Le maire de Casterbridge de Thomas Hardy

 

Quatrième de couverture

Publié en 1886, Le Maire de Casterbridge s'ouvre sur une des scènes les plus dures de l'oeuvre de Thomas Hardy : au cours d'une beuverie, un jeune ouvrier agricole décide de vendre femme et enfant aux enchères à ses compagnons de hasard. 

Vingt ans plus tard, le même homme est devenu l'un des notables de Casterbridge – nom romanesque de Dorchester, où s'enracine la vie de Thomas Hardy.

La rencontre d'un jeune homme va précipiter le destin de celui que l'auteur, sans jamais le juger, décrit comme impulsif, colérique, dominateur, mais aussi capable de droiture et de fidélité, victime d'impulsions irraisonnées qui amèneront sa complète déchéance.

Mon avis

Dans ce livre, point de description de nature dans ce livre : Thomas nous raconte la vie d'un gros bourg du Wessex, Casterbridge, du point de vue des marchands de blés. Michael Henchard, le maire du titre, a vendu sa femme Suzanne et sa fille Elizabeth-Jane vingt ans plus tôt à un marin du nom de Newson. Il a bien cherché à les retrouver quand il s'est rendu compte de son erreur mais ça n'a pas marché. Entre temps, il a eu une relation avec une jeune fille nommée Lucetta dont il a terni la réputation. Vingt ans après, Suzanne revient avec sa fille pour se faire épouser (ou plutôt que Henchard la reprenne comme épouse). Au même moment, un Écossais Farfrae arrive en ville. Le maire insiste pour l'embaucher en tant que "régisseur". Il tombe amoureux d'Elizabeth mais Suzanne meurt. Et là commence les ennuis et la descente aux enfers de Michael Henchard (et surtout beaucoup beaucoup de rebondissements). Ces malheurs sont surtout dus à un caractère trop emporté, égoïste et colérique…

Si on résume de manière grossière l'intrigue, parmi les personnages que nous avons cités (Michael, Suzanne, Elizabeth-Jane (2 filles), Newson, Farfrae, Lucetta), quatre sont morts, deux personnages à qui ils n'arrivent que très rarement des choses positives et un qui a l'air heureux mais qui réussit à se faire tromper par Henchard quand il arrive à Casterbridge. On retrouve donc bien la gaieté et la joie de vivre de Thomas Hardy : des personnages empétrés dans leurs secrets (en général, ils meurent…)

On retrouve dans ce livre le pouvoir évocateur de l'écriture de Thomas Hardy : on arrive à voir devant nos yeux la ville de Casterbridge. Les personnages sont bien campés ; ils semblent rééls. Je regrette de ne pas bien comprendre l'anglais car il y a des DVD de ce livre (ça doit valoir le coup à mon avis).

En conclusion, je continuerai à lire Thomas Hardy rien que pour voir la vie du Wessex se dérouler devant mes yeux.

Références

Le Maire de Casterbridge de Thomas HARDY – traduit de l'anglais par Philippe Neel (Éditions sillage, 2008)

La plus belle histoire du monde de Rudyard Kipling

 

Quatrième de couverture

"Un modeste employé de banque raconte par bribes, et presque sans comprendre la splndeur de ce qu'il évoque, les souvenirs d'un galérien avec une précision dans le détail proprement stupéfiante pour un flandrin inculte qui n'a vu la mer qu'une fois dans sa vie. Puis viennent par lambeaux que tente de capter le narrateur jaloux – pareilles perles peuvent-elles être laissées aux cochons ? -, les aventures d'un Viking faisant voile vers l'Amérique.

D'où vient donc cette inspiration, d'où lui viennent ces visions qui ne peuvent être que celles d'un témoin de l'époque ?

Je place cette nouvelle de Kipling, aux côtés de L'Homme qui voulut être roi, parmi mes préférées, une fable d'une redoutable ironie sur la création littéraire.

Il faut lire Kipling !"

