, il pousse la logique à son terme : les pauvres et leurs enfants doivent être réinsérés dans le cycle économique ; la mendicité doit être rationalisée. Quitte à ce que cela soit de la plus folle manière.

Mon avis

Le litre complet de la première nouvelle est Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public.

Jonathan Swift, en proposant que l’on mange une majorité des enfants d’un an, la nourriture étant payé au parent pendant cette année, proposition volontairement grotesque, cherche à attirer l’attention sur ce qui se passe en Irlande au moment où il écrit. Il sait à mon avis pertinemment qu’en proposant des idées consensuelles sur l’éradication de la pauvreté, personne n’écoutera et surtout n’agira. Avant de lire cette nouvelle, j’avais lu des critiques qui insistaient sur le point de vue farfelu et grotesque sans indiquer la teneur militante du propos. L’auteur donne d’ailleurs le pays fautif de ce qui se passe en Irlande : c’est l’Angleterre et explique comment on en est arrivé là.

Quelques extraits :

En ce qui me concerne, je me suis épuisé des années durant à proposer des théories vaines, futiles et utopiques, et j’avais perdu tout espoir de succès quand, par bonheur, je suis tombé sur ce plan qui, bien qu’étant complètement nouveau, possède quelque chose de solide et de réel, n’exige que peu d’efforts et aucune dépense, peut être entièrement exécuté par nous-mêmes et grâce auquel nous ne courrons pas le moindre risque de mécontenter l’Angleterre. Car ce type de produit ne peut être exporté, la viande d’enfant étant trop tendre pour supporter un long séjour dans le sel, encore que je pourrais nommer un pays qui se ferait plaisir de dévorer notre nation, même sans sel.

Je conjure les hommes d’État qui sont opposés à ma proposition, et assez hardis peut-être pour tenter d’apporter une autre réponse, d’aller auparavant demander aux parents de ces mortels s’ils ne regarderaient pas aujourd’hui comme un grand bonheur d’avoir été vendus comme viande de boucherie à l’âge d’un an, de la manière que je prescris, et d’avoir évité ainsi toute la série d’infortunes par lesquelles ils ont passé jusqu’ici, l’oppression des propriétaires, l’impossibilité de régler leurs termes sans argent ni travail, les privations de toutes sortes, sans toit ni vêtement pour les protéger des rigueurs de l’hiver, et la perspective inévitable de léguer pareille misère, ou pire encore, à leur progéniture, génération après génération.

Le deuxième texte est moins marquant. Il est intitulé Proposition d’attribution d’insignes aux mendiants de toutes les paroisses de Dublin par le doyen de Saint-Patrick. Jonathan s’approprie l’idée, dans l’idée de mieux en prouver l’absurdité, que chaque paroisse doit s’occuper uniquement de ses propres pauvres et pas de tout ceux qui arrivent sur leur territoire. Ils faut donc les marquer avec des insignes. Le texte est moins percutant car il y a moins l’idée choc pour marquer les esprits. De même le texte est moins inspiré, plus didactique.

Livre lu dans le cadre du challenge « English Classics » de Karine:)

Références

Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public suivi de Proposition d’attribution d’insignes aux mendiants de toutes les paroisses de Dublin par le doyen de Saint-Patrick de Jonathan SWIFT – traduction de l’anglais par Lili Sztajn et Thierry Gillyboeuf – postface de Gilles Tordjman – illustrations de Marion Bataille – couverture de Olivier Fontvieille (éditions Mille et une nuits, novembre 1995 – septembre 2001, réédité en 2009)

Le géant invisible de Bram Stoker

Quatrième de couverture

Bram Stoker (1847-1912), auteur du célèbre Dracula, vécut toute sa vie dans la souffrance de l’exil. Une grande partie de son oeuvre est traversée par l’effroi qu’il éprouve devant une Angleterre vampirisant sa terre d’Irlande. Épidémies, fléaux mystérieux et créatures monstrueuses sont autant de métaphores d’un mal venu d’ailleurs : l’opression du peuple irlandais par l’Angleterre.

Le géant invisible, recueil de trois textes, témoigne de ce sentiment de domination.

Mon avis

En réalité, il s’agit ici de deux textes de Bram Stoker et un de sa mère Charlotte.

Le recueil commence par celui-ci intitulé Une nouvelle peste. Paradoxalement, c’est celui que j’ai trouvé le plus effrayant. Il s’agit d’une lettre écrite en 1875. Elle raconte la venue de la peste en 1832 à Sligo, où vivait alors Charlotte âgée de quatorze ans. C’est très bien écrit et comme je le disais il fait peur car il décrit des faits réels et surtout des actes commis par des humains en situation de crise (enterré quelqu’un que l’on sait vivant par exemple, cassé les os d’un homme grand pour qu’il puisse rentrer dans le cercueil alors que lui aussi est vivant, traîné les malades dans les escaliers quitte à les faire mourir d’une fracture du crâne plutôt que de la maladie). Au passage, on « rappelle » dans le livre que Charlotte Stoker était ce que l’on peut appeler une femme de tête. Mère de sept enfants, « elle s’est illustrée de façon remarquable comme l’une des premières suffragettes d’Irlande, s’attachant notamment à la défense des filles-mères, sujet alors tabou en Irlande ».

