La bibliothèque de mon oncle de Rodolphe Töpffer

Rodolphe Töpffer (1799 – 1846) était un inconnu pour moi avant que je rencontre son nom dans le catalogue de la Bibliothèque électronique du Québec. Pourtant, il est le premier auteur de BD suisse et est très connu pour ses caricatures.

J’ai choisi ce roman bien évidemment parce qu’il y avait le mot bibliothèque dans le titre. L’histoire en fait n’a rien à voir ; on comprend le titre à la fin. Il s’agit de l’initiation amoureuse d’un jeune garçon en trois étapes. C’est plein d’humour car le jeune homme est un rêveur a qui il arrive des catastrophes car il est distrait, tout à ses amours plutôt qu’à en prévoir les conséquences.

Dans la première partie, le héros, jeune orphelin, placé sous la protection de son vieil oncle est éduqué sous la houlette d’un tuteur qui lui apprend le dégoût des femmes. Alors, quand il tombe amoureux d’un portrait de femme, il se cache pour aller l’admirer mais entre temps il fait plein de maladresses qui entraînent des catastrophes. Il ira jusqu’à la fugue pour cacher ses bêtises mais c’est la femme du portrait qui va le secourir. Dans la deuxième partie, il s’agit de son véritable premier amour qu’il n’oubliera jamais, par delà la mort (c’est beau n’est-ce pas ; surtout qu’il est toujours aussi maladroit) et dans la troisième partie, c’est là où il va épouser une vraie femme (il était jeune quand il a dit qu’il n’oubliera jamais son premier amour).

L’humour est présent tout au long du roman. Le style est de l’époque pour être polie. Le côté suranné a un charme qui opère tout au long de la lecture. Ce que l’on peut reprocher, c’est une construction brouillonne qui fait que parfois, on a du mal à suivre. D’un autre côté, ce n’est pas un thriller américain hyper-calibré qu’il faut chercher dans ce type de livre …

Un extrait

Imaginez-vous que tous les cerveaux sont faits de même ; j’entends qu’ils ont tous le même nombre de loges, contenant les mêmes germes, ainsi qu’en toute orange même nombre de pépins habitent même nombre de loges pareillement disposées. Mais voici que bientôt, de ces germes, les uns avortant, les autres se développant outre mesure, il résulte des disproportions d’où éclatent ces différences de caractères qui font les hommes si dissemblables.

Ce qui est curieux, c’est qu’il y a un de ces germes qui n’avorte jamais, qui s’alimente de rien comme de beaucoup, qui prend sa croissance l’un des premiers, et décroît le dernier de tous ; si bien que, celui-là mort, on peut être assuré que le reste de l’homme a cessé de vivre : c’est celui de la vanité. Je tiens ceci d’un visiteur de morts, lequel m’a confié que, pour sa part, il s’en tenait à ce signe, le regardant comme plus sûr que tout autre ; en sorte qu’appelé auprès d’un défunt, il s’assurait tout d’abord qu’il n’y eût plus envie aucune de paraître, aucun soin de son air, de sa pose, nul souci du regard des autres ; auquel cas, sans même tâter le pouls, il donnait son permis ; et que, pour avoir toujours pratiqué cette recette, il était convaincu de n’avoir jamais envoyé en terre un vivant, ce que, disait-il, font souvent ses confrères, lesquels s’en tiennent au pouls, au souffle, et autres signes incomplets.

Il prétendait, ce visiteur, que ce n’est pas tant selon la condition, la richesse ou la profession, que ce bourgeon-là varie ; que, si quelque chose influe, ce serait plutôt l’âge. Dans l’enfance, il n’est pas le premier à se montrer ; dans la jeunesse, il n’est pas le plus gros ; mais, dès vingt ans, c’est un tubercule respectable et vorace, qui s’alimente de tout.

Références

La bibliothèque de mon oncle de Rodolphe TÖPFFER – Nouvelles genevoises, Paris, Librairie Hachette et Cie, 1897.

4 réflexions au sujet de « La bibliothèque de mon oncle de Rodolphe Töpffer »

  1. je n’ai pas lu cela mais il a écrit aussi une très réjouissante balade autour du Mont Blanc que l’on trouve dans les librairies de Chamonix bien évidemment

    1. Je note 🙂 parce que ce livre-ci n’a pas l’air d’être le type d’ouvrage qu’il écrit habituellement.

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