La sorcière de Salem d'Elizabeth Gaskell

 

 

Résumé

Loïs Barclay, jeune fille de 17 ans, vit en Angleterre dans le Warwickshire. A cause du décès de ses deux parents, elle doit retrouver en Amérique, plus exactement à Salem, son oncle maternel qui y était parti car il était devenu puritain. Elle pose les pieds aux Etats-Unis à Boston : elle y découvre de nouvelles manières, des personnes fort sympathiques mais très croyantes (on comprend rapidement qu'elle trouve cela un peu excessif). Le capitaine Holdernesse qui l'a amené en Amérique va jusqu'à Salem pour confier Loïs à sa "nouvelle famille". Son oncle est mourrant, sa tante est plus jeune mais très stricte et autoritaire (et aussi très religieuse) : elle l'accueille comme une étrangère. Le couple a trois enfants : un grand garçon, plus vieux que Loïs, du nom de Massaneh, une grande fille Faith, secrètement amoureuse d'un homme d'église et Prudence, une gamine méchante qui prend plaisir à rendre malheureux son entourage. Ils ont aussi une vielle bonne indienne. Loïs trouve rapidement sa place mais sa vie bascule au moment où son oncle meurt : Massaneh insiste pour qu'ils se marient (il entend des voix qui lui disent), Faith devient jalouse, Prudence reste Prudence.Là dessus arrive la fameuse affaire des sorcières de Salem et l'hystérie collective qui la dirige. Loïs devra subire le jugement de la population …

Mon avis

C'est un très bon roman qui parle de l'hystérie d'une foule qui a besoin de coupables quand se produit des faits incompréhensibles. Ce roman, c'est aussi la critique d'un piétisme poussé à l'extrême ; la religion n'est plus religion mais plutôt un dogme qui sert à exclure toute personne ne partageant pas certaines croyances. Elizabeth Gaskell, par un style très clair et limpide, fait de ce livre un livre qu'on ne peut oublier. Première découverte de cette auteure (pourtant très connue dans la blogosphère) réussie ! 

L'avis de

Isil. Il y en aura beaucoup d'autres dans peu de temps car il fait parti de la chaîne des livres organisée par Ys (je me suis pas inscrite mais j'ai repéré les titres intéressants à première vue).

Références

La sorcière de Salem d'Elizabeth GASKELL – traduction par Roger Kann et Bertrand Fillaudeau (José Corti – collection romantique n°73, 1999)

Les maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre Ohl

Résumé

On est en Ecosse dans les années 1950, plus exactement sur l'île d'Islay. Mary Guthrie, fille du bedeau, attend Ebenezer Krook, prêtre catholique de la paroisse, qui arrive par la navette. Elle est très jeune mais Ebenezer Krook tombe amoureux de ces genoux. Au cours d'une conversation rapide, Ebenezer parle de sa mère et de ses deux passions : le roman victorien et sir Thomas Lockhart de Glenmarkie. D'après le prêtre, c'est un "obscur rimailleur de l'époque de la Guerre civile", "auteur de quatre ou cinq élucubrations aux titres imprononçables", "royaliste bien entendu" et "mort de rire en apprenant la restauration des Stuart". Visiblement, la famille Krook serait apparentée aux Lockhart par une branche "batarde". Quelques années plus tard, Mary, qui poursuit des études littéraires à Edimbourg, et Ebenezer couche ensemble (pas très catholique pour un prêtre).

Il s'enfuit pour tout avoué à son supérieur, celui-ci lui explique que ce n'est pas grave, qu'il suffit juste de faire ce genre de choses discrètement. Il va dans un bar, se saoule et remet sa démission à son supérieur sur les conseils d'un type rencontré au bar. Ce dernier l'amène à Edimbourg où il va devenir libraire. Un peu curieux pour un homme qui ne lit qu'un seul livre Martin Eden de Jack London. On découvre que ce livre lui a été donné par son père qui est mort durant la guerre d'Espagne quand il était petit. En réalité, il cherche son père dans ce livre. Sa vie va être bouleversée au cours du roman : il se rend compte qu'un petit bout de son père est dans chaque livre, il va réussir à comprendre ce qui s'est passé avec son père …

