Sous la neige, nos pas de Laurence Biberfeld

Encore un livre que j’ai découvert grâce au compte Twitter Quatre Sans Quatre (@4sanswebzine) du site du même nom. Vous pouvez lire leur chronique sur ce lien. Vous devriez comprendre facilement pourquoi j’ai voulu lire ce livre : l’avis est excellent et surtout le choix de la photo ne pouvait que me convaincre.

On est en Lozère, sur le plateau de la Margeride, dans un petit village déserté par les femmes (il en reste quand même un peu mais elles ne pensent qu’à partir) ; seuls restent les hommes pour affronter des conditions de vie très difficiles. Événement notable : en août 1983 vient s’installer une jeune institutrice et sa petite fille, Juliette (cela fera trois enfants dans l’école en tout et pour tout, c’était une tout autre époque visiblement). Elles fuient la région parisienne : les loyers trop chers pour une mère nouvellement célibataire mais aussi les galères de la banlieue (drogue, violence…). Cette installation est censée permettre à Juliette, au caractère particulier et bien trempé, de se développer sans soucis.

Elles sont, assez rapidement, soutenus par les habitants du village, qui se prennent d’affection pour les deux nouvelles habitantes. Elles ne feront cependant jamais partie entièrement du village, la population les observant toujours comme des étrangères (les réunions avec le curé qui prédit les problèmes…) Deux hommes vont s’occuper plus particulièrement des deux nouvelles arrivantes : Lucien, le vieux voisin, et le cafetier (le village voit passer beaucoup de routier à cause de la mine toute proche). Ils sont là pour l’épauler lors des rigueurs climatiques de l’hiver mais aussi lorsque les problèmes de la ville vont s’immiscer dans leur nouvelle vie. Ce qui est assez intéressant est que comme je le disais, elles ne sont pas intégrées comme membres à part entière du village et le village va donc décider de régler les problèmes de l’institutrice sans lui en parler, en se basant juste sur leurs observations.

L’auteur va donc raconter séparément l’histoire du point de vue des habitants du village, en faisant intervenir l’institutrice pour préciser ou corriger des faits. Le récit de cette dernière se situe temporellement le plus souvent en 2015, au moment où elle est clouée sur un lit d’hôpital par un cancer, se remémorant un peu dans le brouillard ces deux années de sa vie.

Concernant l’histoire, j’ai trouvé que c’était assez réaliste dans le sens où on lit souvent dans les journaux que contrairement à une idée reçue, les petites villes mais aussi les campagnes ne sont pas épargnées par les problèmes de (petite) délinquance, les habitants ne faisant ici que se défendre pour éviter justement l’arrivée de ces problèmes sur leur plateau (et garder leur institutrice aussi). Il y a un moment où j’ai eu du mal à y croire ou sinon, je me demande combien de cadavres sont en train de pourrir en terre, en France, en dehors des cimetières (mais pourtant, là aussi, les faits divers donnent à penser que tout est possible). Pour moi, l’histoire du roman vaut surtout pour l’ambiance noire qui se dégage mais aussi pour la description des relations entre les habitants, extrêmement réussie à mon avis. En conclusion, c’est donc un très bon roman noir !

Ce qui m’a enchantée : les descriptions de la nature et des conditions météorologiques. Je ne connais pas pour la plupart les arbres, les animaux … dont parle l’auteur, mais je peux vous dire que j’y étais. Je sentais la neige arrivée, le ciel bas, le renouveau du printemps… Je complète donc ma conclusion : c’est donc un très bon roman noir qui en vaut la peine !

Références

Sous la neige, nos pas de Laurence BIBERFELD (La Manufacture de Livres / collection Territori, 2017)

Les sirènes d’Alexandrie de François Weerts

LesSirenesDAlexandrieFrancoisWeertsDepuis que nous sommes revenus de vacances, tout est en train de se casser dans la maison : le tuyau d’arrosage, les water-cooling des ordinateurs, mon SSD portable, mon SSD d’ordinateur, la chasse d’eau (oui même elle ….), mais surtout Internet.

Mais nous avons enfin récupéré un semblant d’internet après un mois et demi. La connexion est très ralentie mais elle fonctionne beaucoup mieux. On ne sait pas si c’est de la faute du fournisseur d’accès ou de France Telecom. En attendant mon frère et mon père, on changé beaucoup de matériel à l’intérieur de la maison. Je suppose que tout le monde connaît cela un jour ou l’autre. Mais en attendant, je n’ai pas rédigé de billets car les rares fois où je voulais, la connexion s’est interrompue et j’avais perdu une grosse partie du billet. J’arrêtais donc à chaque fois car courage et persévérance ne sont pas mes seconds prénoms.

Qu’ai-je fait donc pendant cette coupure d’internet ? Ben internet, mais avec mon téléphone (pour faire des MOOC sur Apache Spark), lu (pas forcément des choses très brillantes mais j’en parlerai quand même car ce sont des lectures en allemand que la prof nous a conseillées pour ne pas perdre tout notre allemand pendant les vacances), travaillé pour le Goethe-Zertifikat B2 (c’est à la fin de l’année mais mieux vaut si prendre à l’avance (si quelqu’un l’a déjà passé, j’aimerais qu’il me donne ses trucs pour le Leseverstehen 3)) et accessoirement travaillé. Et là, ce n’est pas la joie car j’ai rédigé un rapport pendant tout le mois et tous les gens qui me connaissent savent que quand je rédige un rapport c’est la complète dépression et le très grand désespoir et surtout que ce n’est pas la peine de me demander de rédiger autre chose. Ce qui explique mon peu de motivation pour rédiger des billets aussi …. Mais c’est bientôt fini. Il ne me reste que des corrections mineures à faire et accessoirement me prétendre spécialiste en géologie mais je peux gérer cela car je vois le bout du tunnel ! D’où billet !

Je ne sais pas si vous suivez le compte Twitter d’Actes Sud mais cet été ils proposent de découvrir 62 pays à travers des livres de leurs collections. Plusieurs fois par semaine, ils proposent un pays et présentent quelques livres écrits par des auteurs de ce pays. Vous vous doutez que j’adore le concept parce que c’est la manière dont j’aime lire. L’autre jour, c’était la Belgique. Ils ont proposé de découvrir un roman noir, le premier roman de François Weerts, Les Sirènes d’Alexandrie. Comme cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de roman noir, je l’ai emprunté à la bibliothèque pour le lire très vite finalement.