Le deuxième texte du recueil , c’est donc Le géant invisible. Bram Stoker transpose sous forme de conte l’histoire racontée par sa mère. Une petite fille, orpheline, amie des oiseaux car elle a la même voix qu’eux, habite un pays où le géant a été exterminé. Les habitants ont depuis une vie des plus dissolues. Un jour, elle voit un nouveau géant arrivé mais elle est seule à le voir. Elle prévient tout le monde mais personne ne la croit sauf un vieil homme. Arrivera ce qui devait arrivé : le géant est en réalité la peste et décime toute la ville avant de s’en aller. Alain Puzzuoli voit dans cette nouvelle une image de l’oppression de l’Angleterre par l’Irlande. À mon avis (et surtout au vue de ses arguments), c’est une interprétation qui se tient bien et qui rend la nouvelle intéressante à relire. En effet à la première lecture, on a plutôt l’impression d’un texte pour enfants. Il est à noter que Le géant invisible était déjà paru en France chez Corti dans le recueil Au delà du crépuscule, recueil initialement écrit pour le fils de Bram Stoker. C’est un recueil qui a l’air décrit d’être bourré d’image de ce type.

Le troisième texte est en réalité le chapitre trois du premier livre de Bram Stoker The Snake’s Pass (mais le texte a été publié la première fois sous la forme d’une nouvelle ce qui justifie la parution ici). Le texte est intitulé Le prêteur d’argent et c’est justement l’histoire d’un prêteur d’argent qui vampirise son voisin en lui volant sa terre à l’aide d’un subtile stratagème. Là encore, Puzzuoli fait remarquer que le vocabulaire employé laisse à penser que le prêteur d’argent symbolise cette Angleterre qui dépouille l’Irlande. C’est le texte qui m’a le plus frustré car on sent qu’il manque quelque chose, en gros le reste de l’histoire. En effet, ici c’est un extrait du chapitre trois (et pas la nouvelle) qui a été traduit donc il y a des éléments en trop et d’autres (comme une belle chute) qui manquent.

En conclusion, c’est un recueil différent de L’homme de Shorrox, qui ne me marquera pas plus que ça, mais qui me donne une folle envie de lire Au delà du crépuscule, Le scarabée de Richard Marsh et L’anneau de Toth d’Arthur Conan Doyle (suite à un commentaire qui rapproche ces œuvres de La Pierre de Lune (« un personnage venu d’un pays lointain apporte le mal en Angleterre »).

Livre lu dans le cadre du challenge « English Classics » de Karine:).

Références

Le géant invisible suivi de Le Prêteur d’argent – en préambule Une nouvelle peste par Charlotte Stoker – traduction de l’anglais par Jean-Pierre Krémer – postface de Alain Pozzuoli (éditions Mille et une nuits, 2001)

L'homme de Shorrox de Bram Stoker

Quatrième de couverture

Avant d’imaginer la figure monstrueuse de Dracula qui frappa tous les esprits, Bram Stoker (1847-1912) s’est essayé avec bonheur à distiller la peur dans ses nouvelles. En véritable géographe de l’intime, il transpose ses angoisses dans une multiplicité de décors et de genres : peur du spectre de la mort dans L’homme de Shorrox (inédit) ; peur éprouvé par un équipage avant l’attaque de cruels pirates malais dans La Palissade rouge ; imminence de l’engloutissement qui provoque les confessions de voyageurs dans La Crainte de la mort (inédit). Pour Stoker, la condition humaine est engluement dont seuls souffrance et héroïsme peuvent délivrer.

Mon avis

Découverte de Bram Stoker pour moi et je ressors enchantée de ce recueil de trois nouvelles. Ce n’est pas un coup de cœur mais l’écriture est agréable et ce sont des vrais nouvelles. Je rappelle que pour moi une « vraie » nouvelle c’est un nouvelle où les personnages sont décrits avec leurs traits principaux, où il y a une vrai chute (en gros, une nouvelle qui est un roman en plus court ; cela ne me plaît pas). Pour le coup, ces trois nouvelles qui composent ce recueil sont des vraies nouvelles.

Le texte de L’homme de Shorrox est plein d’humour. Il s’agit d’une sorte de farce irlandais. Un hôtelier est assassiné par erreur. On commence déjà à sourire par le ton employé par Bram Stoker pour nous décrire ça. La belle veuve, que tout le monde convoite, reste seule pour gérer l’hôtel. Un jour un Anglais, employé de Shorrox, arrive et demande la plus belle chambre. Manque de chance, elle est réservée par … un cadavre.

