Trois livres sur la Cité interdite

C’est un billet que je veux vous faire depuis plusieurs semaines car j’ai découvert trois livres merveilleux sur la Cité interdite de Pékin, trois livres merveilleux qui m’ont fait voyager pendant quelques semaines.

CitéInterditeDesFilsDuCielDecouvertesGallimardIl y a de cela un peu de temps maintenant, je trainais dans les rayons de la bibliothèque du Trocadéro en cherchant quel livre prendre. Je me suis retrouvée dans le rayon Histoire au niveau de la Chine et j’ai vu La Cité interdite des Fils du Ciel dans la collection Découvertes Gallimard.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais personnellement c’était, quand j’étais petite, et c’est toujours une collection que j’adule. À chaque fois que je lis un livre de cette collection, je me sens un petit peu plus intelligente et j’ai toujours envie d’en savoir plus. Pour en revenir à ce jour-là, je l’ai pris en me disant « Pourquoi pas ? » puisque je ne sais absolument rien sur l’histoire de ce palais.

Cette première lecture m’a fascinée car elle m’a ouvert les portes d’un monde que je ne connaissais pas et qui en plus ne m’intéressait pas particulièrement. Le livre s’ouvre par quelques photos de la Cité sous la neige, puis des détails des toitures.

Commence alors une plongée dans l’Histoire de la dynastie des Ming (1368-1644) et de la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911). Ne prenez pas peur car l’histoire chinoise est expliquée pour les débutants (ceux qui ne connaissent pas le nom des dynasties, comme moi par exemple). On apprend que la construction du palais a été lancée sous Yongle, troisième empereur de la dynastie des Ming et qu’il a été habité jusuq’au règne de Pu Yi, le dernier empereur des Qing. Habiter est un bien grand mot car finalement cela ne faisait pas plus que trois à quatre mois dans l’année.

Le livre est donc divisé en quatre chapitres, plus les témoignages et documents : « La Cité interdite, œuvre d’un empereur Ming », « Dans le plus grand palais du monde, les empereurs Qing », « Le règne de Qianlong », « Crépuscule d’une dynastie ». Rien qu’au vu des titres, vous comprenez facilement qu’il s’agit d’une plongée historique dans la Cité et non d’une visite touristique. Le règne des empereurs les plus marquants est détaillé : leur apport au niveau culturel, organisationnel, administratif, militaire. Cela donne lieu à une iconographie abondante (comme d’habitude) sur les peintures chinoises (portraits, scène de la vie de la cour), les porcelaines, les laques … Sont ainsi détaillés le rôle des missionnaires jésuites à la cour de Kangxi, la place des concubines et des eunuques … J’ai donc appris plein de choses sans jamais m’ennuyer au cours de la lecture de ces quatre chapitres.

La lecture des témoignages et documents a été plus fastidieuse car je n’ai pas trouvé que les textes apportaient grand chose par rapport au corps principal du texte. C’est la vision d’occidentaux, au cours du temps, de la Cité interdite. Sur cette partie-là, mon avis est plus mitigé.

Pour résumer, la première partie est fantastique pour se plonger dans la Chine des Ming et des Qing, ne nécessite en plus aucune connaissance préalable, la deuxième partie est d’un intérêt plus limité. De cette lecture, je suis sortie enthousiaste mais pourtant très frustrée. La description de la Cité interdite ne prend qu’une vingtaine de pages, il y a assez peu d’images d’extérieurs comme d’intérieurs (et celles qu’il y a ont mal vieilli) et les descriptions ne sont pas vivantes, dans le sens où on n’a pas l’impression d’y être.

J’ai commencé à chercher des photos sur internet. Je tombais toujours sur les mêmes bâtiments et parfois les mêmes clichés, avec peu de descriptions très intéressantes. Ma belle-sœur m’a dit que les photos étaient interdites (mais en fait non) ; mon frère m’a dit que cela coûtait moins cher de mettre toujours les mêmes clichés partout. J’étais donc toujours aussi frustrée.