Michel Le Bris

Mon avis

C'est le troisième livrede cette collection que je lis et je suis à chaque fois admirative des textes qui y sont présentés. Ici, la préface de Michel Le Bris (j'aime beaucoup quand il présente ses auteurs fétiches de toute manière) et la notice biographique de Véronique Leblanc sont très éclairantes sur la portée et le sens que l'on peut donner à cette nouvelle.

Ce que j'ai particulièrement aimé, c'est la partie dans laquelle je me suis un peu reconnue. Charlie Mears, le jeune banquier, a toutes les idées d'une très bonne histoire dans sa tête. Tout lui paraît limpide mais  quand il couche ses idées sur le papier c'est fade et insipide. Qui n'a jamais ressenti ça ! Il demande alors à un écrivain confirmé d'écrire ces fameuses idées. Pour ça il les vend et l'écrivain n'hésite qu'un seul instant avant d'accepter le marché. Il ne cherche même pas à inventer les quelques parties de l'histoire que Charlie Mears ne lui raconte pas. Son rôle se borne à écrire.

Ce qui est aussi intéressant c'est donc la théorie que Rudyard Kipling sur l'écriture, la création et l'inspiration. L'écrivain doit-il inventer une histoire, et donc utiliser un imaginaire quitte à y mettre quelques gouttes de son quotidien, puis l'écrire dans une belle langue ou seulement parler des faits que l'on connaît sans utiliser l'imaginaire ? C'est ces deux visions qui se confrontent dans cette nouvelle : la première étant défendue par Charlie Mears (il a raconté la majeure partie de son histoire et pense que pour les détails l'écrivain peut se débrouiller) et la seconde, pas vraiment défendue mais plutôt utilisée, par l'écrivain confirmé. Rudyard Kipling fait appel, pour expliquer l'inspiration, à la résurgence de vies antérieures (on a donc vécu ce qu'on écrit) qui ne serait possible que quand on n'est jamais tombé amoureux (thème de la métempsychose).

Beaucoup de choses, donc, dans cette nouvelle très bien écrite : un style limpide où il n'y a pas de détails superflus (normal pour une nouvelle), et traduite (traduction très moderne malgré sa date).

En conclusion, je pense que je fais suivre le conseil de Michel Le Bris et lire Kipling !

Un autre avis

C'est celui qui m'a fait lire le livre : celui de Leiloona. Il y a un billet de Lou moins convaincue que moi mais surtout très bien écrit et argumenté. 

Références

La plus belle histoire du monde de Rudyard KIPLING dans une traduction datant de 1900 – proposé par Michel Le Bris – notice ibliographique de Véronique Leblanc (André Versaille éditeur – collection À s'offrir en partage, 2009)

Métamorphoses de Thomas Hardy

 

Quatrième de couverture

Maître dans l'art de décortiquer "les petites ironies de la vie", Thomas Hardy possédait aussi le talent de se pencher, en quelques pages, sur les grandes. Ces instants où une existence bascule, ces décisions dont il faudra à jamais supporter les conséquences, ces éclairs de lucidité qui pétrifient, il s'en fit le conteur subtil. Et si l'Angleterre qu'il nous dépeint a disparu, ses personnages gardent intact cet étrange et universel don de nous émouvoir. Quand un géant du roman se métamorphose en nouvelliste, les masques de ses courtes tragédies prennent un relief inoubliable.

Mon avis

Ça y est je suis folle de Thomas Hardy, encore plus qu'après Le retour au pays natal. Je me promenais tranquillement chez mon libraire dans la section anglaise qui fait deux étagères quand mes yeux ont buté sur un nom connu Thomas Hardy mais deux titres inconnus (enfin un seul l'autre j'ai vu des critiques sur internet) !!!! 

Ici sont rassemblées quatre nouvelles de Thomas Hardy issues du recueil A changed man and other stories (pourquoi ne pas avoir fait paraître tout le recueil ? je ne sais pas). Elles ont été écrites entre 1881 et 1900.

