Murder most persuasive de Tracy Kiely

MurderMostPersuasiveTracyKielyPour me changer les idées après ma lecture de 1986 de Yu Hua, j’ai choisi une lecture légère dans ma PAL : Murder most persuasive – a mystery de Tracy Kiely. C’est la troisième tome d’une série de quatre (j’ai les trois premier dans ma PAL et je commence par le troisième bien évidemment ; je suis indécrottable), mettant en scène Elizabeth Parker, grande Janéite, citant à l’envie son auteur préféré. Au vu du titre, on peut penser que Tracy Kiely est dans le même cas puisque chaque début de chapitre commence par une citation de Jane Austen et qu’elle utilise une partie de Persuasion pour construire son histoire.

Justement, rentrons plus avant dans l’intrigue. L’ouverture du livre se fait sur un enterrement (il n’est pas mort de mort suspecte, rassurez-vous). Toute la famille est réunie pour rendre un dernier homme à Oncle Marty, Martin Reynolds officiellement, grand-oncle d’Elizabeth Parker, mort d’un cancer qu’il a combattu pendant des années. Tous les membres de la famille se retrouvent au restaurant après les funérailles.

C’est là où on découvre tous les protagonistes de notre histoire, en tout cas la majorité. Il y a Elizabeth, sa mère et sa sœur Kit, enceinte e 8 mois, avec qui Elizabeth ne s’entend que très moyennement. Il y a des chamailleries, dirons-nous.

Il y a les trois filles du mort : Reggie, la sœur aînée connue pour sa beauté et son tempérament, Frances, ayant deux jumeaux et un mari, Scott, connue pour être plus carriériste pour son mari que son mari lui-même, et Ann, la gentille, qui prend soin de toute la famille sans se préoccuper de sa vie, de ses amours, de son futur (j’espère que vous voyez le clin d’œil à Persuasion, sinon il faut le relire d’urgence).

S’ajoute la femme du défunt et belle-mère des filles, Bonnie. Plus jeune que lui, elle avait été choisie pour servir de substitut de mère aux filles après la mort de leur mère dans leur enfance. Cela n’a jamais marché car c’est une cruche. Le mari s’en est désintéressé très vite. Pourtant, elle se fait remarquer en ce jour en pleurant et en soupirant « pauvre Marty, je ne m’y attendais pas » (je rappelle qu’il est mort d’un cancer) et parle même de meurtre, les autres essayant de la persuader de sa sottise. Elle est tellement éplorée qu’elle décide de partir en thalassothérapie le lendemain, laissant Ann régler les détails pour le catalogage des objets du testament.

Avant de mourir, Martin Reynolds, entrepreneur, avait vendu sa maison d’été du Maryland (ils ont une maison d’hiver dans la même ville, si j’ai bien compris) et voulait répartir cet argent entre ses trois filles mais n’ayant eu le temps de régler les détails, Bonnie demande aussi une part (cela aura une petite importance pour la suite). Tout cela pour dire que la maison d’été a changé de propriétaires et que ceux-ci sont en train de modifier la piscine. Et là, c’est le drame, on retrouve le corps de Michael, le crâne fracassé. Celui-ci n’est autre que l’ancien fiancé de Reggie, avec qui elle a rompu deux mois avant le mariage, un 4 juillet, il y a huit ans. Plus personne n’avait entendu parler de lui (et pour cause), surtout qu’il avait été ensuite découvert qu’il avait détourné 1 millions de dollars de la compagnie de son futur beau-père (il avait été choisi comme successeur en plus, maintenant c’est Scott au grand plaisir de Frances).