DansLaCitePourpreInterditeCyrilleJavaryÀ mon avis, il existe un livre sur pratiquement sur tous les sujets, il suffit juste de le trouver et de parler la bonne langue (je ne doute pas qu’il existe ce qu’il faut en chinois mais je ne le parle pas donc cela ne m’aide pas). J’ai donc commencé à faire un peu de bibliographie et je suis tombée sur le livre de Cyrille Javary, Dans la Cité pourpre interdite. Ce livre est une perle, une pépite, un joyau. Je ne saurais que dire pour vous faire ressentir mon plaisir de lecture. Je ne suis jamais allée en Chine, je ne connais rien au pays, je ne parle pas la langue mais pourtant j’ai l’impression d’avoir été dans cette cité.

Le livre se présente comme un véritable guide touristique de la Cité interdite. Je vous le conseille si vous allez visiter ce monument. Il fait 150 pages et il faut donc prévoir plusieurs jours pour voir tout en détail. Ce livre détaille la même partie qui était décrite dans le Découvertes Gallimard, c’est-à-dire une infime partie de la Cité, mais par contre il le fait bien, et même très bien.

Les bâtiments sont traités un par un dans l’ordre de la visite. Le nom du bâtiment est expliqué, l’architecture est détaillée, l’intérieur commenté. Ce qui est important et passionnant, c’est le fait que l’auteur explique le pourquoi du comment de cette architecture, de ce choix d’agencement dans sa globalité et dans le détail. Il lie beaucoup de choses avec le Ying et le Yang, qui sont eux aussi clairement expliqués. Je vous parle de globalité et de détail, car le Ying et le Yang sont un peu comme des fractals, l’auteur parle lui d’aimants (l’analogie est meilleur car dans le Ying et le Yang, le Nord et le Sud ont leur importance). Dans un aimant, il y a un pôle nord et un pôle sud. Si vous coupez l’aimant, vous aurez deux aimants avec un pôle nord et avec un pôle sud. Le Ying et le Yang expliquent l’agencement global de la Cité mais aussi l’agencement de chaque palais pris séparément.

L’auteur insiste beaucoup aussi sur la place des nombres dans la cité, par exemple dans les clous plantés dans les portes. On se prend à observer et à compter leur nombre comme si on y était et lire ensuite la description pour voir si on a eu raison.

Car oui, ce livre de poche est illustré, non par des photos mais par de magnifiques encres de chine, beaucoup plus belles que tous les clichés que j’ai pu voir jusqu’à présent. Elles permettent de se focaliser sur le détail, de souligner ce qui est remarquable.

Je me suis régalée tout au long de ma lecture et je voulais continuer à découvrir d’autres livres de Cyrille Javary dont l’érudition m’a tellement fascinée. J’ai donc continué ma petite bibliographie et suis tombée sur La Cité interdite – Le Dedans dévoilé coécrit avec Charles Chauderlot, livre que j’ai obtenu à moitié prix en état neuf. Pour le coup dans cette lecture, j’en ai pris plein les yeux.

CiteInterditeCharlesChauderlotJ’ai appris avec cet ouvrage pourquoi c’était toujours les mêmes bâtiments qui apparaissaient dans les livres, sur les sites internet… Tout simplement, parce que c’est la seule partie (et infime partie) qui est ouverte au public. La partie la plus interdite au temps des Ming et des Qing est devenue la plus ouverte et la partie la plus ouverte au temps impérial est devenue la plus interdite.

Charles Chauderlot, qui est en fait l’auteur principal du livre, est le premier occidental à s’être vu accorder un laissez-passer pour la partie interdite (actuelle) de la Cité interdite, dans le but de réaliser des lavis des endroits de son choix. Je vous conseille de visiter son site pour vous rendre compte de son travail. Sur chaque double page, vous avez un lavis d’un endroit, d’un détail que Charles Chauderlot a trouvé intéressant, mais aussi un texte, un peu comme un journal intime, indiquant la date, la lumière, le temps, les fonctionnaires rencontrés 9la partie interdite est occupée par l’administration chinoise) et les difficultés et/ou bonheurs qu’il a eu avec eux.