Quand Mary s'aperçoit que Ebenezer est parti, elle aussi part de son île et décide de faire son mémoire de master sur Thomas Lockhart. Pour trouver de nouveaux manuscrits ou bien le légendaire trésor de Thomas Lockhart, elle part au manoir de Glenmarkie et rencontre ses habitants particulièrement loufoques …

Le roman alterne les récits d'Ebenezer et de Mary. Il s'y entremêle à la fois, de l'aventure, des histoires de famille, des références littéraires, de l'humour …

Mon avis

C'est un excellent livre !!! On y passe un très bon moment de lecture. On ne s'ennuie jamais. Les deux histoires ont comme lien les Lockhart et les liens sont vraiment réussis : l'intrigue n'est pas téléphonée (je ne sais pas si on eut dire ça ?). L'écriture est un peu comme dans les vieux romans anglais victoriens dont on retrouve l'atmosphère (le vieux manoir délabré, les personnages loufoques dont on amplifie les caractères, la librairie où il y a de vieux grimoires, le meuble avec des secrets …

Un deuxième roman à lire !!! Je vais regarder pour lire le premier … 

L'avis de

Lou … qui détaille un peu plus et explique beaucoup mieux !

Références

Les maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre OHL (Gallimard, 2008)

Au bon roman de Laurence Cossé

 

Quatrième de couverture

"Un fou de Stendhal et franc misanthrope, reclus dans un hameau de Savoie, est abandonné en forêt par des individus qui l'y ont amené de force en pleine nuit. Une très jolie blonde rôdée à la conduite automobile quitte brusquement une route qu'elle connaît comme sa poche. Un Breton sans histoire, habitué à faire chaque matin la même promenade au bord d'une falaise, trouve sur son chemin deux inconnus qui ont tout l'air de l'y attendre. Mais le lecteur comprend bientôt qu'on n'est pas dans un roman policier classique. Les agresseurs ne sont ni des agents secrets ni des trafiquants. Ils ne s'attaquent pas à des durs mais à des tendres, un ancien routard devenu libraire, une mécène mélancolique, et à une entreprise dont aucun des deux n'avait imaginé qu'elle pourrait fâcher.

Qui, parmi les passionnés de roman, n'a rêvé un jour que s'ouvre la librairie idéale ? Non pas ce qu'on appelle une bonne librairie, où l'on trouve de bons romans, mais une librairie vouée au roman où ne sont proposés que des chefs-d'oeuvre ? En se lançant dans l'aventure, Ivan et Francesca se doutaient bien que l'affaire ne serait pas simple. Comment, sur quels critères, allaient-ils faire le choix des livres retenus ? Parviendraient-ils un jour à l'équilibre financier ?

Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'était le succès."

Mon avis

J'ai beaucoup aimé ce roman parce que c'est un livre qui parle de livres. Comme tout ceux du même genre, il vous donne envie de découvrir tous les auteurs qui sont cités (jamais très bon pour la LAL). Il m'a aussi fait beaucoup réfléchir sur ce que j'attendais d'une librairie.

Dans Au bon roman, les "bons romans" sont choisis par un comité de huit personnes, toutes écrivains (dont les deux fondateurs de la librairie apprécient les oeuvres). Je me suis demandée si finalement il fallait forcément écrire soi-même pour apprécier un roman à sa juste valeur. De même pour apprécier la musique faut-il être musicien soi-même. Cela rejoint un peu la question que je m'étais posée à l'occasion de ma lecture de La reine des lectrices : un bon lecteur est-il un lecteur qui écrit ?

J'en reviens au comité de choix de fond de la librairie. Chacun fait une liste de 600 romans et tous les livres cités sont mis au fond de la libraire : un "bon roman" n'est donc pas forcément reconnu comme tel par tout le monde. J'ai apprécié cela. De plus, toute nouvelle suggestion, si elle est validée par le comité, est rajoutée à la liste des bons romans.

