L’homme qui comprenait les femmes de Leonard Merrick

Ce mois-ci, Un mois Un éditeur, opération lancée par Sandrine du blog Tête de Lecture, s’intéresse à un éditeur que j’aime particulièrement L’Arbre Vengeur. Il est très facile pour moi de participer, vu que j’en ai un certain nombre dans ma pile à lire … je tairais le nombre par décence.

Pour ma première participation, j’ai pioché ce livre, sans avoir relu la quatrième de couverture. Dans ma tête, je me dis que puisque j’ai acheté le livre il va forcément me plaire à un moment ou à un autre, il suffit donc d’attendre le bon. En général, cela me mène à essayer le livre et à le laisser tomber jusqu’à la prochaine fois si il ne me convient. Mais bon ici, j’ai tout de suite accrochée. Première surprise en ouvrant le livre (c’est mieux pour le lire) : il s’agit d’un recueil de six nouvelles. Le livre est court, 120 pages. Chacune des nouvelles ne fait que 20 pages. Deuxième surprise : l’auteur vivait dans l’Angleterre de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième siècle et a connu en ce temps là une certain célébrité : ses œuvres ont été éditées en 15 volumes tout de même et présenté par H.G. Wells, G.K. Chesterton et J.M. Barrie. Il est aujourd’hui oublié des deux côtés de la Manche. C’est un choix de six de ses nouvelles que publie L’Arbre vengeur dans ce livre.

Les six nouvelles ont un thème commun, traité de manière différente mais toujours avec un humour (noir) et une ironie (mordante). Un personnage masculin, auteur, dramaturge ou compositeur (créateur donc souvent malheureux), rencontre dans sa vie privé différents problèmes, plus ou moins conscient, d’ordre domestique avec la gente féminine. Je vais essayer de résumer chaque nouvelle en quelques phrases pour ne pas trop en dévoiler.

L’Homme qui comprenait les femmes : Un écrivain à succès tout relatif est remarqué pour sa capacité à comprendre la psychologie féminine. Il finit par y croire malgré des expériences qui lui montrent qu’il a encore du chemin à faire.

Frankenstein II : Un dramaturge raconte à un journaliste tout ce que lui a coûté la création de sa pièce, en argent et en malheur et pourquoi il a continué malgré tout.

Avec Intention frauduleuse : Un écrivain, marié avec un enfant, malheureux en mariage et au travail, en a marre de tout et décide donc d’en finir. Il veut cependant auparavant assurer l’avenir de sa famille.

Les Violettes : Un homme quitte une femme (mariée) à regret. Elle part à Paris, lui reste à Londres. Il promet de l’attendre et de lui rester fidèle à jamais. Pour le lui prouver, il lui envoie chaque année, des violettes pour son anniversaire. Cinq ans après la séparation, ils se rencontrent par le plus grand des hasards …

Les Trois M : Un homme, compositeur de métier, est déçu de sa carrière dans la musique (pas assez de reconnaissance) et de son mariage. Découvrant que ses malheurs commencent tous par un M, il s’évite tous les problèmes commençant par cette lettre maudite jusqu’au jour où on lui apprend qu’il a une maladie en M et que celle-ci nécessite obligatoirement une opération. Ce sont les suites de celle-ci qui nous sont expliquées dans la nouvelle.

La Comédie de l’Évêque : un Évêque a écrit dans le plus grand des secrets une comédie qu’il fait lire à une comédienne célèbre dont il est épris (chastement bien sûr) et qui s’éprend à son tour de lui progressivement. Le problème est qu’il y a une femme dans l’affaire, qui est là depuis 25 ans tout de même.

Enfin, un recueil de nouvelles comme je les aime. Chacune est courte (comme je l’ai dit, 20 pages « seulement »), a un nombre de personnages plantés rapidement, un décor (une scène) souvent unique et joue sur une seule situation ou intrigue. Chacune est traitée avec ironie, possède une chute bien sentie.

