La chute de Samuel de Richard Kearney

Quatrième de couverture (enfin, un extrait …)

"Après la mort de son frère jumeau, Jack lit le journal intime que Sam a rédigé durant leur enfance. Il découvre avec désarroi les sentiments qu'éprouvait Samuel à son égard, l'envie et l'admiration qui l'ont animé et torturé jusqu'à sa mystérieuse disparition. Ces carnets révèlent aussi la personnalité ambiguë de l'abbé Anselm qui a fait de Samuel son disciple alors que celui-ci est déchiré entre la foi et le désir charnel qu'il éprouve pour une femme. Construit comme un roman à suspense, La chute de Samuel explore les conflits éternels entre l'âme et le corps, la pensée et l'action, l'amour et la mort."

Mon avis

C'est l'histoire de deux frères jumeaux Jack et Samuel. Jack est celui qui a tout : les amis, l'amour des parents, les filles, l'admiration des professeurs, des nourrices … Samuel c'est celui qui envie le frère. À l'adolescence, ils sont envoyés dans une école catholique où ils ont comme professeur Killian, un jeune novice qui n'a pas l'air très sûr de sa vocation mais qui est un bon professeur. Il est guidé par l'abbé Anselm ; ensemble, ils cherchent un "langage parfait". Mais suite à des révélations, Killian va devoir partir de l'abbaye. Jack va aussi vouloir rentrer dans les ordres grâce (ou à cause de) l'abbé Anselm. Là aussi, Jack va devoir partir car on l'a surprit en train de coucher avec une fille. C'est alors Samuel qui va devenir le disciple de l'abbé Anselm pour la recherche du langage parfait. Il va alors lui demander d'écrire un journal (celui que Jack lit après la mort de Samuel) où il dit toute la part d'ombre de sa vie, de son enfance à maintenant. On va alors apprendre qu'il n'est peut être pas pour rien dans les départs de Killian et Jack, dans la mort d'une des nourrices, et même qu'il était fou de désir pour Raphaëlle, la copine de son frère (on se demande si ce n'était pas un peu réciproque). C'est ce déchirement entre son désir et sa vocation qui vont l'entraîner très loin jusqu'à la mort …

J'étais déçue parce que j'attendais beaucoup de ce livre. Je l'avais enfin trouver au Salon du Livre après trois ans dans ma liste à lire. Je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages : ils n'étaient pas assez fouillés à mon goût. J'aurais aimé en savoir plus sur Jack, sur Raphaëlle et même sur l'abbé Anselm, sur les parents des jumeaux. À cause de la forme en journal, choisi par l'auteur, je n'ai pas pu. Je n'ai pas non plus réussi à m'attacher à la recherche du langage parfait, ni à l'histoire de Saint-Gall et de Saint-Colomban. C'est quand même un roman qui se lit bien, grâce au style de l'auteur (et à la traduction). Je laisse une chance car c'est un premier roman. Je lirais donc la suite, À la recherche de Raphaëlle, quand je la trouverais. 

Un autre avis

Celui d'Yvon.

Une citation

"Ne reste jamais avec qui te ressemble. Ne reste jamais nulle part. Lorsque ce qui t'entoure commence à te ressembler ou que toi tu commences à ressembler à ce qui t'entoure, ce qui t'entoure à cesser de te profiter. Tu dois partir. Ne prends de chaque chose que ce qu'elle t'apprend et laisse le plaisir qui s'en écoule l'assécher. La plus belle chose que tu connaîtras sur terre est ta faim, ton désir. La vie nomade est la vie du berger." (p. 132)

Références

La chute de Samuel de Richard KEARNEY – traduit de l'anglais (Irlande) par Manuela Dumay (Éditions Joëlle Losfeld, 1997)

 

Le château périlleux de Walter Scott

Je vous préviens tout de suite le billet va être un peu long. Si vous êtes pressés, passez directement au résumé. C'est un billet dont vous êtes le héros 🙂

