Parfois les brötchen croquent sous la dent de Hermann Kant

 

Ce livre me paraissait très très énigmatique. Pourquoi Emmanuel Kant le philosophe avait écrit sur un aliment qui lui avait cassé une dent. Heureusement le libraire est intervenu pour que je puisse bien comprendre l'histoire (au passage, je me permets de le remercier). D'abord c'est Hermann pas Emmanuel ! Nous voilà donc un peu rassurés. Les brötchens c'est les petits pains allemands que le chien Rex, celui de la série télé (on voit tout de suite à quel niveau de culture général je suis…), s'enfile comme des saucisses. Ici, c'est l'histoire d'un comptable et pas d'un chien qui est accro aux brötchens. Bonheur suprême, il vient d'emménager à côté d'un boulanger psychopathe dont c'est la spécialité (pas comme au Konsum où c'est pas bon du tout). Il faut faire la queue très tôt le matin où on est obligé de subir les commérages et discussions en tout genre. Une fois arrivée dans la boutique, il ne faut pas rendre jaloux le boulanger en faisant les yeux doux à la boulangère : le comptable sachant compter s'invente donc une relation à trois. Le problème de ce type de relation c'est que ça coute vite très cher ! Un jour, le boulanger propose au comptable qu'il croit libraire (les commérages ne sont pas toujours exacts) un marché… Et là ça devient très rocambolesque. C'est drôle, d'une écriture enlevée. On y passe un très bon moment de lecture !

C'est seulement le deuxième texte de l'auteur qui est traduit en français. Ce récit date de 1981 mais est seulement traduit maintenant "sur les conseils de Leïla Pellissier". Il y aussi L'amphithéâtre paru en 1970 chez Gallimard.

D'autres avis

Ceux de Michel Sender, Pages à pages, Le livraire, de Marie-Françoise, Léthée

Références

Parfois les brötchen croquent sous la dent de Hermann KANT – traduit de l'allemand par Leïla Pellissier et Frank Sievers (Autrement, 2009)

Le bras flétri de Thomas Hardy

 

Je sais ce que vous vous dites : "Thomas Hardy, encore !!!" Ma réponse est : Eh oui ! Après avoir regardé sur Place des libraires, j'ai vu qu'il y avait une librairie à Paris où il y avait plein de Thomas Hardy. J'y suis allée et j'ai trouvé cette petite nouvelle d'une soixantaine de pages. Le livre n'était pas découpé. J'ai donc sorti mon coupe-papier et pour une fois je n'ai pas démoli la moitié du bouquin en tentant de l'ouvrir. Je fais des progrès. Après avoir fini toutes ces activités préalables (se procurer le livre, l'ouvrir : la lecture ça se mérite), j'ai enfin pu me lancer dans cette nouvelle.

Si vous êtes déprimé, ne lisez pas ce Bras flétri : c'est le pire que j'ai lu pour l'instant. Pas de happy end même pour celle qui était innocente. Ici, quatre personnages principaux : Rhoda Brook et son fils, le fermier Lodge et sa toute nouvelle et jolie femme Gertrude. Le secret qu'il y a entre tout ces personnages : le fils de Rhoda est aussi le fils du fermier Lodge. Personne n'a pensé à prévenir la pauvre Gertrude sur qui la rancune de Rhoda va s'exercer. Là aussi quelque chose de nouveau chez Thomas Hardy (en tout cas pour moi) ; sa rancune va s'exercer en rêve : il va y avoir une part de surnaturel dans l'affaire. Gertrude va apparaître dans le rêve de Rhoda. Celle-ci va l'attraper par le bras et faire une marque. Dans la réalité, Gertrude va avoir des marques sur ce bras et il va se flétrir. Son mari va la délaisser (comprenez, elle n'est plus aussi jolie qu'avant) ; Rhoda s'en veut du mal qu'elle a fait à cette femme et du coup s'enfuit.

Six ans passent… Gertrude va trouver un moyen de se soigner chez un guérisseur qu'elle va voir en secret de son mari. Vous vous en doutez, chez Thomas Hardy, on ne s'en sort pas si facilement. Pour vous permettre de mieux vous rendre compte : trois personnages sur quatre meurt et le quatrième ne termine pas en bon état. 

Ce qui est intéressant dans cette nouvelle, c'est surtout les aspects maraboutage, croyances populaires … auxquels Thomas Hardy semble accorder une grande importance. Une facette de lui que je ne connaissais pas. C'est donc un texte à lire, si vous savez magner le coupe-papier bien évidemment !

Références

Le bras flétri de Thomas HARDY – traduit de l'anglais par Josie Salesse-Lavergne (L'Échoppe, 1993)

La plus belle histoire du monde de Rudyard Kipling

 

Quatrième de couverture

"Un modeste employé de banque raconte par bribes, et presque sans comprendre la splndeur de ce qu'il évoque, les souvenirs d'un galérien avec une précision dans le détail proprement stupéfiante pour un flandrin inculte qui n'a vu la mer qu'une fois dans sa vie. Puis viennent par lambeaux que tente de capter le narrateur jaloux – pareilles perles peuvent-elles être laissées aux cochons ? -, les aventures d'un Viking faisant voile vers l'Amérique.

D'où vient donc cette inspiration, d'où lui viennent ces visions qui ne peuvent être que celles d'un témoin de l'époque ?

Je place cette nouvelle de Kipling, aux côtés de L'Homme qui voulut être roi, parmi mes préférées, une fable d'une redoutable ironie sur la création littéraire.

