Burial Rites de Hannah Kent

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J’ai trouvé ce livre à Gibert quand je trainais dans le rayon des livres en anglais (j’aime beaucoup depuis qu’ils ont mis ce rayon au deuxième étage ; c’est beaucoup moins étouffant qu’au quatrième). Ce qui m’a attiré, ce n’est pas la couverture (qui pourtant est très jolie maintenant que je la regarde) mais le fait que la tranche du livre est bleu foncé. C’est absolument superbe. Quand on ouvre le livre, la première sensation que l’on a, c’est d’avoir à faire à un très beau papier. Même la couverture est particulière au toucher ! Voilà pourquoi j’ai pris ce livre. Parce que futile un jour, futile toujours !

J’ai quand même regardé la quatrième de couverture parce que bon, je les achète tout de même les livres … J’ai vu trois éléments qui m’ont tout de suite accroché : Islande, 1829 et auteure australienne (je l’ai vu à l’intérieur du livre). J’ai trouvé fascinant qu’une auteure australienne puisse se passionner pour l’Islande. Apparemment, cette passion lui vient d’un voyage qu’elle a fait là-bas au cours d’un échange. En plus, d’écrire sur l’Islande, elle parle islandais.

Elle en a eu besoin pour faire ses recherches dans le but d’écrire ce livre car elle est partir d’une histoire vraie, l’histoire de la dernière personne condamnée à mort à avoir été exécuté en Islande. Il s’agit d’Agnes Magnúsdottir, servante à la ferme d’Illugastadir. Elle a été condamnée pour les meurtres de son patron Natan Ketilsson et Pétur Jónsson. Deux autres personnes ont été condamnées avec elle, Fridrik (un jeune voisin) et Sigga (une jeune fille de 15 ans qui sera graciée).

En 1830, l’Islande est danoise et est donc une petite province isolée. Le meurtre sauvage de deux habitants (suivi de l’incendie du bâtiment) choque volontiers tous les habitants, surtout quand cela ne se passe pas dans la capitale. La justice souhaite faire un exemple pour que cela ne se reproduise pas. Le tribunal a donc condamné les trois coupables à la mort par décapitation (si j’ai bien compris). Les condamnations doivent être confirmées par le tribunal suprême à Copenhague. Agnes croupit en prison dans le Nord alors que les autres accusés ne sont pas en prison pour pouvoir être suivi religieusement. Le roman début quand Agnes, elle-aussi, va aller dans une famille où elle pourra être visitée par le Tóti, qu’elle a choisi pour l’accompagner spirituellement dans ces derniers mois.

La famille est composée par le père Jón, Margrét la mère (qui est atteinte aux poumons car l’air n’est pas suffisamment sain pour elle), et les deux filles, Steina (l’ainée, un peu gauche mais très gentille) et Lauga, toutes deux ayant dans la vingtaine. Bien sûr, au début, personne n’ose approcher la meurtrière. Au fur et à mesure qu’Agnes sait se montrer indispensable tout en restant humble, que les besoins en main d’œuvre se font ressentir, la famille se détend. Steina reconnaît en Agnes la dame qu’il leur a fait un présent le jour de leur arrivée à la ferme. Margrét apprécie l’aide qu’Agnes lui apporte lors de la récolte. Jón admire la manière dont elle a aidé à l’accouchement de la voisine. Seule Lauga reste sur la réserve.

Ces passages sont entrecoupés par la manière dont Agnes s’est retrouvé dans cette situation. On commence par l’enfance, avec une mère qui fait des enfants illégitimes avec tous ses patrons, son abandon au bord d’une route à l’âge de 6 ans avec pour pour seul ami un caillou qu’elle doit mettre sous sa langue pour pouvoir parler aux oiseaux. On continue avec les différentes fermes qu’elle a fait, jusqu’au jour où elle fait la connaissance de Natan, homme charismatique et différent, apprenti sorcier jouant au médecin, qui va l’emmener à Illugastadir où son destin sera celé.

Typiquement, il ne se passe pas grand chose dans ce livre : le mystère étant comment Agnes a-t-elle pu tuer deux hommes alors qu’elle ne semble pas capable de cela (cela devient un peu excitant au bout de 280 pages). Il s’agit plutôt d’un roman d’atmosphère, de remémoration de souvenirs.

J’ai passé deux semaines de lectures formidables avec ce livre (les deux semaines venant du fait que j’ai tapé un peu haut pour mon niveau d’anglais). Hannah Kent arrive à nous transporter dans son Islande de 1830 (conditions de vie, organisation de la vie sociale aussi). En plus, Hannah Kent fait des descriptions des paysages islandais, des variations de conditions météo qui m’ont fait rêver, qui m’ont transportés complètement ailleurs que dans le RER. La psychologie de ses personnages est parfaitement fouillée et réaliste. Ils ne semblent pas mystérieux, incompréhensibles.

Je ne sais pas pourquoi mais je dois mieux me débrouiller dans mon choix de livres en anglais qu’en français. J’ai lu 6 livres de la rentrée littéraire et aucun ne m’a plu comme celui-là (cela m’a d’ailleurs plombé le moral). Ce qui est à noter aussi, c’est qu’il s’agit d’un premier roman.

