Mexicali City Blues de Gabriel Trujillo Muñoz

Présentation de l’éditeur

Un pilote d’hélicoptère a disparu avec son appareil et ses deux passagers dans le désert aux abord de Mexicali. C’est un gringo, un ex de la Navy, dont la femme, Cecilia, a été le premier amour du plus privé des privés Miguel Ángel Morgado – lequel ne va évidemment pas résister à la prière de Cecilia, qui voudrait bien savoir si elle est veuve ou pas. Les indications disponibles se révèlent fausses ; aucun de ceux que Morgado rencontre en y laissant des plumes n’est ce qu’il prétend être ; tout est faux-semblants et mise en scène, les acteurs sont des pantins manipulés de très loin. Pas étonnant que Morgado ne cesse de rêver qu’il tombe en haut.

Mon avis

J’ai les quatre tomes de cette série d’enquête mexicaine dans ma Pile À Lire et bien évidemment, j’ai commencé par le tome 3 car c’était celui qui était à portée de ma main et que le lire a été une envie soudaine.

L’enquêteur est donc Miguel Ángel Morgado, avocat à Mexico (je n’ai pas compris pourquoi il disait qu’il était privé dans la quatrième de couverture mais je pense que c’est un mystère qui s’élucidera quand je lirais les tomes précédents). Il est originaire de Mexicali, en Basse-Californie (comme l’auteur du livre qui y est né en 1958). C’est la ville qui est de l’autre côté de la frontière américaine juste en face de Calexico (je ne me rappelle plus comment le prof de géographie appelait ces villes jumelles à cheval sur la frontière). Pour situer, c’est aussi près de Tijuana. Il est inutile de vous préciser que le thème principal est le trafic de drogues et les moyens qui sont mis de part et d’autre pour lutter contre (ce n’est pas les mêmes et ce n’est pas forcément fait par la police en plus).

Il n’y a pas d’enquête et il est impossible de comprendre comment on va d’un chapitre à un autre. On est plongé dans un milieu qu’on ne comprend pas forcément (le héros non plus d’ailleurs). L’histoire est racontée sous la forme d’une suite de péripéties. on ne perd pas de temps (c’est pour cela que le livre ne fait que 90 pages) à décrire les personnages, à décrire les enjeux de ce qui se passe ou bien à essayer de faire comprendre la réalité des choses. C’est juste une histoire point bas.

C’est pour cela que ce n’est pas noir du tout. C’est même plutôt enlevé, voire décalé. Il y a un certain humour qui se dégage du texte.

C’est une lecture courte et sympa qui ne peut pas faire de mal.

Références

Mexicali City Blues de Gabriel TRUJILLO MUÑOZ – traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli (Les Allusifs, 2009)

Première parution en 2006.

Frida Kahlo, une peinture de combat de Magdalena Holzhey

Cela fait un mois que je n’arrête pas de voir le nom de Frida Kahlo un peu partout (surtout dans les livres et magazines que je lis en fait) alors qu’avant je n’avais jamais entendu ce nom avant. Je me suis dit que c’était un signe pour commencer à m’y intéresser. Je ne comprends pas grand chose à l’art car je ne sais pas où il faut regarder. La seule chose que j’arrive à dire c’est après une longue observation si cela me plaît ou pas et impossible de vous expliquer pourquoi. Dans les peintures que j’ai pu regarder sur internet, ce que je trouve fascinant chez Frida Kahlo ce sont ses yeux (puisqu’elle a peint principalement des autoportraits).

Je me suis dit que pour commencer mon exploration il fallait que je commence par un album (une trentaine de pages) destiné à un plus jeune public (ou à un public de novice comme moi). Je suis p

lutôt bien tombée pour le coup car le livre reprend la vie de Frida Kahlo à travers ses peintures et des extraits de son journal intime (avec à la fin une page entière de biographie).