On est en 1984 à Bruxelles. Antoine Daillez, tout jeune journaliste, fait ses premières armes aux faits divers, en tant que pigiste. Autant dire qu’il court après toutes les histoires un peu glauque qui se passe dans la ville, de la torture du poisson rouge par un enfant sadique (là c’est moi qui invente) aux crimes sanglants. Ce sont ces derniers qui font le plus vendre, bien évidemment ! Alors, quand un policier du rail l’appelle pour lui donner un tuyau, il n’hésite pas, même si cela lui semble peu intéressant : un suicide sur les voies de chemin de fer. Quand il arrive sur les lieux, il trouve des vieilles connaissances dont Martial Chaidron, flic à la brigade des mœurs, mais aussi une affaire beaucoup plus intéressante que prévu : un meurtre. Une vieille femme écrasée par un train alors qu’elle était ligotée aux rails. On ne peut douter qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Peu troublé par les faits, en vieux de la vieille, les policiers en profitent pour féliciter Antoine de son tout nouvel héritage : un « lieu de plaisir », L’Alexandrie. En réalité, il est propriétaire de l’immeuble et le commerce qu’il y a dedans, c’est le lieu de plaisir. Il ne s’occupe donc pas du commerce en lui-même.

Ne fréquentant pas ces lieux habituellement, Antoine accepte la proposition de Martial de l’accompagner pour faire connaissance avec les lieux. Quand ils arrivent sur place, plusieurs skinheads sont en train d’attaquer le commerce et sont arrêtés dans leurs méfaits par les hommes de main d’un autre patron de « lieux de plaisirs », Monaco, qui lui ressemble plutôt à un mac. Plus tard, on apprend que la vieille dame sur les rails était la locataire du premier étage de l’immeuble d’Antoine, que cette locataire recevait souvent la visite du grand-père de celui-ci. Puis, L’Alexandrie se fait de nouveau attaquer mais cette fois-ci, personne n’intervient et cela tourne mal. La patronne du bar est blessée sérieusement. Il ne faut pas être d’une grande intelligence pour remarquer que les problèmes ont commencé après la mort du grand-père et que la clef du mystère se trouve dans l’immeuble de L’Alexandrie visiblement (au deuxième étage plus exactement).

Antoine et Martial, assisté de Piotr Bogdanovitch, historien de son état, vont devoir remonter très loin l’histoire du grand-père, les menant jusqu’à un parti d’extrême-droite flamand et à la violence qui va avec.

J’ai beaucoup aimé ce livre, pas vraiment pour son histoire, plutôt sur tout ce qu’il m’a appris sur l’histoire architecturale bruxelloise et l’histoire belge en général.

Il s’agit bien ici d’un roman noir, et pas d’un roman policier donc il n’y a pas d’enquête. L’ambiance est donc sombre ; on rencontre très peu de personnes gentilles, croquant la vie à pleines dents (peut être la patronne du bar, et encore). On traîne dans des milieux peu recommandables, de la petite délinquance à la plus grande, sans trop passer devant les gens qui vont travailler tout simplement. Une sorte de Bruxelles parallèle en quelque sorte. L’enchaînement des événements est cohérent en lui-même, mais on ne peut pas franchement dire vraisemblable.

Par contre, ces événements entraînent l’auteur a raconté beaucoup de choses sur l’histoire belge, et en particulier sur le mouvement indépendantiste wallon. C’est extrêmement intéressant pour quelqu’un d’extérieur. L’histoire se déroulant principalement à Bruxelles, on découvre une autre ville : les commentaires sur l’architecture (pas forcément du goût de l’auteur visiblement) ne manquent pas, entre autre sur ces quartiers de la prostitution complètement délabrés, sur l’architecture art-nouveau, sur le palais de justice. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cet autre Bruxelles, ce Bruxelles d’avant et pas forcément celui des touristes. C’est une des grandes réussites du livre, arriver à retranscrire l’ambiance d’une ville. C’est d’ailleurs un des talents de l’auteur puisqu’il arrive aussi à bien faire sentir l’ambiance dans la police et plus généralement entre tous ces personnages.

L’auteur a sorti en 2015 une autre histoire dont le personnage principal est encore Antoine Daillez. Je me demande comment il a pu enchaîner avec un deuxième tome, vu la fin qu’il donne à ce volume-ci. Avez-vous lu cette seconde histoire ? Est-ce qu’elle vaut cet épisode-ci ?

Références

Les Sirènes d’Alexandrie de François WEERTS (Actes noirs / Actes Sud, 2008)

Le convoyeur du IIIe Reich de C.J. Box

LeConvoyeurDuIIIeReichCJBoxJ’ai pris ce tout petit livre à la bibliothèque à cause du titre, en rapport avec la Seconde Guerre mondiale. Je n’ai donc pas les mêmes avis que sur Amazon, où les gens parlent plus ou moins d’arnaques car le livre est très très court et coûte 8 euros (en ce moment, il est à 2,99 euros en version électronique, pour ceux que cela intéresse).

J’ai beaucoup aimé cette courte nouvelle, non pas à cause du contexte historique, mais grâce la tempête de neige qui est décrite à l’intérieur du livre. L’histoire commence par l’attaque, à son domicile, d’un vieil avocat (et accessoirement de son chien) par deux « bandits ». Le but est de le kidnapper avec son jeu de clés et de le forcer à ouvrir un chalet (c’est une grosse maison en fait, mais c’est dans la montagne). On apprendra dans le texte qui sont ces deux bandits, qui possédait cette grosse maison dans la montagne et surtout qu’est qu’on peut y trouver.

On ne va jamais en Allemagne de toute la nouvelle et elle se passe dans un temps contemporain. Cela vous donne un peu une idée du lien ténu qu’il peut y avoir avec le IIIe Reich (2 pages environ). L’auteur s’est inspiré librement d’une brève trouvée dans un journal et donc vraisemblablement, il n’a pas trouvé de matières supplémentaires pour faire un roman historique (c’est plus ou moins ce qu’il précise dans l’interview en postface).

