2017 d’Olga Slavnikova

Quatrième de couverture

Le tailleur de pierre Krylov et l’énigmatique Tania, depuis leur rencontre sur un quai de gare, cherchent à préserver leur amour des contraintes de la société et du temps. Mais Krylov doit composer avec d’autres réalités : d’une part, il dépend toujours de son ex-épouse Tamara, une oligarque richissime ; d’autre part, il participe à une expédition illégale dans le but d’exploiter un gisement de diamants dans les montagnes de l’Oural. Ainsi, son destin est lié inexorablement à celui de la Russie.

Dans un climat lourd de menaces et d’angoisse, la grande ville ouralienne où vit Krylov se prépare à fêter le centième anniversaire de la révolution d’Octobre – nous sommes en 2017. L’évènement révèle une société à jamais divisée, incapable de tirer les leçons du passé et prête à s’embraser à nouveau. Les défilés militaires en costumes d’époque donneront le signal d’une confrontation sanglante entre Rouges et Blancs…

2017 est un grand récit polyphonique, roman d’amour et fresque historique, qui fonctionne aussi comme une anti-utopie fantastique de la société russe. Finesse psychologique, force tragi-comique et dimension mythologique font de ce livre une œuvre d’une extraordinaire maturité.

Mon avis

Encore un livre auquel, à mon avis, je n’ai pas tout compris et pourtant ma lecture a été frénétique, je tournais les pages sans m’en rendre compte, je revenais le soir chez moi et je me mettais tout de suite à la lecture (il faut dire qu’il n’y a que moi chez moi). Jamais je n’ai eu envie d’abandonner mais cette lecture peut déconcerter, je préviens de suite.

Si on récapitule un peu, Krylov est devenu tailleur de pierre un peu par hasard après des études d’histoire et surtout un stage très formateur de quatre mois, qui s’est achevé par la mort du maître de stage. Après cela, on aurait dit que Krylov avait récupéré les dons du maître. En fait ce métier, il n’est pas venu si par hasard que ça mais d’une obsession d’enfant, la transparence. Quand il était gamin, il cassait des pierres de collier, pour comprendre pourquoi c’était transparent et il n’a jamais compris et est resté fasciné. L’enfant a grandi.

Il est sous la « protection » du professeur, qu’il a eu à la fac mais qui surtout est une chercheur illégal de pierres précieuses, diront nous. Il repère toute suite que Krylov est nulle en expédition mais fera un bon tailleur.

On retrouve Krylov 20 ans plus tard à la gare, il vient amener un pull au professeur, qui part avec Kolya pour une de ces fameuses expéditions. En effet, l’année dernière, ils ont trouvé un filon miraculeux qu’ils n’ont pas eu le temps d’exploiter. Dans cette gare, il rencontre une femme, Tania, qui en fait s’appelle Ekaterina, la femme du professeur mais lui ne le sait pas car le professeur a tendance a exrêmement compartimenté sa vie (en fait ne veut pas le savoir parce que moi j’avais compris de suite)  et commence une liaison entre lui, qui se fait appeler Ivan. C’est déjà un premier niveau de falsification.

Le livre est un enchevêtrement de récits : celui des rencontres Tania / Ivan, jamais au même endroit, décidé au hasard d’un plan, falsifié à cause des espions internationaux qui pourraient regarder la Russie d’un peu trop près (ce qu’il faut y voir c’est que déjà la réalité ne correspond pas à ce qu’elle devrait être) et l’expédition du professeur.