Frida Kahlo a eu un très grave accident de car quand elle a eu 18 ans. Elle a eu, entre autre, la colonne vertébrale brisée. Cela lui a causé des douleurs toute sa vie, vie qu’elle a d’ailleurs terminée en fauteuil roulant. Cependant, elle ne s’est jamais laissée abattre. L’ouvrage insiste particulièrement sur ce point car il est très présent sur les peintures de Frida Kahlo (vu qu’elle réalisait des autoportraits et que les douleurs étaient quand même une grosse partie de sa vie. La peinture qui m’a le plus marquée est celle intitulée La Colonne brisée (1944).

L’ouvrage insiste sur le fait qu’elle a en plus été un peintre avec des idées notamment sur l’influence du grand voisin américain sur le Mexique. Elle était en effet très attachée à son pays, à ses origines, à nature luxuriante. La civilisation industrielle des États-Unis lui faisait peur.

L’auteur précise que sur la toile intitulée Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les États-Unis (1932), on a

un fort symbole de la modernité américaine – la puissance électricité – relie les deux mondes et se connecte aux racines du monde mexicain … Ces deux mondes entretiennent une relation ambiguë : le Mexique est un pays indépendant, mais ses ressources sont en grande partie contrôlées par les États-Unis ; de nombreux conflits ont opposés les deux États. Frida Kahlo supportait mal la mainmise américaine sur son pays. Il y a dans son œuvre la volonté d’un retour aux sources, de revenir aux valeurs et à l’identité mexicaine.

Le livre parle aussi de la relation très forte qu’elle a entretenu avec son marie, Diego Rivera, célèbre peintre mexicain de vingt ans son aîné (je ne connaissais pas non plus et depuis j’ai regardé et c’est intéressant aussi ; on en reparlera ensemble à mon avis). C’est avec lui qu’elle a été aux États-Unis car en 1930 il a reçu une « importante commande de peintures murales pour les villes de San Francisco et de Detroit. Il était à la fois mentor, admirateur, mari, amant, père, frère, ami, complice … Le relation a parfois été tumultueuse (ils ont divorcé pour mieux se remarier) mais elle a toujours été très forte.

C’est donc un ouvrage pour un public non averti (jeune ou moins jeune) présentant à ce que j’ai pu en juger les principales éléments de biographie de Frida Kahlo mais aussi ses toiles les plus connus. Il ne parle pas de tout non plus puisqu’il n’ai fait mention de Trotski que dans un titre de tableau (cela aussi on en reparle bientôt j’espère).

Références

Frida Kahlo – Une peinture de combat de Magdalena HOLZHEY (texte et sélection des images) – édition française adaptée pour les Éditions Palette… par Christian Demilly (Éditions Palette, 2005)

L’autre visage de Rock Hudson de Guillermo Fadanelli

Présentation de l’éditeur

Mexico, ville labyrinthe, ville décadence, ville violence, ville sordidité ; ville : piège fermé. La ville et ses miasmes comme destin inéluctable. Johnny, Rebecca, Carrillo sont les personnages d’une tragédie qui est une et se répète à l’infini en un cruel jeu de miroirs. L’Autre Visage de Rock Hudson est un livre dépouillé, à la frontière du roman de mœurs, du roman policier et du roman noir. Guillermo Fadanelli, l’un des écrivains mexicains les plus prometteurs de sa génération, dépeint les expériences d’une jeunesse désenchantée au bord des abîmes de la drogue et l’abandon. Sans concession, ni fausse pudeur.

Mon avis

Autant je n’avais été que moyennement convaincu par Guillermo Fadanelli, auteur de Éduquer les Taupes, autant la lecture de ce livre n’est certes pas agréable mais est intéressante à suivre.

Plusieurs points contribuent à cela.

