Précis de médecine imaginaire de Emmanuel Venet

precisdemedecineimaginaireemmanuelvenetPrécis de médecine imaginaire est donc le troisième livre de Emmanuel Venet que je lis, après Marcher droit, tourner en rond et Ferdière, psychiatre d’Antonin Artaud. C’est aussi celui qui m’a le moins plu.

Le livre est composé de très courts textes (une à deux pages), regroupés selon quatre thématiques : le Vademecum de sémiologie médical (avec des entrées telles que la cystite, les rhumatismes, les maladies infantiles, le cancer, les vers, la dépression, la mort…), les Premières esquisses d’un traité des ondes, la Névrose pianistique – Quelques précisions, Imprécis de thérapeutique (avec des entrées telles que le mépris, les rayons, les vaccins, les tisanes, les ambulances…) La névrose pianistique est une maladie propre à l’auteur et a été déclenchée par sa mère qui a acheté un piano pour que ses deux fils apprennent à en jouer aussi bien qu’elle. Elle les a émerveillés en jouant brillamment quelques morceaux, puis s’est arrêtée en prenant comme prétexte des problèmes articulaires, et a passé le relais à ses fils : le frère de l’auteur a abandonné rapidement mais l’auteur a insisté alors qu’il ne présente pas de talent particulier (ni de désir particulier d’apprendre, quoique). Il est enfermé dans une sorte d’amour-haine de l’objet piano.

Ce livre n’est pas un précis de médecine au sens propre du terme, bien évidemment. Emmanuel Venet, qui exerce la psychiatrie, ne présente pas de cas … Le livre est plutôt prétexte à évoquer des souvenirs d’enfance ou des souvenirs plus récents (d’amis malades par exemple) mais d’un point de vue non médical, plutôt poétique, voire nostalgique. Par exemple, le texte sur la cystite parle des queues de cerises que sa grand-mère utilisait pour soigner cette maladie (qui n’avait pas vraiment de sens pour l’auteur au moment où cela se passait). Le texte sur les maladies infantiles parle de la visite au médecin avec sa mère, où celle-ci ne cherchait qu’à se faire confirmer le diagnostic qu’elle avait posé après lecture du Larousse médical. Ce texte rejoint celui sur le mépris, vu comme méthode de soins. Les symptômes que l’on ne peut attribuer à la maladie ou à aucune maladie ne sont bons qu’à être ignorés (jusqu’au jour où on en meurt).

La dernière phrase du livre illustre parfaitement le projet du livre : allier poésie et littérature avec la médecine, concilier musique et instrument, « réalité » du quotidien et  beauté intrinsèque de cette réalité tout simplement :

C’est là que j’ai découvert la difficulté à concilier le bois dur des pianos et la substance des sonates ; le noir du saturnisme et le bleu de Primo Levi ; la sécheresse du discours médical et la poésie des commères qui, sur le marché de Monplaisir ou d’ailleurs, s’entraînent à mourir.

Emmanuel Venet arrive très bien à faire cela. Il nous rend un peu nostalgique d’une médecine que j’appellerais « familiale » mais aussi de grand-mère, ou les maux se soignaient encore, ou on discutait les cas médicaux sur le marché avec le plus grand sérieux. Maintenant on se demande : qu’est-ce qu’il a bu ? qu’est-ce qu’il a fumé ? qu’est qu’il a mangé ? la troisième question étant réservée aux non-fumeurs et aux abstinents. Emmanuel Venet parle d’une époque révolue à mon avis, où il y avait une certaine innocence par rapport à la médecine, une innocence de sa part (dans beaucoup de textes, il parle de souvenirs d’enfance) mais aussi de son environnement proche. Pour les personnes qui n’étaient pas médecins, la médecine était plus une affaire d’imagination et d’interprétation (pleine de bon-sens) que de connaissances. On se servait du Larousse médical plus que d’internet (et pourtant, pour avoir un Larousse médical à la maison hérité de ma grand-mère, je trouve que la médecine et le corps humain vu comme cela, c’est assez glauque).

Cette recherche de poésie se retrouve dans l’écriture de l’auteur, dans l’interprétation qu’il fait, dans l’humour qu’il met dans ses textes. J’ai retrouvé sa plume et son esprit que j’avais déjà particulièrement appréciés dans les deux précédents livres que j’avais lus. J’ai dans celui-ci particulièrement aimé que les textes renvoient les uns aux autres, se répondent en fait, retrouver des gens (j’adore sa grand-mère), des souvenirs, des maladies.

Pourquoi ce texte m’a moins plus, alors que j’ai aimé tant de choses dans ce livre ? Tout simplement parce que je ne sais pas comment il faut le lire, comment il faut « s’en servir ». J’ai pris ce livre à la bibliothèque et je l’ai lu d’une traite. C’est ce qu’il fallait faire car sinon je n’aurais pas vu que les textes se répondaient et je n’aurais pas vu la logique du livre. Mais après quelques mois, je ne suis pas sûre qu’il m’en restera grand chose. C’est typiquement le type de livres qu’il faut avoir dans sa bibliothèque (et donc l’emprunter ne suffit pas) pour le feuilleter régulièrement, se rappeler des sentiments éprouvés à la lecture, de ce qui nous a faire sourire à ce moment-là et se rappeler que la vie peut aussi être vu comme cela, avec un peu d’humour, de légèreté et de poésie. Sauf que je ne pourrais pas faire cela, sauf si je me l’achète un jour…

Références

Précis de médecine imaginaire de Emmanuel VENET (Éditions Verdier, 2005)

2 réflexions au sujet de « Précis de médecine imaginaire de Emmanuel Venet »

  1. Je l’ai lu par dix ou vingt pages, un rythme qui me convenait. Beaucoup aimé! (oui, les larousse médicaux, une horreur! ^_^)

    1. C’est, je pense, le bon rythme en effet. Mais rien qu’à en parler, j’ai envie de relire des passages.

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