Comme vous l’aurez compris, c’est un livre que je vous conseille vivement (en traduction si elle arrive un jour ou en langue originale).

P.S. : on nous précise dans la postface que l’on peut encore voir la tombe commune de Agnes et Fridrik, la ferme en ruine de Natan mais aussi une plaque sur le site de l’exécution des deux meurtriers.

Références

Burial Rites de Hannah KENT (Picador, 2013)

Dieu rend visite à Newton (1727) de Stig Dagerman

Présentation de l’éditeur

D’une voix qui est comme une caresse à l’oreille de Dieu, Newton chuchote :

« Je crois que j’ai un cadeau pour vous, Sire.

– Quel cadeau ?

– Une vie humaine.

– Pour quoi faire ?

– Pour naître et pour mourir. Car ce n’est qu’en mortel, Sire, que vous vivrez le temps non comme une terreur, mais comme une loi. Et ce n’est qu’au sein des lois, Sire, qu’il est possible d’atteindre le cœur du monde.

– Fais-moi alors ce cadeau. »

Londres, 1727. La loi de la gravité n’existe plus dans la maison de Newton. C’est Dieu qui s’annonce en personne par ce miracle.

Un incroyable conte philosophique, mêlant fantastique et burlesque, où Stig Dagerman fait dialoguer le Créateur et le scientifique dans un monde onirique, hors du temps et de sa logique, et livre une réflexion magistrale sur le pouvoir, la loi divine, le statut de la science et le sens de la vie.

Dieu rend visite à Newton est le seul projet abouti que Stig Dagerman mena dans la période de silence littéraire qui marque les dernières années de sa vie et précèe son suicide, à l’âge de 31 ans.

Mon avis

Les archives ont gardé trace d’un match Dieu / Newton à Londres en 1727. C’est un peu normal tout de même car c’est plutôt une belle affiche : les lois immuables de la physique (comme la gravité)(bon, au LHC, ils ne seront peut être pas d’accord avec cette assertion mais bon, comme nous on est sur Terre on va faire comme si) contre la loi divine.

Dieu, un soir, décide (parce qu’il faut bien s’occuper car en 1727, il n’y avait pas la télé) de supprimer les lois de la gravité dans la maison de Newton, sauf pour Newton. Le vieil homme est un peu perplexe quand il voit son mobilier et son serviteur coller au plafond alors que lui est en bas. On le serait à moins !

Newton comprend alors ce qui se passe : un miracle. Et qu’est-ce qu’un miracle ? Une exception. Et qui fait les miracles ? Dieu. Et qui est Dieu ? Une exception. Mais quelle exception sacrée, l’exception à soi-même.

Et pour éprouver la constance des lois, Newton commet une action qu’à vrai dire son âge et sa santé ne lui permettent pas. Il s’accroupit profondément et, rassemblant ses forces pour se transformer en ressort, il bondit aussi haut que possible vers le plafond. Mais son serviteur, qui déjà remplit la tasse de son maître, attend en vain.

Newton ne vole pas.

(Pour l’excuser, je vous rappelle que Newton est plus habitué à ce que les pommes lui tombent dessus plutôt qu’à aller chercher les pommes dans l’arbre en sautant). Mais là-dessus, Dieu vient lui expliquer les choses (à deux heures du matin car avant Il avait d’autres choses à faire) mais Newton ne se démonte pas :

« Que cherchez-vous, Sire ? »

Dieu lui répond en grelottant : [en 1727 aussi il a fait très froid]

« Le cœur du monde et ma propre image. »

Alors Newton lui désigne la montre [j’aurais fait pareil à deux heures du matin] et lui dit :

« Voici votre image, qui vous imite comme le singe imite l’homme. De même que vous tournez autour du cadran de l’univers dans l’espoir de trouver une faille dans la création par où vous pourriez pénétrer, de même ces aiguilles fuient autour de leur propre cadran, à la poursuite du temps qu’elles pensent peindre mais qu’elles ne trouvent jamais. Je suppose qu’au cours de vos vastes pérégrinations, et, dernièrement, à travers les mers du globe, vous vous êtes vous-même rendu compte que la perfection de la création est la pierre angulaire des malheurs divins et humains. La Création et le Créateur – nous souffrons tous les deux du désir que nous avons l’un de l’autre, mais ce désir ne sera jamais comblé. En vérité, je vous dis : il aurait mieux valu créer un univers défectueux au sein duquel vous auriez pu vous glisser par quelque faille secrète, comme l’un de nous, que cette création qui de toute éternité exclut le créateur. Je vous dis également : il n’y a de paix qu’au sein des Lois. Je vous plains, Sire, mais le temps passe. »

 Newton Le fait donc homme. Tout cela est donc un peu inversé, mais c’est volontaire. Le savant montre à Dieu ce que c’est que d’être humain (et on comprend pourquoi Stig Dagerman s’est suicidé car il était sans aucun doute trop conscient des faiblesses du genre). Par exemple, Newton dit :

« Mon ami, vous connaissez maintenant cette douleur humaine qui consiste à vouloir faire un miracle sans avoir la force de l’accomplir. Apprenez maintenant la plus grande douleur de l’homme : prendre conscience de l’impossibilité de l’amour. »

Après, Newton meurt et Dieu part dans le monde … C »est le seul bémol que je mettrais : cette dernière partie est beaucoup trop courte.