Ce qui m'a épaté, plus que le concept de la librairie, c'est les libraires. Ils conseillent des livres récents comme des livres plus anciens, des livres qu'ils ont lu ou qu'ils viennent de lire et qui les ont marqués. J'ai remarqué que souvent, les libraires conseillent surtout les nouveautés. Un libraire qui me conseille Marcel Aymé, j'avoue que je serais étonnée. Ce sont ces libraires qui font pour moi du Bon Roman la librairie idéale (plutôt que son catalogue). Ce que j'ai beaucoup aimé aussi dans cette librairie, c'est la manière dont sont rangés les livres : par pays, poches et grands formats mélangés !!! C'est mon rêve parce que j'aime découvrir la littérature comme ça.

Le roman, pour une bonne partie, parle de la jalousie, de la colère des auteurs qui ne sont pas dans la liste des bons romans. Ca m'a fait rire. C'est un faux débat car il n'y a aucune librairie qui peut prétendre avoir tous les livres qui paraissent (on peut commander tous les livres que l'on veut). Comme il y en a qui ne choissisent d'avoir que les nouveautés, Au bon roman ils n'ont que ce qu'ils aiment et admirent. D'autres libraires peuvent trouver d'autres bons romans dans les recalés. Par exemple, ma cousine adore Marc Levy et le mettrait sûrement dans les bons romans, moi non. C'est très subjectif comme principe.

Les histoires d'amour qui sont sous-jacentes dans le livre sont bien mais sans plus. C'est peut-être ce qui empêche ce livre d'être un de mes coups de coeur. En tout cas, c'est un roman qui fait rêvé … 

Et vous, quelle est votre librairie idéale ? 

D'autres avis

Cuné, Clarabel, Amanda Meyre, Ys

Références

Au bon roman de Laurence COSSE (Gallimard, 2009)

Day de A.L. Kennedy

 

 

Quatrième de couverture

"Alfred Day a quinze ans lorsque la guerre éclate en 1939. Pour fuir un père alcoolique, il s'engage dans la Royal Air Force. La guerre sera son terrain d'apprentissage : il y découvre l'amitié  auprès de ses compagnons d'armes, les romans d'Arthur Conan Doyle, et l'amour, dans les bras de Joyce. Mais la violence le rattrape. Au cours d'une mission de bombardement, son appareil est abattu. Seul survivant de l'équipage, il est capturé par l'ennemi.

Quelques années plus tard, même s'il a recouvré la liberté, Day est prisonnier de ses souvenirs. En 1949, il décide de solder son passé en acceptant de faire de la figuration dans un film sur la Seconde Guerre mondiale. Au milieu d'acteurs en costume et de décors en carton-pâte, il retrouve la douleur du deuil et la peur perpétuelle.

Dans ce livre baroque, aux accents dostoïevskiens, A.L. Kennedy plonge un homme ordinaire dans des situations qui le dépassent et révèlent sa complexité. Styliste virtuose, elle signe avec Day son oeuvre la plus aboutie."

Mon avis

Le voilà enfin mon billet sur Day ! J'ai mis deux semaines à lire un livre de 330 pages : je n'en reviens toujours pas. Je suis assez mitigée sur cette lecture. Ce livre, c'est un coup de poing dans la figure (c'est ça la littérature, non ?). Il vous rappelle que la guerre ça ne s'arrête pas à l'armistice. Il reste après non seulement des sequelles économiques, démographiques … pour les pays mais surtout des séquelles psychologiques pour ceux qui l'ont endurés. Je trouve l'idée qu'Alfred Day, qui a été mitrailleur dans l'aviation puis prisonnier dans un camp pendant la guerre, retourne après la guerre dans un faux camp à l'étranger (pour ceux qui l'ont lu, j'ai cru comprendre que c'était en Allemagne mais est-ce vrai ?) pour essayer de vaincre ces démons très bonnes. Cela donne l'impression qu'il tourne dans une boucle et qu'il n'arrive pas à en sortir. L'écriture de Kennedy permet de décrire tous les sentiments d'Alfred avec une justesse incroyable.