Par contre, pendant toute la nouvelle, on reste dans le Wyoming, en plein hiver et surtout en pleine tempête de neige. J’y étais totalement. En très peu de pages, l’auteur arrive à faire ressentir la peur de l’avocat, la stupidité des deux bandits, l’absence de visibilité, l’accélération de la tempête, la voiture avançant au pas dans un climat de fin du monde, les dérapages non contrôlés. C’est juste extraordinaire.

Je sais que C.J. Box écrivait des romans policiers mais je ne sais rien dessus. Est-ce que cela passe toujours dans le Wyoming ? Je demande parce que dans l’interview de fin, il dit qu’il s’est fixé comme but de décrire sa région et de lui rendre hommage. En lisant les résumés des autres livres, cela ne m’a pas inspiré mais peut-être pouvez-vous me donner des conseils par rapport à ce qui m’a plu dans ce livre-ci ? … Je ne suis pas chicaneuse sur l’histoire si le contexte est aussi bon.

Références

Le convoyeur du IIIe Reich de C.J. BOX – traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Weill (Ombres noires, 2014)

L’enfer de Church Street de Jake Hinkson

LEnferDeChurchStreetJakeHinksonJ’ai vu cette nouvelle collection sur plusieurs blogs mais j’avais résisté, toujours à cause du fameux Sukkwan Island, aux éditions Gallmeister. Sauf que je suis allée au Divan à Paris. Et il était dans les coups de cœur des libraires. J’ai donc acheté le livre et l’ai lu rapidement. Et c’était du pur bonheur ! Vraiment.

Je l’ai commencé mardi, en lisant les 150 premières pages, et terminé mercredi, en lisant les 80 dernières. Cela m’a confirmé que les transports en commun (surtout les gens qui sont dedans en fait) gâchaient mes lectures parce que sur les 80 dernières pages, j’en ai lu 50 dans le RER et 30 à la maison. J’ai trouvé que pour les cinquante pages le rythme avait changé, que cela s’essoufflait, qu’il n’y avait plus d’humour alors que pour les trente dernières pages, cela reprenait. Ce qui n’a absolument aucun sens. J’en suis donc venue à la conclusion que c’était un problème de concentration. Je vous raconte tout cela car je me suis achetée un nouveau carnet de lecture où il faut noter tous ces éléments qui peuvent jouer sur l’avis que l’on peut se faire d’un livre.

Commençons maintenant. La première partie est une sorte de courte introduction. Un homme en fuite tente de braquer quelqu’un pour manger et avancer dans sa fuite. Après avoir écarté plusieurs proies potentielles, il porte son choix sur Geoffrey Webb, un homme obèse qui semble facile à braquer. Celui-ci se révèle en réalité très difficile à braquer car il a du bagou. Il persuade notre braqueur de monter avec lui pour faire un bout de route, le temps qu’il lui raconte son histoire. À la fin du trajet, il lui donnera tout son argent (3000 dollars tout de même).

Le braqueur accepte d’aller à destination, c’est-à-dire Little Rock en Arkansas. La confession commence. Geoffrey Webb n’a pas toujours été l’homme qu’il est aujourd’hui. Un jour, il a été jeune et fringant ! Si, si ! Il a eu une enfance difficile, a un jour été emmené dans une église baptiste par un oncle où il a découvert sa vocation, inspiré par le Frère Leonard : entrée en religion mais non par conviction. Jugez plutôt :

J’avais aussi découvert une profession. Le Frère Leonard devint mon modèle, et en le regardant travailler pendant les années qui suivirent je commençai à comprendre que son boulot était une arnaque écœurante.

Le ministère peut être un métier dur, j’en suis sûr. Les prêtres voient les gens dans leurs pires moments, et on fait parfois appel à eux pour jouer les médiateurs dans des litiges d’une rare violence et être les témoins des plus affreuses tragédies humaines. On attend d’eux qu’ils apportent la lumière dans les ténèbres les plus obscures.

Mais c’est exactement la raison pour laquelle la religion, pour l’essentiel, est une escroquerie. En dépit de toute son histoire et de son prestige, de tous les bâtiments construits pour l’honorer et de tout le sang versé pour la diffuser, la religion n’a rien de différent de la lecture des lignes de la main ou de l’interprétation du marc de café.

Leonard, l’homme au grand cœur et au large sourire, ne travaillait probablement pas plus de trois heures par semaine. Mais il était payé comme s’il en faisait cinquante ! Il entretenait une femme et deux enfants adolescents en lisant des histoires de la Bible le mercredi soir. Cet aspect ne fut pas sans importance à mes yeux.

Cela me frappa de plein fouet, comme une inspiration divine. La religion est le boulot le plus génial jamais inventé, parce que personne ne perd d’argent en prétendant parler à l’homme invisible installé là-haut. Les gens croient déjà en lui. Ils acceptent déjà le fait qu’ils lui doivent de l’argent, et ils pensent même qu’ils brûleront en enfer s’ils ne le paient pas. Celui qui n’arrive pas à faire de l’argent dans le business de la religion n’a vraiment rien compris.

Donc une fois sa vocation déterminée, il ne lui reste plus qu’à faire les études qui vont avec et trouver un travail. C’est ce qu’il va faire avec brio, en se retrouvant après quelques années aumônier à Little Rock, Arkansas, dans une église baptiste gérée par Frère Card. Il est en charge du groupe des jeunes, et en particulier d’animer une réunion le mercredi soir. Il fait la connaissance de Frère Card, de sa femme, de leur fille Angela mais aussi des paroissiens qui sont soit des bien pensants en puissance ou des trafiquants. Les premiers sont bernés par le bagou de Webb mais les seconds le percent assez rapidement à jour. Par contre, on ne rencontre pas beaucoup de « gens normaux » dans ce livre.

Comme vous l’aurez vu à la couverture, il s’agit d’un roman noir. Il y aura donc des crimes et des meurtres (et pour le coup vraiment beaucoup), mais cela je ne vais pas vous en parler.

Le roman en lui-même est excellent : l’histoire, les personnages … Tout est absolument original et personnel. Trois éléments m’ont particulièrement intéressée dans ma lecture : l’humour de l’auteur et le rythme qu’il donne à son récit mais aussi le thème de la religion traitée de manière si irrévérencieuse (j’espère que vous l’avez vu à l’extrait).