Pour ma première lecture, j’ai ressenti énormément l’humour, le cocasse. Des phrases ou des paragraphes m’ont interpellés parce qu’en peu de mot, ils arrivent à dire des choses puissantes. J’ai ressenti toute la réflexion que cette nouvelle peut engendrer sur une dualité que personne n’arrivera jamais à résoudre. En relisant des passages du livre pour faire le billet, je me rends compte qu’une deuxième lecture serait nécessaire pour pouvoir savourer chaque phrase, chaque idée (maintenant que je connais l’histoire).

Voilà donc une nouvelle profonde, profondément originale et surtout magnifiquement écrite. De quoi, me donnez envie de déterrer Automne Allemand de ma PAL.

En fait, j’aurais du faire de l’archéologie plutôt que des mathématiques (alors que je sais où sont la plupart de mes livres, je ne sais pas combien il y en a).

Références

Dieu rend visite à Newton (1727) de Stig DAGERMAN – texte traduit du suédois par C.J. Bjurström – vu par Mélanie Delattre-Vogt (Les éditions du Chemin de fer, 2009)

J’espère que je vous ai donné envie de lire ce livre car le texte est bon mais la maison d’édition aussi. Elle édite des bons textes, toujours très originaux, même si c’est un peu cher par rapport au nombre de pages (mais il y a les dessins).

 

Le Carnet Rouge de Teddy Kristiansen

C’est un album tout en jeu d’ombres et lumières, tout de sensations et d’impressions plus que d’actions. La couverture donne le ton. On va parler de guerre, de la Première Guerre Mondiale, et de peinture.

Un homme, qui vient de perdre sa femme, écrit une biographie d’un poète pour essayer de réapprendre à vivre. Un jour, il reçoit la lettre d’une vieille femme qui lui envoie les lettres de son frère avec ce célèbre poète. C’est un peintre qui a été célèbre dans les années 10 à Paris. Il n’en a jamais entendu parler. Celui-ci est mort pendant la Première Guerre. Commence alors une enquête.

En fait il lit les carnets, journaux intimes, laissés par le peintre : il vit la joie de la peinture, la peur au front … Il ne comprend pas comment ce peintre, qui semble si adulé, a pu être envoyé au combat. Il découvrira la solution. Elle sera étonnante mais il restera le seul à la connaître, selon sa volonté.

C’est une bande dessinée sans bulle (il y en a cinq peut être). Le texte est écrit dans la vignette. Il n’y a tout simplement pas ou peu de dialogue. C’est un album de deux solitudes : celle du peintre et celle du biographe. On différencie qui parle … par la couleur du texte. Finalement, on s’habitue vite et cela donne une lecture différente, faite d’introspection. Au contraire de l’album d’hier, les couleurs ne sont pas toute sombre même si le scénario est dépressif. Le champ de bataille est sombre bien évidemment mais le biographe est peint dans des vignettes très claires, comme si il était dans un autre monde. Ses traits sont brouillés, jamais très définis. Cela donne un côté aérien à sa présence dans l’album.

Une belle découverte.

Références

Le Carnet Rouge de Teddy Kristiansen (scénario, dessin et couleurs) – traduit du danois par Céric Perdereau (Soleil, 2007)

Cent portes battant aux quatre vents de Steinunn Sigurdardóttir

Quatrième de couverture

Pourquoi avoir ressassé pendant vingt-cinq ans un amour impossible ? Et pourquoi, tout ce temps durant, s’être imposé une désespérante vie sans chair, désolée et blanche ? De retour à Paris, Brynhildur se remémora ses années de jeunesse, les eaux froides où l’irrésistible Islandaise a perdu son professeur de grec, et son érotisme avec. Sur le ton d’une confession indécente, un esprit libre et narquois fait le bilan d’une vie dont l’amour est la clé. L’amour et son manque.

Rieuse, insolente, Steinunn Sigurdardóttir explore en magicienne les troubles de la passion et les outrages du temps.

Mon avis

C’est le deuxième livre de l’auteur que je lis après Le Voleur de Vie. Deuxième histoire sur la vie après un chagrin d’amour. Brynhildur a fait ses études à Paris, est tombée amoureuse de son professeur de grec, l’a cherché dans la ville pendant trois ans. Enfin arrivée à son but, elle découvre que le professeur de grec est amoureux aussi mais qu’ils ne peuvent pas être ensemble car l’amour physique lui est interdit. Arrive alors, une jeune étudiant en géologie islandais. Il deviendra son mari à force de petits soins mais ce ne sera jamais le grand amour perdu. Quand elle revient à Paris, pour un court séjour, elle se remémore tout cela tout en se cherchant un amant (elle tombera sur quelqu’un de bien : un homme d’esprit et d’amour, qui ne la forcera pas à rester ni ne la laissera tomber).