La Palissade rouge parle de la prise d’un fort malais de pirates par des anglais. Ce qui vaut dans cette nouvelle d’aventures, c’est la montée du suspense. On ressent la peur des marins … Haletant !

La Crainte de la mort n’est pas vraiment une nouvelle car elle est en réalité extraite des souvenirs de Bram Stoker des tournées américaines du Lyceum Theatre. La troupe a subit de nombreux phénomènes météorologiques dont par exemple, un train bloqué au milieu d’un fleuve (?). Les comédiens ont pensé qu’ils allaient mourir. Cela entraîne des confessions. Mais comme ce sont des comédiens leurs confessions sont plus des représentations. Bram Stoker s’en moque gentiment.

En conclusion, trois nouvelles aux styles différents qui donnent envie d’en savoir plus !

Livre lu dans le cadre du challenge « English Classics » de Karine:).

Références

L’homme de Shorrox suivi de La Palissade Rouge et de Dans la crainte de la mort de Bram STOKER – traduit de l’anglais par Jean-Pierre Krémer – postface par Alain Pozzuli (Éditions Mille et une nuits, 2001)

Les enfants de la nuit de Frank Delaney

Quatrième de couverture

Michael Newman, architecte londonien renommé, a vécu une relation passionnelle avec madeleine, une femme fragile et mystérieuse, de quinze ans son aînée, dont il ne connaissait rien, ni son histoire ni son passé. Sans doute était-elle la femme de sa vie, mais il l’a compris trop tard : Madeleine a été assassinée dans d’étranges circonstances.

Trois ans plus tard, Michael, qui ne s’est toujours pas remis de ce drame, prend quelques jours de repos dans un hôtel en Suisse. C’est là qu’il fait la connaissance d’un couple de riches hongrois, qui lui montrent quelques photos de la villa qu’ils sont en train de restaurer en Italie. Sur l’une d’entre elles, Michael reconnaît une tour Eiffel en améthyste, une pièce unique créée pour Madeleine, le seul objet dérobé par l’assassin après le meurtre.

Dès lors Michael, devenu la proie d’une série d’agressions, décide de lever le voile sur les secrets de Madeleine et de reprendre l’enquête sur sa mort. C’est le début d’un ténébreux voyage qui, de Londres à Venise en passant par New York et Athènes, le conduira au cœur du cauchemar nazi et de ses expériences les plus inhumaines.

Dans un style à la puissance d’évocation remarquable, Les Enfants de la nuit pose des questions fondamentales sur la relation entre l’Histoire et les destinées individuelles, la nature du mal, les traumatismes et la résilience, sans jamais se départir d’un suspense qui bien vite tourne à l’obsession. Thriller d’exception aux multiples rebondissements, à la tension omniprésente, il est apparu comme un véritable coup de tonnerre dans le paysage éditorial anglo-saxon lors de sa parution.

Mon avis

C’est une très jolie quatrième de couverture (ce commentaire est pour Keisha : il n’y a pas de problème avec celle-là, tu peux la lire), qui n’en dévoile ni trop ni pas assez. Le seul problème c’est que le héros c’est Nicholas pas Michael. De là à vous dire que la personne qui l’a rédigée regardait trop la Ferme de notre première chaîne nationale, il n’y a qu’un pas mais je ne le franchirais pas !

Une fois que vous avez été bien intéressée par la quatrième de couverture, vous ouvrez le livre. Le début est un peu lent. Mais, à la page 50, Nicholas se lave les cheveux à l’acide (on soupçonne les hongrois), se fait vider ses comptes … On se dit : « ah, ouais quand même ». À la page 100, on tente de l’immoler par le feu. Là, j’ai lancé les paris avec toute ma famille pour savoir si Nicholas arriverait entier au bout des 560 pages. Figurez-vous que oui ! À la page 150, rien. À la page 200, on veut l’étouffer avec un sac en plastique rempli de poudre. Après, il y a bien une autre tentative avec des parpaings mais après il se fait peur c’est tout.

Avec l’acide, Nicholas se doute qu’il a mis le doigt sur un gros truc avec cette histoire de tour Eiffel. Après le feu, il reçoit des explications et là commence vraiment le thriller psychologique. Vous avez envie de savoir la suite, les rebondissements sont intéressants et inattendus. L’histoire est originale et n’aborde pas le régime nazi de manière conventionnelle. Tout cela en fait un fait un bon livre (je ne l’ai pas lâché pendant deux jours).