Le problème est justement là, c'est l'écriture de Kennedy. Pendant les 70 premières pages, je me suis dit "abandone ? abandonne pas ? abandonne ? abandonne pas ?". Il fallait que je me concentre pour comprendre à quelle période de la vie d'Alfred on était. Après, je me suis habituée : j'ai alors trouvé ce roman angoissant, voire étouffant : on ressent vraiment les émotions d'Alfred Day. A la fin, je m'étais trop habituée et j'étais comme détachée du livre et alors j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de longueurs (entre autre, la fin avec l'histoire entre Alfred et Joyce) et que c'était finalement un peu lourd.

Je vais accorder une deuxième chance à A.L. Kennedy parce que dans ce livre il y a quand même de bonnes choses mais je n'ai pas dû rentrer par la bonne porte dans son univers.

Extraits

"Alors, sans hâte, elle éteint la lampe et enlève le camouflage et ils se tiennent côte à côte et, par la fenêtre, Alfred observe les gifles et les traînées de lumières – lumières de la guerre – qui fouillent, frémissent et saignent. La nuit se fend et la plaie se referme, puis elle se fend de nouveau, et il la sent trembler, sa propre peau, déroutée, prise dans la trépidation générale, et il voit le petit jardin, en bas, apparemment intact, mais tout de métal sombre, élaboré de manière précise, mystérieux." (p. 119)

"Il fut un peu surpris de voir l'homme aux mains bandées allongé dans le sable avec le nez qui pissait un sang tout à fait convaincant, puis il perçut une douleur dans les articulations de sa main droite et comprit qu'il avait boxé le type, l'avait frappé très fort, s'était enroulé cette idée à partir de la taille, puis l'avait expulsée avec ce qui était peut-être de la colère, peut-être de la joie – pour l'instant, en tout cas, il se sentait totalement immobile et merveilleusement détendu." (p. 159)

Références

Day de A.L. KENNEDY – traduit de l'anglais par Paule Guivarch (Editions de l'Olivier, 2009)

La mère prodigue de Philippe Honoré

C'est le billet d'InColdBlog sur L'Obligation des sentiments (deuxième roman de Philippe Honoré) qui m'a fait penser que j'avais tout simplement son premier roman dans ma PAL. C'est un tout petit livre de 110 pages qui est aussi opressant que son deuxième. Au passage, je précise que j'avais particulièrement aimé ce deuxième roman ; c'est comme ça que le premier était arrivé dans ma PAL. 

Résumé

Au début, c'est un duo : un homme et une femme. Un fils et sa mère. La rencontre est explosive. Cela fait quinze ans qu'ils ne se sont pas vus. Il la vouvoie ; elle le tutoie en ne lui envoyant à la figure que des paroles violentes. Pour elle, il n'est rien. On découvre ensuite qu'elle sort de prison, qu'elle ne voulait pas venir dans l'appartement de son fils, qu'un homme qu'elle adore par dessus tout l'a forcé. Cet homme arrive ; le duo devient trio …

Mon avis

Dans le résumé, j'ai essayé de ne pas trop en dévoiler. C'est un peu difficile. Comme dans L'Obligation des sentiments, Philippe Honoré fait parler tour à tour les personnages et dévoile ainsi au fur et à mesure leur(s) histoire(s). C'est ce qui rend le roman opressant. Il y a bien sur l'horreur que l'on découvre mais il y a aussi cette écriture si particulière : sans grandes descriptions d'émotions, très sèche, très rude. Comme L'Obligation des sentiments, tout ces ingrédients en font un roman admirable.