Tout le livre porte sur ce sujet : doit-on vivre à fond, au risque d’être déçue, trompée … ou bien se contenter des petits bonheurs de la vie, sans connaître la vraie passion. Ce choix porte sur la vie de Brynhildur qui aurait voulu vivre complètement mais à cause d’un échec vivra en se contentant de petits bonheurs, quitte à faire le malheur de son mari. Les deux filles de Brynhildur ont choisi de vivre sans connaître la vraie passion : elles ont choisi leurs études par souci économique, leurs amoureux ne sont pas le grand amour … C’est un roman de femmes et c’est un peu la question qui se pose : qu’est-ce qu’être une femme et comment se vivre complètement.

Par contre, par rapport au Voleur de Vie, je n’ai ressenti aucune empathie pour Brynhildur. Elle semble trop se concentrer sur elle-même. Cela vient du fait que son mari n’intervient pas directement dans le livre. La narratrice décrit tout ce qu’il lui a apporté, de réconfort, de confort d’amour, de connaissance sur comment vivre une vie heureuse. Je comprends bien qu’il a pris la place du père de sa femme plutôt que celle de son mari mais je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir pitié de lui, d’autant qu’il est devenu alcoolique.Pourtant lui il avait vécu sa vie complètement : son métier de géologue est sa passion (elle lui permet de s’impliquer dans la sauvegarde de l’Islande), il a réussi à avoir la femme qui était et est son grand amour. Je ne sais pas du tout ce qu’il faut en conclure du coup.

J’ai aimé aussi savoir des petites choses sur l’Islande, qui ne semble pas être le paradis écologique que l’on nous présente (ils sont plus écologiques que nous, c’est certain par contre). Apparemment, le désert islandais semblait en voie d’être colonisée par les chercheurs de … profits. Je ne sais pas si c’est encore le cas après la crise économique que le pays a été traversé (le livre ayant été publié en 2002)

D’autres avis

Ceux de Stephie, de Choco et de Sabbio.

Références

Cent portes battant aux quatre vents de Steinunn SIGURDDARDÓTTIR – roman traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson (Éditions Héloïse d’Ormesson, 2011)

Un amour exclusif de Johanna Adorján

Quatrième de couverture

Vera et István s’aiment passionnément depuis un demi-siècle. Ils ont survécu à la Shoah, au régime communiste, à l’insurrection de Budapest et à l’exil au Danemark. Jusqu’à ce dimanche d’octobre 1991 où ils décident de mourir, ensemble … Traquant les souvenirs, Johanna Adorján part sur les traces de leur destinée belle et douloureuse.

L’histoire d’un amour hors du commun, otage d’un siècle chaotique, retracé avec pudeur et tendresse par la petite-fille de ce couple inoubliable.

Mon avis

Ce livre m’a beaucoup dérouté. À lire la quatrième de couverture, je m’attendais à un livre écrit de la même manière que Les Disparus de Daniel Mendelsohn : une enquête familiale. La narratrice, qui se confond ici avec l’auteur, entretient cette idée puisqu’en même temps qu’elle nous raconte l’histoire de ses grands-parents, elles racontent les rencontrent qu’elle fait pour éclaircir certains points de cette histoire. Elle dit que c’est une enquête et donc à mon sens, que cela part d’une démarche. Mais cette démarche, elle ne nous la décrit pas. Elle ne nous dit pas non plus pourquoi elle fait tel ou tel voyage. On ne sait rien de sa vie non plus (elle doit parler en tout et pour tout deux fois de son caractère et une fois de sa vie passée, un peu plus de sa famille mais pas beaucoup). On comprend qu’elle veut savoir ce qu’elle n’a jamais pu ou même eu l’idée de demander à ses grands-parents. On comprend aussi qu’elle veut essayer de comprendre pourquoi ils se sont suicidés ensemble, même si au fond elle a déjà compris qu’ils s’aimaient trop pour pouvoir vieillir seul(e), après la mort de l’autre.

Le truc, c’est que Johanna Adorján donne l’impression de nous donner à lire un livre brouillon, un livre qui serait destiné à la famille proche. On peut dès lors se demander quel et l’intérêt de publier un tel livre. Je crois que cela tient au fait que ce qui n’est pas dit est le plus important. En faisant un peu de psychologie de comptoir, je pense que tout est dans le titre : Un amour exclusif. En écrivant ce livre, l’auteur a surtout cherché à rentrer dans l’intimité d’un couple qu’elle admire (il y un petit côté haine-admiration aussi pour sa grand-mère à qui elle ressemble tant), un couple qu’elle n’a jamais pu « approcher » car ils étaient tout l’un pour l’autre, avaient un côté hautain qui éloignait les autres. À plusieurs reprises, elle explique qu’elle se sent particulière, qu’elle n’a pas une identité tout à fait construite. Je crois qu’implicitement elle oppose sa solitude au couple de ses grands-parents, qu’elle aimerait faire partie de quelque chose. C’est peut être pour cela qu’elle a fait publier son livre : pour se sentir quelqu’un, pour avoir le sentiment d’appartenir à sa propre famille.