Contexte historique du Château périlleux

Le 19 mars 1286, Alexandre III meurt en ne laissant comme héritière que son unique petite fille Marguerite, âgée de deux ans. Le problème cést que celle-ci habite la Norvège et n'est pas en âge de se marier pour donner un roi à l'Écosse. Les États réunis à Scone la proclament reine maismettent aussi en place une gouvernance assurée par six "gardiens" : deux évêques, deux comtes, deux barons. Cependan, tous les nobles écossais considéraient que la succession était ouverte (visiblement, il pariait sur la mort de Marguerite). Deux prétendants : Robert Bruce et Jean Balliol. Chacun doit choisir : le pays tourne à l'anarchie. Au printemps 1287, les six "gardiens" envoyèrent un appel à l'aide au voisin d'à côté : Édouard Ier d'Angleterre, grand oncle de Marguerite. À ce moment là, celle-ci ne se trouve toujours pas Écosse. En avril 1290. Édouard Ier convoque à Salisbury une conférence. "Le roi de Norvège accepta d'envoyer Marguerite en Écosse avant la Toussaint, à condition qu'on lui promit que le pays serait en paix pour l'accueillir et qu'elle serait reconnue reine sans contestation." Édouard Ier promit de marier la petite Marguerite avec son héritier. Les Écossais voient cela d'un mauvais oeil : ils ne veulent pas sefaire absorber par la puissante voisine. On cherche à les rassurer par ue jolie formule : l'Écosse demeurera séparée et libre "sauf le droit [du roi d'Angleterre]". Dès lors, Édouard Ier laissa libre cours à son ambition : il nomma l'évêque de Durham comme "gouverneur de l'Écosse" et confisqua tous les châteaux du Sud de l'Écosse.

Peu de temps après avoir débarqué en Écosse, la jeune Marguerite âgée de six ans meurt.

Édouard Ier, de nouveau mandé par l'un des gardiens du royaume pour ramener le calme après cette triste nouvelle, veut placer un roi vassal en Écosse. Il considérait l'Angleterre comme la suzeraine de l'Écosse. Une fois reconnue ce fait, les treize "compétiteurs" au trône d'Écosse reconnurent à Edouard Ier le rôle d'arbitre. Après un premier arbitrage il ne reste que trois candidats : Robert Bruce, Jean Balliol et un anglais John Hastings. En 1292, une commission permit de décider que Jean Balliol serait roi d'Écosse.

Édouard Ier fait subir à Jean Balliol toute une série d'humiliations qui renforce le sentiment antianglais de la population. Édouard Ier, lui-même vassal du roi de France Philippe le Bel, est en conflit ave son suzerain à propos du royaume de Guyenne s'étendant de la Saintonge aux Pyrénées (appartenant à l'Angleterre depuis Henri III). La France et l'Angleterre cherche des alliés. L'Écosse fait partie de ceux de la France ; Jean Balliol revient sur le serment par lequel il reconnaissait le roi d'Angleterre comme son suzerain. D'avril à juillet 1296, l'Angleterre et l'Écosse sont en guerre ; la France ne peut malheureusement pas aider son allié. L'Angleterre "gagne", confisque les châteaux, en donne certains à des Écossais ralliés dont Robert Bruce fils du "compétiteur" de 1292. Jean Balliol s'exile.

Une guerre "civile autant qu'étrangère" s'en suivit. Elle durera soixante et un ans (1296-1357). Comme dans toute guerre (de cette époque) il y a les guerriers légendaires et héroïques. Pour celle-ci ce fut William Wallace (celui de Braveheart) rendu célèbre par le meurtre du sheriff de Lanark à cause d'une rivalité amoureuse. Hors la loi William Wallace se cache dans les forêts, organise un mouvement de résistance, rallie des hommes dont Robert Bruce le petit fils du compétiteur. En 1297-1298, ils accumulent les gloires jusqu'à la bataille de Falkirk où c'est la débacle. William Wallace s'enfuit en France et abandonne son titre de gardien du royaume.

L'unité du mouvement de résistance réalisée autour de sa personne commença à s'effriter. Les vieilles querelles entre les Bruce et les Balliol reprirent. En 1303-1304, l'Angleterre dégagée de sa guerre avec la France se consacra à l'Écosse et accumula les succès militaires. L'apogée fut l'arrestation à Glasgow de William Wallace entre temps revenu de France. Il fut torturé et exécuté à Londres le 23 août 1305. Édouard Ier avait gagné. "Tous les comtes, barrons et évêques d'Écosse lui avaien fait leur soumission ou s'étaient exilés sur le continent."