Références

La mère prodigue de Philippe HONORE (Le Bord de l'Eau Editions, 2001)

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

 

 

Quatrième de couverture

" Janvier 1946 : Tandis que Londres se relève péniblement des drames de la guerre, Juliet se demande quel va bien pouvoir être le sujet de son prochain roman. Lorsqu'elle reçoit une lettre d'un habitant de Guernesey, cette petite île anglo-normande oubliée, lui parlant d'un cercle littéraire et de tourtes aux pelures de pommes de terre, la curiosité de Juliet est piquée … Au fil des lettres qu'elle échange avec les habitants – aussi fantasques qu'attachants – de Guernesey, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté sans pareille sous l'Occupation et le destin héroïque et bouleversant d'Elizabeth, une femme d'exception …"

Mon avis

J'ai adoré ce livre, je crois comme à peu près tout le monde (voir les autres avis).

D'abord, pour le fait historique qu'il m'a appris. Naïvement, je croyais qu'aucun teritoire britannique n'avait été occupé pendant la guerre ; j'avais oublié les îles anglo-normandes ! Ici, les deux auteurs nous rendent bien compte de cette période de l'Histoire de Guernesey (ça a l'air trop beau comme île !) tout en n'étant pas manichéens.

Ensuite, j'ai aimé ce livre pour les personnages surtout ceux d'Elizabeth (même si elle est absente du livre) et de Juliet. Elizabeth a réussi à souder toute une communauté de gens qui ne se connaissaient que de vue. Pour faire ça, il faut être une sorte d'ange ou de fée. Juliet, elle, par son caractère si pétillant s'est intégrée à ce petit monde en un rien de temps. Pour ça aussi, il faut être très fort. Elle mérite vraiment son bonheur, cette fille là !

Finalement, j'ai aimé ce livre pour l'importance qu'il donne à la lecture : elle ouvre nos esprits au(x) monde(s) et aux gens qui nous entourent. Ce n'est cependant possible que si on parle de ses lectures. 

Ce livre est à recommander à tous ses amis et à déconseiller à tous ses ennemis !

P.S. à Isola : Il doit sûrement être possible d'être une Miss Marple à Guernesey puisqu'il y avait Bergerac à Jersey ! 

P.P.S. : J'ai oublié de dire que c'était un roman épistolaire (c'est ce qui donne, à mon avis en tout cas, un côté rapide : il s'y passe toujours quelque chose).

D'autres avis

J'ai l'impression que tout le monde dans la blogosphère a commenté ce livre : Florinette, Cécile, Lily, Tamara, Emjy, Yspaddaden, Keisha, Michel, Karine:), Fashion, Clarabel, Joelle, …

Références

Le cercle littéraire des mateurs d'épluchures de patates de Mary Ann SHAFFER et de Annie BARROWS – traduit de l'anglais parAline Azoulay-Pacvon (France Loisirs, 2008)

Amis, amants, chocolat de Alexander McCall SMITH

 

 

Quatrième de couverture

"Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas. A Edimbourg, la rédactrice en chef de la Revue d'éthique appliquée, Isabel Dalhousie, a de bonnes raisons de méditer cette pensée … Un homme hanté par un visage inconnu, depuis qu'il a subi une greffe du coeur, est persuadé que la douleur que lui provoquent ses visions finira par le tuer si Isabel n'en découvre pas l'origine. Cartésienne convaincue, celle-ci préfère mettre de côté les théories sur la mémoire cellulaire et concentrer son enquête sur la mort suspecte du donneur. Par ailleurs, la vie amoureuse de sa nièce, si peu avisée en matière d'homes, interfère de manière inattendue dans son travail. Isabel devra faire appel à tout sens commun pour affronter les élans du coeur qui semblent secouer la capitale écossaise !"

Mon avis

Je suis en train de lire Day de A.L. Kennedy. C'est un livre un peu compliqué à cause du style adopté par l'auteur (billet à venir, j'espère bientôt). Je voulais donc faire une pause dans cette lecture avec un petit livre sympathique, qui se lit vite. Comme j'avais déjà lu la première et la quatrième aventure d'Isabel Dalhousie, mon choix s'est porté sur Amis, amants, chocolat d'Alexander McCall Smith.