Références

Un amour exclusif de Johanna ADORJÁN – traduit de l’allemand par François Toraille (10/18, 2011)

Le voleur de vie de Steinunn Sigurdardóttir

Je me demande souvent comment vivent ces gens invisibles. Ces gens que personne ne remarque jamais. Ont-ils eux-mêmes le sentiment d’exister ? (p. 190)

Quatrième de couverture

Alda, trente-sept ans, célibataire, est professeur d’allemand et d’anglais dans un lycée islandais. Riche, cultivée et particulièrement belle, elle partage sa vie avec sa sœur Alma et sa nièce Sigga dans la propriété héritée de ses illustres parents. Avec le mépris d’une aristocrate blasée, elle y reçoit ses nombreux soupirants. Jusqu’au jour où, ardent comme le vent des Skjol, radieux comme la nuée en juillet, l’amour va faire chavirer son cœur …

Mon avis

Je vais aller plus loin que la quatrième de couverture : elle va rester 100 jours avec l’Homme mais ces 100 jours marqueront une rupture. Ils dirigeront le restant de sa vie.

Il ne faut pas lire ce livre si vous êtes un peu déprimé, célibataire et que vous êtes très attachée à votre sœur. Pour tout dire, j’ai fini le livre en me disant que c’était trop triste et que j’espérais ne pas finir dans cette solitude absolue. Au départ, on a l’impression qu’Alda est dure et intransigeante. Elle ne sait pas s’abandonner aux autres. Pourtant, on s’y attache au fur et à mesure car on la découvre de l’intérieur.

L’écriture est magnifique. Il y a un mélange de textes et de poèmes. Même moi qui ne suis pas très sensible à la poésie, j’ai trouvé les poèmes magnifiques : ils expriment tout un panel de sentiment qu’en textes, on n’aurait jamais pu sentir. Les textes sont sensibles. On est dans la tête d’Alda. On sent sa solitude, le vide qu’elle ressent, sa mélancolie. On laisse à part, dans le livre, les sentiments d’Alma et Sigga qui ne semblent pas pénétrer dans la tête d’Alda même si celle-ci y est très attachée. Ce qui peut surprendre, c’est que dans un même paragraphe, on peut passer du je au elle tout en restant sur Alda et même si c’est celle-ci qui parle. Au final, c’est réussi car cela donne l’impression qu’Alda arrive à se distancier d’elle même. Elle vit mais elle se vit aussi de l’extérieur (elle a parfois tendance à se voir comme parfaite alors que ce n’est pas forcément le cas).

Un aspect du roman est aussi le temps. Par son mode d’écriture, l’auteure arrive à brouiller les pistes. On pense qu’Alda est une vieille femme très rapidement alors qu’elle a peut être quarante ans. On est surpris de lire à la fin qu’il n’y a que sept ans qui se sont écoulés entre la rupture avec l’Homme et ce moment où elle se sent proche de la mort à cause de la solitude. C’est l’écriture qui donne cette impression car en étant dans Alda, on pense qu’elle a des pensées et la sagesse (durement acquise) d’une vieille dame.

En tout cas, c’est un très beau portrait de femme.

J’ai découvert ce livre grâce aux voyages littéraires de Denis. Je me suis même rendue compte que j’avais une autre titre de cette auteure dans ma PAL  Le Cheval Soleil (à ma décharge, ils sont quand même pas facile à retenir ces noms islandais).

La bande annonce du film d’Yves Angelo

D’après la bande-annonce, je pense que le film est assez différent du livre, pour l’histoire en tout cas. Je trouve par contre le choix des actrices tout à fait juste car ce sont les plus à même de traduire l’introspection que l’on ressent dans le roman.

Références

Le voleur de vie de Steinunn SIGURDARDÓTTIR – traduit de l’islandais par Régis Boyer (Flammarion, 1995)

Je suis un ange venu du nord de Linn Ullmann

Une partie de la quatrième de couverture

Médecin réputé à Stockholm, Isak Lövenstad est un homme intelligent, fort de caractère, intimidant et séduisant. Ses trois filles, de trois mères différentes, attendent impatiemment les grandes vacances pour être enfin réunies autour de ce père qui les intrigue et les impressionne. Dans les années 1970, la famille recomposée passe des étés agréables sur l’île scandinave de Hammarsö. Une catastrophe va mettre brutalement fin à ces moments idylliques. Vingt-cinq ans plus tard, les trois sœurs reviennent sur l’île.

Mon avis

Linn Ullmann est la fille de l’actrice Liv Ullmann et du cinéaste Ingmar Bergman. C’est juste pour situer l’univers car j’ai lu certains avis parlant d’un livre assez malsain, donc je préfère prévenir.

Personnellement, j’ai beaucoup aimé (est-ce à dire que je suis une détraquée ? la question se pose). Le reste de la quatrième de couverture fait allusion à William Golding. Pour ce que j’en sais (pas lu), c’est vrai qu’il y a quelques ressemblances. Les enfants présents sur l’île vivent sans faire attention aux adultes : ils sont dans un monde à eux. Du coup, je crois que cela donne un livre où cela n’est plus les conventions des adultes qui gouvernent mais les conventions d’adolescents. Et on sait que le monde des adolescents est loin d’être un monde civilisé.

Pour être plus exact, je dirais qu’il y a trois dans ce livre qui coexiste : le monde des parents (monde où visiblement on fait des enfants facilement mais où on a du mal à s’en occuper, monde où on monte des pièces de théâtre pour s’occuper : de là à dire que c’est un monde factice il n’y a pas loin), le monde des adolescents (amours, rivalités entre bandes, affrontement très violent dans le livre) et le monde des enfants (enfin il n’y en a qu’une, c’est Molly, la troisième fille d’Isak, qui finalement observe et subit les conventions d’un peu tout le monde, et n’existe donc pas réellement).