Il faut lire Kipling !"

Michel Le Bris

Mon avis

C'est le troisième livrede cette collection que je lis et je suis à chaque fois admirative des textes qui y sont présentés. Ici, la préface de Michel Le Bris (j'aime beaucoup quand il présente ses auteurs fétiches de toute manière) et la notice biographique de Véronique Leblanc sont très éclairantes sur la portée et le sens que l'on peut donner à cette nouvelle.

Ce que j'ai particulièrement aimé, c'est la partie dans laquelle je me suis un peu reconnue. Charlie Mears, le jeune banquier, a toutes les idées d'une très bonne histoire dans sa tête. Tout lui paraît limpide mais  quand il couche ses idées sur le papier c'est fade et insipide. Qui n'a jamais ressenti ça ! Il demande alors à un écrivain confirmé d'écrire ces fameuses idées. Pour ça il les vend et l'écrivain n'hésite qu'un seul instant avant d'accepter le marché. Il ne cherche même pas à inventer les quelques parties de l'histoire que Charlie Mears ne lui raconte pas. Son rôle se borne à écrire.

Ce qui est aussi intéressant c'est donc la théorie que Rudyard Kipling sur l'écriture, la création et l'inspiration. L'écrivain doit-il inventer une histoire, et donc utiliser un imaginaire quitte à y mettre quelques gouttes de son quotidien, puis l'écrire dans une belle langue ou seulement parler des faits que l'on connaît sans utiliser l'imaginaire ? C'est ces deux visions qui se confrontent dans cette nouvelle : la première étant défendue par Charlie Mears (il a raconté la majeure partie de son histoire et pense que pour les détails l'écrivain peut se débrouiller) et la seconde, pas vraiment défendue mais plutôt utilisée, par l'écrivain confirmé. Rudyard Kipling fait appel, pour expliquer l'inspiration, à la résurgence de vies antérieures (on a donc vécu ce qu'on écrit) qui ne serait possible que quand on n'est jamais tombé amoureux (thème de la métempsychose).

Beaucoup de choses, donc, dans cette nouvelle très bien écrite : un style limpide où il n'y a pas de détails superflus (normal pour une nouvelle), et traduite (traduction très moderne malgré sa date).

En conclusion, je pense que je fais suivre le conseil de Michel Le Bris et lire Kipling !

Un autre avis

C'est celui qui m'a fait lire le livre : celui de Leiloona. Il y a un billet de Lou moins convaincue que moi mais surtout très bien écrit et argumenté. 

Références

La plus belle histoire du monde de Rudyard KIPLING dans une traduction datant de 1900 – proposé par Michel Le Bris – notice ibliographique de Véronique Leblanc (André Versaille éditeur – collection À s'offrir en partage, 2009)

Olalla des montagnes de Robert Louis Stevenson

 

Après Amato il y a deux jours je me suis jetée sur Olalla des Montagnes. Comme je le disais dans le billet précédent, je l'ai en deux exemplaires : une version en Librio et une autre version dans l'intégrale des nouvelles (parue en Libretto. C'est la version Librio que j'ai choisi de lire. Cela faisait des années que le livre était dans ma PAL et pour tout dire il était déjà dans mes étagères sans que je l'ai ouvert. Cela venait du fait que je n'avais pas choisi de lire ce livre puisqu'on me l'avait donné et que la couverture n'est pas engageante. Elle est illustrée par le tableau de Delacroix, Jeune orpheline dans un cimetière et l'oeil de la jeune orpheline est mis en valeur. Pour moi, cette fille a un regard de folle. Elle a l'ai un petit peu simple tout en étant dérangée. C'est exactement l'histoire d'Olalla des Montagnes.

Un jeune officier se rend en convalescence en Espagne dans la residencia d'une famille autrefois noble et qui maintenant ruinée. Il y a trois survivants : la mère et les deux enfants, un garçon et une fille Olalla. Le garçon est simplet mais serviable et affectueux. La mère, elle, a des yeux vides et des crises de démence. Comme le pense l'officier anglais le pense, la déchéance de la famille n'est pas seulemt pécunière mais surtout dûe au mariage consanguins qui ont "appauvris" le sang. Dans cette famille bizarre, faite de "cadavres" et de fous, Olalla surnage : elle semble être normale, éduquée. Au premier regard, Olalla et le jeune officier tombe amoureux. Toute la question de la nouvelle est de savoir si elle arrivera à se détacher d'une folie certaine si elle reste dans sa famille.

J'ai lu que cette nouvelle rappelle le caractère double Jekyll et Hyde. C'est tout à fait juste puisque Olalla, malgré le fait d'être "saine", ressemble à s'y méprendre à des femmes qui ont tués, qui ont été prises des pires crises de folies.

En conclusion, une lecture intéressante avant de découvrir Jekyll et Hyde !

Références

Olalla des Montagnes de Robert Louis STEVENSON – traduit de l'anglais par Pierre Leyris (Librio, 1995) 

Métamorphoses de Thomas Hardy

 

Quatrième de couverture

Maître dans l'art de décortiquer "les petites ironies de la vie", Thomas Hardy possédait aussi le talent de se pencher, en quelques pages, sur les grandes. Ces instants où une existence bascule, ces décisions dont il faudra à jamais supporter les conséquences, ces éclairs de lucidité qui pétrifient, il s'en fit le conteur subtil. Et si l'Angleterre qu'il nous dépeint a disparu, ses personnages gardent intact cet étrange et universel don de nous émouvoir. Quand un géant du roman se métamorphose en nouvelliste, les masques de ses courtes tragédies prennent un relief inoubliable.