Le roi d'Angleterre instaura un gouvernement semi-autonome en Écosse. Les châteaux royaux furent occupés par des garnisons anglaises. On se doute que cette pseudo-paix ne peut durer. Robert Bruce qui au fond de lui n'a jamais douté de ses droits au trône d'Écosse rompt en 1306 avec sa ligne proanglaise et rentre en résistance. Il fut couronné à Scone roi d'Écosse le 27 mars 1306 par l'évêque de Glasgow. Autour de lui, il y avait ses fidèles dont sir James Douglas. 

En 1306-1307, Édouard Ier, accompagné par son fils décide de se venger de cet affront par les armes. Cela tourne encore une fois à son avantage. Les terres des Bruce furent pillées et incendiées ; l'Écosse du Sud fut occupée et ravagée par les Anglais. Encore une fois ! Robert Bruce, exilé en Irlande tout l'automne et l'hiver 1306-1307, revient en Écosse où il remporte quelques succès miitaires dont la victoire de London-Hill (décisive dans le roman). 

 

 

Résumé 

C'est donc au début de cette année 1307 que se déroule le roman. Les Anglais occupent le château de Douglas ; ils craignent en permanence une attaque des "rebelles" écossais. Le gouverneur du château porte le nom de sir John de Walton, assisté de Aymer de Valence. Ce sont deux jeunes gens, le premier étant animé par l'amour et le deuxième par la chevalerie. Ils n'arrêtent pas de se disputer de manière très "courtoise" notamment sur le fait que Aymer de Valence a laissé entrer au château un ménestrel du nom de Bertram sans consulter John de Walton, celui -ci craignant que ce soit un espion. En plus, le ménestrel a laissé dans un couvent proche (il y a des prêtres et des bonnes soeurs dans ce couvent) son compagnon Augustin parce que soit disant il avait la peste noire. Il s'avère que cet Augustin c'est Augusta de Berkely qui a promit sa main à Sir John de Walton si il arrive à tenir le château pendant un an et un jour. Quand celle-ci se voit démasquer par Aymer, elle s'enfuit avec une des nonnes: Marguerite de Hautlieu, partisane de l'indépendance écossaise. Lady Augusta tombe dès lors dans les mains de sir James Douglas. Il va s'en servir de monnaie d'échange pour récupérer son château. Que fera John de Walton ? 

Mon avis

J'avoue avoir été très surprise par ce roman. En effet, il est très différent du Coeur du Mid-Lothian où il y avait plein d'histoires parallèles, de personnages secondaires. Ici il n'y a qu'une histoire, peu de personnages secondaires. C'est un roman de chevalerie pure. Il y a l'histoire d'amour très romantique entre Walton et Lady Augusta. C'est dans l'ensemble un bon roman ; on y retrouve l'humour de Walter Scott avec plaisir. Cependant, il y a quelques longueurs et le style est moins fluide que dans Le Coeur du Mid-Lothian. Je crois que cela vient du traducteur : Defauconpret c'est le 19ième siècle, Sylvère Monod le 20ième. Je pense, même si je ne suis pas traductrice, qu'un traducteur met toujours un peu de son époque. Qu'en pensez-vous ?

P.S. Je précise que c'est le dernier roman de Walter Scott.

Références

  • Le Château périlleux de Sir Walter SCOTT – roman traduit de l'anglais par Defauconpret (Éditions de l'Aube, 2009)
  • Histoire de l'Écosse de Michel DUCHEIN (Fayard, 1998)

La doulou d’Alphonse Daudet

Alphonse Daudet a contracté la syphilis à l’âge d’une vingtaine d’années auprès d’une bourgeoise. Après un traitement au mercure, la maladie resta en sommeil. Il écrivit, publia, se maria, eut trois enfants et des maîtresses. La syphilis se réveilla à partir de 1884. La doulou – douleur en provençal – sont, dans une première partie, les notes de dix annés de ses souffrances et, dans une deuxième partie, ses observations sur les malades qui l’entourent aux stations thermales de Néris et Lamalou. Pour essayer de vous rendre compte de la nature du texte, je vous mets quelques extraits de la première partie :