Le fait que l’histoire principale sur une île amplifie le sentiment de vase clos, où finalement tous les sentiments sont exacerbés. L’histoire est racontée par les deux sœurs les plus grandes. Le père se fait vieux (mais n’est pas mourant), l’aîné décide d’aller lui rendre visite après une dizaine d’année où elle ne l’a pas vu (après la mort de sa femme, il s’est retiré dans l’île où le fameux drame s’est passé). Il faut dire que l’aîné ne vivait pas avec son père et n’en est donc pas proche du tout. Mauvaise conductrice, elle essaye d’embrigader sa sœur, Laura, la deuxième. Sauf que celle-ci a été élevé par son père, un homme dont elle a du affronter les colères et les lubies et ne veut pas. Pourtant elle nous parle de sa vie, de gentille femme qui s’occupe de ses enfants et de son mari et a un travail,où elle se sent perdue. Finalement, elle va essayer de persuader Molly de les accompagner toutes les deux (dans l’idée qu’elles rejoignent la première sœur près de l’île). Là encore, le contact a été rompu à partir du moment où le drame s’est passé, puisque Molly n’est jamais retourné en vacances chez son père et que quand sa mère est morte, il n’a même pas voulu la prendre chez lui. Molly a pourtant voulu le revoir mais il n’est jamais venu à son invitation à dîner.

Au final, les trois sœurs vont se retrouver, enfin ! Pouvoir se reconstruire, tout en ne parlant pas du drame. Ce que j’ai aimé, c’est que finalement elles n’iront pas voir ce père si hautain et désagréable (enfin ce n’est que mon avis)

Références

Je suis un ange venu du nord de Linn ULLMANN – roman traduit du norvégien par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier (Actes Sud, 2010)

Le cantique de l'apocalypse joyeuse de Arto Paasilinna


Quatrième de couverture

« Si Dieu avait voulu que l’homme convoite sans fin la richesse financière, il l’aurait doté, en le créant, d’un sac spécial pour y ranger l’argent et les marchandises, à l’instar de la poche ventrale des kangourous. »

Terre, XXIe siècle. Partout le chaos. Alors que l’économie s’effondre, des hordes de miséreux sillonnent les continents. La Troisième Guerre mondiale est sur le point d’éclater… Pourtant, dans la forêt finlandaise, un havre de paix demeure. Là où, des années plus tôt, sur son lit de mort, un vieux communiste a chargé son petit-fils de construire une église en bois. Autour d’elle, une communauté de Finlandais délirants s’est peu à peu formée : ensemble ils revisitent les techniques de subsistance de leurs ancêtres, loin d’un monde en déconfiture.

Avec un humour ravageur, Arto Paasilinna plaide pour une vie proche de la nature, sans les diktats de la société de consommation.

Mon avis

Si ce n’avais pas été pour le prix littéraire des blogueurs, je n’aurais tout simplement pas écrit de billet sur ce livre. Pour avoir déjà lu Paasilinna, ce livre n’a été pour moi qu’une très très longue déception. Je me suis sentie embourbée dans les forêts finlandaises, sans avoir l’impression de pouvoir en sortir. Vous allez donc avoir un billet de pure mauvaise humeur et de pure déception. Mais ce qui est bien c’est que vous n’êtes pas obligée de le lire, vous !

Je vais quand même commencer par les points positifs : la base de l’histoire est plutôt originale et le ton Paasilinna (que j’assimile un peu à celui de Riel) aurait pu en faire quelque chose d’intéressant, si ce n’est que l’auteur a plutôt exprimé ses convictions et n’a pas fait preuve de l’humour ravageur de la quatrième de couverture. Plutôt si, il y a quelques scènes drôles et quelques phrases vraiment bien senties mais elles sont noyées dans un flot de descriptions. Il y a souvent de la critique sur notre société (les écolos qui ne sont pas capables de vivre dans la nature, les fonctionnaires qui appliquent bêtement les directives, l’Europe qui vous impose des choses qui ne correspondent à rien, les impôts : parce que oui pourquoi payer des impôts quand soi-même on n’en profite pas) sans humour par contre.

Les 100 premières pages sont une sorte de traité sur comment construire une maison en rondin de bois dans une forêt de Finlande. Ce qui vous me l’accorderez, ne vous arrive pas tous les jours même si vous remplacez Finlande par France. Du coup, quand vous avez de longues descriptions techniques vous avez envie de fermer le livre. Un exemple (et c’est parmi le plus intéressant) :

Eemeli Toropainen et Severi Horttanainen allèrent vérifier l’état de la maison. Longue de vingt mètres et large de plus de dix, elle avait été construite au tournant du siècle en épais madriers qui avaient plus tard été recouverts de planches. Les murs de pins rouges étaient sains : frappés avec le renfort d’une doloire, ils résonnaient d’un bruit franc.

