Les couleurs de la ville de Liam McIlvanney

LesCouleursDeLaVilleLiamMcIlvanneyJe découvrais l’année dernière William McIlvanney. Cette année, je découvre le fils Liam, professeur de littérature en Nouvelle-Zélande. Il s’agit du premier roman de l’auteur, qui suit les traces de son père en matière de roman noir, d’une manière plutôt réussie.

Son héros, Gerry Conway, est journaliste à Glasgow, au Tribune on Sunday. Il dirige le service de politique écossaise. Gerry a la petite quarantaine, mesure 1m88 (détail sans importance mais je l’écris pour savoir si vous voyez une signification). Fraîchement divorcé, il ne voit ses deux petits garçons, Roddy et James, que le dimanche et le lundi.

Il attend donc avec impatience les vacances prévues dans cinq jours avec les enfants. En attendant, il essaye qu’on ne voit pas qu’au bureau il ne fait que meubler avec des sujets insignifiants. Pourtant, aujourd’hui, un correspondant lui annonce un sujet en or. Il a de quoi faire tomber la tête de Peter Lyons, le jeune politicien qui monte dans la toute nouvelle démocratie écossaise (sujet que j’ai trouvé très intéressant). Pour l’instant ministre de la justice, il est destiné à être très prochainement Premier Ministre.

L’informateur lui remet, par la suite, une photo datant du début des années 80 où l’on voit Peter Lyons « au milieu d’un groupe de paramilitaires unionistes en armes : les Nouveaux Covenantaires ». À ce moment-là, l’Écosse suivait les Troubles nord-irlandais. Une partie de la population suivait les protestants et une autre les catholiques. Cette question est donc toujours très sensible à Glasgow. Le journaliste soupçonne que Peter Lyons a eu des activités illégales dans ce groupe para-militaire.

Après un début d’enquête en Écosse, il se rend une semaine à Belfast (les vacances sont donc annulées). Il n’était pas revenu là depuis la fin du conflit. Il découvre un pays exsangue où les blessures ne cicatrisent pas. Officiellement, il n’y a plus de bombes, d’attentats, de meurtres mais les tensions entre catholiques et protestants sont toujours là ; personne n’a rien oublié. Gerry, le catholique, va déterrer tout cela quitte à se faire bastonner. Il est tellement désabusé que cela ne compte pas pour lui ; il joue pourtant sa carrière et sa vie d’homme, de père et de journaliste.

L’aspect qui m’a le plus plu dans le livre est le contexte. Je suis allée avec ma mère et mon frère en Irlande en 1997. Quand on est passé dans le Nord du pays, ma mère a dit à mon frère de bien vérifier à ne pas nous faire approcher de la frontière et je n’avais jamais vraiment compris pourquoi. Liam McIlvanney restitue très bien les Troubles, en tout cas, de manière très claire pour que je comprenne enfin car le livre décrit aussi la situation du pays à ce moment-là. De plus, il parle d’un aspect que je ne connaissais pas (ce n’est pas non plus le premier roman que je lis sur le sujet). C’est la participation très active des Écossais. Il restitue aussi avec beaucoup de précision le Belfast post-conflit : une ville sombre, où l’espoir n’est pas de mise car tout le monde garde ses rancœurs.

Comme je le disais ne préambule, McIlvanney a écrit un livre très noir : décors, personnages, histoires. Gerry ne croit plus en l’humain depuis longtemps et cela ne s’arrange pas avec son séjour à Belfast. Il a tendance à faire des commentaires sarcastiques à voix haute (en tant que lecteur, on en a bien d’autres). Même quand il va réussir à triompher des embuches, cela ne l’empêche pas de tout voir en noir. La fin, dévoilant l’identité de l’informateur, indique que Liam McIlvanney aussi est plutôt désabusé. Cela promet pour les prochaines romans.

Ce qui m’a le moins plus, c’est l’écriture. J’ai trouvé que parfois cela trainait en longueur et que cela donnait un côté surjoué aux sentiments. Cependant l’auteur maîtrise de bout en bout son histoire et son suspens.

Un autre bémol : la police d’écriture du livre. Il n’y a pas beaucoup de dialogues. Cela donne des blocs compacts écrits en tout petit. Il faut dire que j’ai un peu perdu l’habitude des Métailié papier car je les lies maintenant en électronique et je grossis systématiquement l’écriture de deux crans.

Références

Les couleurs de la villes de Liam McILVANNEY – traduit de l’anglais (Écosse) par David Fauquemberg (Métailié, 2010)

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