La première s'intitule Sous le regard du berger ou quatre nuits au clair de lune (What the Sheperd Saw, traduit par Pierre Coustillas) : un petit berger assiste à une rencontre entre une riche dame et son cousin, autrefois épris d'elle. Il aperçoit ensuite le mari de la dame qui a tout vu, mais pas tout entendu. Le drame se déroule sur trois nuits et la conclusion sur une (mais vingt deux ans plus tard). Chez Thomas Hardy, on paye toujours un jour ou l'autre. J'ai apprécié la construction de la nouvelle en acte comme au theâtre et la mise en scène d'un personnage extérieur, le petit berger, pour que l'action ne soit pas en huis-clos entre deux hommes et une femme. Cela ressemble un peu au Retour au pays natal où l'homme au rouge, en tout cas au départ, observe beaucoup. Le fait de faire intervenir un personnage qu'on croyait extérieur m'a aussi beaucoup plu car il permet une chute inattendue et pleine de sens dans la logique de Thomas Hardy.

Les trois autres nouvelles font intervenir des militaires (pourquoi ?)

Le deuxième nouvelle, Métamorphose (A changed Man – traduit par Françoise Vreck) parle d'une femme qui réussi à se faire épousée par un hussard. Elle est plus attirée par l'uniforme que par l'homme. Manque de chance il va se faire pasteur…

La troisième, La tombe solitaire (The Grave by the Handpost – traduit par Michel Krzak) est la plus triste. Un père envoie son fils à l'armée en lui disant qu'il avait aimé ça quand il était jeune: il avait trouvé ça très formateur. Manque de chance, il n'y avait pas de guerre à son époque tandis que le jeune homme est obligé de partir aux Indes. Il écrit de là bas à son père une lettre désespérée et pleine de reproches. Le père se suicide et est enterré dans une tombe hors du cimetière, à un croisement de routes. Le fils revient, découvre ça, se repend affreusement et demande aux personnes d'une chorale de l'enterrer dignement. Il donne l'argent pour ça. Il repart ensuite dans l'armée pour que son père puisse être fier de lui, prend du galon… Il revient une nouvelle fois dans son pays natal et découvre ce que l'on a fait du corps de son père… C'est la plus triste car finalement c'est le jeune soldat qui paie alors que ce sont les villageois qui ont mal agit.

La quatrième nouvelle est sûrement la plus féroce. Elle s'intitule Un dragon entre en scène (Enter a Dragoon – traduit par Noël de Beer. Une femme doit épouser un soldat. Juste après la deuxième publication des bans (il en faut trois), il doit partir à la guerre. Peu après, elle apprend qu'il est mort à la bataille de l'Alma. En réalité, il y a erreur de prénom. Le jeune homme revient mais après trois ans (il a été longtemps à l'hôpital). Entre temps, elle a accouché d'un petit garçon (du soldat), s'est résigné à prendre un nouveau fiancé. Or, le soldat revient juste avant le nouveau mariage, la fille rompt précipitemment avec le nouveau fiancé (qui lui était amoureux)… Elle le regrettera très cher (dans les dernières pages).

Un recueil que je ne saurais trop vous conseillez tant les nouvelles sont excellentes et les traductions vraiment très bonnes !

L'avis de Cryssilda.

Références

Métamorphoses de Thomas Hardy – traductions de Pierre Coustillas, Françoise Vreck, Michel Krzak et Noël De Beer – illustrations d'Anne Careil (L'arbre vengeur, 2007)

P.S. Je ne connaissais pas du tout cette maison d'édition. J'ai déjà repéré un livre de G.K. Chesterton et un livre de Dickens (préfacé par Jean-Pierre Ohl, celui des Maîtres de Glenmarkie) qui sortira en septembre. J'ai aussi découvert une autre maison d'édition : Les moutons électriques. Ils vont faire paraître vers la fin de l'année un livre intitulé Les nombreux mondes de Jane Austen dans leur collection "La bibliothèque rouge". Dans la même collection, il y a Les nombreuses vies de Sherlock Holmes (qui passe pour être un ouvrage de référence, épuisé mais réédité en avril 2010), Les nombreuses vies d'Hercule Poirot, Les nombreuses vies de Miss Marple

Le retour au pays natal de Thomas Hardy

 

Ce qui m'a fait acheté ce livre c'est la magnifique couverture choisie par les éditions José Corti : un tableau de John Constable, Hampstead Heath, looking towards Harrow. Le tableau s'étend sur la première de couverture, la tranche et la quatrième de couverture : c'est très jolie dans ma bibliothèque. Ça change des tranches blanches ou noires.

