Le caractère donné en gage de Svatopluk Čech

Encore un texte d’un illustre inconnu (pour moi en tout cas et pas que puisqu’il n’est plus édité en France) trouvé dans le catalogue de La Bibliothèque Russe et Slave. Il n’y a que cette nouvelle, ou plutôt ce conte, de disponible pour l’instant. Je trouve que cela promet.

Jugez plutôt les premières pages :

Nos écrivains commettent tous la même faute : ils dépensent trop d’argent. Ai-je besoin d’ajouter : sur le papier seulement !

Suivez un de leurs héros dans ses pérégrinations à travers dix pages. Pour l’ordinaire, il n’a ni état, ni emploi lucratif ; cependant il loge dans les meilleurs hôtels, il fait la plus exquise chère et fume les plus fins cigares ; il n’a guère moins d’un ducat à la main pour les mendiants qui le sollicitent, et comme pourboire il ne donne que de l’or. Veut-il faire une course à cheval par une nuit sombre, un vaillant coursier est toujours à son service. Il va aux bains de mer ; il voyage en Italie, et, après avoir ainsi vécu pendant neuf pages d’une vie prodigue, il trouve encore, à la dixième, une somme suffisante pour se précipiter dans le tourbillon des plaisirs, à seule fin d’oublier la perfidie de sa maîtresse et pour noyer ses tristes souvenirs dans les flots de champagne, pour faire bombance, tapage et s’abrutir dans les orges… Comme je viens de le dire, nos écrivains ne connaissent pas la valeur de l’argent !

Les sommes un peu modérées sont tout à fait en dédain chez eux. Les appointements dont ils parlent sont toujours de quelques millions, sinon au dernier minimum de quelque quarante à soixante mille francs… Ils n’osent pas descendre au-dessous. Quelqu’un, parmi vous, a-t-il jamais lu, par exemple, qu’Arthur touchait quatre-vingt-dix francs par mois ?

À cette première faute s’en ajoute une autre.

En dessinant leurs personnages, nos écrivains laissent toujours de côté un trait essentiel. Ils décrivent longuement la taille, les cheveux, l’ajustement, le caractère… ; mais ils passent, à dessein, sous silence une chose très importante, je crois. Ils nous laissent jeter un coup d’œil sur la garde-robe de leur héros, dans les replis mystérieux de ses pensées, dans les tréfonds les plus sombres de son âme, bref partout, sauf dans… sa bourse. Et c’est justement celle-là qu’ils devraient ouvrir la première. De cette manière le lecteur saurait au premier moment à qui il a affaire. La silhouette de la personne serait éclairée du coup.

Je vais timidement tenter mes premiers pas dans cette voie.

Par contre, comme il le dit si bien, il continue « timidement ». La narration perd son côté accrocheur mais reste intéressante. L’auteur a choisi d’être dans les codes du conte. Le personnage est pauvre et, pour s’enrichir, il doit vendre son caractère (qu’il devra rembourser dans cinq ans) et non pas son âme comme d’habitude. Au début, je me suis demandée si cela venait de la traduction ou si vraiment c’était quelque chose d’original. Au fur et à mesure du récit, on comprend que le héros a perdu son caractère et est devenu un béni-oui-oui. Au bout de cinq ans, on retrouve les mêmes … Ce qu’il faut dire pour terminer, c’est que la chute est très drôle et surtout pas morale pour un sou.

J’espère qu’il y aura bientôt d’autres titres de l’auteur disponible.

Références

Le Caractère donné en gage (1871) de Svatopluk ČECH – traduction de G. Fanton et Id. Zahor, parue dans Les Mille Nouvelles n°5, 1910

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