L’auteur a un humour un peu pince sans rire. Ce n’est pas la franche rigolade mais plutôt une remarque, une manière de dire quelque chose qui détend l’atmosphère. Cela fait sourire pendant la lecture. C’est donc un peu comme du sport. Le rythme est ce qui m’a tout de suite scotché au livre. Les idées et les actions fusent sans pause. Je vous mets le premier paragraphe pour que vous puissiez juger :

Je travaillais depuis trois semaines dans une usine de plastiques dans le Mississippi lorsque le contremaître – un bouseux à la dentition en décapsuleur du nom de Cyrus Broadway – commit l’erreur de me traiter de connard feignant. Alors bon, je suis peut-être feignant, mais je suis aussi méchant comme une teigne. J’ai fréquenté des prisons et des cellules de dégrisement partout dans ce pays, depuis les cachots poussièreux à la frontière du désert Mojave jusqu’aux cabanes humides sur une île au large de la côte du Maine. Et personne ne peut m’insulter impunément, même si, pour ce gars-là, ce n’est qu’une plaisanterie. Le temps qu’on me sépare de Cyrus Broadway, je lui avais tellement écrasé la gueule qu’elle n’était plus de la chair à saucisse. Ses grandes dents de cheval étaient dispersées sur le sol de l’atelier, à côté de lui.

Je ne me suis pas donné la peine d’attendre les flics du Mississippi pour leur raconter. Je suis parti le soir même. J’ai traversé la Louisiane en catimini, je me suis infiltré au Texas, et j’ai fini par me retrouver à traîner autour d’une station Texaco à la sortie de Sallisaw, dans l’Oklahoma.

Je pense que cet extrait permet aussi de voir l’art de l’auteur pour dresser des portraits, situer des personnages.

J’espère que vous avez aussi été, comme moi, frappé par la manière de traiter la religion. J’ai déjà lu des ouvrages qui critiquent ou qui dénoncent en montrant, mais je n’avais jamais lu ce genre de phrase, surtout dans le livre d’un auteur américain. C’est irrévérencieux et assez violent (on peut diverger sur le fait que cela soit vrai ou non). Il y a une sacrée liberté de ton pour le coup. Cela a l’air assez caractéristique de cette collection car je suis en train d’en lire un autre, Cry Father de Benjamin Whitmer et c’est un peu la même chose.

Je vous recommande donc très fortement ce roman noir, sauf si la religion est un élément très important de votre vie et sur lequel vous ne supportez pas que l’on parle.

L’avis de Sibylline sur Lecture/Écriture.

Références

L’enfer de Church Street de Jake HINKSON – traduit de l’américain par Sophie Aslanides (Neonoir/Gallmeister, 2015)

Promenade du crime de Peter Guttridge

PromenadeDuCrimePeterGuttridgeJe recommence à ne plus réécrire de billets régulièrement. Je pense que cela vient du fait que j’ai repris les cours d’allemand la semaine dernière. Cela m’a bien déprimé aussi car le groupe a changé en partie et il y a forcément des gens que j’aime moins que les autres. Voilà quand même un billet !

J’avais ce livre dans ma liseuse depuis sa sortie en grand format. Je l’ai ressorti l’autre jour parce que j’ai vu que le troisième tome était sorti. Comme vous pouvez le voir sur la couverture, il s’agit en effet d’une trilogie, la Trilogie de Brighton et ici, c’est le premier volume. Après lecture, je peux vous dire que j’ai bien fait d’attendre car clairement il n’y a aucune réponse à la fin de ce livre et pourtant le livre ne cesse de poser des questions.

L’histoire consiste en deux enquêtes une actuelle et une passée, une sorte de cold case.

L’enquête actuelle

Le livre s’ouvre sur une scène d’assaut. La police assiège une maison, où elle suppose trouver un homme qu’elle recherche. Le quartier est maintenu par des familles de malfrat. Les forces de l’ordre se base sur le tuyau d’un indicateur et sont donc sur d’elles. Sarah Gilchrist fait partie de l’équipe d’intervention. Elle sent tout de suite le coup fourrée ou plutôt l’opération mal préparée. La suite lui donnera raison car quatre personnes seront abattues sans raison par la police et l’homme recherché ne se trouve pas dedans. Ce carnage provoquera deux nuits d’émeute. Robert Watts, gros bonnet des forces de l’ordre de Brighton, non présent (et même pas au courant) au moment des faits, prend tout de suite la défense de ses hommes. Cela provoque un tollé car on suppose que la police va couvrir ses arrières. Pour calmer le feu, on oblige Bob Watts a démissionné, sans auparavant avoir démoli son mariage avec Molly en dévoilant publiquement sa relation d’un soir avec Sarah Gilchrist. Sauf que Bob croit à la conspiration et il est teigneux. Le voilà donc parti en campagne pour comprendre ce qui s’est passé ce soir-là. Il sera aidé par Tingley, un ami qu’il a connu pendant sa période militaire, et par Sarah. Il est conforté dans son idée par le fait que plusieurs officiers impliqués ce soir-là sont tués et les autres menacés. De plus, ses supérieurs étouffent l’affaire en obligeant les personnes restantes à démissionner pour raison de santé.

Le cold case

Kate est la fille d’un politique, « ami » de Bob Watts. Elle travaille à la radio locale. Un jour, elle reçoit un coup de fil du propriétaire d’un hôtel qui dit avoir retrouvé les anciens dossiers d’un meurtre datant de 1934, le meurtre à la malle. On avait trouvé les bouts de corps d’une femme, découpée donc, en gare de Brighton (dans une malle) et de Londres (je ne me rappelle plus laquelle). Elle va consulter les dossiers dans l’idée d’en faire une émission rétrospective. Elle se prend de passion pour ce cas et décide de plus ou moins enquêter. Elle demande l’assistance de Bob Watts qui n’a plus rien à faire puisqu’il a été viré. Leurs enquêtes mettra au jour que le grand-père de Kate et le père de Bob (toujours vivant et écrivain de romans policiers), alors policiers, ont été mêlés de très près à l’enquête.