J’ai trouvé cette manière de présenter les choses très intéressantes. Charles Chauderlot représente très rarement des personnages sur ses lavis, même dans les zones touristiques qu’il a aussi peint. En regardant le dessin, j’avais l’impression d’être une privilégiée en train de visiter un endroit hors du temps (déserté aussi), de pouvoir observer à ma guise sans être déranger. Je lisais ensuite le texte et j’avais toute une ambiance qui se recréait autour de moi. A chaque fois, je me figurais des gens formidablement gentils et expansifs mais aussi têtus et décidés, des gens qui vivaient dans un vieux palais mais comme des ombres, qui veillaient à ne pas déranger quelque chose de sacré. Tout au long de ma lecture, j’ai ressenti cette impression et c’était le dépaysement assuré à chaque fois que je prenais le livre.

Cyrille Javary a pour ce livre écrit la préface mais aussi des pages intermédiaires qui expliquent l’histoire de la Cité interdite, de Pékin, l’importance des animaux, des éléments, des nombres dans la Cité interdite. Contrairement à ce que j’aurais pensé, Javary se renouvelle sans cesse ; il ne répète pas ce qu’il a dit dans le livre précédent. Il réexplique parfois mais toujours de manière différente. En très peu de pages, on apprend énormément de nouveau, dans des explications toujours claires et concises.

Ces deux auteurs se sont alliés pour nous offrir un excellent livre magnifiquement illustré ; il est à la fois dépaysant et instructif.

J’en ai terminé avec mon voyage dans la Cité interdite, en tout cas en ce qui concerne les genres hors romans et mémoires. J’espère que cela vous aura plu.

Références

La Cité interdite des Fils du Ciel de Gilles BÉGUIN et Dominique MOREL (Découvertes Gallimard, 2004)

Dans la Cité pourpre interdite de Cyrille JAVARY – illustrations de couverture et illustrations intérieures de Patrice SERRES (Picquier poche, 2009)

La Cité interdite – Le Dedans dévoilé de Charles CHAUDERLOT et Cyrille J.-D. JAVARY (Éditions du Rouergue, 2006)

8 réflexions au sujet de « Trois livres sur la Cité interdite »

  1. Très intéressant ! C’est un sujet qui m’intéresse – sans pourtant que je cherche absolument à lire quelque chose à ce propos. Je me souviens que pour un cours d’histoire de l’art, j’avais fait un travail sur l’architecture (surtout) d’un temple bouddhiste chinois et j’avais adoré me plonger dans cet univers. Je note particulièrement le Javary.
    PS : pareil, depuis l’adolescence, j’aime la collection Découvertes Gallimard 😉

    1. Pour les Découvertes Gallimard, je m’étais promise de tous les acheter quand j’aurais de l’argent. J’étais jeune et maintenant je sais que ce n’était qu’un doux rêve.

  2. j’aime beaucoup les livres de la collection « découvertes gallimard » – déjà du temps où mes fils étaient à l’école, nous les avons appréciés pour la richesse de leurs informations –
    et je crois que j’aimerais découvrir celui sur la chine, car c’est un sujet que je connais mal 🙂
    (chouette billet à ce sujet)

    1. Je me rappelle que tu avais déjà parlé des Découvertes Gallimard. Il y a beaucoup de nouvelles choses à apprendre avec cette collection 🙂

  3. J’ai quelques « découvertes Gallimard » et j’aime à y retrouver des sujets qui m’ont passionnée à un moment donné : les architectures utopiques, les expéditions polaires… Merci pour ce billet très intéressant !

  4. Bonsoir cecile, je pense que tu en as beaucoup plus appris avec ces trois livres que si tu t’étais rendue dans la Cité interdite: lieu immense. Je n’ai fait que de traverser des cours. On ne rentre pas dans les pavillons. Les seuls meubles que j’ai vus, c’est dans la salle du trône que l’on ne voit que du dehors. Le pavillon est ouvert d’un côté mais il y a une vitre. On ne peut même pas prendre de belles photos. Bonne soirée.

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