La construction du roman est très intéressante. Elle alterne de manière assez irrégulière le point de vue du narrateur, jeune adolescent habitant donc à Mexico avec sa sœur aînée Elena (avec qui il est très proche) et ses deux parents, et Juan Ramírez dit Johnny. Ce dernier a à peine plus de trente ans. Il est déjà très usé par la vie : il deale de la drogue et est un tueur à gages assez recherché (dès qu’on a une rancœur contre un patron, la maitresse de son mari, on vient le trouver et il vous arrange tout cela). Pendant tout le roman, on se dit c’est facile : Johnny va attirer le narrateur dans la drogue en le faisant revendeur car le narrateur traîne beaucoup dans la rue depuis la séparation de ses parents (il en est de même pour Elena). Pas du tout en fait. On va se rendre compte que la pensée de Johnny est beaucoup plus complexe qu’on ne pourrait le penser et que le lien est caché mais est autre. De même, il est souligné dans la quatrième de couverture que le livre présente « une tragédie qui est une et se répète à l’infini en un cruel jeu de miroirs ». Les éléments, qui font le pourquoi le narrateur est une sorte de mini-moi de Johnny, ne nous sont livrés qu’à la fin du roman. On se rend compte que Guillermo Fadanelli vient de nous raconter l’enfance de Juan à travers celle du narrateur et comment il est devenu tel qu’il est aujourd’hui.

Le deuxième point très intéressant du livre, c’est les personnages qui sont particulièrement bien travaillés. L’auteur arrive à nous faire sentir leurs modes de raisonnement ainsi que certains de leurs sentiments. C’est une écriture assez froide qui renforce l’idée d’inéluctabilité que voulait donner l’auteur (si on avait su qu’à ce moment-là, le narrateur n’aurait pas fait ce choix car il avait pensé que … cela aurait clairement gâché cet effet).

La peur, la vantardise, l’arrogance sont exclus du roman. On a cette impression que les relations sont dictées par un code non écrit et par le respect et les gens qui ne respectent pas cela meurent. C’est peut être cela la conclusion de Guillermo Fadanelli. Les relations que les adolescents nouent dans la rue remplacent l’influence des parents et c’est cela qui décide de leurs destins. Cependant, le Destin semble inévitable à Mexico. C’est ce qui fait le tragique du livre aussi.

En plus, si vous lisez ce livre, vous apprendrez les conséquences d’un pic à glace planté dans l’œil.

Références

L’Autre Visage de Rock Hudson de Guillermo FADANELLI – traduit de l’espagnol (Mexique) par Nelly Lhermillier (Christian Bourgois, 2006)

Éduquer les taupes de Guillermo Fadanelli

Quatrième de couverture

Dans les années 1970, contre l’avis du reste de la famille, un père décide d’envoyer son fils à l’Académie militaire de Mexico. Une véritable odyssée commence pour l’enfant qui ne comprendra jamais la cause du châtiment paternel dont il a été l’objet. Brutalement arraché à l’insouciance et à ses camarades, il se trouve plongé dans cet enfer terrestre où terreur et humiliation étaient le lot quotidien. À onze ans, il découvre que le monde est à l’image de sa nouvelle école : un pénitencier peuplé d’ambitions et de cruautés inutiles.

En grande partie autobiographique, Éduquer les taupes est un roman malicieux, témoignage de ces années d’initiation où, pour survivre, le héros n’avait pour toute compagnie que son imagination et ses peurs.

Mon avis

J’appréhende toujours un peu la littérature mexicaine car j’ai le souvenir de Carlos Fuentes où je n’avais absolument rien compris aux allusions culturelles. Pour ce livre-ci, l’écriture est « normal », comme un livre écrit par un Européen ou un Américain du Nord. Pourtant, il y a des choses qu’il me semble ne pas avoir saisi.

La quatrième de couverture raconte très bien ce qui se passe. À cela s’ajoute la description de la famille et surtout des problèmes de famille du héros. On n’a du mal à comprendre notre héros car c’est le héros vieilli qui parle en se faisant passer pour l’adolescent (c’est encore plus flagrant quand le narrateur vieilli se met à intervenir pour nous expliquer sa manière d’écrire). Il n’y a pas de recul par rapport aux évènements mais il n’y a pas d’incarnation de l’adolescent. À onze ans, le héros semble déjà adulte dans ses raisonnements et ses actions. Il semble être quelqu’un qui n’a jamais commis de grosses ou même de petites bêtises (à un moment dans l’histoire, on nous explique qu’il aime le football mais on a du mal à y croire). Il est demi-pensionnaire et pas en internat ; pourtant il ne semble pas avoir de vie le soir.