Que dire d'Isabel Dalhousie ? C'est une femme d'une quarantaine d'année, célibataire, rentière (elle a hérité des actions de sa mèr) mais qui tient quand même à travailler. Pour cela, elle est rédactrice en chef de la Revue d'éthique appliquée. Vous allez me dire: qu'est-ce que c'est que ça ? Visiblement, c'est de l'éthique appliquée à la vie de tous les jours. Premier exemple. Doit-on encourager le vice ? …mais pas n'importe quel vice : celui du chocolat. En effet, c'est mauvais parce que ça fait grossir mais c'est aussi un bon anti-dépresseur. Manger ou ne pas manger du chocolat, telle est la question. Autre exemple. Si on est dans un hôtel et qu'il y a un buffet à volonté pour le petit déjeuner, est-ce moral de prendre des petits pains supplémentaires pour le déjeuner ? Toute la vie d'Isabel Dalhousie est comme ça : elle réfléchit à la moralité, au bien fondé de chaque action, même les plus simples au lieu d'agir comme tout le monde le ferait. Je peux vous dire qu'à lire c'est très très drôle. 

Isabel a aussi une nièce, Cat, qui a autour de vingt-cinq ans et qui tient une sorte d'épicerie-salon de thé. Celle-ci a une vie amoureuse très très compliquée mais surtout un ex-amant, Jamie, qui ne désespère pas qu'elle lui revienne. Il est en cela encouragé par Isabel qui en a fait son plus proche confident. En réalité, celle-ci en est secrètement amoureuse (parce qu'elle ne sait pas si c'est bien ou pas bien …) A part ça, Isabel Dalhousie est très gentille. A chaque fois que quelqu'un a un problème (soit qu'il s'est fait tué, soit qu'il a disparu …), Isabel veut aider (à noter, Jamie et Cat sont contre). Elle y arrive mais en faisant plein de bourdes qui entraînent pour elle de nouveaux questionnements. Comme vous l'aurez compris, j'aime beaucoup cette femme : je la trouve très second degré ! 

Ici, c'est un psychologue qui l'aborde dans le café de Cat. Au fur et à mesure de la conversation (qui porte sur l'éthique bien évidemment), il avoue à Isabel que depuis sa greffe de coeur, il voit un visage qu'il ne connaît pas et qu'il pense que ce souvenir vient de son donneur. Les cellules de son nouveau coeur auraient stocké les souvenirs de son ancien propriétaire (concept de mémoire cellulaire). Isabel, par son enquête, va osciller entre une théorie qui tend à confirmer cette idée et une théorie plus cartésienne (soutenue par Jamie). A cela s'ajoute un soupirant italien de Cat qu'elle essaye de refiler à sa tante … Vous tirez de tout ça la rocambolesque et très sympathique deuxième aventure d'Isabel Dalhousie !

A noter que chez 10/18, ils ont mis ce livre dans la collection Grands Détectives alors que ce n'est pas des enquêtes au sens classique du terme. Par contre, les éditions des deux terres, qui publient initialement ces livres, les mettent comme roman tout simplement. C'est un peu compliqué dans une librairie : les poches sont au rayon policier et les grands formats au rayon littérature anglophone …

Références

Amis, amants, chocolat de Alexander McCall SMITH – traduit de l'anglais par Martine Skopan (10/18, 2007)

Le testament des gouttes de pluie de Einar Mar Gudmundsson

 

 

Quatrième de couverture

"Dans la banlieue de Reykjavik, un sellier bourru réunit en son atelier des pêcheurs, compagnons de boisson, et prend place dans son fauteuil aux bras sculptés. Un pasteur prête une oreille distraite à sa femme qui raconte son rêve. Le dernier fermier de la ville et son chien noir attendent …

Le gardien du jardin des plantes, lui, sait que c'est là, juste après le carré des simples, que la part d'ombre du quartier s'avance …

Soudain un terrible orage, une véritable tempête s'abat sur l'île et sur une Reykjavik grelottante à la limite du monde.

Magique, limpide, cristallin, Le testament des gouttes de pluie est comme un opéra sensuel, comme une odeur de terre après l'orage."