Il y a cependant deux choses (en fait trois, mais la troisième est anecdotique et c’est moi qui n’avait pas compris) qui m’ont un peu gênées. La première est le fait que la base historique du roman n’est pas assez exploitée (à mon goût). Finalement, les abominations du régime nazi décrites auraient pu être commises pas d’autres (on ne parle pas de camps de concentration ici). Cela m’a fait notamment penser à la série télé Le Caméléon. La deuxième c’est le fait (aussi à mon goût) que Frank Delaney n’arrive pas à camper ses personnages. Le narrateur est donc Nicholas Newman. Il y a un tel décalage entre ce qu’il dit être (un gigolo qui n’arrive pas à s’engager ni même à aimer) et ses actions et même ses pensées (il passe son temps à s’interroger sur lui-même) que je n’ai pas réussi à y croire. Les personnages secondaires sont décrits par une seule caractéristique, ce qui les rend trop lisses, surtout les policiers ou assimilés : Christian avec l’ironie subtile d’un éléphant conjugué à celle d’un mammouth et d’un hippopotame (aujourd’hui j’ai décidé de parler d’animaux et de ferme africaine), le Dr. Pankratikos digne d’un grand maître zen. La troisième chose c’est la chronologie. Naïvement, je pensais que c’était une histoire qui se passait dans les années 2000. Alors quand pour « rentre rapidement » de Suisse à Londres, il prend sa voiture puis le ferry. Cela choque un peu. En fait à ce moment là on est en 1991. Madeleine a été assassinée en 1988. Dans la suite du roman, on apprend que Nicholas prend le concorde (pourquoi n’a-t-il pas pris l’avion pour rentrer de Suisse ? mystère et boule de gomme).

Ce qu’il faut voir c’est que Les enfants de la nuit démarre une tétralogie (c’est ce que dit le rabat de la quatrième de couverture ; pour l’instant il n’y en a que trois (je pense;) paru au Royaume-Uni) dont Nicholas Newman sera le personnage récurrent. Ce premier tome a le défaut qu’ont souvent les premiers tomes de série : l’installation des personnages est un peu laborieuses.

Ce n’est à mon avis donc pas très grave car comme je vous l’ai dit, je n’ai pas lâché le livre (pour une fois il s’agit vraiment d’un thriller) pendant deux jours et je lirai le deuxième tome quand il sortira.

En conclusion, un bon roman même si le sujet est difficile.

Livre lu dans le cadre d’un partenariat de  Blog-o-book (que je remercie comme d’habitude de tous ces livres) avec Le Cherche Midi (que je remercie pour l’envoi).

D’autres avis

Un avis enthousiaste de Biblio !

Références

Les enfants de la nuit de Frank DELANEY – traduit de l’anglais (Irlande) par Hubert Tézenas (Le Cherche Midi, 2010)

L'adultère d'Elzabeth Bowen

Autant Barbara Pym m’a enthousiasmé, autant Elizabeth Bowen me laisse perplexe (voire un peu froide). Je m’attendais à un peu de sulfureux avec un titre pareil (après j’ai regardé le titre en anglais cela ne correspondait pas trop : Friends and Relations, titre qui correspond beaucoup plus au livre). Avec mes yeux d’aujourd’hui le mot sulfureux a un autre sens que celui qu’il avait en 1931, date de publication du livre.

Voilà l’histoire : Elfrida, mère d’Edward, a quitté son mari, alors que son fils n’avait que cinq ans, pour aller avec Considine, une sorte de fougueux aventurier qui voyage un peu partout dans le monde surtout en Afrique. Vous allez me dire : « mais le voilà l’adultère ! » Sachez que je ne l’ai compris qu’à la page 150 car le roman ne commence pas par là et même que ses événements ne seront jamais décrits, il n’y aura que des allusions.

Donc, comme je le disais, le roman commence vingt ans plus tard lors du mariage d’Edward avec Laurel. On comprend rapidement que le marié aurait préféré épouser la soeur de la mariée Janet, ou est-ce le contraire Janet aurait beaucoup aimé épouser Edward je ne sais pas. Mais en tout cas le couple Edward/Laurel c’est un couple de second choix. À ce mariage, on rencontre Theodora, une fille de quinze ans qui revient de Suisse et est un peu perturbée. Elle découvre cette ambivalence et va chercher à s’en servir pour rentrer dans le cercle familial. Cela ne marchera pas. Pour se « venger », Janet part à la recherche d’un mari 1) parce que tout le monde dit qu’elle va finir vielle fille. 2) parce qu’elle a déjà une idée sur qui elle va mettre le grapin : le neveu de Considine, Rodney (qui est charmant je doit dire). Tout le monde est extrêmement choqué (moi j’avoue que je ne l’étais pas trop) mais le mariage se fera quand même.

Nous voilà dix ans plus tard. Edward et Laurel ont eu deux enfants : Anna et Simon. Janet et Rodney ont eu une fille Hermione. Considine habite de temps en temps avec ces derniers, dans un magnifique domaine à la campagne, quand il revient d’Afrique. Pour ce séjour ci, il y a exceptionnellement les enfants d’Edward et Laurel qui sortent tous les deux de maladie. Là dessus arrive Elfrida qui a fait je ne me rappelle plus quoi dans son appartement. Et re là-dessus arrive Théodora pour foutre la m**** en écrivant à Laurel que Elfrida et Considine débauche ses enfants car ils auraient repris leurs relations (parce que j’ai peut être oubliée de le dire mais ils l’avaient arrêtés. Edward arrive pour reprendre ses enfants. On comprend alors qu’Edward, outre d’avoir un comportement passablement agité, n’est peut être pas aussi clair que ça. Il ne serait pas seulement l’enfant traumatisé par le divorce de ses parents et les infidélités de sa mère …