Il manque aussi tout le contexte social, amical, la personnalisation du père et de la mère dans le sens où il devrait être un peu plus incarné à mon avis. On arrive à sentir la grand-mère (chez qui toute la famille vit) mais le père et la mère reste absent. Ils interviennent sans qu’on puisse les comprendre. Cela contribue à laisser le lecteur à l’extérieur du roman à mon avis.

L’autre chose qui contribue à laisser à l’extérieur du roman, c’est l’impression que l’auteur règle ses comptes mais que finalement, on n’a rien à faire au milieu du champ de tir car il n’a pas fini de digérer ce que ses parents lui ont fait en l’envoyant dans une Académie militaire. Ce qui semble avoir déclenché la narration, c’est la mort du père et de la mère. On a le droit à des attaques bien senties (genre ma mère aimait se faire détester de tout le monde ; nous on ne sent pas pourquoi ni comment ou même en quoi cela l’a gêné mas c’est pas grave) qui ressemblent à de la private joke. C’est d’ailleurs les seules phrases dont l’écriture est un peu recherchée.

En conclusion, ce n’est pas une lecture désagréable mais on reste à l’extérieur. Je vais essayer de lire un livre non autobiographique pour lui laisser une seconde chance à ce Guillermo Fadanelli.

Lu dans le cadre des 12 d’Ys dans la catégorie des auteurs latino-américains (à mon avis, je ne le finirai jamais ce challenge vu que je lis toujours dans les mêmes catégories).

Références

Éduquer les taupes de Guillermo FADANELLI – traduit de l’espagnol (Mexique) par Nelly Lhermillier (Christian Bourgois, 2008)

Dans le terrier du lapin blanc de Juan Pablo Villalobos

Quatrième de couverture

Il était une fois un petit garçon très intelligent passionné par les chapeaux, les dictionnaires, les samouraïs et la délicatesse infinie des sans-culottes. Un jour, il se pique de doter son zoo privé d’hippopotames nains du Liberia, et qu’importe que l’espèce soit en voie d’extinction ! Il les aura car papa peut tout. Papa est riche et puissant : il travaille dans la cocaïne. Depuis la forteresse où il vit reclus avec son narcotrafiquant de père et sa cour, le « Candide » observe un monde fantasmagorique et pourtant réel qui répond au moindre de ses désirs. S’il paraît extravagant, il est plein, en vérité, d’une cohérence implacable : le caprice puéril n’est qu’une réplique en miniature de la démence adulte.

Puisant avec brio à la source de l’ironie pour bâtir ce court roman philosophique, l’auteur brandit le pouvoir subversif de la dérision pour pointer une violence mexicaine prégnante et l’affilier, surtout, à une longue tradition humaine. Il semblerait, en effet, que toutes les civilisations comptent leurs coupeurs de têtes et qu’il ne soit pas si rare que les petits lapins blancs se transforment en serpents à sonnette.

Mon avis

Le texte est très bien écrit car il y a le ton faussement naïf de l’enfant qui utilise ses mots pour décrire ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il comprend et surtout ce qu’il pense. Malgré tout, il ne voit pas grands choses puisqu’il est cloîtré en haut d’une colline pour le protéger de l’extérieur : il connaît au maximum 15 personnes (un peu plus si on compte les mortes). Pourtant, l’extérieur arrive chez lui par son père, par ses gardes du corps où il se retrouve à élucider des phrases mystérieuses sans connaître le contexte extérieur tout en trouvant absolument normal le trafic de drogue de son père. C’est ce qui est intéressant car cet enfant a une vie normale (d’enfant riche tout de même) mais son éducation, non scolaire mais familiale, va faire qu’il va trouver normale des choses qui ne le sont pas, reprendre les idées de son père (sans les comprendre) et même avoir des réactions conditionnées par cette éducation.

