Le septième jour de Yu Hua

LeSeptiemeJourYuHuaDésolée pour mon absence de quinze jours. Je me suis laissée enfermer dans quatre livres un peu difficile à lire pour différentes raisons : un livre en allemand (le problème est ici la langue), deux livres en anglais (là le problème est soit la langue, soit le poids du livre) et un livre en français, celui que je vais vous présenter dans ce billet : Le septième jour de Yu Hua. Cette lecture est difficile pour ce qu’elle raconte, qui est assez déprimant tout de même. Mais c’est une très très belle lecture et je vous confirme que Yu Hua est un auteur que je vais continuer à découvrir.

Le roman se déroule sur sept jours, qui forment autant de chapitre. Il s’ouvre sur la mort du narrateur, âgé d’une quarantaine d’années, dans l’explosion / le feu du restaurant, dans lequel il était en train de manger. Plus exactement, on arrive juste après sa mort, quand il est rentré chez lui et qu’il se prépare pour aller au crématorium à 9h00, sa crémation étant prévue à 9h30. Il est seul et doit donc se préparer seul, et assez rapidement en plus car il est en retard. Il ne prend le temps de mettre qu’un brassard noir pour porter son deuil. Il arrive au crématorium et on découvre une certaine vision de la mort mais surtout de l’enterrement : d’un côté il y a les très riches, assis sur de luxueux fauteuils, qui portent de très beaux habits, qui discutent le prix de leur enterrement, et de l’autre il y a les autres, les gens normaux, avec des habits normaux, qui sont assis sur des chaises en plastique. Ceux-là sont déjà heureux quand leur famille a pu leur payer une sépulture. Mais comme je l’ai dit notre narrateur est seul, personne ne lui a donc payé de sépulture. Il décide de repartir du crématorium, car son âme ne peut retrouver la paix (et surtout il ne sait pas où aller). Il va donc errer pendant sept jours, découvrir un autre monde, celui d’après.

Dans les chapitres suivants, il va se remémorer son mariage, son enfance avec son père adoptif suite à une naissance rocambolesque (qui en fait pratiquement un enfant né de nul part), la pauvreté et la misère mais l’amour tout de même. Ces sept jours sont aussi l’occasion de rencontrer d’autres gens avec d’autres histoires, plus tragiques les unes que les autres et qui sont l’occasion pour l’auteur de décrire, voir dénoncer, des situations d’aujourd’hui : les mensonges d’état (parce que chez eux aussi tout va bien, parce que ce que l’on ne sait pas ne peut pas nous faire de mal), la corruption quotidienne, le pouvoir de l’argent et des marques (et la manière dont cela change une société), la destruction de maisons sans même se soucier s’il y a quelqu’un à l’intérieur, les logements de misère. Finalement, ce qui aidera notre narrateur à trouver le repos, c’est le fait d’avoir pu discuter avec son ex-femme, d’avoir eu une dernière confrontation avec elle mais surtout d’avoir pu embrasser une dernière fois son père adoptif.

Il est facile de deviner, au vu de mon résumé, que ce qui m’a énormément plu est le fait que ce roman soit un roman social mais aussi un roman qui permet de connaître un peu mieux la société chinoise (même s’il est toujours mieux d’avoir plusieurs point de vue). J’en suis sortie avec l’impression d’une société très hiérarchisée, où la dégringolade sociale peut être très rapide et sévère, mais aussi d’une société où les gens acceptent leur sort, comme s’il savait qu’il y avait autre chose de plus important (je ne sais pas quoi par contre).

Yu Hua n’écrit pas un roman désespérant. Bien au contraire, en faisant « vivre » ses personnages après leur mort, il peut envisager les deux points de vue (l’avant et l’après) et ainsi mettre une certaine solidarité entre les « morts » abandonnés, en tout cas les plus pauvres, puisque c’est eux que l’on suit dans une grande partie du roman. Cette relation entre les gens n’est que très peu mis en scène dans les moments « vivants » du roman (voire même plutôt le contraire).

L’écriture est assez dépouillée et se met entièrement au service du discours. Il n’y a pas d’effets de style, en tout cas je pense même s’il est très difficile de juger une écriture dans une langue que l’on ne connait pas. Je n’ai ainsi pas trouvé que l’on remarquait la présence de l’auteur. J’ai même eu l’impression de lire une sorte de journal intime du narrateur, comme un récit ou un témoignage. La seule faiblesse du roman (le pourquoi je ne lui ai mis que 4.5/5 sur LibraryThing), ce sont parfois les transitions, en particulier les passages entre monde des vivants et des morts. Elles semblent factices ou bien on glisse d’un monde à l’autre sans s’en rendre compte.

En conclusion, je vais continuer à découvrir Yu Hua, qui me semble pour l’instant un auteur extrêmement intéressant.

Références

Le septième jour de YU Hua – traduit du chinois par Angel Pino et Isabelle Rabut (Actes Sud, 2014)

2 réflexions au sujet de « Le septième jour de Yu Hua »

  1. une absence de quinze jours n’est pas une très longue absence, surtout si c’est pour nous offrir ensuite de belles idées de lectures

    1. Je suis toujours un peu frustrée quand je n’arrive pas à avancer dans mes lectures (et même si le livre me plaît). C’est aussi pour cela que j’en parle 😉

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