Mon avis

Clairement, le livre est mal écrit (ou il y a un problème dans la traduction, je ne sais pas). On suit trois personnes : Kate, Bob et Sarah. Pour Bob, on est au « je » et pour les deux autres, à la troisième personne du singulier. Le changement de point de vue se fait à l’intérieur d’un chapitre. Il faut quelques lignes pour comprendre qu’on a changé de personnages. Ce mode de narration est perturbant dans ce contexte car cela casse le rythme, pourtant haletant tout au long du roman, et en plus cela paraît complètement artificiel comme découpage. Par exemple, il y a, dans certains cas, des cliffangers à la fin des paragraphes

C’est par contre un roman qu’on ne lâche pas facilement. Les personnages sont très bien campés, tant au niveau du physique que du caractère. Comme je l’ai vu dans beaucoup de billet, la réussite de l’auteur est la description de Brighton. Pour moi, Brighton = station balnéaire. Pour Peter Guttridge, il y a bien la mer, mais il y aussi le sexe, la débauche de la ville et celle importée quand les gens viennent de Londres en villégiature, le crime à tous les étages, la drogue … Les gens ne sont pas tous heureux à Brighton, que ce soit chez les policiers ou chez le commun des mortels. C’est une description de Brighton que l’on sent vraie. L’auteur confirme dans la postface que plusieurs des affaires criminels dont il parle dans le livre sont réels. On peut citer par exemple, le gars qui sous l’effet de la drogue arrache les dents de sa copine à la tenaille (inutile de vous dire qu’elle ne s’en est pas remise).

Clairement, je vais continuer cette série car je n’aime pas ne pas savoir et qu’aucune des deux enquêtes n’est résolue à la fin de ce livre. Même pas le début d’une piste (pour moi en tout cas).

P.S. : J’ai oublié de préciser que si je me base sur LibraryThing, il s’agit plus d’un quartet que d’une trilogie. J’espère quand même avoir la solution au bout de trois tomes.

Références

Promenade du crime de Peter GUTTRIDGE – traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue (Éditions du Rouergue, 2012)

Holy Orders de Benjamin Black

HolyOrdersBenjaminBlackJ’ai enfin lu tome six des Quirke, série écrite par Benjamin Black (pseudonyme pour John Banville). Je vous ai parlé précédemment des tomes 1, 2, 3, 4, 5, le sixième étant le dernier paru en Grande-Bretagne.

Je ne vais pas revenir en détail sur tous les personnages car si vous êtes intéressés par cette série, vous pourrez lire mes précédents billets. C’est une série que je vous conseille de lire dans l’ordre car clairement Benjamin Black ne s’attache pas à faire résoudre des meurtres à ses personnages, mais bien à les faire évoluer dans un monde de plus en plus noir.  Ainsi, Benjamin Black décrit des personnages de plus en plus seul, et de plus en plus en difficultés.

Rappel de quelques petites choses tout de même. Le Docteur Quirke est pathologiste (il dissèque les cadavres) à Dublin dans les années 50. C’est un orphelin qui a été adopté par une famille aisée mais il reste très marqué par sa jeunesse difficile. Il boit beaucoup (trop), a un fille Phoebe (qu’il a fait élevé, au décès de sa femme, par sa belle-sœur, mère de sa femme, et son frère adoptif, Malachy, avant d’expliquer à la jeune femme qu’il était son père). Quirke aime jouer les détectives avec l’inspecteur Hackett, qui ne boude pas la compagnie du docteur. Quand il ne travaille pas, Quirke « sort » avec Isabel Galloway, actrice de profession.

Ce sixième volume s’ouvre sur la découverte d’un cadavre dans un canal. Fraichement arrivé sur la table de dissection, Quirke le reconnaît comme Jimmy Minor, ami de sa fille, reporter vindicatif au Clarion (je n’aimais pas du tout le personnage donc je suis contente que l’auteur s’en soit débarrassé). Hackett et Quirke soupçonne de suite que cela a sans doute rapport avec une de ses enquêtes. Cela va les mener tout droit à l’Église irlandaise (cette partie va raviver les mauvais souvenirs de Quirke) mais aussi aux gens du voyage.

Clairement, il n’y a pas d’enquête. L’histoire suit un déroulement logique qui permet de trouver le coupable après quelques hésitations. Il n’y a pas de retournement, pas de personnages nouveaux qui pourrait amener un changement brusque de situation. On ne peut que s’attendre à la résolution de l’enquête. C’est plus un roman noir qu’un roman policier.

Par contre, ce sixième volume est à mon avis le plus abouti en ce qui concerne la description et l’évolution des personnages de Quirke et Phoebe. Ils évoluent de la même manière, mais en parallèle. Tous les deux se sentent très seuls malgré les gens qui les entourent (famille, petit ami / petite amie). Ce n’est pas un hasard à mon avis si dans ce livre on entend très peu parler de David Sinclair (ami de Phoebe et assistant de Quirke) et de Isabel Galloway alors qu’ils étaient omniprésents dans les tomes précédents. J’ai beaucoup aimé le fait que Phoebe héberge la sœur de Jimmy Minor, Sally, et que cela instille le doute dans son esprit sur sa relation avec David, sur sa sexualité … Je trouve que c’est fait très en finesse et cela nous rappelle que Phoebe n’est censé qu’avoir une vingtaine d’années dans le livre (qu’elle se cherche aussi un peu beaucoup, du fait qu’elle manque de certitudes, de solidité) alors qu’avec toutes les histoires qu’elle a déjà eu, on lui en donnerait plus. Ce que j’ai aussi apprécié, c’est qu’enfin Quirke dévoile ce qu’il s’est passé à l’orphelinat car il parlait toujours de mauvais traitements et vie très dure mais là, il précise même si c’est un paragraphe seulement. Je trouve qu’il était tout de même temps au sixième volume.

Dans ce volume, on oublie donc un peu tous les personnages, même s’ils apparaissent, sauf les deux protagonistes principaux mais ceux-ci n’ont jamais tant évolué. C’est donc un sixième tome plus intimiste mais dans la lignée des autres tout de même (il n’y avait déjà pas beaucoup d’enquête). Le livre se termine par un cliffhanger qui laisse présager d’un tome 7 très intéressant pour ce qui est du personnage de Quirke.

Je vais pouvoir maintenant regarder la série (ce qui est plutôt une bonne chose car je suis en train de terminer la deuxième saison des Endeavour) (ils ont bien monté le niveau d’anglais de la série si vous voulez mon opinion).

Références

Holy Orders de Benjamin Black (Picador, 2013)

Les baladins du régent de Paul Doherty

LesBaladinsDuRegentPaulDohertyCe livre était à côté du Anne Perry à Gibert. C’est pour cela que je l’ai pris. J’ai le tome 2 de cette série, celle du frère Athelstan, dans ma PAL mais j’ai préféré commencer par le 12ième. Ce qui vous l’avouerez me donne deux bonnes de raisons de lire et de vous présenter ce livre.