Il est dit sur un des rabats du livre que Leonard Merrick s’inspirait de sa vie personnelle. Il a du être bien déçu par les femmes ce pauvre homme vu que les femmes (mariées) sont dans la plupart des textes présentés ici source de désolation, de désappointement et de malheurs. Elles aiment trop, sont étouffantes, un peu trop mièvres, un peu trop promptes à vouloir vivre comme dans un roman d’amour. L’homme lui doit supporter en silence car c’est son rôle (il prévoit l’avenir de sa famille en cas de mort par exemple). Sauf que comme je l’ai dit, tous les thèmes sont traités avec ironie. La femme se révèle le plus souvent plus terre à terre que son mari ou amant qui n’est pas aussi « aimé » qu’il aime à le croire (le mari se plaint sans penser que sa femme peut penser pareil). Ce que j’énonce là ne sont cependant pas des généralités, il y a dans chaque nouvelle un détail qui surprend, par rapport à ce qu’on peut s’imaginer sur ce que l’auteur aurait pu faire.

Les thématiques abordées sont donc très « modernes » et ne ressemblent pas franchement à ce que l’on peut lire dans des livres datant d’avant les années 1930. Cette modernité est d’autant mieux soulignée par une excellente traduction de Jules Castier qui n’est pas du tout datée ou vieillotte.

Je profite de ce premier billet de l’année pour vous souhaiter à tous une bonne année 2017 et une excellente santé !

Références

L’homme qui comprenait les femmes et autres nouvelles de Leonard MERRICK – traduit de l’anglais par Jules Castier (L’Arbre vengeur, 2013)

14 réflexions au sujet de « L’homme qui comprenait les femmes de Leonard Merrick »

  1. Mais je ne connais absolument pas!!! Pour ma part j’ai choisi Chevillard, sans prendre de gros risques car ce n’est pas mon premier. En tout cas, saluons l’entreprise de Sandrine et ses ‘petits’ éditeurs.

    1. Je n’ai jamais lu Chevillard. Une fois, au Salon du Livre, je suis allée sur le stand de L’Arbre Vengeur et il était là sauf que je ne savais pas qui il était. Et j’ai découvert après mais bon, je ne l’ai quand même jamais lu.
      J’aime beaucoup l’initiative de Sandrine car elle me fait vider ma PAL 😉

  2. C’est bien de se laisser surprendre par les livres de sa propre bibliothèque !
    Je ne sais pas si ce Merrick aimait vraiment les femmes, en tout cas, il ne semble pas en faire un portrait très flatteur…
    Merci pour cette participation qui ouvre le mois de janvier 😉

    1. Je pense que ma bibliothèque garde beaucoup de surprises en réserve (après j’espère que ce ne sont que des bonnes mais je ne peux le dire qu’après avoir lu les livres …)
      Pour Merrick, j’aurais bien aimé plus d’éléments biographiques pour justement savoir quelle est la part d’expérience personnelle là dedans. Si tu as l’occasion, je te conseille la dernière nouvelle pour te faire une idée de ce qu’il pense des femmes, ce n’est pas négatif en fait (c’est une des meilleurs chutes de nouvelles que j’ai lu depuis longtemps). A mon avis, ce qui visiblement lui a beaucoup de soucis dans sa vie, c’est les relations amoureuses (ou en tout cas, l’image qu’il s’en faisait à travers ce qu’il voyait des moeurs de son époque).
      J’espère pouvoir participer encore …

  3. Tu ne perds pas de temps à attaquer ce nouvel éditeur ! Je ne le connaissais pas avant que Sandrine n’en parle, je vais faire des découvertes !
    Je te souhaite une très bonne année, de belles lectures et l’envie de les partager !

    1. Je connaissais déjà l’éditeur. Hier, je me suis dis qu’il fallait que je me mette à lire L’Arbre Vengeur pour l’éditeur du mois. J’ai pris celui-là au hasard et il m’a tellement plu que je l’ai fini aujourd’hui. Les bonnes résolutions du nouvel an aidant, j’ai fait le billet aujourd’hui. Et donc taindain …
      Merci, merci. J’espère aussi pour la dernière mais ce n’est pas gagné 🙂
      En tout cas, une bonne année aussi et de bonnes lectures.

  4. Très bonne année à toi également… J’ai lu quelques livres de cette maison d’édition et j’en pioche régulièrement un dans leur catalogue. Je note celui-ci.

    1. Bonne année aussi. Pareil. C’est un éditeur que j’aime beaucoup mais j’en lisais plus avant. As-tu lu Le Brouillard ? J’ai trouvé ce livre absolument génial. Je ne sais plus si j’ai fait un billet mais en tout cas je te le recommande.

    1. Je pense que tu dois pouvoir trouver des nouvelles de lui en anglais en ebooks, si je ne me trompe pas …

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