Le livre comprend bien sûr une très forte dénonciation de la violence au Mexique et en Amérique latine due aux trafics en tout genre. Pourtant, j’ai été très déçue quand j’ai lu un commentaire qui disait que les noms des personnages avaient une signification qui était décrit comme très métaphorique. Sauf que moi je ne parle pas espagnol et que le traducteur ou la traductrice n’a pas voulu mettre de notes de bas de pages et j’ai eu l’impression qu’une dimension du roman m’avait échappé pour le coup.

C’est une lecture à rapprocher d’une lecture que j’avais faite au début de l’année Les travaux du Royaume de Yuri Herrera.

Lecture faite pour le challenge des 12 d’Ys dans la catégorie Auteurs latino-américains

Références

Dans le terrier du lapin blanc de Juan Pablo VILLALOBOS – roman traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton (Actes Sud, 2011)

Batailles dans le désert de José Emilio Pacheco

J’ai découvert un texte mexicain qui n’est pas bizarre ou incompréhensible. Je suis trop contente.

L’histoire est simple même si elle vire vers le fantastique à la fin (mais je crois que c’est la période et le pays qui veut cela). Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, un petit garçon tombe amoureux de la mère de son meilleur ami. Un petit garçon d’une dizaine d’années (même pas un adolescent). Il va oser le dire à la mère. Celle-ci réagit normalement en lui disant que c’est une passade, qu’il ne faut pas y accorder de l’importance et la chose semble classer. Il ne faut pas perdre de vue qu’ils en ont juste parler. Il n’y a rien eu.

Le truc c’est que pour faire sa confession, le gamin a séché les cours et s’est fait dénoncer au professeur  par son ami (le fils de la mère). Et alors là commence le grand chambardement. Il va subir des tests psychologiques, se faire traiter de pervers par ses parents … Le regard que toute la société porte sur lui va changer. On ne comprend pas vraiment pourquoi car cela semble si innocent. Cela s’éclaire au fur et à mesure quand on apprend que le fils n’a pas de père ou plus exactement s’invente un père ultra-puissant qui dirige le Mexique mais qui fait habiter sa famille dans un appartement pourri. Ce qui gène, c’est que sa mère passe pour une prostituée. En tout cas, elle a un amant riche qui la poussera au suicide. Quand le narrateur essaiera de retrouver le garçon et la mère (il ne sait pas ce qui s’est passé), tout le monde aura disparu. Il n’y aura plus de traces de quoi que ce soit.

Ce qui est intéressant dans ce texte très court, c’est la société mexicaine qu’il nous présente : une société très hiérarchisée (les différentes classes sociales ne semblent pas se côtoyer), bien pensante, très baignée d’Amérique. On est aussi dans une société où la déchéance, financière ou morale, peut arriver très vite.

Un autre texte de cet auteur a paru dans la collection Minos des éditions de La Différence : Tu mourras ailleurs. C’est un roman ; j’ai hâte de le lire.

Références

Batailles dans le désert de José Emilio PACHECO – traduit de l’espagnol (Mexique) et préfacé par Jacques Bellefroid (Collection Minos – Éditions de La Différence, 2009)

Les Travaux du Royaume de Yuri Herrera

Présentation de l’éditeur

Jadis, ils chantaient les exploits de Pancho Villa et d’autres généraux de la Révolution mexicaine dans les fêtes populaires des villages du Nord. Aujourd’hui, ils parcourent encore avec leurs accordéons les routes poussiéreuses de Chihuahua et de Sonora, mais ils ont su s’adapter au changement et ils célèbrent désormais les hauts faits de nouveaux héros du peuple : les chefs de grands cartels de la drogue.

Notre protagoniste, Lobo, est l’un de ces chanteurs traditionnels, qui sont en réalité les derniers survivants des troubadours débarqués avec les Espagnols cinq siècles auparavant. Ce n’est donc pas un hasard si, dans une taverne perdue, il croise un soir le chemin d’un Roi dot l’autorité et la puissance l’éblouissent au point de changer le cours de son existence. Suivre le Roi, le servir et l’honorer, voilà ce que Lobo veut désormais. Si le trafic de drogue n’est jamais nommé, on devine immédiatement que l’on est quelque part à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, et que ce Roi fabuleux n’est bien évidemment qu’un sanguinaire narcotrafiquant.