Mon avis

Il ne faut pas chercher. Dans ce roman il ne se passe rien (sauf peut-être dans les cinquante dernières pages …) à part une chose : la pluie tombe, plus ou moins fort, mais elle n'arrête pas de tomber. N'emêche que ce livre est absolument splendide.

Récemment, j'ai été à Eurodisney où j'ai fait le manège de Peter Pan. On y vole dans un bateau au dessus du décor. C'est exactement ce qu'on ressent à la lecture de cet ouvrage. On y est cependant inquiet à cause des nuages noirs, anonciateurs de tempête, qui s'amoncellent au dessus d'un Reykjavik peuplé de fantômes, d'elfes et de toutes sortes de créatures féériques.

C'est, parmi les trois titres que j'ai lu de l'auteur, celui qui a l'écriture la plus aboutie : elle est poétique, parfois drôle (les extraits ci-dessous n'y font pas justice mais on ne peut pas recopier tout un livre).

Einar Mar Gudmundsson restera pour moi un écrivain à suivre. On peut lire sur le blog d'Eric Boury que Gaïa prévoit d'éditer une trilogie de l'auteur mais dans longtemps à cause de l'emploi du temps surchargé du traducteur.

D'autres avis

lemague.net, Philippe Bouquet (sur le blog du traducteur)

Extraits

"Bien évidemment, tous les soleils s'éteignent sous les paupières de Daniel. Du nuage qui passe à l'intérieur de son front pleuvent quelques gouttes de sueur perlée qu'on voit brusquement scintiller. Et l'étang calme de sa pensée, sa surface se ride et les embruns volent au vent. Oui, le pasteur Daniel. On dirait qu'il est, sinon arraché à son autre monde, du moins projeté dans le nôtre." (p. 51) 

"Rappelle-toi cependant que les rêves sont toujours bénéfiques, oui, même lorsqu'ils sont mauvais, ils sont quand même bons car ils purifient l'âme, un peu comme une course de natation. Je crois même avoir lu quelque part qu'on peut les considérer comme les peignes fins avec lesquels on attrape les poux de l'esprit." (p. 55)

"Peu importe l'époque de son apparition et la manière dont les lèvres en font mention, le conteur est le seul à pouvoir ressuciter les siècles et à les revêtir d'habits si neufs que les temps anciens cessent d'être hors d'atteinte, mais deviennent aussi proches de nous que la boulangerie, la crèmerie ou le coiffeur du coin. Voilà pourquoi tous ces pauvres types à la mode, quelque soient les noms qu'ils se donnent, journalistes pique-assiettes, animateurs radio, psychiatres et professeurs ne sont que les vestiges d'époques révolues ou les membres d'espèces animales éteintes par comparaison aux antiques héros et aux histoires racontées depuis toujours et ce, bien qu'ils agitent désespérément autour d'eux des cartes d'identité, des certificats d'assurance, des portefeuilles, de veux tacots ou ce genre de chose comme si les histoires n'étaient jamais arrivées et que la réalité n'était rien qu'invention …" (p. 105-106)

"A l'intérieur d'une salle sans aucune fenêtre ouverte, le silence s'abat tout à coup. Nous disposons d'exemples de mouches parfaitement innocentes qui, rendues folles par la claustrophobie, ont mis fin à leurs jours, de professeurs qui ont eu de telles suées pour cause de manque de tabac et d'allergie que l'odeur âcre de la sueur n'a jamais disparu de leurs chemises et, la chose est d'une telle notoriété que presque à chaque fois qu'Herbert prononce un discours, certains élèves de l'école s'évanouissent sans parler de ceux qui sont pris de crampes et de celui qui s'est arraché la langue à force de se la mordre." (p. 197)

Références

Le testament des gouttes de pluie de Einar Mar GUDMUNDSSON – traduit de l'islandais par Eric Boury (Editions Gaïa, 2008)

Les anges de l'univers de Einar Mar Gudmundsson

 

 

Quatrième de couverture

" Pensionnaire de l'hôpital psychiatrique de Kleppur, Pall Olafsson occupe ses journées à faire défiler ses souvenirs, confondant allègrement imaginaire et réalité. Si le jour de sa naissance, qui correspond à l'entrée de l'Islande dans l'Otan, lui semble être un premier malentendu, les coïncidences suivantes s'enchaînent comme autant de tableautins cocasses et incongrus. Einar Mar Gudmundsson signe ici un premier roman saisissant et original que le New York Times a présenté comme une Conjuration des imbéciles islandaise.