On creusa les fondations du presbytère de biais face à l’église, de l’autre côté de la rivière d’Ukonjärvi, sur la berge nord-est du lac. On coffra les tranchées et on les bâcha dans l’attente d’une journée sans gel permettant d’y couler du béton. Pendant ce temps, une partie de l’équipe s’occupa de démonter la maison mortuaire d’Asser et de charger les madriers sur des remorques de tracteur. Une fois transportés jusqu’à la colline du presbytère, on les réassembla. Seuls deux ou trois des bastings inférieurs, un peu vermoulus, durent être remplacés. On retailla aussi la face extérieure des pièces de bois pour donner à la construction un aspect aussi pimpant que l’église flambant neuve. Ses madriers vieux de près d’un siècle arboraient juste une teinte plus rougeâtre. Ils étaient secs et légers, et les assembler était un jeu d’enfant.

On changea les fermes de la charpente et bien sûr la couverture du toit, ainsi que les portes et les fenêtres. On ponça les larges lattes de l’ancien plancher avant de le remettre en place. En deux mois d’efforts, le presbytère fut achevé. On creusa un puits, sur le versant de la colline, et l’on amena une canalisation jusqu’au coin cuisine de la salle.

Les 100 pages suivantes c’est l’installation de la petite communauté et la mise en place de règles. Cela donne lieu à des situations cocasses qui ne restent en mémoire que le temps d’un chapitre ou deux. On retourne à une vie plus proche de la nature, notamment la culture avec les animaux (c’est un peu normal car le monde extérieur est en perpétuel crise et il n’y a donc plus de pétrole et donc plus de tracteur : il faut bien faire autrement). On mange de la nourriture saine car on épand pas de pesticides. Le fait que des bombes atomiques ou des centrales explosent à côté de chez eux et qu’ils voient passer des nuages radioactifs ne les inquiètent pas plus que cela sur la qualité de la nourriture : elle est saine et je peux vous dire que l’auteur le répètent tout au long du livre. On vous répète aussi que la nature est exploitée pour les besoins de l’homme, que la récolte est prodigieuse avec ces nouvelles méthodes de récoltes (le nuage radioactif y fait quand même un peu). Le problème c’est qu’après on vous parle d’exportation. Ce qui à mon sens veut dire surplus et donc exploitation à des fins commerciales et non plus alimentaires. De plus, Paasilinna nous explique que le monde à l’extérieur de cette communauté est horrible, que tout le monde crève la faim, qu’il n’y a plus d’argent, plus de denrées alimentaires : comment on fait pour exporter dans ce monde là ? car on ne parle jamais de simples dons. On construit aussi une distillerie, une prison : il n’y avait que deux prisonniers dont une femme qui piquait le mari des autres et un assassin qui passait par là. Parce que c’est bien connu quand l’homme est occupé et a la possibilité de manger à sa faim, il ne commet jamais de mauvaises actions. Personne n’est jaloux du bien des autres quand il a déjà tout. En tout cas, c’est comme ça que cela se passe en Finlande. Il y a la création d’une sorte d’armée pour se protéger des envahisseurs extérieurs.

Les 100 pages suivantes sont l’intégration de nouveaux membres. Là j’ai commencé à trouvé que l’auteur allait peut être un peu trop loin. En effet, pour rentrer dans cette petite communauté, il faut être utile (pouvoir être occupé à tout âge). Si vous êtes un inutile, ce n’est pas la peine. Si vous êtes étranger, on vous explique que l’on ne peut pas recueillir toute la misère du monde et les gens se laissent refouler comme ça sans rechigner (de quoi faire rêver certains ministres) mais quand la troisième guerre mondiale éclate, une personne propose carrément d' »exterminer » les étrangers. Parce que le paradis ce n’est que pour certains, c’est moi qui vous le dis.

Sur les 100 dernières pages c’est la fin de la guerre mais l’apocalypse a quand même lieu et vous l’aurez quand même devinez les seuls à survivre c’est eux parce que nous l’Europe, l’Asie et l’Amérique nous sommes la « coupable planète ». L’Europe pour Paasilinna c’est l’Unon Européenne (en tout cas c’est ce que j’ai compris tout au long du livre). L’auteur a écrit le livre en 1992 mais il fait œuvre d’anticipation. L’apocalypse c’est pour 2027. N’empêche que la Finlande est dans l’Europe depuis 1995 et que n’en déplaise à l’auteur eux aussi seraient donc mort. Par contre, il a mis la Suisse dans l’Europe … là je reste dubitative.

Au vu du livre, j’aurais plutôt conclu que créer un paradis terrestre en pariant sur l’autarcie n’était pas possible car il y a toujours des désagréments venant des autres et qu’il fallait trouver une autre manière de faire, pour améliorer la planète dans son ensemble. Je préfère rester dans mon monde pourri du coup !

Promis, demain je reviens avec un billet de bonne humeur !

Livre lu dans le cadre du prix littéraire des blogueurs de George Sand et moi qui est revenue !!!!. Vous trouverez d’autres avis ici et ici.