Mon avis

Ça y est je suis folle de Thomas Hardy, encore plus qu'après Le retour au pays natal. Je me promenais tranquillement chez mon libraire dans la section anglaise qui fait deux étagères quand mes yeux ont buté sur un nom connu Thomas Hardy mais deux titres inconnus (enfin un seul l'autre j'ai vu des critiques sur internet) !!!! 

Ici sont rassemblées quatre nouvelles de Thomas Hardy issues du recueil A changed man and other stories (pourquoi ne pas avoir fait paraître tout le recueil ? je ne sais pas). Elles ont été écrites entre 1881 et 1900.

La première s'intitule Sous le regard du berger ou quatre nuits au clair de lune (What the Sheperd Saw, traduit par Pierre Coustillas) : un petit berger assiste à une rencontre entre une riche dame et son cousin, autrefois épris d'elle. Il aperçoit ensuite le mari de la dame qui a tout vu, mais pas tout entendu. Le drame se déroule sur trois nuits et la conclusion sur une (mais vingt deux ans plus tard). Chez Thomas Hardy, on paye toujours un jour ou l'autre. J'ai apprécié la construction de la nouvelle en acte comme au theâtre et la mise en scène d'un personnage extérieur, le petit berger, pour que l'action ne soit pas en huis-clos entre deux hommes et une femme. Cela ressemble un peu au Retour au pays natal où l'homme au rouge, en tout cas au départ, observe beaucoup. Le fait de faire intervenir un personnage qu'on croyait extérieur m'a aussi beaucoup plu car il permet une chute inattendue et pleine de sens dans la logique de Thomas Hardy.

Les trois autres nouvelles font intervenir des militaires (pourquoi ?)

Le deuxième nouvelle, Métamorphose (A changed Man – traduit par Françoise Vreck) parle d'une femme qui réussi à se faire épousée par un hussard. Elle est plus attirée par l'uniforme que par l'homme. Manque de chance il va se faire pasteur…

La troisième, La tombe solitaire (The Grave by the Handpost – traduit par Michel Krzak) est la plus triste. Un père envoie son fils à l'armée en lui disant qu'il avait aimé ça quand il était jeune: il avait trouvé ça très formateur. Manque de chance, il n'y avait pas de guerre à son époque tandis que le jeune homme est obligé de partir aux Indes. Il écrit de là bas à son père une lettre désespérée et pleine de reproches. Le père se suicide et est enterré dans une tombe hors du cimetière, à un croisement de routes. Le fils revient, découvre ça, se repend affreusement et demande aux personnes d'une chorale de l'enterrer dignement. Il donne l'argent pour ça. Il repart ensuite dans l'armée pour que son père puisse être fier de lui, prend du galon… Il revient une nouvelle fois dans son pays natal et découvre ce que l'on a fait du corps de son père… C'est la plus triste car finalement c'est le jeune soldat qui paie alors que ce sont les villageois qui ont mal agit.

La quatrième nouvelle est sûrement la plus féroce. Elle s'intitule Un dragon entre en scène (Enter a Dragoon – traduit par Noël de Beer. Une femme doit épouser un soldat. Juste après la deuxième publication des bans (il en faut trois), il doit partir à la guerre. Peu après, elle apprend qu'il est mort à la bataille de l'Alma. En réalité, il y a erreur de prénom. Le jeune homme revient mais après trois ans (il a été longtemps à l'hôpital). Entre temps, elle a accouché d'un petit garçon (du soldat), s'est résigné à prendre un nouveau fiancé. Or, le soldat revient juste avant le nouveau mariage, la fille rompt précipitemment avec le nouveau fiancé (qui lui était amoureux)… Elle le regrettera très cher (dans les dernières pages).

Un recueil que je ne saurais trop vous conseillez tant les nouvelles sont excellentes et les traductions vraiment très bonnes !

L'avis de Cryssilda.

Références

Métamorphoses de Thomas Hardy – traductions de Pierre Coustillas, Françoise Vreck, Michel Krzak et Noël De Beer – illustrations d'Anne Careil (L'arbre vengeur, 2007)

P.S. Je ne connaissais pas du tout cette maison d'édition. J'ai déjà repéré un livre de G.K. Chesterton et un livre de Dickens (préfacé par Jean-Pierre Ohl, celui des Maîtres de Glenmarkie) qui sortira en septembre. J'ai aussi découvert une autre maison d'édition : Les moutons électriques. Ils vont faire paraître vers la fin de l'année un livre intitulé Les nombreux mondes de Jane Austen dans leur collection "La bibliothèque rouge". Dans la même collection, il y a Les nombreuses vies de Sherlock Holmes (qui passe pour être un ouvrage de référence, épuisé mais réédité en avril 2010), Les nombreuses vies d'Hercule Poirot, Les nombreuses vies de Miss Marple

La séquestrée de Charlotte Perkins Gilman

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Quatrième de couverture

Ce classique des lettres américaines est, selon Diane de Margerie qui en a établi la présente édition, « de ceux qui laissent une trace ineffaçable ». Et pour cause : ce récit halluciné, tendu et violent nous est livré à la première personne par une jeune mère tombée en dépression grave. Elle accepte de se soumettre à une cure de repos d’un genre radical, qui s’apparente à une séquestration pure et simple. L’idée du mari médecin : après un régime de privation si draconien, l’épouse taraudée par des idées d’émancipation n’aura qu’un souhait… échapper à sa prison pour retrouver enfin les doux plaisirs du foyers. Cependant elle ne réagit pas comme l’avait prévu la Faculté…
Charlotte Perkins Gilman (1860-1935) fut l’une des premières féministes de l’Amérique moderne. Rendue un temps « folle »par le mariage et la maternité, partagée entre l’amour des hommes et celui de quelques femmes élues, Charlotte la scandaleuse ne cessa de lutter pour qu’on la laisse être ce qu’elle était.