« Devant la glace de ma cabine, à la douche, quel émaciement ! Le drôle de petit vieux que je suis tout à coup devenu. Sauté de quarante-cinq ans à soixante-cinq. Vingt ans que je n’ai pas vécu. » (p. 25)

« Tous les soirs, contracture des côtes atroce. Je lis, longtemps, assis sur mon lit – la seule position endurable ; pauvre vieux Don Quichotte blessé, à cul dans son armure, au pied d’un arbre. Tout à fait l’armure, cruellement serrée sur les reins d’une bouche en acier – ardillons de braise, pointus comme des aiguilles. Puis le chloral, le « tin-tin »de ma cuiller dans le verre, et le repos. Des mois que cette cuirasse me tient, que je n’ai pas pu me dégrafer, respirer. » (p. 37)

« Comme nos désirs se bornent, à mesure que l’espace se rétrécit. Aujourd’hui je n’en suis plus à désirer guérir – me maintenir seulement. Si on m’avait dit ça l’année dernière. » (p. 41)

« Douleur toujours nouvelle pour celui qui souffre et qui se banalise pour l’entourage. Tous s’y habitueront, excepté moi. » (p. 43)

« Douleur qui se glisse partout, dans ma vision, mes sensations, mes jugements ; c’est une infiltration. » (p. 47)

« Dans ma pauvre carcasse creusée, vidée par l’anémie, la douleur retentit comme la voix dans un logis sans meubles ni tentures. Des jours, de longs jours où il n’y a plus rien de vivant en moi que le souffrir. » (p. 54)

Ces mots expriment, à mon avis, la souffrance de chaque malade. Ma mère est décédée il y a deux ans et a souffert pendant un an avant. Je n’avais pas compris ce qu’elle avait pu ressentir ; ce texte magnifique m’a aidé à mieux comprendre. Il est exceptionnel parce qu’il a été écrit par un malade lettré pendant sa maladie. Je me permets de citer encore une fois Alphonse Daudet : « Les mots, dit-il, arrivent quand c’est fini, apaisé ; ils parlent de souvenir, impuissants ou menteurs. » À noter que dans cette édition, Julian Barnes montre toute son érudition et sa connaissance de la littérature framçaise du XIXe siècle dans la préface, les notes et la postface. Pour moi, Alphonse Daudet c’était uniquement les Lettres de mon moulin et les lectures de primaire et collège. Plus maintenant ! C’est un texte à lire, relire, diffuser …

P.S. Je trouvais la couverture assez jolie. J’ai lu après de quoi il s’agissait : c’est une affiche de médecine péventive contre la syphilis de 1926.

P.P.S. La lecture de ce livre m’a éte soufflée par Jérôme Garcin dans le Masque et la Plume de dimanche dernier, à l’occasion des comentaires sur le Journal de deuil de Roland Barthes (qui visiblement est dans le même style mais sur le deuil de l’écrivain au décès de sa mère).

Références

La doulou d’Alphonse DAUDET – préface, notes et postface de Julian Barnes (Le petit Mercure – Mercure de France, 2007)

Du silence sur les mains de Sylvie Aymard

 

 

Quatrième de couverture

"Dans un petit village du Midi, les habitants surveillent Toni, garçonnet énigmatique au sourire béat, qui marche inlassablement sur la terre, collectionne des fossiles de crustacés. Toni cherche son père et ne trouve que du silence sur les mains et dans les coeurs. Sa mère muselée par les secrets lui ment, manigance le passé, l'aime avec rage. Elle ne sait plus qui tient l'autre par la main.

Un guerrier samburu, une centenaire délaissé par son mari contortionniste, et un ancien résistant devenu tueur de cochons les aideront à traverser les épreuves.

En quelques heures, un drame dans la nuit lente de juin dénouera leurs solitudes."