Le professeur se coupe du monde donc de ce que nous appellerions la réalité et crois avoir trouvé un filon réel et qui lui apportera finalement un bonheur tant recherché. Ce n’est pas l’argent qu’il recherche : il est millionnaire, a plein d’appartements … mais plutôt les pierres, pas les plus belles qu’il revend mais les spécimens, celles qui présentent un défaut unique au monde. Ce sont ces pierres qu’ils collectionnent. Finalement, on se dit que c’est celui qui est le plus proche de la réalité mais c’est faire l’impasse sur une donnée importante, le livre ne se passe pas dans l’Oural comme le dit la quatrième de couverture mais dans les monts Riphées (qui ressemble quand même à l’Oural, c’est en plus la région de naissance de Olga Slavnikova). Les monts Riphées, d’après Wikipédia, ce sont « une chaîne de montagnes que les Grecs plaçaient vaguement dans des parages septentrionaux, et qu’ils éloignaient de plus en plus à mesure qu’ils acquéraient des connaissances plus étendues ». Si on caricature, finalement, c’est quelque chose qui n’existe pas, qui n’est pas atteignable et n’est donc pas non plus une réalité. On sent déjà que l’expédition du professeur va mal se terminer, il va chercher un bonheur dans une chimère.

Krylov, dont le destin semble parallèle à celui du professeur (notamment sur l’existence d’appartement où on se cache de la réalité), même si il ne s’établit pas aux mêmes hauteurs, va aussi croire qu’il a trouvé le bonheur en l’amour. Le problème c’est que Tania n’existe pas et à partir du moment où il va connaître sa véritable identité, il va s’en désintéressé jusqu’à être capable de la retrouver sous l’identité de Tania, c’est-à-dire sous la forme de réalité où il la connaît. Quand il y réussira, il préférera fuir dans les montagnes pour retrouver le fameux filon du bonheur du professeur et fuit donc la seule possibilité de retrouver la réalité, c’est-à-dire l’amour d’après Olga Slavnikova (si j’ai compris les interviews d’elle que j’ai lu).

La partie sur la nouvelle révolution factice qui se tiendrait en 2017, et qui rejouerait celle de 1917, ne prend vraiment pas beaucoup de pages dans le livre, pourtant elle reprend le thème de la réalité, qui semble échapper aux protagonistes. Je le regrette personnellement car j’aurais bien aimé que le thème soit plus développé mais finalement, je pense que l’auteur a plutôt cherché à parler de destin individuels plutôt que du destin collectif de la Russie. Elle inscrit finalement son récit plus dans un cadre occidental que russe.

J’espère que j’ai été à peu près claire mais franchement, c’est une lecture très intéressante et prenante, beaucoup plus riche que ce que j’ai bien pu comprendre (j’ai peur de mettre un peu perdu dans toute cette réalité).

Références

2017 d’Olga SLAVNIKOVA – roman traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs (Gallimard – Du monde entier, 2011)

7 réflexions au sujet de « 2017 d’Olga Slavnikova »

  1. je vais attendre de le trouver en bibliothèque parce que le récit semble quand même tout à fait hors du commun, par contre je ne suis pas certaine d’adhérer donc je joue la prudence

    1. C’est particulier tout de même mais comme je crois un peu tous les livres russes contemporains. On ne comprend pas vraiment tous les enjeux, tous les tenants et aboutissants mais finalement la lecture reste intéressante. Par contre je crois que si je n’avais pas acheté le livre et lu les articles dans Transfuge et le Matricule des Anges, je n’aurais pas insisté parce que je ne pense pas que j’aurais tout compris (il faut dire que j’attendais la révolution de 2017 et peut être plus de réflexions de l’auteur alors que finalement elle nous laisse seuls face au récit).

  2. Eh bien voilà ton avis 🙂
    Très intéressant au demeurant et si je ne pense pas lire ce livre de suite, je note le titre du bouquin sur un bout de papier au cas où.

    Je ne viens pas pendant trois jours et tu nous inondes de billets, voyons !

  3. Surprise par des associations de termes peu communes, je me suis demandé si elles étaient usuelles en russe, du cru de l’auteur (Olga Slavinoka) ou si la traductrice y avait mis sa patte ; en voici un échantillon:
    « … avidité mousseuse du crépuscule où la rivière continuait de luire, tel un couteau enduit d’un reste de beurre, avec des miettes de brioche collées dessus ».
    Au fil de la lecture, elles façonnent un univers inquiétant où l’on se trouve embarqué sans jamais s’éloigner beaucoup de la réalité (telle que je la perçois) ; envoûtement? Anticipation? Science-fiction à rebours?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.