Mon avis

Je vous ai dit à l’occasion de ma lecture de la biographie d’Edith Wharton par Diane de Margerie que j’avais très envie de lire La séquestrée de Charlotte Perkins Gilman. C’est chose faite ! Charlotte Perkins Gilman est une contemporraine d’Edith Wharton (elles ont deux ans d’écart) et ont subi une époque assez semblable, chacune des deux s’en sortant différemment. Charlotte Perkins Gilman a subi son mariage, a fait alors une profonde dépression à la suite de ça et de la naissance de sa fille. Elle y a sûrement vu la fin d’une vie intellectuelle (la fin de l’écriture qui lui a permis d’échapper à toutes les difficultés de sa vie) puisqu’en ce temps la femme ne pouvait choisir de rester à la maison pour s’occuper du foyer mais y était obligée par le mari (et par le reste de la société). Elle a alors dû se plier à la cure de repos à la mode préconisée par le docteur Silas Wir Mitchell, décrite par Ann Lane (biographe de Charlotte Perkins Gilman) et citée dans la postface de Diane de Margerie :

« Ann Lane résume ainsi « sa méthode » [celle de Silas Wir Mitchell] : il fallait confiner ses patients, les mettre au lit, les isoler loin de leur famille, loin aussi de leurs lieux familiers, les gaver de nourriture, notamment de crême fraîche, car l’énergie dépend d’un corps bien nourri, enfin les soigner par des massages et des traitements électriques destinés à compenser la pasivité nécessaire à cette cure de repos.

Après ce régime draconien de séquestration, la patiente n’avait qu’une idée, éviter cette prison, retourner chez elle, retrouver la vie dite « normale », réconciliée à l’idée de s’affairer dans la maison auprès de son mari et de ses enfants. C’était un traitement par la négation ; l’absence de toute activité intellectuelle ; la mort de toute créavité artistique, considérée dangereuse. » (p. 68-69)

C’est cette cure de repos qui est décrite dans cette très courte nouvelle (48 pages) dont le titre en anglais est The Yellow Wallpaper. La jeune mère que nous suivons a déménagée pour trois mois dans une maison avec son mari (ils font des travaux dans la leur). Elle est un peu déprimée ; son marie, docteur, préconise qu’elle se repose, ne voit personne, ne fasse rien et elle ira sûrement mieux en sachant que cette jeune femme s’épanouit dans l’écriture. En plus, elle ne peut même pas choisir la chambre qu’elle va occuper. Elle doit aller au plus haut de la maison (il lui faut le grand air) dans une ancienne salle de jeux où il y a un papier peint très très moche. Par expérience personnelle je peux vous dire que ça peut vous faire vous poser beaucoup de questions. En effet, quand j’étais petite, j’étais dans la chambre que ma mère occupait trente ans plutôt et le papier peint était resté (il datait donc des années 60). Il était très bizarre et très sombre et vous donnait des cauchemards. Fini de parler de moi ! Donc, l’héroïne croît voir dans le papier peint un mystère à décrypter. En second plan, il y aurait une femme qui rampe et tente de s’échapper de ce monde. Je pense qu’il n’y pas besoin de vous expiquer la symbolique d’une femme qui rampe.

La nouvelle est suivie de 40 pages de postface de Diane de Margerie qui éclaire la vie de Charlotte Perkins Gilman mais aussi le contexte de l’époque (on a soigné de la même manière Alice James, soeur d’Henry). Le travail efectué par Diane de Margerie est éclairant et apporte un éclairage très important sur le texte.

En conclusion, une nouvelle à lire pour savoir comment il ne faut pas soigner la dépression !

D’autres avis

Ceux de Cathulu, de Lily, de Lou, d’Amanda Meyre, de Laure, de Malice, d’Un renard dans la bibliothèque, de Canthilde (qui commente aussi d’autres textes de Charlotte Perkins Gilman), de Brume

Références

La séquestrée de Charlotte PERKINS GILMAN – traduit de l’anglais (États-Unis) et présenté par Diane de Margerie (Phébus – Libretto, 2002)

La chute de la Maison Usher d'Edgar Poe

Je continue mon exploration des nouvelles d’Edgar Poe par La chute de la Maison Usher. Une histoire à ne pas lire le soir !