Mon avis

Il me faut d'abord dire une chose : j'aime énormément les livres sur les secrets de famille. Ici, j'étais donc servie. Il s'agit de l'histoire de trois générations de femme : Ada, la grand-mère, abandonné par son mari contortionniste ; Léa, la mère, morte à cinquante ans et qui a eu des jumelles toute seule (peut être avec un Hongrois) puis Victoire et Camille. Camille n'a pas encore d'enfants mais Victoire en a eu un, Toni, avec un homme d'une nuit rencontré dans un refuge de montagne. N'osant pas avouer cela à son fils, elle lui dit que son père est mort. Le petit le sais et fugue ; Léa va alors décider de briser les secrets de famille pour le bien de son petit garçon. En gros, je vous ai raconté toute l'histoire ; il y a aussi les personnages secondaires très attachants dont je ne vous parle pas. C'est là que le bas blesse : l'histoire ne se termine pas, il n'y a pas de happy end. On aimerait savoir comment vont se passer les retrouvailles entre Toni et Victoire, mais non : l'auteure préfère nous laisser imaginer. On se sent un peu frustré.

Néanmoins, je continuerai à suivre cette auteure. Son écriture toute en finesse et en poésie est le principal charme du livre.

Du silence sur les mains est le deuxième roman de Sylvie Aymard, après Courir dans les bois sans désamparer (Maurice Nadeau). 

Références

Du silence sur les mains de Sylvie AYMARD (Maurice Nadeau, 2008)

Le fond des forêts de David Mitchell

 

 

Quatrième de couverture

"1982, dans un petit village du Worcestershire. Jason Taylor, treize ans, essaie de réussir son entrée dans l'adolescence. Et ça nést pas chose facile. À l'école ou chez lui, Jason affronte l'incompréhension et le mépris : ses camarades raillent son bégaiement, ses parents ne cessent de se disputer. Mais Jason mène une vie secrète, dans un mondeà lui peuplé de visions étranges et de figures ambiguës.

Portrait de famille, chronique de l'Angleterre de Thatcher, roman d'apprentissage à la lisière du fantastique, Le fond des forêts est avant tout une suite de variations éblouissantes sur l'adolescence et ses multiples facettes. Après Écrits fantômes et Cartographie des nuages, deux romans qui traversaient l'espace et le temps, David Mitchell nous offre un texte plus personnel, d'une puissace poétique exceptionnelle."

Mon avis

J'ai pris ce livre à la librairie il y a deux semaines sur les conseils du libraire. C'est un livre que je n'aurais jamais lu sans lui. Cela fait deux ans que Cartographie des nuages, le deuxième livre de l'auteur, attend patiemment dans ma PAL. Je me suis dit tu es folle de le prendre, tu as déjà suffisemment de livres à lire. Le libraire me l'a vendu en disant que cela n'a rien à voir avec Cartographie dans les nuages et que ça lui avait rappelé le livre de Jonathan Safran Foer Extrêmement fort et incroyablement près (qui attend aussi patiemment dans ma PAL depuis quatre ans …).

Franchement, je ne regrette pas d'avoir écouter le libraire (il vient quand même de faire remonter deux livres en haut de ma PAL). C'est un très bon roman surtout pour l'écriture (merci au traducteur !!!).  En effet, l'histoire est plutôt banale. On suit les aventures de Jason Taylor, un garçon bègue de 13 ans, poète à ses heures perdues, tout au long d'une année, 1982, dans un village paumé d'Angleterre. À l'école, il subit moqueries, racket. Ces parents sont sur le point de divorcer. Au début de l'année, il n'ose rien dire. Il est encore en enfance. À la fin, il s'affirme, ose parler. Durant cette année, il y a aussi la guerre des Malouines, les licenciements. C'est aussi la chronique d'une année du règne de Tatcher.

J'ai eu un peu de mal au début parce que chaque chapitre représente une séquence, un épisode de la vie de Jason. Ce sont comme des nouvelles, mais avec les mêmes personnages, sauf peut-être à la fin où c'est un petit peu plus suivi. L'écriture de David Mitchell est juste époustouflante. Il donne corps à son récit initiatique en trouvant le ton juste pour le narrateur. À travers son récit, Jason nous dit tout ce qu'il ne peut pas exprimer en mot aux autres : on est dans sa tête.