Références

Le cantique de l’apocalypse joyeuse de Arto PAASILINNA – traduit du finnois par Anne Colin du Terrail (Folio, 2009)

La septième rencontre de Herbjørg Wassmo

Quatrième de couverture

Rut et Gorm sont des enfants du grand Nord norvégien, un pays de mer, de travail et de silence. Issus de milieux différents, solitaires par obligation et victimes de la rigueur morale de leurs familles respectives, leurs rencontres ne pouvaient être que fortuites et éphémères. La première eut lieu alors qu’ils n’avaient que neuf ans. Elle les a marqués pour toujours. Depuis, ils ne se sont croisés que cinq fois et jamais ils n’ont pu approfondir cette relation distante et pourtant réconfortante. Ils ont désormais la trentaine. Rut est devenue une artiste réputée, Gorm un homme d’affaires respectable. C’est leur septième rencontre. Peut-être leur dernière chance …

Mon avis

Je vais vous montrer qu’on parle le plus mal des livres qui nous plaisent le plus ! Parce que oui j’ai adoré ce livre même si je suis partiale car j’ai tendance à vénérer Herbjørg Wassmo (je n’en ai lu que 7 mais j’en ai autant dans ma PAL). À chaque fois, elle sait me toucher au cœur et là cela n’a pas loupé.

J’ai mis du temps à le lire parce que j’ai savouré cette magnifique histoire d’amour entre deux êtres seuls (cette solitude est écrite de manière très juste) qui se sont trouvés quand ils étaient enfants mais ne sont jamais restés ensemble. Ils ressentent ce désert qui fait penser qu’une partie de nous manque, même si ils se sont mariés, ont eu des enfants avec d’autres. Ce sont des âmes sœurs qui l’ont su à la première rencontre. C’est juste beau même si il est difficile de rentrer dans les premiers chapitres.

J’insiste sur le fait qu’à mon avis ce n’est pas un page-turner. On ne peut pas dire que les pages se tournent toutes seules. Mais, si on se laisse porter par le poésie de l’histoire, par les personnages très attachants, c’est un excellent livre.

Livre lu dans le cadre du Prix littéraire des blogueurs de George Sand. D’autres avis ici et ici.

Références

La septième rencontre de Herbjørg WASSMO – traduit du norvégien de Luce Hinsch (10/18 – domaine étranger, 2009)

Toujours avec toi de Maria Ernestam

Inga est une photographe de talent reconnue. Elle a Peter, son fils de vingt-ans, qui fait des études de médecine. Elle a un mari Mårten, lui aussi parfait : il l’aime, il la rassure et la réconforte. On est dans un roman donc tout va basculer.

Izabella, sa galeriste, lui dit que ses photos sont peut être un peu trop parfaites, qu’elle manque de naïveté et de spontanéité. Inga s’apprête déjà à en parler à Mårten pour qu’il puisse situer ce petit malheur dans les grands malheurs du monde. Elle rentre donc chez elle où arrive un pasteur. Il vient lui apprendre la mort de Mårten par une crise cardiaque.

Inga va mettre deux ans à vouloir se reconstruire (j’ai aimé cette idée car cela m’a semblé réaliste. On ne comprend un décès qu’après une période de flottement à mon avis, une période où l’on veut agir pour ne pas voir). Pendant deux ans, elle travaille moins mais toujours, fait des photos, des expositions … Mais ensuite elle s’effondre et se réfugie dans la maison familiale de Marstand, rendue accueillante par Nikklas un ami d’enfance (qui a une fiancée). Elle décide de faire du rangement dans la remise après quelques jours de repos. Elle trouve un dossier où il y a des articles de presse sur la première guerre mondiale et en particulier la bataille du Jutland. On découvre en particulier que cette bataille a envoyé plein de cadavres de soldats morts sur les plages d’Europe du Nord. Il y a aussi une lettre adressée à la grand-mère d’Inga, Rakel, par une missionnaire en Afrique, faisant allusion à une nuit où elles se seraient substituées à Dieu. Commence alors pour Inga une recherche pour comprendre fameux secret, qui elle le pense va l’aider à se reconstruire.

La narration se fait alternativement par Inga, en 2007, et Rakel, en 1959 (sur son lit de mort : elle est morte d’une leucémie une semaine avant la naissance d’Inga). Ainsi, on a l’enquête d’Inga mais aussi la jeunesse heureuse dans une ferme (le premier étage étant une salle de prière)  et la vie de jeune femme de Rakel : son amitié avec Léa, ses relations amoureuse avec Anton, qui est en fuite permanente à la faute d’un meurtre, avec Jakob, qui travaille pour payer à sa sœur une chaise roulante. On fait aussi la connaissance de la famille Otto, la famille dans laquelle Rakel sera bonne avec Léa.

J’ai beaucoup aimé ce livre pour deux raisons : l’originalité et la bonne construction de l’intrigue mais aussi pour le ton reposant du livre. En effet, pour ce qui est de l’intrigue, aucun personnage, aucun détail n’est superflu. Le thème de la Première Guerre mondiale, vu de l’arrière et d’un pays neutre, est rarement abordé : c’est ce qui rend à mon avis ce livre si particulier. Pour le ton, c’est simple : vous suivez l’intrigue sans que l’on cherche à vous faire ressentir des émotions. On vous raconte c’est tout. Cela donne un livre qui n’a rien de calculer et qui est profondément original.

Références

Toujours avec toi de Maria ERNESTAM – traduit du suédois par Esther Sermage (Gaïa éditions, 2010)