Un homme arrive chez son ami d’enfance Roderick Usher qu’il n’a pas vu depuis longtemps. La batisse ressemble à une maison hantée. Un majordome l’accompagne dans la chambre du maître à travers un dédale de couloirs tous aussi glauques les uns que les autres. Ils croisent le médecin de famille qui ne le voit pas et enfin il arrive dans la pièce du maître. L’ami d’enfance a énormément changé : il a une figure cadavérique, les cheveux qui flottent autour de sa tête, des yeux de fous (et même les pensées d’un fou). Au lieu de partir directement, le voyageur s’installe pour quelques jours dans la demeure pour aider son ami qui pense qu’il va mourir (c’est sympa parce que personnellement moi je serais partie tout de suite). Le même jour il aperçoit Madeline Usher, la soeur jumelle de Roderick. Elle aussi est très malade et a déjà un pied dans la tombe mais résiste quand même (elle n’aperçoit même pas le voyageur dans le salon). Le soir de l’arrivée du narrateur, elle s’allonge dans son lit et c’est le début de la fin. Quand elle meurt, Roderick décide de la garder quinze jours dans le manoir pour éviter que les docteurs, qui n’avaient pas compris sa maladie, s’intéressent de trop près à son corps. Le narrateur et lui mettent donc en bière Madeline et vont la déposer dans une des anciennes oubliettes du manoir. Là, les phénomènes étranges commencent…

Pour tout vous dire j’ai été un peu déçue par la « chute » de la nouvelle. Deux phrases mal placées au début du texte et un titre trop explicite vous font tout de suite deviner ce qui va se passer. C’est plutôt pour l’atmosphère qu’Edgar Poe a su créér que cette nouvelle est intéressante. Si Double assassinat dans la rue Morgue est considéré comme précurseur de la nouvelle policière, La chute de la Maison Usher est plus dans le côté fantastique (plutôt vieux films d’horreur). À la lecture vous avez le souffle coupé par cette ambiance glacante, froide pleine de toiles d’arraignée, de majordome qui n’a rien a envié à celui de la famille Adams.

L’avis très mitigé de La Liseuse.

J’ai complété ma lecture par une des nombreuses adaptations en bandes dessinnées de cette nouvelle. Celle que j’ai choisie a été publiée en 2007 chez Emmanuel Proust dans la collection Atmosphères.

L’adaptation et les dessins ont été réalisés par Nicolas Guillaume. Le monsieur a un peu changé l’histoire sur la fin mais l’idée générale reste la même. Dans les dessins, on retrouve parfaitement l’ambiance de la nouvelle d’Edgar Poe. Ils sont réalisés (à mon avis mais je n’y connais rien) à l’encre de chine (en tout cas mon frère arrivait à faire des dessins à peu près pareils avec l’encre de chine) et sont donc en noir et blanc. On voit les coups de pinceau (ou de plume ?). L’auteur ne dessine pas avec minutie les visages mais préfèrent montrer leurs émotions en accentuant certains traits. Cela amplifie l’angoisse que l’on peut ressentir à la lecture. Les décors de la maison sont eux dessinnés avec minutie. La technique que l’auteur utilise consiste souvent à montrer la pièce en général et à faire des zooms sur des détails particuliers comme un réalisateur de film pourrait le faire pour montrer ce qui peut faire peur dans un tel endroit. Il y aussi les dessins des phénomènes météorologiques : la pluie, le vent, les feuilles qui tombent. L’auteur arrive a capté la violence qui se déchaine sur cet maison.

À noter : comme dans La vengance d’une femme de Lilao publié dans la même collection, Emmanuel Proust a mis le texte de la nouvelle juste après la bande dessinnée.

En conclusion : pour lire cette nouvelle, mettez-vous dans un endroit confortable avec une seule lumière pour éclairer votre livre. Laissez le reste de la pièce dans l’ombre et préparez vous à frissonner !

Références

La chute de la Maison Usher d’Edgar Poe dans Nouvelles histoires extraordinaires – traduit par Charles Baudelaire (GF, 2008)

La chute de la Maison Usher d’Edgar Poe – adaptation : Nicolas Guillaume d’après la traduction de Charles Baudelaire, dessins : Nicolas Guillaume (Emmanuel Proust, 2007)

La magicienne de Robert Louis Stevenson

 

Suite aux billets de Fashion et Isil, je voulais lire La magicienne de Robert Louis Stevenson et je peux aujourd'hui dire que c'est fait et même deux fois plutôt qu'une. J'ai donc acheté il y a à peu près deux mois ce petit livre paru chez Rivages Poche. En revenant à la maison, le porte-monnaie plus léger, je me suis rendue compte que j'étais bête (ou accro à l'achat de livre) car voilà pour ma "littérature à l'honneur" je m'étais achetée l'Intégrale des nouvelles de Stevenson chez Phébus. En fouillant un peu, cette nouvelle est dans le tome 2 (et oui, il y a deux tomes…) sous le titre L'ensorceleuse (c'est pour ça que je me suis fourvoyée en l'achetant une deuxième fois : ce n'est donc pas ma faute ! Je vais faire comme Karine:)). Après ce long préambule, je vous dirai que je ne regrette pas pour deux raisons.

La première c'est que les textes sont précédés de deux notices différentes. Chez Rivages c'est un texte de David et Susan Mann qui sont d'après eux les "découvreurs" de ce texte (ce qui pour Phébus est un peu mensonger visiblement). Pour couper la poire en deux, il a été publié en 1989 après une longue absence dans les recueils de nouvelles de Stevenson. Il a été interdit par les descendants de Stevenson (ou plutôt de sa femme Fanny) pour des raisons que nous ne chercherons pas à commenter. En tout cas, ce petit texte c'est 27 pages détachées d'un carnet après la mort de l'auteur pour vendre le récit aux enchères. Personnellement ça ne me plaira pas qu'on abime mon joli moleskine pour le vendre petits bouts par petits bouts (vous allez me dire que je ne suis pas Stevenson). On suppose que cette nouvelle a été écrite entre l'été 1888 et l'automne 1890 lors d'un voyage en bateau où un peu jeu fut lancer : inventer une histoire sur un thèmes proposé par un membre de l'équipage. Si j'ai bien compris, c'était sur les mariages étanges.