La police enquête bien évidemment, enquête menée par Joe, qui n’est autre que l’ex d’Ann, avec qui elle avait rompu le 4 juillet aussi, sur les conseils de Laura, meilleure amie de sa mère lorsque celle-ci était encore en vie (au prétexte qu’elle était trop jeune pour s’engager au près d’un tel homme, si vous ne voyez pas Persuasion, je désespère). Laura, elle, est mariée à Miles, ancien associé (depuis il a monté sa propre entreprise) et meilleur ami de Marty. Sur ce, Bonnie revient de sa thalassothérapie, avec une espèce de don Juan qui se prétend expert financier pour placer l’argent des riches veuves qu’il rencontre. Elizabeth Parker va aider Ann, mais aussi la police, pour cette troisième enquête dans laquelle elle se voit impliquer « de force ». Elle sera bien conseillée adroitement par Peter son petit ami et tante Winnie, sœur de Martin Reynolds, elle aussi grande janéite.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, qui a totalement remplie son office de lecture détente. L’auteur écrit une bonne histoire, en y mettant des touches d’humour, très bien placées. Le niveau d’anglais n’est pas suffisamment haut pour ouvrir son dictionnaire à chaque phrase. L’auteur décrit une galerie de personnages tout à fait crédibles, bien incarnés, un peu loufoques. L’enquête est vraiment bonne aussi. J’ai eu quelques soupçons à un moment mais l’auteur les a habilement détournés. Les clins d’œil à Jane Austen sont nombreux mais à mon avis ce n’est pas ce qui fait le charme de ce livre. C’est tout simplement un bon cozy mystery dans lequel il fait bon s’installer pour se détendre un peu.

Références

Murder most persuasive – A mystery de Tracy KIELY (Minotaur Books, 2011)

The Creep de John Arcudi et Jonathan Case

TheCreepJohnArcudiJonathanCaseJ’ai pris cette BD à la bibliothèque par pure curiosité parce qu’il y a une étiquette sur l’exemplaire, où il est indiqué que cette BD est un coup de cœur Facebook. Je n’ai absolument aucune idée de ce que c’est, qui décerne ce label … Je n’en sais pas plus après ma lecture mais j’ai lu la BD.

La version française de The Creep est le regroupement de trois fascicules d’un comics paru aux États-Unis en 2012, 2013 et 2014 et est présenté comme un hommage de John Arcudi aux récits de privé.

L’histoire est assez intéressante dans le sens où elle est classique mais présente un dénouement que je n’aurais pas imaginé. Un garçon vient de se suicider deux mois après son meilleur ami. La mère, complètement désespérée, appelle son amour de jeunesse devenu détective privé, Oxel Kärnhus, pour enquêter car elle ne comprend pas le pourquoi de la chose. Le problème est qu’elle ne l’a pas vu depuis longtemps. Or, il est atteint d’une maladie dégénérative, l’acromégalie, qui a beaucoup altéré son physique avantageux (et sa voix entre autre). Il a honte de lui. Il accepte cependant l’enquête en ne la rencontrant pas mais en « interrogeant » la mère du premier gamin qui s’est suicidé. Il apprend que lui aussi n’avait pas de père et que c’est le grand-père, le père de l’amour de jeunesse, qui s’occupait des deux adolescents en les emmenant en week-end de pêche par exemple. Depuis la mort des deux adolescents, le grand-père déjà fragile a perdu la boule et vit à la rue. Personnellement, mes soupçons tournaient une histoire glauque de pédophilie mais en fait, pas du tout. C’est pour cela que je vous parlais un peu plus haut de dénouement inattendu (dans mon cas).

Ce n’est donc pas une histoire avec un grand mystère, où le détective montre sa puissance de déduction ou sa force (physique ou de son arme à feu) pour résoudre l’affaire. C’est plutôt un hommage au travail quotidien du détective privé, pas forcément avec des affaires grandioses, mais plutôt des enquêtes de tous les jours, glauques, tragiques et tristes. Ce qui m’a plu dans cette bande dessinée, c’est ce côté « normal » (n’y voyez pas de connotations particulières).

