Le voleur de vie de Steinunn Sigurdardóttir

Je me demande souvent comment vivent ces gens invisibles. Ces gens que personne ne remarque jamais. Ont-ils eux-mêmes le sentiment d’exister ? (p. 190)

Quatrième de couverture

Alda, trente-sept ans, célibataire, est professeur d’allemand et d’anglais dans un lycée islandais. Riche, cultivée et particulièrement belle, elle partage sa vie avec sa sœur Alma et sa nièce Sigga dans la propriété héritée de ses illustres parents. Avec le mépris d’une aristocrate blasée, elle y reçoit ses nombreux soupirants. Jusqu’au jour où, ardent comme le vent des Skjol, radieux comme la nuée en juillet, l’amour va faire chavirer son cœur …

Mon avis

Je vais aller plus loin que la quatrième de couverture : elle va rester 100 jours avec l’Homme mais ces 100 jours marqueront une rupture. Ils dirigeront le restant de sa vie.

Il ne faut pas lire ce livre si vous êtes un peu déprimé, célibataire et que vous êtes très attachée à votre sœur. Pour tout dire, j’ai fini le livre en me disant que c’était trop triste et que j’espérais ne pas finir dans cette solitude absolue. Au départ, on a l’impression qu’Alda est dure et intransigeante. Elle ne sait pas s’abandonner aux autres. Pourtant, on s’y attache au fur et à mesure car on la découvre de l’intérieur.

L’écriture est magnifique. Il y a un mélange de textes et de poèmes. Même moi qui ne suis pas très sensible à la poésie, j’ai trouvé les poèmes magnifiques : ils expriment tout un panel de sentiment qu’en textes, on n’aurait jamais pu sentir. Les textes sont sensibles. On est dans la tête d’Alda. On sent sa solitude, le vide qu’elle ressent, sa mélancolie. On laisse à part, dans le livre, les sentiments d’Alma et Sigga qui ne semblent pas pénétrer dans la tête d’Alda même si celle-ci y est très attachée. Ce qui peut surprendre, c’est que dans un même paragraphe, on peut passer du je au elle tout en restant sur Alda et même si c’est celle-ci qui parle. Au final, c’est réussi car cela donne l’impression qu’Alda arrive à se distancier d’elle même. Elle vit mais elle se vit aussi de l’extérieur (elle a parfois tendance à se voir comme parfaite alors que ce n’est pas forcément le cas).

Un aspect du roman est aussi le temps. Par son mode d’écriture, l’auteure arrive à brouiller les pistes. On pense qu’Alda est une vieille femme très rapidement alors qu’elle a peut être quarante ans. On est surpris de lire à la fin qu’il n’y a que sept ans qui se sont écoulés entre la rupture avec l’Homme et ce moment où elle se sent proche de la mort à cause de la solitude. C’est l’écriture qui donne cette impression car en étant dans Alda, on pense qu’elle a des pensées et la sagesse (durement acquise) d’une vieille dame.

En tout cas, c’est un très beau portrait de femme.

J’ai découvert ce livre grâce aux voyages littéraires de Denis. Je me suis même rendue compte que j’avais une autre titre de cette auteure dans ma PAL  Le Cheval Soleil (à ma décharge, ils sont quand même pas facile à retenir ces noms islandais).

La bande annonce du film d’Yves Angelo

D’après la bande-annonce, je pense que le film est assez différent du livre, pour l’histoire en tout cas. Je trouve par contre le choix des actrices tout à fait juste car ce sont les plus à même de traduire l’introspection que l’on ressent dans le roman.

Références

Le voleur de vie de Steinunn SIGURDARDÓTTIR – traduit de l’islandais par Régis Boyer (Flammarion, 1995)

3 réflexions au sujet de « Le voleur de vie de Steinunn Sigurdardóttir »

    1. Ben moi, et ça m’a bien touché. C’est pour cela que j’ai précisé. Il faut juste en être consciente.

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