Trève de plaisanterie, parlons de l'intrigue. Nous sommes à Royat, près de Clermont-Ferrand. Edward Hatfield rencontre Emmeline Croft. Celui-ci n'a pas un sou vaillant et s'apprête à mendier quand il aborde la jeune fille, qu'il connaît de vue tout de même. Au lieu de le repousser, celle-ci l'invite à la suivre à Paris, puis à Londres… pour lui proposer un étrange marché. On pourrait résumer l'histoire en une phrase : la rencontre entre un jeune homme romantique et désargenté et une jeune femme pragmatique et à l'abri du besoin (c'est là où les gens ont voulu voir un parallèle avec le couple Stevenson-Fanny mais visiblement ce n'est pas le cas). Je n'avais jamais lu de nouvelles de Stevenson et je suis agréablement surprise : il ne parle pas que d'îles, de pirates… mais aussi de relations humaines (on voit que je n'ai rien lu de lui à part L'île au trésor quand j'étais petite). En plus, c'est une nouvelle comme je les aime parce qu'il y a une vraie chute auquelle on ne s'attend pas. Quoique, à la deuxième lecture, on s'aperçoit que l'auteur et le narrateur ont laissé des indices.

En parlant de deuxième lecture, j'en arrive à la deuxième raison de pourquoi je ne suis pas mécontente d'avoir ce volume en double. Rappelez-vous quand j'ai Le château périlleux de Walter Scott, je m'étais posée la question de l'importance du traducteur. J'ai pu tester ! Je vous en donne un aperçu : c'est le tout début de la troisième partie pour ceux qui ont lu le livre. Traduction de chez Rivages :

"Le contrat était recouvert d'une écriture serrée ; on n'aurait pas eu la place de poser un doigt dans l'un des quatre coins …" (p. 73)

Traduction de Phébus :

"Le contrat était un modèle de rigueur et de compacité ; l'on eût été bien en peine d'en tourner la moindre clause." (p. 541)

Cela laisse songeur…

Références

La magicienne de Robert Louis Stevenson – traduction de l'anglais par Patrice Repusseau (Rivages Poches – Bibliothèque étrangère, 1991)

L'ensorceleuse de Robert Louis Stevenson – traduction de Éric Chédaille dans Intégrale des nouvelles – volume 2 (Phébus, 2001)

Double assassinat dans la rue Morgue de Edgar Poe

Pourquoi ?

Je vous ai parlé il y a quelque temps de l’idée de Cléanthe de donner son avis sur toutes les nouvelles de Henry James, mais séparément. Je trouve que c’est une bonne idée, en tout cas pour les nouvelles qui ne sont pas parues en recueil du temps de l’auteur. En général, des recueils de nouvelles, je ne garde qu’une impression sur le style et souvent j’ai même oublié les nouvelles avant d’avoir fermé le livre. Donc je trouve intéressant d’écrire un billet sur chaque nouvelle surtout quand l’auteur ne leur a pas vraiment donné d’unité. Pour tout vous dire, c’est plus ou moins intéressé que je fais ça : c’est toujours dans l’idée de diminuer ma PAL. En effet, j’ai plein de nouvelles dans mes livres non lus et avec cette méthode, je vais pouvoir les lire pas forcément en entier, en lire une par ci par là. Je trouve ça très sympa : comme ça, je ne me sens obligée à rien !

Je créé une nouvelle catégorie nouvelles où je metterai les billets de ce type.

George Sand et Moi a signalé je ne sais plus où que c’était le bicentenaire de la naissance d’Edgar Allan Poe cette année (je ne savais pas parce que Charles Baudelaire dans sa préface des Histoires extraordinaires dit que c’est en 1811 ou 1813 que le Monsieur est né ; en tout cas une chose est sûre, on fête le 160 ième anniversaire de sa mort). Ce sera donc le premier auteur que je lirai de cette manière (je n’avais même pas lu Double assassinat dans la rue Morgue : honte sur moi !) Il est dans ma PAL depuis 1995 (double honte sur moi !)

Résumé

C. Auguste Dupin enquête, avec son acolyte dont on ne connaît pas le nom (et qui ne sert pas grand chose à Dupin à part pour décrire l’aventure), sur un double meurtre qui a eu lieu dans la rue Morgue à Paris. Ce fait divers est décrit dans les journaux comme suit :

« Double assassinat des plus singuliers. – Ce matin, vers trois heures, les habitants du quartier Saint-Roch furent réveillés par une suite de cris effrayants, qui semblaient venir du quatrième étage d’une maison de la rue Morgue, que l’on savait occupée en totalité par une dame l’Espanaye et sa fille, mademoiselle Camille l’Espanaye. Après quelques retards causés par des efforts infructueux pour se faire ouvrir à l’amiable, la grande porte fut forcée avec une pince, et huit ou dix voisins entrèrent, accompagnés de deux gendarmes.


Cependant les cris avaient cessé ; mais au moment où tout ce monde arrivait pêle-mêle au premier étage, on distingua deux fortes voix, peut-être plus, qui semblaient se disputer violemment, et venir de la partie supérieure de la maison. Quand on arriva au second palier, ces bruits avaient également cessé, et tout était parfaitement tranquille. Les voisins se répandirent de chambre en chambre. Arrivés à une vaste pièce située sur le derrière, au quatrième étage, et dont on forcera la porte qui était fermée, avec la clef en dedans, ils se trouvèrent en face d’un spectacle qui frappa tous les assistants d’une terreur non moins grande que leur étonnement.