Déjà l’histoire est un peu compliquée, mais Elizabeth Bowen ne facilite pas notre vie de lecteur. Ces personnages sont plus qu’étranges : il n’y en a pas un qui ne le soit pas (peut être les parents de Janet et Laurel mais c’est tout). Ils font des répliques complètement décousues. Tout se passe comme si je vous disais que le steack était bon au marché ce matin et que vous me répondiez que vous avez mangé du riz hier. Vous êtes bien dans la thématique mais alors le rapport reste assez mystérieux. C’étaient comme si ils étaient tous au bord du falaise et qu’ils se regardaient mutuellement pour savoir qui va tomber le premier : il y a une atmosphère de défi, de non-dits que l’on ne peut pas comprendre car tout nous est décrit de manière très distanciée par Elizabeth Bowen.

De plus son écriture a vieilli je pense que l’on pourrait dire. Les images employées tombent comme un cheveu sur la soupe. Par exemple, pour l’auteur, il fait noir comme dans l’intérieur d’un appareil photo ou bien encore

Tandis que l’histoire de Mrs Bowles se poursuivait, rassemblant des années de bavardages sur une solide base d’ennui, comme sur une quenouille, Laurel fut gagnée par une nostalgie aiguë de son adolescence.

Les paroles de Mrs Bowles glissaient sans fin, comme un vieux poisson hébété au bord d’une charette à bras.

Il me reste Emmeline dans ma PAL ; j’espère être plus convaincue ou au moins savoir si c’est l’auteur qui ne me convient pas (je comprends que cela puisse plaire à d’autres) ou si c’est quelque chose dans la traduction … J’en reparlerai sûrement.

Livre lu dans le cadre du The portrait of a Lady swap de Lou et Titine.

Références

L’adultère d’Elizabeth BOWEN – traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch (Rivages poche, 2002)

Les disparus de Dublin de Benjamin Black

L’auteur, Benjamin Black, est le pseudonyme de John Banville, celui de La mer. Personnellement, j’avais adoré ce livre, si ce n’est adulé (en simplifié pour moi c’est un chef d’oeuvre). J’ai aussi adoré ce livre mais par contre dans ma tête, il est bien clair que Les disparus de Dublin ne joue pas au même niveau. Ici, on a plutôt affaire à un très bon diverstissement.

Le personnage principal, c’est Quirke (apparemment il sera récurrent dans les livres de Benjamin Black). Il est médecin légiste à Dublin dans les années cinquante. Il est grand, bourru, alcoolique, fumeur … Irlandais quoi (je suis une fille pleine de préjugés 🙂 ). Niveau famille : il est orphelin, recueillie par Grant Griffin, juge de son état, qui lui-même a un fils Malachy, qui lui même a une femme Sarah. Les deux derniers ont ensemble une fille Phoebe. Quirke est veud de Delia, morte en couche, vingt ans plus tôt. Détail non négligeable c’est la soeur de Sarah.

Ces histoires amoureuses ont commencé comme ça : Quirke et Malachy sont partis aux Etats-Unis il y a vingt ans pour une année chez un grand amis de Grant : Crawford (le prénom m’échappe, désolée). Celui-ci a deux filles : Sarah et Delia. Quirke veut Sarah mais couche avec Delia (comme quoi les hommes …)

Je pense vous avoir situé tous les personnages à part Rose, Andy et Claire et aussi les membres de l’Église irlandaise et bostonienne. Je vous en dévoilerai un peu beaucoup alors.

Pour ce qui est de l’intrigue : Quirke arrive un jour dans son bureau et trouve Malachy, gynécologue de son état, en train de falsifier un rapport de décès. Celui de Christine Falls, morte d’un embolie pulmonaire. Quirke ne dit trop rien mais s’aperçoit rapidement que cette fille est en réalité morte en accouchant d’une petite fille. La question qu’il se pose est où est la petite fille ? Est-elle morte ou vivante ? Il met alors le doigt dans une histoire glauque d’enlèvements d’enfants (de trafic en réalité avec les États-Unis) par des membres de l’Église irlandais, dont plusieurs membres de sa famille.

Comme je vous le disais, j’ai passé un excellent moment de lecture. C’est un page-turner si on reprend l’expression de la quatrième de couverture . Il y a plein d’intrigues, de rebondissements. Par contre c’est un roman noir (d’où le pseudo de l’auteur) mais pas un roman policier. Il n’y a pas d’enquête à proprement dit. Par contre, on peut reprocher au livre les défauts des premiers volumes de série ; l’auteur essaye de garder du suspense sur la vie du personnage principal et prend du temps à décrire les personnages qui seront récurrents. Par contre il faut noter le soucis du détail dans les descriptions des personnages (récurrents ou pas) que vous pouvez pratiquement visualiser. Mais là c’est l’auteur de romans et non de romans noirs qui écrit à mon avis.