Le héros m’a aussi énormément plu car il est extrêmement attachant. Les auteurs en ont fait une sorte de géant maladroit, peu sûr de lui et qui essaie de faire son travail de manière correcte, tout en vivant une vie où la maladie est là. Dans la postface, les auteurs expliquent qu’ils n’ont pas pu faire de Oxel Kärnhus un monstre car il n’aurait pas pu s’y attacher. Cela a totalement répondu à une impression que j’ai eu pendant toute ma lecture. Le personnage est dessiné comme une caricature d’Américain, avec un menton proéminent et carré, un visage fort, taillé à la serpe. Je ne comprenais pas en quoi cette maladie était si handicapante physiquement (on peut se rendre compte que si en regardant des images sur internet et en lisant wikipédia). Les auteurs, dans mon idée, avaient choisi d’accentuer les gênes physiques de la maladie, sans mettre en évidence la déformation du visage. Ils montrent bien l’avant-après mais je n’ai pas vu le problème pendant ma lecture. Il y a un changement de visage du héros mais il n’était pas devenu un monstre pour autant. Dans un sens, le pari des auteurs est à moitié réussi. L’histoire est bien un hommage aux histoires de détectives privés, avec un héros attachant, mais ils ne réussissent pas à rendre réellement la maladie (son quotidien oui par contre).

C’est donc une lecture que j’ai appréciée. Par contre, visiblement, je ne pourrais pas faire partie du jury des coups de cœur Facebook.

Références

The Creep de John ARCUDI (scénario) et Jonathan CASE (dessin et couleur) – traduction de Hélène Dauniol-Remaud (Urban Comics / collection Urban Indies, 2014)

Le convoyeur du IIIe Reich de C.J. Box

LeConvoyeurDuIIIeReichCJBoxJ’ai pris ce tout petit livre à la bibliothèque à cause du titre, en rapport avec la Seconde Guerre mondiale. Je n’ai donc pas les mêmes avis que sur Amazon, où les gens parlent plus ou moins d’arnaques car le livre est très très court et coûte 8 euros (en ce moment, il est à 2,99 euros en version électronique, pour ceux que cela intéresse).

J’ai beaucoup aimé cette courte nouvelle, non pas à cause du contexte historique, mais grâce la tempête de neige qui est décrite à l’intérieur du livre. L’histoire commence par l’attaque, à son domicile, d’un vieil avocat (et accessoirement de son chien) par deux « bandits ». Le but est de le kidnapper avec son jeu de clés et de le forcer à ouvrir un chalet (c’est une grosse maison en fait, mais c’est dans la montagne). On apprendra dans le texte qui sont ces deux bandits, qui possédait cette grosse maison dans la montagne et surtout qu’est qu’on peut y trouver.

On ne va jamais en Allemagne de toute la nouvelle et elle se passe dans un temps contemporain. Cela vous donne un peu une idée du lien ténu qu’il peut y avoir avec le IIIe Reich (2 pages environ). L’auteur s’est inspiré librement d’une brève trouvée dans un journal et donc vraisemblablement, il n’a pas trouvé de matières supplémentaires pour faire un roman historique (c’est plus ou moins ce qu’il précise dans l’interview en postface).

Par contre, pendant toute la nouvelle, on reste dans le Wyoming, en plein hiver et surtout en pleine tempête de neige. J’y étais totalement. En très peu de pages, l’auteur arrive à faire ressentir la peur de l’avocat, la stupidité des deux bandits, l’absence de visibilité, l’accélération de la tempête, la voiture avançant au pas dans un climat de fin du monde, les dérapages non contrôlés. C’est juste extraordinaire.

Je sais que C.J. Box écrivait des romans policiers mais je ne sais rien dessus. Est-ce que cela passe toujours dans le Wyoming ? Je demande parce que dans l’interview de fin, il dit qu’il s’est fixé comme but de décrire sa région et de lui rendre hommage. En lisant les résumés des autres livres, cela ne m’a pas inspiré mais peut-être pouvez-vous me donner des conseils par rapport à ce qui m’a plu dans ce livre-ci ? … Je ne suis pas chicaneuse sur l’histoire si le contexte est aussi bon.