La chambre était dans le plus étrange désordre, – les meubles brisés et éparpillés dans tous les sens. Il n’y avait qu’un lit, les matelas en avaient été arrachés et jetés au milieu du parquet. Sur une chaise, on trouva un rasoir mouillé de sang ; dans l’âtre, trois longues et fortes boucles de cheveux gris, qui semblaient avoir été violemment arrachées avec leurs racines. Sur le parquet gisaient quatre napoléons, une boucle d’oreille ornée d’une topaze, trois grandes cuillers d’argent, trois plus petites en métal d’Alger, et deux sacs contenant environ quatre mille francs en or. Dans un coin, les tiroirs d’une commode étaient ouverts et avaient sans doute été mis au pillage, bien qu’on y ait trouvé plusieurs articles intacts. Un petit coffret de fer fut trouvé sous la literie (non pas sous le bois de lit) ; il était ouvert, avec la clef dans la serrure. Il ne contenait que quelques vieilles lettres et d’autres paiers sans importance.

On ne trouva aucune trace de madame l’Espanaye ; mais on remarqua une quantité extraordinaire de suie dans le foyer ; on fit une recherche dans la cheminée, et, – chose horrible à dire ! – on en tira le corps de la demoiselle, la tête en bas, qui avait été introduit de force et poussé par l’étroite ouverture jusqu’à une distance considérable. Le corps était tout chaud. En l’examinant on découvrit de nombreuses excoriations, occasionnées sans doute par la violence avec laquelle il y avait été fourré, et qu’il avait fallu employer pour le dégager. La figure portait quelques fortes égratignures, et la gorge était stigmatisée par des meurtrissures noires et de profondes traces d’ongles, comme si la mort avait eu lieu par strangulation.

Après un examen minutieux de chaque partie de la maison, qui n’amena aucune découverte nouvelle, les voisins s’introduisirent dans une petite cour pavée, située sur les derrières du bâtiment. Là gisait le cadavre de la vieille dame, avec la gorge si parfaitement coupée, que, quand on essaya de le relever, la tête se détacha du tronc. Le corps, aussi bien que la tête, était terriblement mutilé, et celui-ci à ce point qu’il gardait à peine une apparence humaine.

Toute cette affaire reste un horrible mystère, et jusqu’à présent on n’a pas encore découvert, que nous sachions, le moindre fil conducteur.« 

Mon avis

Cette nouvelle est construite en quatre grandes parties. Dans un premier temps, le narrateur apporte son point de vue sur les facultés analytiques, sur l’imagination, l’ingénuosité et sur la supériorité du jeu de dame sur le jeu d’échecs (accusé d’une trop grande complexité (toutes les pièces ont un mouvement différent) : celui qui gagne est celui qui a fait le moins de fautes d’inattentions et pas celui qui a su le mieux analyser le jeu) et sur le whist (jeu de carte où les facultés analytiques des joueurs s’exercent le mieux). Après cet avis général, le narrateur en vient à nous parler de sa rencontre avec Dupin, être humain avec de grandes facultés analytiques(dont il nous donne un exemple).

Puis, le narrateur nous décrit le fait divers mais non à travers d’un récit mais de coupures de presse (c’est assez original : en tout cas, je n’ai jamais vu ça dans mes lectures).

Dupin décide alors d’enquêter sur ce fait divers. Ils se rendent tous les deux rue Morgue. Après une analyse minutieuse de la scène de crime Dupin part : il a résolu l’affaire. Son crédo est différent de celui de Sherlock Holmes. Dupin affirme qu’il faut montrer que ce qui est impossible à vue de nez est en réalité possible pour trouver l’explication du mystère. Ainsi au début on pourrait penser que c’est un mystère de chambre close mais Dupin montrera que non.

Dans la quatrième partie c’est la conclusion de l’affaire par la désignation du responsable des crimes. Dupin n’est pas guidé par l’idée de sauver l’innocent arrêté injustement mais par le plaisir d’exercer ses méninges. Il ai au courat qu’il est supérieur à la police. C’est cependant un personnage sympathique avec un caractère particulier (il n’aime que la nuit). Son seul « extra »dans un budget serré c’est les livres (si après ça il ne vous apparaît pas comme quelqu’un de sympathique). C’est un mélange de Sherlock Holmes et d’Harry Dickson (parce qu’il apparaît dans des histoires à caractère fantastique). D’ailleurs le dénouement m’a fortement rappelé le dénouement d’une des histoires de Jean Ray. Je comprends donc mieux pourquoi Double assassinat dans la rue Morgue est considéré comme précurseur de la nouvelle policière.

Quant au style de Poe, il ne peut qu’être qualifié d’admirable. Tout en étant direct, il arrive à créér en peu de mot un suspense et une ambiance très « sanguinolente ». Je trouve personnellement que ce style correspond bien aux nouvelles. J’aimerais bien savoir ce que cela donne dans son roman Les aventures d’Arthur Gordon Pym dont Julien a fait une chronique ici. De quoi encore enrichir ma LAL… ne jamais prendre de bonnes résolutions c’est encore pire après !

P.S. : J’ai trouvé la phrase qui a inspiré Fabrice Bourland. « Je l’observais dans ces allures, et je rêvais souvent à la vieile philosophie de l’âme double, – je m’amusais de l’idée d’un Dupin double, – un Dupin créateur et un Dupin analyste. »

D’autres avis

Ceux de Nihil, Papillon

Des avis sur le recueil Histoires extraordinaires : Les chats de bibliothèque, Biblioblog, awa74, Andy, Anne

N’hésitez pas si vous avez d’autres avis à me les signaler parce qu’il y en a vraiment beaucoup ; j’ai un peu la flemme de chercher … mais très envie de connaître l’avis d’autres personnes.