 "Compte rendu hallucinatoire – et qui donne le frisson – de la plongée d'un adolescent dans la schizophrénie, ce roman intensément poétique remet en question l'establishement psychiatrique … Gudmundsson brosse le portrait du supplice mental et spirituel de Pall avec un grand humour et une remarquable acuité." Publishers Weekly "

Mon avis

Tout d'abord le thème : qu'est ce qu'un fou (et son entourage) ressent quand il devient fou ? C'est simpliste comme description mais c'est ce que raconte ce roman. Pall fait défiler devant nous ses souvenirs : petit, adolescent quand la maladie "se déclare" (il a d'abord mal à la tête, devient agressif, paranoïaque puis agit de façon étrange pour le commun des mortels). Il continue avec ses souvenirs à l'hôpital psychiatrique où il décrit d'autres internés. Ca m'a rappelé ma prof de philosophie en terminale qui nous avait expliqué que les fous ont une logique que nous ignorons et qui leur est propre. Finalement, à la fin du roman, il va vivre hors de l'hôpital dans différents foyers … On le suivra ainsi jusqu'à la fin de sa vie.

Comme dans Les chevaliers de l'escalier rond, Einar Mar Gudmundsson donne la parole à une personne qui est hors de la société normale, à une personne dont on n'entend jamais la voix. Il arrive (merci à la traductrice) à retranscrire cela par un ton simple mais détaché du monde réel. Son écriture est toujours aussi belle et poétique.

Vous l'aurez compris : j'ai particulièrement aimé ce roman. C'est donc un coup de coeur !!! Un seul regret : je n'ai pas pu trouver le film en DVD …

Un autre avis

Citation

"L'été était arrivé quand j'ai pris congé du temple de la solitude et mis fin à ce séjour terrestre." (p. 211)

Références

Les anges de l'univers de Einar Mar Gudmundsson – traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson (10/18, 2001)

Les chevaliers de l'escalier rond de Einar Mar Gudmundsson

 

 

Résumé

Reykjavik, fin des années 60. On construit en masse de nouveaux immeubles. Dans un de ces immeubles habite Johann Petursson, petit garçon de sept ans. Il vient de donner un coup de marteau sur la tête d'Oli. Rassurez-vous, rien de grave. Par vengeance, Oli "désinvite" le petit garçon de sa fête d'anniversaire. Tout le roman part de là ; on est dans la tête de Johann qui vit d'autant plus mal cette "injustice" que l'oncle policier d'Oli, une sorte de montagne de muscles, doit venirà cette fête.

Johann va monter en esprit plein de stratagèmes pour pouvoir venir quand même. Finalement, il y arrive, nous décrit cette fameuse fête, puis le reste de la journée et une partie de la nuit qu'il passe avec ses copains dans un immeuble en construction. Là se produit un drame qui va faire perdre à Johann son insouciance d'enfant.

Mon avis

Pour tout vous dire, j'ai trouvé le roman sympathique (parfois il y a quelques longueurs mais bon c'est un premier roman: il faut être indulgent). L'écriture et la traduction y sont pour beaucoup: c'est vraiment un enfant de sept ans qui parle. C'est ce qui est le plus impressionnant.

La fin m'a laissé sous le choc. J'ai trouvé ça horrible parce que la gravité du fait ne s'accorde pas avec le ton de l'enfant. Je crois que c'est ce que l'auteur a voulu faire par son écriture faussement innocente (et très poétique) mais vraiment c'est dur …

Une autre critique

Papercuts

Références

Les chevaliers de l'escalier rond de Einar Mar GUDMUNDSSON – taduit de l'islandais par Eric Boury (Editions Gaïa, 2007)