C'est un très bon roman à lire …

Références

Le fond des forêts de David MITCHELL – traduit de l'anglais par Manuel Berri (Éditions de l'Olivier, 2009)

Monsieur Dick ou le dixième livre de Jean-Pierre Ohl

Quatrième de couverture

"Le narrateur, François Daumal, nourrit une passion exclusive pour Dickens. Il est hanté par le désir de connaître la fin que prévoyait de donner le grand écrivain à son ultime roman, Le Mystère d'Edwin Drood, dont l'inachèvement a sucité jusqu'à nos jours un déluge d'hypothèses parfois délirantes. Mais Daumal a un rival, en la personne de Michel Mangematin, qui poursuit la même chimère … Sous le regard d'un vieux libraire mystérieux, M. Krook, les deux jeunes gens se livrent à un duel acharné, qui se prolonge sur le terrain amoureux. Les énigmes se multiplient, les rebondissements emportent le récit d'une époque à l'autre sur un rythme effréné, en compagnie de personnages extravagants dignes de Miss Haviham ou de Mr Pickwick. Leauel des deux jeunes hommes découvrira le secret d'Edwin Drood ?

Brillant divertissement, Monsieur Dick est aussi un hymne à la littérature et à ses pouvoirs."

Mon avis

Il faut être clair tout de suite : je n'ai jamais lu Dickens. Honte sur moi !!! Mais après la lecture de ce livre, je compte bien me rattrapper. Ce roman est aussi génial que le deuxième. On y retrouve même des clins d'oeil à son deuxième livre (ou plutôt le contraire, je m'embrouille…) : Mr Krook est le Ebenezer Krook des Maîtres de Glenmarkie. L'histoire est prenante et le rebondissement final est époustoufflant.

Pour moi qui n'est pas lu Dickens, le livre est déjà formidable ; pour ceux qui l'on lu, il doit être encore mieux car il y a plein d'allusion à ses personnages. Je le relirai après avoir lu Dickens et je vous le dirai.

Je cours mettre à sac ma PAL voir quels romans Monsieur Dickens y a mis …

P.S. pour ceux qui veulent savoir l'origine du titre : Monsieur Dick est un personnage qui apparaît dans les deux époques du roma, à l'époque de Dickens et d'Edwin Drood et à l'époque contemporraine de François Daumal et Michel Mangematin. Pour le dixième livre : Mr Krook a dix livres dans sa bibliothèque. Après avoir énuméré les neuf premiers, il lance un défi à François et Michel : celui qui trouve le titre du dixième livre le gagnera. Pour les aider, il donne un indice : il s'agit de la quintescence de la littérature pour qui, comme lui, n'y croit plus vraiment. 

D'autres avis

Théophile, Pimpi, Holly, Clarabel … 

Références

Monsieur Dick ou le dixième livre de Jean-Pierre OHL (Gallimard, 2004)

Young Adam d'Alexander Trocchi

 

 

Quatrième de couverture

"Joe le marinier remarque la femme de son patron le jour même où il repêche un cadavre de femme dans le canal entre Glasgow et Edimbourg. Peut-être connaît-il l'inconnu du canal … Sur fond d'intrigue policière la sensualité éclate au coeur du quotidien. Plus qu'un polar écrit avec une économie d'effets remarquable, Young Adam est une réflexion sur le caractère irrésistible et éphémère du désir, sur la justice et la peine de mort dans la Grande-Bretagne des années 1950."

Mon avis

C'est un très beau livre qui ne correspond pas du tout à la biographie de l'auteur : on n'y parle pas du tout de drogue, parfois un peu de sexe (mais ce n'est pas du tout pornographique comme on pourrait le craindre). Ce n'est cependant pas un roman policier comme le dit la quatrième de couverture. C'est un livre très sombre où Joe est tiraillé entre deux femmes : celle du marinier et celle repêchée dans le canal. Il nous fait part de ses états d'âme, de ses souvenirs de manière sobre. L'écriture d'Alexander Trocchi est à la fois simple et lyrique. Un beau roman dont je vous parlerai dans un prochain billet de l'adaptation cinématrographique, elle aussi, très réussie.