Je dois cette lecture aux dames de Blog-o-book. Merci beaucoup !!!

 

Deux autres avis

Ceux de Mango (je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer les infichus) et de Madame Charlotte.

Références

Les disparus de Dublin de Benjamin BLACK – traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch (Nil, 2010)

Un Noël en famille de Jennifer Johnston

Quatrième de couverture

Porté par l’écriture exquise de Jennifer Johnston, un roman aussi poignant que délicat sur les liens familiaux, l’amour et le temps qui passe. Une histoire bouleversante, parsemée de subtiles références shakespeariennes, par une des plus brillantes romancières irlandais.

Lorsque, après un terrible accident de voiture, Henry, la cinquantaine, se réveille sur son lit d’hôpital, il ne peut se rappeler ce qui l’a conduit là. Très mal en point, il a du mal à situer ceux qui défilent à son chevet : est-il encore marié à cette femme très autoritaire ? N’était-il pas fâché avec sa fille ? Son fils lui cacherait-il quelque chose ? Son frère serait-il revenu du Canada ? Que devient sa mère, artiste excentrique et déboussolée ? Et qui est Sebastien, ce très bel homme qui le veille nuit et jour ?

Au fur et à mesure que son corps se répare, ses souvenirs reviennent, d’insécurité, d’urgence, qui ont fait tant tot aux siens.

Il faudra encore un peu de temps, un évènement dramatique et la magie d’un soir de Noël pour que Henry parvienne enfin à renouer les liens distendus avec sa famille…

Mon avis

J’adore Jennifer Johnston donc quand un de ses romans sort, j’ai tendance à me précipiter. Jennifer Johnston c’est des histoires de famille, en Irlande, toujours de gens un peu perdus, qui se retrouvent à la fin du livre. Jennifer Johnston c’est aussi une écriture qui emporte. Elle est toujours simple mais par un je-ne-sais-quoi elle vous apporte des petites étoiles dans les yeux. On n’est pas triste en lisant un roman de cette auteure même si l’histoire est triste. Si vous n’avez pas encore découvert ses livres, n’hésitez pas mais par contre pas avec ce livre.

Ici, à mon avis, ce n’est pas un de ses meilleurs opus. Elle avait une histoire de base très intéressante, même si déjà traitée ailleurs. J. Johnston s’est surtout intéressée à la reconstruction de la cellule familiale autour du malade, quitte à laisser des points intéressants dans l’ombre. L’impression que j’ai eu c’est qu’elle n’était pas allée chercher assez loin ; les faits du passé sont un peu vite oubliés (c’est ce qui à mon avis donne l’impression d’excentricité du livre), la fin est un peu brutale … Pour ce qui est de l’écriture, c’est toujours bien (c’est ce qui m’a permis de lire le livre jusqu’au bout) mais je mets un bémol : tous les « mon chéri », « ma chère », « ma belle » … a toutes les sauces c’est très très lourd. On ne comprend pas pourquoi ils se donnent tous ces petits noms. Je ne sais pas si en anglais cela donne mieux. Cela rend les dialogues assez difficiles à suivre.

En conclusion, un roman plutôt pas mal mais je n’en garderai pas un souvenir au delà de deux semaines. Il me reste deux Jennifer Johnston dans ma PAL, mais des anciens : ce sera sûrement mieux …

Références

Un Noël en blanc de Jennifer Johnston – traduit de l’anglais (Irlande) par Anne Damour (Belfond, 2009)

Les enquêtes de Jack Taylor par Ken Bruen

Le titre du billet est un peu péremptoire car je ne vais en fait parler que de deux des enquêtes de Jack Taylor par Ken Bruen. En réalité, il y en a six, toutes publiées dans la collection Série Noire chez Gallimard (les quatre premières sont disponibles en Folio policier) :

  • Delirium tremens
  • Toxic Blues
  • Le martyre des Magdalènes
  • Le dramaturge
  • La main droite du diable
  • Chemins de croix.

Vous pouvez regarder les billets de Yvon qui lui a lu tous les livres. Parce que bien évidemment moi c’est la première enquête de Jack Taylor que je lisais et j’ai commencé par la sixième.

Quatrième de couverture

Jack Taylor sème la souffrance et la mort dans son sillage. Ses proches en sont les premières victimes. Le seul espoir de rédemption qu’il lui reste, Cody, qu’il a récemment adopté comme son propre fils, est à l’hôpital, plongé dans le coma. Il y a toujours Ridg, la policière, son amie de longue date mais leur relation n’a rien de particulièrement orthodoxe. Quand elle lui apprend qu’un jeune homme a été crucifié à Galway, il accepte de l’aider à retrouver le meurtrier.