C’est le début d’une aventure furieuse et sans âge, qui mélange les imaginaires, les discours et les époques. Lobo découvre le Palais, la Cour et le Royaume ; il y rencontre la Sorcière, la Fillette et l’Héritier. Ce qui lui arrive relève parfois du rêve et parfois du cauchemar, comme dans un conte de féés constamment réécrit par un auteur de romans noirs.

Pour Elena Poniatowska, avec Les Travaux du Royaume, déjà couronné par plusieurs prix internationaux, Yuri Herrera est entré dans la littérature mexicaine « par la porte d’or ». Il signe ici un premier roman aussi incisif que fulgurant.

Mon avis

La littérature mexicaine et moi, ce n’est pas forcément cela (Carlos Fuentes a laissé des traces mais je vais retenter). Pourtant, ce livre m’a plutôt plu. Pour être plus exacte, je trouve que c’est une jolie découverte.

J’ai lu ce livre sur le reader et donc je n’avais lu qu’en diagonale la présentation de l’éditeur en achetant le livre. Or, dans un livre numérique, la présentation de l’éditeur est à la fin, en tout cas, chez Gallimard. J’ai donc ouvert ce livre sans aucun a priori. Dès le début, ce qui frappe c’est intemporalité du récit, ainsi que son absence de situation géographique. On ne situe ni le lieu (si on ne savait pas que l’auteur était mexicain, on ne serait pas tenter de penser que l’on est à la frontière entre les États-Unis et le Mexique), ni le temps (même si on est à l’époque moderne : il y a des téléphones portables). Tout cela est poussé à fond puisque les personnages ne sont pas nommés par leur prénom (le prénom du narrateur n’est utilisé que peu de fois et toujours hors du Royaume). L’écriture elle aussi est adaptée puisque c’est celle d’un conte. Il y a un côté irréel. Pour donner une idée, je vous livre un petit extrait :

Le palais ressemblai à ce qu’il avait toujours imaginé. Soutenu par des colonnes, avec des statues et des tableaux dans chaque pièce, des sofas recouverts de fourrures, des boutons de porte dorés, un plafond si haut qu’on ne pouvait même pas le frôler. Et, surtout, des gens. Tant de gens sillonnant les galeries à grandes enjambées. De-ci, de-là, affairés, ou désireux de se montrer. Des gens de partout, originaires de chaque recoin du monde connu, des gens venus de l’autre côté du désert. Il y en avait même quelques-uns, vrai de vrai, qui avaient vu la mer. Et des femmes qui se déplaçaient tels des léopards, des hommes de guerre immenses et dont le visage était orné de cicatrices, il y avait des Indiens et des Noirs, il avait même vu un nain. Il s’approcha de différents cercles et il tendit l’oreille, désireux de savoir. Il entendit parler de cordillères, de forêts, de golfes, de montagnes, et tout ça était dit d’une manière qu’il n’avait jamais entendue auparavant.

Je n’avais jamais lu ce type d’écriture. On se demande où l’auteur veut en venir mais on le suit avec plaisir en se demandant si Lobo va se sortir de cette situation où il est l’Artiste au service du Roi. L’Artiste est un bien grand nom car il est à la botte de son mécène (il dit qu’il y prend plaisir car le Roi est grand).

Au milieu du livre, j’ai cherché sur internet la quatrième de couverture et du coup, j’ai lu que le Roi était le chef d’un réseau de trafic de drogue. Cela m’a aidé à comprendre où l’auteur voulait en venir (tout ce qui était sur les guerres entre royaumes, les alliances, les filles que le Roi vous donne …) mais cela m’a aussi parfois perdu car je cherchais trop à interpréter le livre en pensant à comment il pouvait se comprendre dans ce contexte.