Références

Young Adam d'Alexander TROCCHI – traduit de l'anglais par Serge Quadruppani (Éditions Métailié, 1997)

L'origine de la violence de Fabrice Humbert

 

 

Quatrième de couverture

"Lors d'un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d'un détenu dont la ressemblance avec son propre père, Adrien, le stupéfie.

Rentré en France, il retrouve son père, sa famille, mais le souvenir de la photographie ne le quitte plus. Il décide alors de se lancer dans une recherche qui va bouleverser sa vie.

Ce détenu, nommé David Wagner, se révèle être son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l'autre famille, la branche Wagner, la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n'évoque l'existence. Et c'est le destin croisé de ces deux familles, deux générations plus tôt, lorsque l'ambitieux David Wagner rencontra le riche Marcel Fabre et sa femme Virginie, qui éclate alors au grand jour, ainsi que les terribles conséquences que la liaison entre David et Virginie entraîna.

Au cours de sa quête à travers la France et l'Allemagne, dans la nouvelle vie qu'il tâche d'inventer avec une allemande qu'il vient de rencontrer, le jeune homme se rend compte qu'on ne se débarasse pas si facilement du passé – ni du sien ni de celui de sa famille. Lorsqu'on remonte à l'origine de la violence, c'est sa propre violence qu'on finit par rencontrer.

Mon avis

Au début, je me suis dit "Cela doit être un peu comme Les Disparus ou comme Une histoire familiale de la peur". J'ai donc pris L'origine de la violence à la librairie car j'avais apprécié ces deux livres ; en plus, il y avait une banderole qui disait que la libraire avait aimé et que nous avons souvent les mêmes goûts.

Ce que j'avais oublié c'est qu'ici c'est un roman et pas un essai que j'allais lire. L'auteur peut donc se permettre plus de choses. Le livre mélange secret de famille et enquête sur le véritable grand-père déporté à Buchenwald. Le narrateur explore à la fois le passé et le présent de la France et de l'Allemagne. Il ne cherche pas à voir un seul côté ; pour lui, il n'y a pas les bons et les méchants. Il ne glorifie pas son ancêtre disparu. Il veut juste le voir tel qu'il était. C'est ce que j'ai trouvé très intéressant dans ce roman ; est-ce que cela aurait été possible si ça n'avait pas été un roman, je ne sais pas … Quelques fois, il y a des passages un peu psychologiques que j'ai trouvé pas forcément intéressants mais dans l'ensemble, le style de l'auteur sert positivement l'histoire : il décrit son enquête, ses états d'âme, sa vie passée et présente et fait parler sa famille et les témoins. 

Je vais essayer de lire ces deux autres ouvrages pour me faire une opinion plus éclairée sur cet auteur. En résumé, une bonne impression à confirmer !

Références

L'origine de la violence de Fabrice HUMBERT (Le Passage, 2009)

La sorcière de Salem d'Elizabeth Gaskell

 

 

Résumé

Loïs Barclay, jeune fille de 17 ans, vit en Angleterre dans le Warwickshire. A cause du décès de ses deux parents, elle doit retrouver en Amérique, plus exactement à Salem, son oncle maternel qui y était parti car il était devenu puritain. Elle pose les pieds aux Etats-Unis à Boston : elle y découvre de nouvelles manières, des personnes fort sympathiques mais très croyantes (on comprend rapidement qu'elle trouve cela un peu excessif). Le capitaine Holdernesse qui l'a amené en Amérique va jusqu'à Salem pour confier Loïs à sa "nouvelle famille". Son oncle est mourrant, sa tante est plus jeune mais très stricte et autoritaire (et aussi très religieuse) : elle l'accueille comme une étrangère. Le couple a trois enfants : un grand garçon, plus vieux que Loïs, du nom de Massaneh, une grande fille Faith, secrètement amoureuse d'un homme d'église et Prudence, une gamine méchante qui prend plaisir à rendre malheureux son entourage. Ils ont aussi une vielle bonne indienne. Loïs trouve rapidement sa place mais sa vie bascule au moment où son oncle meurt : Massaneh insiste pour qu'ils se marient (il entend des voix qui lui disent), Faith devient jalouse, Prudence reste Prudence.Là dessus arrive la fameuse affaire des sorcières de Salem et l'hystérie collective qui la dirige. Loïs devra subire le jugement de la population …