Son enquête plonge Jack dans les bas-fonds oubliés de sa ville natale. Il y rencontre des fantômes, morts et vivants. Tous veulent obtenir de lui quelque chose mais Jack n’est pas certain d’être encore en mesure de donner. Peut-être devrait-il partir pour de bon, prendre ce qu’il possède et quitter la ville comme tout le monde donne l’impression de le faire. Mais quand la soeur du garçon assassiné meurt à son tour, brûlée vive, Jack décide qu’il lui faut traquer l’auteur de ces crimes jusqu’au bout, même s’il doit pour cela faire justice lui-même…

Mon avis

Si je ne considérais que mes impressions au cours de la lecture, cela donnerait

  1. Jack Taylor n’est pas plus enquêteur que moi. Par contre, il a un pouvoir de divination extraordinaire. Ici, il n’y a donc ni enquête, ni rebondissement, ni fausses pistes car Jack Taylor, dans le seul mystère dont il s’occupe, devine tout tout de suite. Dans celui qu’il délègue (un obscur vol de chiens), il va cherche midi à quatorze heures alors que c’est tout simple.
  2. Jack Taylor se dit malheureux. N’est-il pas plutôt heureux de son sort (si on ne considère pas les morts qu’il y a autour de lui) ? Il n’est pas fait pour vivre avec une femme et des enfants…
  3. C’est qui tous ces gens qui interviennent dans le roman ?

Si maintenant je regarde objectivement et « à froid » ma lecture (j’ai entendu cette expression aujourd’hui… je me suis demandée si cela correspondait à une lecture dans une chambre froide), j’en viens à me dire que les Jack Taylor sont publiés dans la série noire. Malgré le sous-titre, il faut passer outre l’enquête mais considérer le « noire » comme la description d’une société dans ce qu’elle peut avoir de sordide, de glauque et pour ce qui est de l’Irlande en particulier, des laissez-pour-comptes du miracle économique (bien sûr, on parle d’avant la crise). Jack n’est pas malheureux mais plutôt en colère contre cette nouvelle société irlandaise. Gamin de Galway, il se rappelle de « l’avant », des gens qui n’étaient pas forcément riches mais heureux. Il dénonce notamment les spéculateurs immobiliers qui dénature le centre de la ville. On a ici un véritable roman noir : la description d’une ville que l’on ne voit pas quand on est touriste (pour avoir visiter Galway, je vous en parle en tout état de cause).

Pour ce qui est des personnages secondaires, c’est la seul bémol que l’on peut adresser à Ken Bruen. Il a considéré que le lecteur de cette sixième aventure connaissait déjà Jack Taylor et donc qu’il n’avait pas besoin de détailler les personnages. Cela donne des personnages secondaires qui manque de profondeurs. Toujours objectivement, j’ai tourné les pages sans m’en rendre compte. Pour confirmer ces impressions, je suis allée dans ma librairie de quartier (qui contient toutes les réponses) et je me suis retrouvée avec Le martyre des Magdalènes dans mon petit sac.

La quatrième de couverture de cet ouvrage est la suivante :

Lessivé, rincé par sa dernière enquête, l’ancien flic de Galway Jack Taylor tente d’en faire passer le goût amer en éclusant des pintes de Guinness. Alors qu’il se répète à qui veut bien l’entendre qu’on ne l’y reprendra plus, il est contrait par un caïd psychotique à retrouver « l’ange des Magdalènes ». Cette bonne soeur aurait, dans les années soixante, sauvé des jeunes filles mises au ban de la société dans le sinistre couvent des Magdalènes. Filles-mères reniées de tous, ces femmes y travaillaient comme blanchsseuses dans d’effroyables conditions pour s’y laver de leurs péchés, et cela même si elles avaient été violées par un frère, un père ou un voisin. Ce qui s’annonçait comme une mission rédemptrice va vite se transformer en chemin de croix. Le martyre de Jack Taylor ne fait que commencer.

J’ai trouvé ce livre absolument admirable dans sa construction. Il y a toujours deux enquêtes parallèles mais ici Ken Bruen met en scène deux sociétés : celle d’avant et celle d’après. Il dénonce dans l’enquête des Magdalènes la société ultrareligieuse des années soixante et dans l’enquête « moderne » une société qui ressemble aux séries américaines (la jeune femme tue son vieux mari pour hériter). Comme dans Chemins de croix, Jack Taylor se montre un enquêteur pas incorruptible (comprenez n’agissant pas forcément dans la légalité) mais il garde toujours ses principes.

Dans ce livre, c’est l’apparition des personnages que l’on retrouve dans Chemins de croix. Et là, j’ai compris quelque chose que beaucoup d’entre vous ont déjà compris : il vaut mieux lire les séries dans l’ordre chronologique de leur rédaction!

Chemins de croix est chroniqué dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio.

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Références

Chemins de croix de Ken BRUEN – traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Bondil (Série noire – Gallimard, 2009)

Le martyre des Magdalènes de Ken BRUEN – traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Bondil (Folio Policier, 2008)

La maison inhabitée de Mrs Riddell

Quatrième de couverture

On a pu dire de Mrs. Riddell qu’elle était « a born story-teller ». À juste titre : elle possédait une technique narrative très personnelle qui l’apparenterait un peu à Alexandre Dumas, capable d’improviser un drame romantique en une soirée.