Références

Histoires extraordinaires de Edgar Allan Poe – traduction de Charles Baudelaire (Bibliothèque Lattès, 1995)

À noter que beaucoup de nouvelles sont disponibles sur internet (sur Wikisource par exemple) puisque tombées dans le domaine publique.

Le lecteur perpétuel de Didier Barrière

Ce livre ne m'a ni particulièrement plu (les passages sur la lecture en général sont bons), ni particulièrement déplu (un petit peu pédant à mon avis quand il décrit tous les livres qu'il achète) donc comme je n'ai rien de bien intelligent à dire je n'en parlerai pas trop (le sujet n'est pas les lecteurs en général mais de lecteurs de livres anciens : il fuit les éditions récentes ; je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher à ces pérégrinations de lecteur. La cause en est double : le sujet et le style). Par contre les passages sur son addiction à la lecture et à la lecture de livres anciens sont plutôt pas mal. Voilà pourquoi je mets les extraits les plus significatifs que j'ai relevés.

Extraits

"Pas un seul vrai livre ! me disais-je au milieu de cette île tropicale, où je me morfondais… D'épais romans de gare ou de plage. Des guides pratiques sans typographie. Des recettes de cuisine sans poésie. Des abrégés de l'Écriture pour la jeunesse, ou des paraphrases romancées… une grosse Bible, certes, mais avec des illustrations mièvres, pour la famille. Curieusement, une laide Encyclopédie de la sexualité, rappelant le mauvais goût des années soixante-dix. Un prix Goncourt aussi, troué de dialogues… 

Rien de ce qui fait la profondeur d'un livre, somme de savoir et d'émotions. Uniquement des textes mal imprimés pour liseurs qui ne connaissent ni la littérature ni l'art. Un vide désespérant pour un lecteur nourri de bibliothèques. Il ne demande pourtant pas grand-chose. Un seul livre digne de ce nom lui suffirait. Et surtout un espace pour s'isoler, sans radio ni télévision ni cantiques. Un petit lieu frais où l'on puisse méditer sans tomber de sommeil.

C'est chaque fois la même chose quand je cède à l'invitation d'"amis" lointains : je suis ravi de découvrir une ville, une campagne, un pays, mais trop cher est le prix à payer s'il faut supporter des conversations qui gâchent la beauté des paysages, si les intérieurs où l'on séjourne, riches d'objets divers, sont pour moi les plus pauvres, privés du seul élément décoratif d'importance qu'est le livre…

Aussi, dès mon retour sous le ciel grisâtre de l'Europe, me suis-je rattrapé par d'intensives lectures, véritable bain littéraire pour secouer l'esprit de sa torpeur due au soleil. Mes choix se portèrent essentiellement sur des auteurs de référence que je voulais cultiver depuis longtemps. Je n'eus pas à regretter ma sélection." (p. 5-6)

 

"C'est terrible de passer d'une fiction à une autre, sans transition, d'un amour à un autre. Dans la plupart des romans que je voudrais commencer, la première phrase me rebute, cette phrase à l'imparfait ou au passé simple ("La marquise", etc.), qui nous oblige à resserrer notre esprit sur une histoire particulière alors que des milliers d'autres nous attendent." (p. 7)

 

"À quoi bon d'ailleurs acheter tous ces livres, puisque tant d'autres m'attendaient à la maison, comme impatients d'être défrichés ? Et le soir, je regrettais de n'avoir pas mille mains pour les prendre et les dévorer tous ensemble. Je finissais par me calmer pour en choisir un seul, mais ma lecture était de plus en plus agitée." (p. 12)

 

"Mais pouvais-je me faire entièrement confiance, vu mes difficultés organiques à entrer dans d'autres univers que le mien ? Je n'avais plus la patience du jeune lecteur, ouvert à toutes les formes d'écriture, voulant se conformer à l'admiration de l'élite pour les auteurs "qu'il faut avoir lus"." (p. 14)

 

"Il devenait clair que j'avais plus de plaisir à chercher des livres qu'à les lire. Si la quête du livre pouvait être déjà une forme de lecture, je serais bien savant. Que de connaissances j'aurais emmagasinées en soupesant les volumes, avec les milliers de titres passés sous mes yeux ! Et le mal que je m'étais donné par d'incessants voyages aurait pu rendre légitime cette acquisition miraculeuse du savoir. Pas si miraculeuse que cela, d'ailleurs,puisque toute manipulation contribue à mémoriser un ouvrage qu'on n'a pas lu.

[…]

Cela dit, le fait de m'asseoir pour lire ne m'apportait plus de vraie satisfaction. Tous les ouvrages qu'il fallait parcourir page à page perdaient de leur intérêt. Avant d'en lire un qui ne m'attirait pas ou que les gens me conseillaient, je me disais que cela n'allait pas me plaire, que je traiterais l'auteur de "crétin" au bout de quelques chapitres. C'était une manière de me prouver que j'avais raison de ne pas l'avoir lu.

[…]

Dès lors, je n'étais plus capable de persévérer dans une lecture ennuyeuse. Il me fallait des résultats. J'avais peur d'être un blasé ne recherchant ques des jouissances littéraires, qu'il lui était devenu bien difficile de trouver." (p. 16-17)

Références

Le lecteur perpétuel de Didier BARRIÈRE (Éditions des Cendres, 2007)