J’ai aimé la conclusion du livre : le Roi n’est pas aussi fort que l’Artiste car le Roi dépend du pouvoir qu’autrui lui donne tandis que l’Artiste a le pouvoir (créateur) en lui.

Comme je disais, une jolie découverte !

Références

Les Travaux du Royaume de Yuri HERRERA – traduit de l’espagnol (Mexique) par Laura Alcoba (Gallimard, 2012)

P.S. Happy Birthday Sherlock si tu me lis 🙂

L'instinct d'Inez de Carlos Fuentes

 

 

C'est ma première participation au blogoclub. Pour ce premier essai, j'ai trouvé que le livre n'était pas très "facile", dans le sens où ce n'est pas un livre pour se détendre. Je suis quand même arrivée au bout en en lisant un petit peu à chaque fois. La quatrième de couverture même si elle raconte une très grosse partie de la trame narrative m'a permis de mieux comprendre où l'auteur voulait en venir.

Quatrième de couverture

Londres en 1940, le célèbre chef d'orchestre français Gabriel Atlan-Ferrara monte La Damnation de Faust d'Hector Berlioz. Il rencontre une jeune cantatrice mexicaine, Inés, qui transformera son nom en Inez Prada. Passion impossible qui ne connaîtra que deux autres rencontres, lors de deux représentations de Faust où Inez, devenue diva chantera Marguerite.

Mais Inez est habitée par un autre personnage, une femme ayant vécu à l'aube de l'humanité, peu avant les grandes glaciations, et dont le destin sera tragique. C'est cette femme qui découvre le chant comme nécessité pour exprimer ces sentiments.

Deux intrigues, deux histoires se nouent ainsi autour d'une conception du temps : le passé est un futur et le futur un éternel retour dans la spirale infinie de la Création permanente à partir du chaos de l'origine, symbolisé par le finale de La Damnation de Faust.

Dans L'instinct d'Inez, Carlos Fuentes revient à l'une de ses meilleures veines : celle du mystère des êtres dont l'essence profonde excède leur propre histoire, pour entrer dans la chaîne multiple de l'histoire de l'humanité.

Premier paragraphe

– Nous n'aurons rien à dire sur notre mort.

Cette phrase habitait depuis longtemps la vieille tête du maestro. Il n'osait pas l'écrir. Il craignait que le fait de la consigner sur le papier ne lui donne une actualité aux conséquences funestes. Il n'aurait plus rien à dire après ça : le mort ne sait pas ce qu'est la mort, le vivant non plus. C'est pourquoi la phrase qui le hantait comme un fantôme verbal était à la fois suffisante et insuffisante. Elle disait tout, mais à condition de ne rien dire. Elle le condamnait au silence. Et qu'avait-il à dire sur le silence, lui qui avait consacré sa vie à la musique – "le moins gênant des bruits", selon la rude sentence du rude soldat corse, Bonaparte ?

Mon avis

Mon sentiment sur ce livre est d'être passée à côté de quelque chose pour plusieurs raisons.

La première est que je ne suis pas musicienne et que de manière générale je n'arrive pas à apprécier la musique. Toutes les envolées lyriques de Gabriel sur son métier de maestro m'ont paru assez obscures. De plus je ne connais pas du tout l'opéra de Berlioz, même pas l'histoire. J'ai cherché sur internet et je n'ai même pas compris (c'est mon incompréhension de la musique : je fais une sorte de blocage psychologique). Là, je suis donc passée à côté d'une partie importante du livre, notamment la fin que je n'ai pas comprise (disparition d'Inez, est-ce que Gabriel et elle ont vraiment été ensemble…).

Pourtant m'est restée de très beaux passages sur la femme "primitive", sur l'analogie du chant d'Inez et du cri de la femme primitive, sur le sceau en cristal représentant la mémoire de l'humanité… mais aussi beaucoup de passages longs, très longs. J'ai trouvé insupportable la tendance à s'écouter parler de Gabriel. L'auteur aurait voulu nous faire sauter ces passages qu'il n'y s'y serait pas mieux pris. 