Je vous livre tout de suite mon impression. Frère Athelstan n’enquête pas vraiment. Il attend que tous les suspects meurent et quand il n’en reste plus qu’un, sa sentence tombe : c’est le dernier le coupable (parce que ce n’est pas lui bien sûr).

L’histoire se passe donc à Londres en 1381. On est sous le régime de Jean de Gand, régent pour le compte de Richard II, fils de Edouard le Prince Noir (lui même fils d’Edouard III). Tout cela est expliqué au début du livre en une page : pas besoin d’avoir fait une thèse sur l’histoire de l’Angleterre pour comprendre.

Le livre s’ouvre sur une scène pouvant rappeler des choses à certains. Des hommes attendent d’autres hommes dans la campagne londonienne, toute enneigée en cette hiver rigoureux (cela fait bizarre d’écrire cela). Les premiers, Cranston chargé de justice à Londres et ses hommes, attendent les deuxièmes, des Flamands venus parler avec jean de Gand, pour les aider à rentrer sans encombre dans la ville malgré leur précieux chargement : une prisonnière masquée et donc mystérieuse. Ils se font pourtant tous attaqué par des hommes qui s’étaient camouflés (ils avaient mis des drap sur eux apparemment). Les assaillants, les Hommes Justes (qui préparent une sorte de révolution paysanne) n’arriveront pas à capturer la prisonnière mais prendront deux têtes (qui étaient déjà coupés).

D’autres Hommes Justes, dans le deuxième chapitre, tomberont dans une embuscade dressée par Maître Thibault, l’homme de confiance de Jean de Gand. Le but de l’homme est de récupérer les deux têtes mais il n’y arrivera pas. C’est seulement dans le troisième chapitre, quand Cranston et frère Athelstan se joignent au régent et à ses invités pour assister à une pièce donnée par les baladins du régent, qu’elles réapparaitront lors d’un assaut magistral. Les Hommes Justes (enfin on suppose) arriveront à tuer un homme et en blesser un autres, ainsi qu’à tuer un des baladins. Cranston et Athelstan vont être mandés par le roi pour trouver ces mystérieux assaillants. Bien sûr les investigations se portent sur ceux qui étaient présents (cela se passait dans une église de la tour de Londres, complètement gardée et hermétique). Athelstan est le maître du jeu, Cranston n’étant qu’un assistant glouton. Il reste dans le brouillard une très grosse partie du livre alors que lui-même se fait agresser et d’autres (beaucoup d’autres : il y a des meurtres et des décapitations à tout va) meurent. Il va trouver la solution dans les 50 dernières pages, une solution un peu inattendue même si nous avions nous aussi réduit nos suspects vu qu’il n’y avait pratiquement plus personne.

De Paul Doherty, j’ai déjà lu la série des Nicholas Segalla, qu’il signe Ann Dukthas. Dans la série du frère Athelstan, l’auteur privilégie l’action et la vraie aux personnages (description psychologique) ou à l’histoire.

Entendons-nous bien, il recréé bien la période dans le sens où on s’y croit mais contrairement à la série des Nicholas Segalla qui mettait en scène une sorte d’immortel qui revisitait les grands évènements de l’histoire, on n’a pas l’impression de sortir plus intelligent de cette lecture.

C’est un bon divertissement mais qui ne nous amène pas plus loin. J’ai ainsi passé un bon moment de lecture, dans ce livre entraînant (j’avais toujours envie de savoir la suite) mais l’histoire ne me restera pas forcément longtemps en tête.

Pour la description des personnages, je serais moins sévère car j’arrive au 12ième tome tout de même et donc l’auteur n’a plus de raison de décrire ses personnages principaux.

Références

Les baladins du régent de Paul DOHERTY – traduit de l’anglais par Christiane Poussier et Nelly Markovic (10/18, 2014)

Le mystère de High Street de Anne Perry

LeMystereDeHighStreetAnnePerryCela faisait longtemps que je n’avais pas ouvert un Anne Perry. Alors quand j’ai été à Gibert la semaine dernière, je n’ai pas résisté à ce petit volume à la couverture attrayante selon mon goût (puis la quatrième de couverture parle d’un libraire). Pour le coup, c’est une grande déception.

Il faut noter que c’est un livre de commande, écrit spécialement pour la série « Bibliomysteries ». L’éditeur a demandé un court texte. Pari réussi : le livre fait 80 pages.

Un libraire, Monty Danforth, seul un soir à la librairie, trouve dans un carton de nouvelles acquisitions un manuscrit, plus exactement un très vieux parchemin très mystérieux car il échappe à toutes les tentatives de reproduction : photocopieuse, photographie. Peu de temps après (la même nuit), un vieil homme arrive avec sa petite fille pour acquérir ce parchemin alors que personne n’est au courant. Dans les jours qui suivent, deux nouveaux acquéreurs arrivent dont un homme d’église (je pense que déjà avec cette indication vous voyez mieux la nature du parchemin, son époque et son origine). Parallèlement, le libraire s’inquiète de l’absence de son patron depuis quelques jours pour cause de maladie. Intrigué par tant de mystères, Monty demande conseil à son ami, le très cartésien Hank Savage. Anne Perry ne conclut pas sa nouvelle car elle voulait écrire une fin ouverte d’après l’interview en fin de volume.

Ce texte est un ensemble de déjà-vu : le libraire qui trouve un parchemin, le duo « le gars attiré par le fantastique – le gars qui explique tout par la science », le mystère du parchemin, les acquéreurs … Je n’ai absolument rien trouvé d’original. De plus, le livre manque quelque peu d’atmosphère brumeuse, mystérieuse (la couverture ne tient pas ses promesses pour cela). La seule idée que j’ai trouvé intéressante est celle émise par l’auteur dans l’interview, que plus une religion a d’adeptes, plus elle se simplifie pour être comprise par le plus grand nombre. Cette idée n’est pas assez développée (même pas du tout en fait).

C’est une déception dans le sens où Anne Perry voulait faire un texte versant dans l’ésotérisme mais elle n’y arrive pas car tout est déjà vu et survolé. Elle n’a pas pu développer cette thématique dans une nouvelle. Une déception que j’oublierai bien vite pour ne garder que mes bons souvenirs d’Anne Perry.