En plus, d'être beau de l'extérieur, le livre à l'intérieur est magnifique. L'histoire met en avant l'ironie de la vie (expression que j'ai honteusement volé à Diane de Margerie dans son livre sur Edith Wharton) mais mérite d'être lu rien que pour les descriptions de la nature et plus particulièrement de la lande. Je m'explique.

Quatre personnages principaux, des personnages secondaires et des figurants.

Il y a d'abord les Yeobright. Clym Yeobright est joaillier à Paris. Cette année, il a décidé de revenir dans la lande d'Egdon pour les fêtes de Noël. Tout le monde l'attend avec impatience. En effet, il a été absent pendant beaucoup de temps. Il revient surtout voir sa mère et sa cousine : Thomasine. Ces deux-là sont fâchées. En effet, Thomasine insiste pour épouser Damon Wildeve. Sa tante s'est opposée de manière vigoureuse à ce mariage (pour elle, Wildeve est un séducteur qui laissera tomber sa nièce) ; elle est allée jusqu'à vouloir interdir la publication des bans en le disant tout fort devant tout le monde à l'église. Sur l'insistance de Thomasine, sa tante a consenti au mariage. Celle-ci part se marier dans une autre ville mais le mariage ne se fait pas pour des raisons administratives. C'est une des premières choses que l'on apprend dans le livre. Plutôt que de complications administratives, on peut parler d'actes manqués de Wildeve. Celui est très attachée à une autre jeune fille qu'il a longtemps courtisé : Eustacia Vye. Toute l'histoire du roman c'est sur les amours entre ces quatre jeunes gens. Thomas Hardy, par le sort qu'il réserve à ces personnages, montre bien l'ironie de la vie (et oui, je la vole encore). Ils sont écrasés par leur destinée. Il ne leur arrive que très rarement des choses positives, sauf à a fin. Il est précisé à la fin de l'avant dernier chapitre que c'est dû à des exigences de publications. L'auteur ne semble pas apprécié son happy end. Quand les personnages se croient au fond du trou, il y a toujurs des trous plus profond où ils tombent immanquablement. J'ai lu dans plusieurs articles sur internet que c'était le thème de prédilection de Thomas Hardy : le lourd poids du destin sur la vie humaine. Un livre triste mais fort prenant et attachant.

Attachant, entre autre, pour les personnages secondaires : le capitaine Vye (le grand-père d'Eustacia), maîtresse Yeobright dont nous avons déjà parlé mais surtout l'homme au rouge : Diggory Venn. C'est un homme qui parcourt la lande pour vendre le rouge qui sert à marquer les moutons des paysans. L'homme est tout de rouge vétu mais en plus même sa peau est rouge (il peut redevenir tout blanc en six mois). On apprend au fur et à mesure du roman que Diggory est rentré dans ce commerce suite au refus de Thomasine de l'épouser. Il erre sur la lande pour être près d'elle et lui servir d'ange gardien.

Il y a aussi les figurants : toute la population humaine de la lande qui ont su préserver des traditions ancestrales et vivre, de manière humble mais heureuse, dans un monde difficile auquel ils ont pu s'acclimater. Thomas Hardy décrit de très belle manière ces personnages car ils rentrent pour lui comme partie intégrante de la lande. C'est la description de cette nature qui fait tout le charme du livre. Pour exemple, les deux premiers paragraphes du livre :

"Un samedi après-midi, en novembre, l'heure du crépuscule approchait et la vaste étendue libre et sauvage, connue sous le nom de lande d'Egdon, allait s'assombrissant de minute en minute. Une mince couche de nuages, d'un blanc indécis, cachait le ciel, se déployait comme une tente qui aurait eu la lande entière pour le sol.