Mon avis

C'est un très bon roman qui parle de l'hystérie d'une foule qui a besoin de coupables quand se produit des faits incompréhensibles. Ce roman, c'est aussi la critique d'un piétisme poussé à l'extrême ; la religion n'est plus religion mais plutôt un dogme qui sert à exclure toute personne ne partageant pas certaines croyances. Elizabeth Gaskell, par un style très clair et limpide, fait de ce livre un livre qu'on ne peut oublier. Première découverte de cette auteure (pourtant très connue dans la blogosphère) réussie ! 

L'avis de

Isil. Il y en aura beaucoup d'autres dans peu de temps car il fait parti de la chaîne des livres organisée par Ys (je me suis pas inscrite mais j'ai repéré les titres intéressants à première vue).

Références

La sorcière de Salem d'Elizabeth GASKELL – traduction par Roger Kann et Bertrand Fillaudeau (José Corti – collection romantique n°73, 1999)

Les maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre Ohl

Résumé

On est en Ecosse dans les années 1950, plus exactement sur l'île d'Islay. Mary Guthrie, fille du bedeau, attend Ebenezer Krook, prêtre catholique de la paroisse, qui arrive par la navette. Elle est très jeune mais Ebenezer Krook tombe amoureux de ces genoux. Au cours d'une conversation rapide, Ebenezer parle de sa mère et de ses deux passions : le roman victorien et sir Thomas Lockhart de Glenmarkie. D'après le prêtre, c'est un "obscur rimailleur de l'époque de la Guerre civile", "auteur de quatre ou cinq élucubrations aux titres imprononçables", "royaliste bien entendu" et "mort de rire en apprenant la restauration des Stuart". Visiblement, la famille Krook serait apparentée aux Lockhart par une branche "batarde". Quelques années plus tard, Mary, qui poursuit des études littéraires à Edimbourg, et Ebenezer couche ensemble (pas très catholique pour un prêtre).

Il s'enfuit pour tout avoué à son supérieur, celui-ci lui explique que ce n'est pas grave, qu'il suffit juste de faire ce genre de choses discrètement. Il va dans un bar, se saoule et remet sa démission à son supérieur sur les conseils d'un type rencontré au bar. Ce dernier l'amène à Edimbourg où il va devenir libraire. Un peu curieux pour un homme qui ne lit qu'un seul livre Martin Eden de Jack London. On découvre que ce livre lui a été donné par son père qui est mort durant la guerre d'Espagne quand il était petit. En réalité, il cherche son père dans ce livre. Sa vie va être bouleversée au cours du roman : il se rend compte qu'un petit bout de son père est dans chaque livre, il va réussir à comprendre ce qui s'est passé avec son père …

Quand Mary s'aperçoit que Ebenezer est parti, elle aussi part de son île et décide de faire son mémoire de master sur Thomas Lockhart. Pour trouver de nouveaux manuscrits ou bien le légendaire trésor de Thomas Lockhart, elle part au manoir de Glenmarkie et rencontre ses habitants particulièrement loufoques …

Le roman alterne les récits d'Ebenezer et de Mary. Il s'y entremêle à la fois, de l'aventure, des histoires de famille, des références littéraires, de l'humour …

Mon avis

C'est un excellent livre !!! On y passe un très bon moment de lecture. On ne s'ennuie jamais. Les deux histoires ont comme lien les Lockhart et les liens sont vraiment réussis : l'intrigue n'est pas téléphonée (je ne sais pas si on eut dire ça ?). L'écriture est un peu comme dans les vieux romans anglais victoriens dont on retrouve l'atmosphère (le vieux manoir délabré, les personnages loufoques dont on amplifie les caractères, la librairie où il y a de vieux grimoires, le meuble avec des secrets …

Un deuxième roman à lire !!! Je vais regarder pour lire le premier … 

L'avis de

Lou … qui détaille un peu plus et explique beaucoup mieux !

Références

Les maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre OHL (Gallimard, 2008)