L’excellence de nos aînés de Ivy Compton-Burnett

Présentation de l’éditeur

Dans la campagne anglaise, à l’époque edwardienne, les Calderon et les Donne sont à la fois voisins et parents par alliance. Les membres de cette tribu, pour la plupart cyniques, avares, envieux et bavards, ont retenu la leçon de leurs aînés : vertu et excellence sont une arme pour qui aspire à la respectabilité. Mais derrière le masque des convenances et des bonnes intentions, les vérités assénées avec une tranquille méchanceté feront s’enchaîner machinations aussi infernales que sordides. Les romans d’Ivy Compton-Burnett, et celui-ci en particulier, véritable fleuron de cruauté, sont peuplés de monstres – créatures congénitalement amorales qui n’oublient pas d’être fascinantes et drôles. Depuis Jane Auten, on avait rarement été aussi loin dans l’auscultation sans pitié de l’âme humaine.

Une des œuvre majeures d’une « grande » des lettres anglaises, dans une nouvelle traduction.

L’histoire

Les Donne viennent s’installer près des Calderon. Pourquoi ? Tout simplement parce que Benjamin est le frère de Jessica Calderon et de Susan. Cette dernière vit chez sa sœur car elle est très malade. Benjamin se propose donc d’adoucir ces derniers jours par sa présence.

Benjamin a perdu sa femme mais à quatre enfants, trois garçons et une fille, qui tient la maison, et une cousine, Claribel, à sa charge (elle ne tient pas réellement de rôle dans le livre). Des trois garçons, il y en a deux, Bernard et Esmond, qui travaillent à Londres mais qui prennent des courtes vacances régulières pour revenir dans le cocon familial. Bernard est plutôt normal, un bon gars comme on dirait, gentil avec tout le monde et se réjouissant le mieux qu’il peut des bonheur des autres. Esmond a un esprit sarcastique qui fait qu’il n’est pas réellement aimé de sa famille. Le dernier, Reuben, a un léger boitement à la jambe qui le rend peut être un peu trop solitaire mais surtout il a tendance à aimer à se faire plaindre et trouve que c’est un bon moyen pour se faire plaindre. La fille, Anna, est un peu dans le même genre : elle dirige la maison mais veut que tout le monde remarque son sacrifice. À cela s’ajoute deux servantes : Cook et Ethel, un peu revêches mais  surtout très clairvoyantes, et une gouvernante, Jenney, la bonté incarnée !

Tous ces personnages découvrent donc une nouvelle maisonnée. Jessica, grand cœur au mental fragile, a épousé un écrivain Thomas qui lui ai tout dévoué : la preuve, il a accepté que sa sœur, Susan, que tout le monde nomme Sukey, vienne habiter chez lui. Il n’y a pas beaucoup d’argent et celui de tante Sukey aide (comme quoi il était pas tout à fait désintéressé). Il y a quatre enfants : deux grands, Tullia (qui a une relation fusionnelle avec son père) et Terence (qui ressemble plutôt à un parasite : il ne souhaite pas gagner sa vie), et deux plus petits, Dora et Julius qui vivent dans leur monde et par lequel ils regardent celui des adultes avec une acuité impressionnante. Ils comprennent déjà toutes les remarques pleines de fiel que peuvent s’envoyer leur entourage ! Ils expriment leurs opinions comme si ils n’avaient déjà plus leurs âges. Dora et Julius sont éduqués par Miss Lacey qui accueille à ce moment même une nièce démunie, Florence.

Quelque mois après l’installation des Donne, Sukey meurt suivi de près par sa soeur, Jessica. Anna n’est pas indifférente au sort de la première mais est responsable de celui de la seconde !

Mon avis

Frères et soeurs a été écrit en 1929, celui-ci en 1944. Entre temps, la vie d’Ivy Compton-Burnett a visiblement beaucoup évolué. Elle semble blasée. Elle nous montre ici deux maisons en deuil et pourtant tout ne semble que posture (sauf pour Jessica). Alors que le premier roman se terminait plutôt bien, celui-ci se termine de manière inhabituelle : consanguinité, crimes non punis. La seule chose que l’on peut voir c’est que la nouvelle génération prend le relais de l’ancienne, sans s’améliorer, voire en se détériorant. Julius et Dora ne semble pas épargner par ce constat amer puisqu’ils rejettent en bloc leur cousin à peine âgé de plus d’une année qu’eux.

Il y a aussi eu un changement dans le style. Il y a toujours énormément de dialogue où tout se passe (et il faut être vraiment très attentif pour ne rien louper) mais il y a aussi plus de descriptions où finalement, on voit « l’auscultation sans pitié de l’âme humaine », effectuée par Ivy Compton-Burnett, dont parle la quatrième de couverture.

Deux citations

« Julius et Dora regardèrent Sukey, puis détournèrent les yeux. Son vécu était bien trop éloigné du leur pour qu’il pût influer sur leur vie. Ils la plaignaient comme ils plaignaient les martyrs, mais s’en émouvaient à peine plus.« 

« – L’escalier conduit aux étages.

– C’est la moindre des choses pour un escalier […]. Je me réjouis à l’idée que nous allons lui permettre de répondre à son utilité.« 

Références

L’excellence de nos aînés de Ivy COMPTON-BURNETT – traduit de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc (Phébus, 2010)

7 réflexions au sujet de « L’excellence de nos aînés de Ivy Compton-Burnett »

    1. @ Niki : noté n’implique rien et ses livres sont pratiquement épuisés en anglais donc ma conscience ne me pèse pas 🙂

  1. Je n’ai lu à ce jour qu’un seul roman de Ivy Compton-Burnett et j’avoue n’avoir pas tout à fait été convaincue. Et tu as vraiment beaucoup aimé celui-ci ?

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