La ligne de rencontre de cieux ainsi voilés par cet écran pâle et d'une terre que couvrait la plus foncée des végétations était très nettement marquée à l'horizon. D'où un effet de contraste tel que la nuit semblait avoir commencé de régner sur la lande avant que son heure astronomique ne fût venue : l'obscurité s'installait sous un ciel où le jour continuait son existence propre. Levant la tête, un coupeur d'ajoncs eût été tenté de poursuivre son travail ; regardant à ses pieds, il eût décidé d'achever son fagot et de regagner son logis. Ainsi, les bords lointains et accolés de la terre et du ciel paraissaient diviser le temps aussi bien que la matière. Par son teint brun, le visage de la lande ajoutait, en effet, aux soirs une demi-heure ; il possédait également le pouvoir de retarder l'aube, d'attrister midi, d'exprimer à l'avancee la menace de tempêtes à peine en formation et d'augmenter l'opacité d'un minuit sans lune jusqu'à provoquer le tremblement et l'épouvante." (p.9) 

Plusieurs fois dans le livre, Thomas Hardy fait des descriptions d'oiseaux dignes d'un ornithologue. La nature c'est visiblement quelque chose qu'il affactionne tout particulièrement (je ne sais pas ce qu'il en est pour ces autres romans ?) L'auteur a même dessiné lui-même la carte de la lande d'Egdon

Sur ce site, on trouve aussi une carte du Wessex, région imaginaire (mais basé sur des lieux rééls) inventé par Thomas Hardy et où il situe tous ces romans.

En conclusion : ce roman est une belle entrée en matière pour donner envie de lire d'autres livres de Thomas Hardy. J'insiste : les descriptions de la lande sont vraiment très suggestives : on s'y croirait ! À lire rien que pour ça…

Références

Le retour au pays natal de Thomas Hardy – traduit de l'anglais par Marie Canavaggia – postface de Claire Tomalin (José Corti, 2007)

Première parution : 1878.

L'homme hanté de Charles Dickens

 

 

Résumé de l'éditeur

"Un soir de Noël, un savant solitaire hanté par un douloureux passé reçoit la visite d'un fantôme qui lui propose d'effacer de sa mémoire tous ses mauvais souvenirs et de lui accorder le pouvoirde faire oublier leurs souffrances à ceux qu'il approchera.

Mais le héros ne tarde pas à comprendre qu'il s'agit là d'un cadeau empoisonné : à son contact, les gens qu'il croyait aider changent de caractère et de comportement. En perdant le souvenir de leurs souffrances, ils perdent aussi leur sensibilité et leur faculté de compassion.

Ce récit de Dickens écrit en 1848 est à la fois une histoire de fantôme bien romantique, un tableau de moeurs peuplé de personnages pittoresques, une illustration du rôle de la mémoire dans la formation de la personnalité, et une exploration des profondeurs de l'inconscient laissant pressentir les futures découvertes de la psychanalyse."

Citations 

"si nous ne connaissions ni misères ni chagrin, nous ignorerions la moitié du bien qui existe autour de nous." (p. 98)

"Je suis infecté ! Je suis contagieux ! Je porte en moi un poison qui corrompt l'esprit, qui les corrompt tous. Là où j'éprouvais intérêt, compassion, sympathie, je ne suis plus que pierre. L'égoïsme et l'ingratitude jaillissent sous mes pas funestes. Et si je suis un peu moins vil que les misérables que je rends tels, c'est en cela seulement que dans l'instant de leur transformation je puis les haïr." (p. 101)