Références

Le mystère de High Street de Anne PERRY – Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) (Ombres noirs, 2014)

Mort en été de Benjamin Black

MortEnEteBenjaminBlackBon, ça y est, j’ai fini le tome 4 des enquêtes de Quirke et écrites par Benjamin Black (alias John Banville). J’ai beaucoup aimé ce volume car il mêle adroitement l’enquête et l’étude psychologique des personnages récurrents. Ce n’est pas seulement le dernier comme dans le précédent épisode.

Comme toujours, l’enquête de Quirke se situe dans les milieux aisés dublinois, des années 50. Il est appelé un dimanche dans la « maison » de campagne d’un homme d’affaire, possédant entre autre le journal où Jimmy Minor travaille, le Daily Clarion. Quirke est le légiste de garde, suite à la maladie du titulaire. Il retrouve là bas l’inspecteur Hackett. Tous les deux se retrouvent face au corps de l’homme d’affaire, qui à première vue, s’est suicidé se tirant une balle dans la tête (je vous passe la description du cerveau éparpillé par tout mais vous vous imaginez). Je dis bien à première vue car les deux hommes voient assez rapidement que ce n’est pas possible puisque d’après leurs expériences, il est impossible de tenir encore fermement le fusil quand on s’est tiré une balle dans la tête. Quelqu’un a voulu maquillé son crime en suicide. Ils vont l’annoncer à la famille de la victime : sa femme Françoise, française énigmatique, sa sœur Dannie, hautement perturbée psychologiquement même avant le drame, et Giselle, sa fille. Françoise oriente tout de suite les soupçons vers le rival de Dick Jewell, la victime, Carlton Sumner. En effet, tous les deux se seraient disputés car Carlton voulait récupérer de manière plus ou moins malhonnête les affaires de Dick.

Quirke et Hackett prennent bonne note mais s’intéresse aussi à Maguire et à sa femme, le couple qui entretient la maison de campagne. Ils les interroge en premier puisqu’ils étaient sur place. Ensuite ils vont interroger la famille Sumner que Quirke a connu à l’université. Hackett connaît lui le fils, Teddy, qui a déjà eu des problèmes avec la police pour violence. Au fur et à mesure de l’enquête, ils vont aussi s’intéresser de plus près à Dannie (la sœur donc) qui s’avère être une amie proche de Sinclair, l’assistant de Quirke, qui s’est rapproché de Phoebe, la fille de Quirke, à l’initiative de ce dernier. Phoebe va donc encore être mêlé aux enquêtes amateurs de son père, bien malgré elle. Quirke se charge de manière très très rapprochée des entretiens avec la veuve (au revoir Isabel) (elle n’aura tenu qu’un épisode).

Comme vous le constatez, il y a beaucoup de suspects, tous aussi plausibles les uns que les autres. C’est donc particulièrement intéressant au niveau de l’enquête (même si on devine avant la fin le dénouement). Il ne faut pas vous attendre à une action démentielle car les enquêteurs de Benjamin Black sont quand même très cérébraux. Tous se passe en entretiens, interrogatoires et réflexions. Les jeunes vont cependant particulièrement être en vedette dans cet épisode ; je veux parler de Phoebe (qui y était déjà dans les volumes précédents), Sinclair, Dannie et Teddy.

C’est ce qui m’a beaucoup étonné ; enfin, David Sinclair intervient enfin comme un personnage actif. Dans le volume précédent, il était plus ou moins vu comme le subalterne de Quirke qui cherchait à profiter de l’alcoolisme de son patron pour pouvoir prendre sa place et voyait donc son retour avec une grande déception. De plus leurs relations étaient empreintes d’une certaine froideur. Ici, Quirke prend l’initiative d’inviter Sinclair au repas hebdomadaire avec sa fille. Sinclair s’attache bien malgré lui à Phoebe. Tout s’enchaîne assez vite. Je suis assez contente du tour que prend cette histoire. De plus, dans ce volume, on abandonne complètement Malachy et on retrouve Rose seulement pour le dénouement. J’ai trouvé que c’était plutôt une bonne chose car leurs personnages commençaient à s’essouffler précédemment.

Sinclair est aussi l’occasion de mentionner une autre chose : la religion juive. En effet, Sinclair comme Jewell sont juifs et visiblement, c’est quelque chose de très particulier en Irlande, pays majoritairement catholique. Les Jewell et Sinclair sont pas ou peu pratiquants mais Benjamin Black insiste dessus. Je n’ai pas compris où il voulait en venir mais j’ai trouvé les réactions des personnages très étranges. Par exemple, Phoebe dit tout de suite à son père que Sinclair est juif, qui lui ne sait pas comment elle l’a vu. Elle ne le dit pas comme un jugement mais comme une constatation froide. Pourtant quand elle va devenir plus intime avec lui, elle va lui demander comment cela fait. Dannie a été pensionnaire dans une école religieuse catholique ; elle y a appris tout le protocole de cette religion mais elle dit que les autres savaient qu’elle était différente. L’impression que cela m’a donné est que l’auteur envisage ses personnages juifs, comme un groupe singulier et pourtant non homogène. Ils sont sources de curiosité et quelques fois d’agressivité. Dans le volume précédent, il y avait un personnage noir. J’ai l’impression que Benjamin Black veut souligner la diversité dans une société que l’on pourrait penser très homogène (surtout dans les années 50). Il veut peut être montrer que les liens qui sous-tendent la société irlandaise sont plus complexes qu’on ne pourrait le penser. C’est ce que j’ai pensé mais je ne suis pas vraiment sûre.

Ce qui m’a fait pensé cela, c’est aussi l’atmosphère très particulière qui se dégage de l’écriture de Benjamin Black dans ce volume-ci. Il utilise un narrateur omniscient, qui voit les sentiments de chacun des personnages, mais qui se place tour à tour dans le point de vue de chacun des personnages. J’ai eu cette impression que chaque personnage est isolé par rapport aux autres, qu’il voit bouger devant ses yeux comme des marionnettes incompréhensibles. Chacun est aussi obnubilés par ses sentiments, sans forcément s’intéresser à ceux des autres. C’est comme si les personnages n’avaient pas de liens entre eux ou très peu. C’est pour cela que j’ai pensé qu’il était important pour l’auteur de montrer d’une autre manière comment les personnages interagissent entre eux. Ils jugent les autres non par leurs caractères mais pas leurs appartenances à une certaine classe sociale ou à une certaine religion.

