Le grand ciel de Joseph Cheneraille

Quatrième de couverture

L’Histoire de France est, à la manière d’une lanterne magique, une machinerie à images. Ainsi celle des figures royales comme cette Reine Claude dont la mort est la trame du récit : mort d’une reine, d’une femme, d’une mère, avec la petite fille toujours en elle. C’est une ombre essentielle envoûtée de son immense soleil, qui la protège, la dévore aussi un peu : le Roi François. Par le récit se révèle le cœur de ce qui nous aura fabriqué un destin – une famille, toujours royale – avec la folle tentative de retrouver la chair vive derrière les haillons du temps passé. Bref, une histoire de famille.

Joseph Cheneraille est né en 1960 à Ambert, en Auvergne.

Mon avis

Claude de France (1499 – 1524), duchesse de Bretagne, est la première épouse de François Ier. Le mariage s’est fait en 1515 (juste avant Marignan). Elle a donné 7 enfants au Roi et est morte à 24 ans, en 1524. La cour se moquait de son embonpoint dû à ses grossesses, de sa claudication, de son strabisme, de sa « laideur », de sa petite taille, de son effacement. Elle souffrait de tuberculose osseuse, son mari lui avait donné la vérole. Sa belle-mère et sa belle-sœur la détestait. Le roi lui imposait la présence de sa maîtresse. Son nom est aujourd’hui plutôt associé à une prune, la reine-claude.

C’est l’histoire de cette femme que l’auteur a choisi de nous raconter d’une manière particulière à travers cinq épisodes de sa vie (pas forcément dans l’ordre) :

  • le 26 juillet 1524 : mort au château de Blois de la Reine Claude, femme de François Ier ;
  • Le 13 janvier 1516 : retrouvailles à Sisteron de la Reine Claude avec François Ier, au retour de Marignan ;
  • Le 22 mai 1517 : à Paris, entrée royale de Claude de France, après son sacre ;
  • Le 28 février 1518 : naissance au château d’Amboise du Dauphin François ;
  • Le 6 novembre 1526 : arrivée à Saint-Denis de la dépouille de Claude de France, où elle fait son entrée dans la nécropole royale.

Je préviens de suite : le style de l’auteur est très difficile d’accès (en tout cas pour une lectrice comme moi), avec un usage de la virgule et du sens de la proposition que je n’ai pas toujours compris ainsi qu’un vocabulaire très riche, qui lui fait employer beaucoup de mots que l’on n’emploie pas tous les jours. Je donne en exemple les premières lignes :

Entrée en agonie la Reine l’été mourut une nuit, un dartre étrange lui couvrait le visage, et dans le Royaume inquiet où maugréait une eau vive de vols et de pillages que le Roi François se préparait à la guerre, on avait sorti à Paris la châsse de sainte Geneviève, et lui parti, après le printemps souffrant que disgraciaient encore sur les chemins, des bougres et des mendiant, des errants, à Blois où les jours étaient encore longs, Claude de France rendit son âme à Dieu, qu’elle avait douce.

Pourtant, de ce livre se livre se dégage indéniablement un charme quelque peu suranné. L’auteur écrit un livre sur Claude de France en parlent principalement de François Ier. Forcément, elle l’attend et lui est toujours en train de voyager pour la guerre, la chasse, les amours. C’est radical pour faire comprendre la vie de Claude de France. Elle attend les assauts de son mari en vivant sous la tutelle de sa belle-mère. Elle n’a son mot à dire sur rien et est donc priée de se taire (elle peut penser par contre). On n’a même pas l’impression qu’elle ressent quoique ce soit, de l’amour, de la joie ou de la haine, du ressentiment … Elle endure et c’est tout jusqu’à tout de même se sentir fière d’avoir donné un héritier à son mari.

Je reviens au style de l’auteur qui donne un ton très particulier. Il n’est pas d’époque même si il y a des citations en vieux français mais il n’est pas de notre époque pourtant. On est hors du temps pour quelque temps comme si on regardait l’Histoire de France de plus haut. Pourtant, le rythme du récit lui est moderne. On ressent une certaine rapidité qui contraste avec une langue plus lente. Des fois, l’auteur se force à ralentir le rythme en faisant flâner François Ier. C’est assez déroutant car on ne sait pas vraiment qui on est dans l’histoire.

En conclusion, Claude de France a eu à assumer sa naissance dans le cercle royal et son « destin », décidé par des gens tout ce qu’il y a de plus terrestres, l’a broyé.

Références

Le Grand Ciel de Joseph CHENERAILLE (Champ Vallon, 2012)

Une réflexion sur « Le grand ciel de Joseph Cheneraille »

  1. Pas de risque que la critique officielle germanopratine s’intéresse à ce livre : pas de présentisme, recherche dans le style, dans les tournures de phrase, dans le vocabulaire : tout ce qui apparaît rhébiditoire dans l’a-littérature contemporaine (admirez l’emploi, sciemment, du préfixe privatif), tout ce qu’elle exècre. C’est pourquoi j’ai acquis cet ouvrage, pour lutter contre l’uniformisation préformatée littéraire digne d’une arlequinade copiée-collée par menus informatiques interposés. Bouquin ignoré comme prévu par nos antimédias, sauvé par un heureux hasard d’un total oubli injuste par la blogosphère (la seule à désormais remarquer ce que les autres, institués ignorent et méprisent). Mon style est identique et personne ne me lit : visitez mes blogs : bazarnaum à Agartha city, La Gloire de Rama et Bazarnaum à Agartha city 2. Bonsoir.

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