Mon avis

J'ai trouvé un Dickens court (173 pages) et je l'ai lu ! C'était donc pour moi la découverte de cet auteur. Je partais avec un avis très favorable (dû à la lecture assidue des blogs où j'ai l'impression que Dickens est un des auteurs favoris avec Jane Austen). Je n'ai mais alors pas du tout été déçue par cette lecture. C'est surout la description des "personnages pittoresques" qui m'a particulièrement plu. Dickens y met à chaque fois une petit touche d'ironie anglaise : c'est exquis. L'histoire est vraiment très plaisante même si elle pourrait paraître un peu gnan-gnan. Mais pas du tout : il y a le fantôme qui donne le pouvoir au Chimiste d'oublier tout ce qui lui a causé des chagrins, peines et afflictions mais qui lui donne aussi le pouvoir de transmettre cela à tous les gens qu'ils rencontrent. Il y aussi les disputes, les haines … qui éclatent entre tous les personnages. Noël oblige, ils se réconcilient tous : n'ayez pas peur. On ne s'ennuie jamais. J'aime aussi la morale de l'histoire qui veut que l'on se rappelle des peines causées par les autres pour mieux les pardonner et que finalement la plus belle chose, c'est que notre souvenir reste das la mémoire de nos proches une fois que nous serons partis.

Si tous les Dickens sont comme ça, je signe !

 

Références

L'homme hanté de Charles DICKENS – traduit de l'anglais par Véronique David-Marescot (Éditions Interférences, 2009)

Le fond des forêts de David Mitchell

 

 

Quatrième de couverture

"1982, dans un petit village du Worcestershire. Jason Taylor, treize ans, essaie de réussir son entrée dans l'adolescence. Et ça nést pas chose facile. À l'école ou chez lui, Jason affronte l'incompréhension et le mépris : ses camarades raillent son bégaiement, ses parents ne cessent de se disputer. Mais Jason mène une vie secrète, dans un mondeà lui peuplé de visions étranges et de figures ambiguës.

Portrait de famille, chronique de l'Angleterre de Thatcher, roman d'apprentissage à la lisière du fantastique, Le fond des forêts est avant tout une suite de variations éblouissantes sur l'adolescence et ses multiples facettes. Après Écrits fantômes et Cartographie des nuages, deux romans qui traversaient l'espace et le temps, David Mitchell nous offre un texte plus personnel, d'une puissace poétique exceptionnelle."

Mon avis

J'ai pris ce livre à la librairie il y a deux semaines sur les conseils du libraire. C'est un livre que je n'aurais jamais lu sans lui. Cela fait deux ans que Cartographie des nuages, le deuxième livre de l'auteur, attend patiemment dans ma PAL. Je me suis dit tu es folle de le prendre, tu as déjà suffisemment de livres à lire. Le libraire me l'a vendu en disant que cela n'a rien à voir avec Cartographie dans les nuages et que ça lui avait rappelé le livre de Jonathan Safran Foer Extrêmement fort et incroyablement près (qui attend aussi patiemment dans ma PAL depuis quatre ans …).

Franchement, je ne regrette pas d'avoir écouter le libraire (il vient quand même de faire remonter deux livres en haut de ma PAL). C'est un très bon roman surtout pour l'écriture (merci au traducteur !!!).  En effet, l'histoire est plutôt banale. On suit les aventures de Jason Taylor, un garçon bègue de 13 ans, poète à ses heures perdues, tout au long d'une année, 1982, dans un village paumé d'Angleterre. À l'école, il subit moqueries, racket. Ces parents sont sur le point de divorcer. Au début de l'année, il n'ose rien dire. Il est encore en enfance. À la fin, il s'affirme, ose parler. Durant cette année, il y a aussi la guerre des Malouines, les licenciements. C'est aussi la chronique d'une année du règne de Tatcher.

J'ai eu un peu de mal au début parce que chaque chapitre représente une séquence, un épisode de la vie de Jason. Ce sont comme des nouvelles, mais avec les mêmes personnages, sauf peut-être à la fin où c'est un petit peu plus suivi. L'écriture de David Mitchell est juste époustouflante. Il donne corps à son récit initiatique en trouvant le ton juste pour le narrateur. À travers son récit, Jason nous dit tout ce qu'il ne peut pas exprimer en mot aux autres : on est dans sa tête.