Quant au style, Carlos Fuentes privilégie les longues phrases qui peuvent devenir des phrases très lourdes. Ils différencient les deux histoires, les rencontres avec Inez et la femme "primitive", par deux styles différents. Le deuxième a eu ma préférence parce que plus direct (cela vient de l'emploi de la deuxième personne du singulier à mon avis) même si assez lyrique. Pour ce qui est des passages de Gabriel seul, le style est plus moderne mais il y parle trop. Au contraire de ce qui est dit dans la quatrième de couverture, les deux histoires ne se mêlent que très tard, à la page 156 sur un roman de 195 pages. On voit enfin qui est cette femme dont on nous parle un chapitre sur deux depuis le début.

Pour conclure, je retournerai vers Carlos Fuentes mais dans un roman où il n'y a pas de musique parce qu'il y a vraiment de très bonnes choses dans celui-ci. Il faut cependant déguster très lentement ce qu'il écrit pour pouvoir apprécier. Je relierai L'Instinct d'Inez le jour où j'aurai compris La Damnation de Faust, peut-être que ce livre me paraitra moins obscur !

D'autres avis

Celui de Lou qui a publié son billet un peu en avance…

Le billet de Julien qui éclaire tout !

Les autres avis sur les blogs de Sylire et Lisa

Références

L'instinct d'Inez de Carlos FUENTES – traduit de l'espagnol (Mexique) par Céline Zins (Gallimard – Du Monde entier, 2003)

L'île aux fous de Ana García Bergua

 

 

Quatrième de couverture

"Lorsque Scott rejoignit ses hommes, la dame au couteau s'était relativement calmée. Elle avait expliqué au docteur qu'elles étaient les dernières survivantes de la garnison mexicaine chargée de veiller sur l'île de K. Elle s'appelait Luisa, elle était l'épouse du commandant de ladite garnison, le capitaine Raúl Soulier, qui avait péri en mer avec ses soldats en tentant d'aller chercher du secours sur une embarcation de fortune. Le seul homme resté sur l'île, avec les femmes et les enfants, était le gardien du phare. Il avait abusé d'elles et leur avait infligé des violences jusqu'à ce matin encore, où elles venaient de le tuer à coups de marteau. À la fin de son récit, Mme Luisa le supplia de les emmener dans le bateau, de ne pas les abandonner là."

Lorsque, ce 18 juillet 1917, les marins américains accostent sur la plage de l'île de K., ils découvrent neuf enfants en haillons et trois femmes apeurées, amaigries, au bord de la folie… Que font-ils dans un tel état de dénuement perdus au milieu de l'océan Pacifique, sur une île déserte et inhospitalière où la ressource est le guano produit par les oiseaux ? 

Mon avis

Les fous dont on parle ce sont des oiseaux (mais pas des fous de Bassan non plus). Ce livre est donc inspiré d'un fait réel, celui des oubliés de Clipperton, où il y a plein de ces fameux oiseaux. Inspiré seulement : les noms de personnes et de lieux ont été changé. Pour les faits, je ne sais pas ce qu'il en ai précisément. Le principal attrait de ce livre est de nous remettre en mémoire cette histoire. En effet, pour le reste j'ai eu beaucoup de mal. Par exemple, l'auteure décrit l'amour inconditionnel que portait Luisa a Raúl. Il y a tous les actes qui devraient nous le montrer. Mais non, je n'ai pas réussi à y croire. Je n'ai même pas réussi à éprouver quoi que ce soit à l'égard de ces pauvres gens (à part quelque fois de l'ennui parce qu'il y a quand même pas mal de répétitions dans cette histoire). Je pense que c'est dû au style de l'auteur (enfin, c'est le premier roman que je lis et qui est traduit en français : c'est donc un peu difficile à dire. Il faut voir avec les autres). À lire pour l'histoire pas forcément pour le roman … 

Références

L'île aux fous de Ana GARCÍA BERGUA – roman traduit de l'espagnol (Mexique) par Serge Mestre (Mercure de France, 2009)