Charlotte Elizabeth Lawson Cowan est née le 30 septembre 1832, à Carrickfergus, près de Belfast. Après une enfance très heureuse, elle épouse Joseph Hadley Riddell dont elle adoptera les initiales et le nom pour son pseudonyme le plus fréquent ; elle assurera jusqu’à la mort de son mari la charge financière (Mr. Riddell est régulièrement ruiné à la bourse) et intellectuelle du ménage.

Après quelques essais infructueux auprès des éditeurs, dans les années soixante, Mrs. Riddell passe pour une auteure avec qui il faut compter. En 1864, elle publie son roman le plus marquant : George Geith of Fen Court, un des très grands succès de librairie des années 60-70 ; en 1866, elle ose reconnaître son sexe. À partir de cette année, elle signera tous ses romans Mrs. J(oseph) H(adley) Riddell.

En 1867, elle devient (en partie) propriétaire et rédactrice en chef du Home Magazine et, surtout, du St. James’s Magazine, une revue littéraire parmi les plus prestigieuses de l’époque.

C’est en 1873 que Mrs. Riddell se hasarde à un premier roman fantastique : Fairy Water. Le fantôme d’une femme hante Craw Hall et influence tous les habitants, dont la santé décline jusqu’à la mort. Dans un contexte très propice au genre (la plupart des auteurs victoriens de l’époque se sont frottés au fantastique), Riddell récidive avec son chef-d’oeuvre La maison inhabitée, mais elle s’éloigne des sentiers battus. Par la nature protéiforme des apparitions de son fantôme d’abord et par l’habile métonymie qui sous- tend le roman ensuite : c’est toute la maison inhabitée, bien plus que le mort lui-même, qui hante l’esprit du narrateur.

En outre, ses descriptions précises de la vie des protagonistes, les portraits psychologiques font de La Maison inhabitée un roman réaliste dont l’aspect fantastique est surtout un moyen de conserver au récit toute sa tension jusqu’à la conclusion.

Mon avis

Une quatrième de couverture, rédigée par le traducteur, comme l’est la postface très intéressante, vous apprend beaucoup sur l’auteur, ses autres oeuvres (même si elle n’insiste pas beaucoup sur la partie ne traitant pas des fantômes à mon avis) mais pas sur celle que l’on a dans les mains ! À moi de combler cette lacune sans trop vous en raconter.

Le narrateur est un jeune homme employé dans le cabinet d’un sollicitor, Mr Craven. Dans ce cabinet, il y a une cliente très particulière mais très réjouissante (dans le sens qu’elle est source facile de moquerie) Miss Blake. Celle-ci a chargé Mr Craven de louer la maison que sa nièce a hérité après le suicide de son père. Le problème est que tous les locataires fuient cette maison. Il y a un fantôme qui perturbent leur nuit. À force ça revient cher à Mr Craven (lui ne croit pas aux apparitions) qui avance de sa poche de l’argent à Miss Blake (lui le fait parce qu’il était secrètement amoureux de sa soeur). Le jour où il découvre que Miss Blake connaissait le problème avec la maison, il lui propose de vivre seule dans celle-ci pendant six mois pour prouver aux futurs locataires qu’il n’y a aucun problème. Celle-ci refuse et propose que ce soit plutôt l’assistant de Mr. Craven qui y aille (il sera payé ; ça tombe bien car il est amoureux de la nièce de Miss Blake). Commence alors une enquête pour découvrir si il y a oui ou non fantôme, et si oui ce qu’il veut.

J’ai apprécié ce texte, assez court car de moins de 200 pages, mais je n’en ferai pas un chef-d’oeuvre comme le dit la quatrième de couverture. Il est plaisant de suivre les aventures du jeune narrateur mais je trouve qu’on ne peut pas juger facilement l’innovation de ce texte (on voit beaucoup trop de fantômes). Si il n’y avait pas la postface, je vous aurais dit que c’est un livre avec une histoire de fantôme mêlant une enquête policière mais que finalement on pouvait lire cela ailleurs. Ce qui en fait cependant un texte où on ne s’ennuie pas c’est l’humour so english du narrateur : on sourit de bout en bout quand on ne frissonne pas du vent qui frappe la maison déserte.

En conclusion, un texte qui ne me marquera pas par son originalité mais qui est cependant plaisant à lire, l’ambiance étant très anglaise. Seul un autre livre est disponible en français mais aussi de genre fantastique : Une terrible vengeance. Cela ne permet pas de voir les autre facettes de l’oeuvre de cette femme qui vu sa biographie avait l’air d’être un sacré personnage !

Références

La maison inhabitée de Mrs. J.H. Riddell – traduction de Jacques Finné (José Corti – Domaine Romantique, 2003)