C'est un très bon roman à lire …

Références

Le fond des forêts de David MITCHELL – traduit de l'anglais par Manuel Berri (Éditions de l'Olivier, 2009)

La sorcière de Salem d'Elizabeth Gaskell

 

 

Résumé

Loïs Barclay, jeune fille de 17 ans, vit en Angleterre dans le Warwickshire. A cause du décès de ses deux parents, elle doit retrouver en Amérique, plus exactement à Salem, son oncle maternel qui y était parti car il était devenu puritain. Elle pose les pieds aux Etats-Unis à Boston : elle y découvre de nouvelles manières, des personnes fort sympathiques mais très croyantes (on comprend rapidement qu'elle trouve cela un peu excessif). Le capitaine Holdernesse qui l'a amené en Amérique va jusqu'à Salem pour confier Loïs à sa "nouvelle famille". Son oncle est mourrant, sa tante est plus jeune mais très stricte et autoritaire (et aussi très religieuse) : elle l'accueille comme une étrangère. Le couple a trois enfants : un grand garçon, plus vieux que Loïs, du nom de Massaneh, une grande fille Faith, secrètement amoureuse d'un homme d'église et Prudence, une gamine méchante qui prend plaisir à rendre malheureux son entourage. Ils ont aussi une vielle bonne indienne. Loïs trouve rapidement sa place mais sa vie bascule au moment où son oncle meurt : Massaneh insiste pour qu'ils se marient (il entend des voix qui lui disent), Faith devient jalouse, Prudence reste Prudence.Là dessus arrive la fameuse affaire des sorcières de Salem et l'hystérie collective qui la dirige. Loïs devra subire le jugement de la population …

Mon avis

C'est un très bon roman qui parle de l'hystérie d'une foule qui a besoin de coupables quand se produit des faits incompréhensibles. Ce roman, c'est aussi la critique d'un piétisme poussé à l'extrême ; la religion n'est plus religion mais plutôt un dogme qui sert à exclure toute personne ne partageant pas certaines croyances. Elizabeth Gaskell, par un style très clair et limpide, fait de ce livre un livre qu'on ne peut oublier. Première découverte de cette auteure (pourtant très connue dans la blogosphère) réussie ! 

L'avis de

Isil. Il y en aura beaucoup d'autres dans peu de temps car il fait parti de la chaîne des livres organisée par Ys (je me suis pas inscrite mais j'ai repéré les titres intéressants à première vue).

Références

La sorcière de Salem d'Elizabeth GASKELL – traduction par Roger Kann et Bertrand Fillaudeau (José Corti – collection romantique n°73, 1999)

La reine des lectrices de Alan Bennett

 

 

Quatrième de couverture

"Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d'un coup, plus rien n'arrêtait son onsatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux ?

C'est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les soeurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'oeil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s'inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d'aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor.

C'est en maître de l'humour décalé qu'Alan Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture."

Mon avis

Oui, c'est drôle ! Oui, c'est original ! Les propos sur la lecture sont intéressants ; j'ai eu quelques fois l'impression de me reconnaître (pourtant je ne suis pas reine…). Mais j'ai quand même été déçue.

Je m'explique : toute la première partie sur la lecture c'était très bien. Dans les lectures d'Elizabeth, j'ai noté Dylan Thomas, John Cowper Powys, Jane Morris, Kilvert, Alice Munro et Rose Tremain. L'idée qu'un livre en entraîne un autre, qu'au fur et à mesure on lit des livres de plus en plus "compliqués", qu'on vous prend pour une folle dès que vous lisez plus de cinq livres par an, tout ça, j'ai trouvé que c'était juste et que c'était bien décrit de la part de l'auteur.

Mais la deuxième partie, ça parle de l'écriture. Parce que pour Alan Bennett on ne peut pas lire sans écrire. Et là, j'ai décroché (peut-être parce que ça ne me touche pas). J'ai un peu moins ri … Enfin, ça ne m'a pas autant plu. Sauf le final qui est absolument inattendu et génial !!!

En résume, c'est un livre agréable à lire. On y passe un bon moment mais il ne faut pas y chercher ce qu'on ne peut pas y trouver.