C’est donc un volume des aventures de Quirke que j’ai particulièrement apprécié, plus que les volumes 2 et 3 à mon avis. Je commence à mieux voir la manière dont Benjamin Black construit ses romans et surtout à mieux comprendre sa manière de narrer ses histoires.

Références

Mort en été de Benjamin BLACK – traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch (Nil, 2014)

Scandal in Skibbereen de Sheila Connolly

ScandalInSkibbereenSheilaConnollyJ’ai lu le deuxième de la série, malgré le peu d’enthousiasme suscité par le premier volume (surtout dans les commentaires parce que moi, j’avais bien rigolé). Ben, surprise ! … il est beaucoup mieux même si à mon avis l’auteur a un sacré problème avec les meurtres. Elle n’arrive pas à envisager de les résoudre. Ce qui est gênant pour un auteur de roman policier (j’ai lu sur les blogs anglophones (je n’arrive pas à retenir qui habite où, en fait) que c’est plus un cozy mystery).

On retrouve Maura, trois mois après les faits qui ont été raconté dans le premier tome. Elle est devenu propriétaire du pub Sullivan’s et de la maison de Old Mick, propriétaire décédé du même pub (je spoile un peu mais comme il y a peu de chances que vous lisiez le livre, vous ne m’en voudrez pas). Cela la change beaucoup puisque quand elle était à Boston, où sa grand-mère irlandais l’a élevée, elle était pauvre et était sans aucune attache (sauf sa grand-mère, avant son décès). Contrairement au premier volume, Sheila Connolly ne nous le rabâche pas toutes les trois lignes (ce qui vraiment est très reposant) et en plus elle ne rappelle pas toute l’histoire, c’est juste sous-entendu.  On peut enfin se concentrer sur le cozy mystery ! On retrouve tous les personnages : Rose, Mick, Jimmy, Bridget, Sean (le policier).

Cela a pour moi été une source de grande déception : Maura sort avec Sean et non pas avec Mick. Je m’imaginais cela depuis le premier volume et non, l’auteur a fait tout le contraire de ce que je voulais. Je m’imagine Mick comme beau, fort, gentil et ténébreux alors que Sean pour moi est grand et maigre mais gentil aussi. Je pense que Maura est petite, gentille et très dynamique (un peu trop et se fourre donc toujours dans le pétrin). Il lui faut donc quelqu’un qui la protège et je pensais à Mick et pas au policier. Ce qui m’a fait rigolé, c’est que dans ce coin d’Irlande, d’après l’auteur, il n’y a pas beaucoup de gens entre 20 et 30 ans. Elle insiste beaucoup là-dessus (visiblement, elle a une marotte à chaque volume). Cela m’a fait pensé qu’elle était mandatée par l’office du tourisme pour attirer des femmes là-bas pour le repeuplement de ce coin du pays. Cela m’a fait regarder où était Skibbereen (j’ai même fait Street View) et donc, si tu est un homme de trente ans et qui habite par là, je veux bien venir habiter chez toi.

Tout cela j’espère vous permet de mieux situer le contexte général du roman. Passons à l’histoire, au fond du problème quoi. Skibbereen s’honore d’avoir un taux de criminalité très bas mais depuis l’arrivée de Maura, on compte déjà trois morts en trois mois (deux dans le premier volume et un dans celui-là)(à mon avis, elle porte la poisse). Pour l’instant, l’évènement reste suffisamment rare pour qu’il soit fascinant.

Un jour, Althea, une fashionista new-yorkaise, arrive dans le pub comme un éléphant au milieu d’un troupeau de souris et demande si par hasard il n’y aurait pas aux alentours des familles issus de la noblesse anglo-irlandaise (ou plus précisément des familles qui ont eu de l’argent dans le temps). En effet, elle travaille dans un musée et a eu connaissance d’une esquisse de Van Dyck (c’est ce qu’elle suppose) qui pourrait la préparation d’un tableau qui serait dans la région de Cork (au vu de qui possédait l’esquisse). Commence alors une véritable chasse au trésor. Maura, trop récente du coin, s’adresse à Old Billy qui squatte un fauteuil du bar toute la journée et qui raconte ses vieilles histoires au touriste. Il aiguille Althea vers le manoir des Townsend, où vit la dernière descendante de la famille qui a plus de quatre-vingt ans. Elle est gardé par deux domestiques, un couple, et un jardinier. Althea, toute à son enthousiasme, y va le soir-même et se fait claquer la porte au nez. Le problème est qu’au matin, on retrouve le jardinier assassiné sur la pelouse. Maura est obligé de signaler à Sean, la présence de l’américaine (car ce ne peut être un hasard tout de même). Une fois qu’il y a eu le meurtre, Maura se consacre à aider Althea avec l’aide de Gillian, une artiste locale, qui vit la moitié de l’année à Dublin, et Harry, le neveu de la vieille dame du manoir qui est descendu à la suite du meurtre. Ils recherchent le tableau dans la maison, le trouve, cherche ensuite la preuve formelle que c’est un Van Dyck …

La mort du jardinier revient épisodiquement dans la mémoire de Maura (mais elle ne le connaissait pas donc bon …) mais elle préfère chercher la peinture que de s’occuper du meurtre ou de son pub. À la page 230 (sur 294), on en arrive enfin à la résolution du meurtre ! C’est quand même pour cela que je lis des romans policiers pas pour chercher des peintures. Enfin, bref … Le problème est que la résolution s’exécute par un tour de passe-passe (un personnage extérieur à l’histoire et à la région ; c’était déjà la même idée dans le premier volume) et qu’il n’y a pas d’arguments logiques pour cette réponse. C’est ce qui me fait dire que l’auteur a un problème avec les meurtres. Il ne faut pas faire mourir les gens si on ne veut pas résoudre d’énigmes !

C’est tout à fait le genre de romans dont j’aime voir les défauts et chicaner sur l’histoire alors qu’en réalité j’y passe un bon moment de détente et de rigolade. Il ne faut juste pas chercher à y voir ce qu’il n’y a pas.

Références

Scandal in Skibbereen de Sheila CONNOLLY (Berkley Prime Crime, 2014)