D'autres avis

Ceux de Clarabel, d'Amanda, de Cathulu, de Cuné, de Lou, d'Yspadadden, d'Emeraude

Références

La reine des lectrices de Alan BENNETT – roman traduit de l'anglais par Pierre Ménard (Denoël, 2009)

La pluie, avant qu'elle tombe de Jonathan Coe

 

 

Résumé

Rosamond vient de mourir. Elle fait de Gill, sa nièce, son exécuteur testamentaire : elle lui lègue un tiers de ses bien, un autre tiers à son neveu David et le dernier à une certaine Imogen (une inconnue pour la famille). Gill se rappelle vaguement l'avoir vu à une fête de famille : c'était une jeune aveugle aux cheveux d'or.

En triant les affaires de sa tante,Gill découvre des cassettes destinées à Imogen. Pour pouvoir espérer retrouver cette dernière, elle va les écouter avec ses deux filles. Sur ces cassettes, on entend Rosamond décrire vingt photos qui racontent l'histoire de trois générations de femmes : Beatrix, Thea et Imogen. Trois femmes qui ont été maltraitées par leur mère respective. Beatrix et Thea ont chacune reproduit ce schéma sur leur fille jusqu'à une issue dramatique pour la troisième génération (en cela, cela m'a rappelé Les petits sacrifices de Caroline Sers).

Mon avis

C'est tout simplement, pour moi, un coup de coeur. Bon, OK, je ne suis pas très objective : j'adore tout ce que fait Jonathan Coe … C'est vrai que c'est différent de ce qu'il fait d'habitude mais bon un auteur a le droit de changer de style quand même ! C'est plus triste. Comme il l'explique dans ses interviews : au contraire de ses autres romans, il n'y a pas d'humour pour contrebalancer cette morosité.

J'avoue que j'ai eu un peu de mal à rentrer dedans (les soixante premières pages sont les préliminaires pour arriver à la description des vingt photos) mais une fois qu'on est dedans on ne le lâche plus jusqu'à la fin. Là encore un happy end en demi-teine qui m'a tiré une petite larme tellement je m'étais attachée aux personnages.

Références

La pluie, avant qu'elle tombe de Jonathan COE – traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin (Gallimard – Du monde entier, 2009)

Sur la plage de Chesil de Ian McEwan

 

 

J'ai acheté ce livre mardi dernier sur les conseils de mon libraire (au début, je ne voulais pas à cause des mauvaises critiques que j'avais entendu mais il a su être persuasif…)

Résumé

C'est un roman sur une journée ou plutôt une nuit : la lune de miel d'Edward et Florence. Le problème, c'est que cette lune de miel se passe en 1962. Florence qui vient d'un milieu assez aisé ne sait pas trop ce qui va se passer (elle a juste lu un livre rouge sur le sujet) est un peu dégoutée (et c'est un euphémisme). Edward lui est visiblement plutôt pressé. Toute cette nuit ne sera donc qu'incompréhensions entre les deux jeunes gens, s'en suit une rude explication sur la plage de Chesil (d'où le titre ; j'avais compris avant de le lire).

Ian McEwan entrecoupe son récit d'évocations de l'enfance, des études d'Edward et de Florence ainsi que de leur rencontre.

Mon avis

Personnellement, j'ai adoré cette lecture mais pas au point d'en faire un coup de coeur. Les points positifs : c'est un roman qui se lit très facilement, les sentiments des deux personnages sont merveilleusement bien décrits, l'évocation des années 60 en Angleterre est intéressante. Mais … Les points négatifs : 150 pages c'est trop court … J'aurais aimé que les "seconds rôles" puissent aussi parler et ne fassent pas que de la figuration. La fin est aussi trop rapide … On n'a que le point de vue d'Edward et un tout petit aperçu de celui de Florence. Ca m'a manqué …

Références

Sur la plage de Chesil de Ian McEWAN – traduit de l'anglais par France Camus-Pichon (Gallimard – Du monde entier, 2008)

D'autres avis

Ceux de Laurent, d'Amanda, de Jules, du Bookomaton, de Laurence,