Références

Le convoyeur du IIIe Reich de C.J. BOX – traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Weill (Ombres noires, 2014)

We have always lived in the castle de Shirley Jackson

WeHaveAlwaysLivedInTheCastleShirleyJacksonJ’étais persuadée avoir repéré ce livre sur le blog de Mrs Pepys mais je n’arrive pas à retrouver son avis sur son blog. Je me rappelle juste avoir acheté ce livre après avoir lu un billet sur un blog.

J’ai sorti de ma PAL (il y a traîné un peu longtemps, comme d’habitude) quand j’ai cherché le premier livre de Paul Lynch dans ma PAL. En fait tout s’est écroulé (quatre pile en tout mais aucun livre n’a été blessé) ; j’ai donc dû tout ranger et relire toutes les quatrièmes de couverture bien évidemment (c’est un peu le plaisir d’avoir autant de livres). Je suis tombée sur ce livre et je me suis dit que cela faisait longtemps que je n’avais pas lu en anglais. En plus le livre est court puisqu’il ne fait que 150 pages. Ceci entraînant cela …

La première paragraphe accroche de suite le lecteur :

My name is Mary Katherine Blackwood. I am eighteen years old, and I live with my sister Constance. I have often thought that with any luck at all I could have been born a werewolf, because the two middle fingers on both my hands are the same length , but I have had to be content with what I had. I dislike washing myself, and dogs, and noise. I like my sister Constance, and Richard Plantagenet, and Amanita phalloides, the death-cup mushroom. Everyone else in my family is dead.

Mary Katherine, ou Merricat pour les intimes, vit avec sa soeur Constance et son oncle Julian dans la demeure familiale, que l’on appellera plutôt le château, et cela depuis que tout la famille est mort empoisonnée six ans auparavant par un poison présent dans le sucre.

Merricat, alors âgé de douze ans, était allée se coucher. Constance, la cuisinière, a échappée à la mort car elle ne mange jamais de sucre et Julian a été empoisonné mais a survécu, tout en restant gravement handicapé. Il est évident que Constance a été tout de suite soupçonnée, cela a été jusqu’au procès mais elle a été acquittée.

Depuis, elle ne sort pas de la propriété, Julian ne pouvant rien faire lui même, c’est Merricat qui deux fois par semaine fait les courses au village, subissant les remarques désobligeantes des villageois. Les autres jours, elle vit tranquillement sa vie dans son monde, son espace que représente le domaine familial. Elle veille surtout à ce que rien ne vienne perturber l’univers, le petit espace de paix qu’elle s’est créée autour du reste de sa famille. Elle vérifie que les barrières fermant les sentiers sont bien fermées, elle enterre des objets … La seule dérogation est la visite une fois par semaine pour le thé d’une femme du village. Merricat est heureuse, même si elle sait qu’elle devra se battre pour préserver ce bonheur fragile.

J’ai beaucoup aimé cette première partie car je me suis un peu identifiée à Merricat. J’aime aussi que les choses ne changent pas quand tout se passe bien mais je ne suis pas si extrême. En effet, Merricat a clairement un problème psychologique. On ressent dès le début le lien très fort qui existe entre les deux sœurs. Merricat se figure protéger Constance alors que c’est plutôt celle-ci qui la préserve du monde extérieur et lui permet de faire un peu tout ce qu’elle veut. Julian semble un peu exclu, même si Constance s’occupe constamment de son bien être, de ses désirs.

Tout va changer à l’arrivée du cousin de Merricat et Constance. Il est tout de suite antipathique au lecteur car il semble plus intéressé par l’argent de la famille (et pour cela, on voit clairement qu’il veut se marier avec Constance) que par une réconciliation avec cette branche de la famille. Merricat va perdre son univers, devoir se battre pour le garder. L’ambiance change du tout au tout. On passe d’une ambiance étrange et hors-norme à une ambiance électrique, où on sent que tout peut se passer et tout va se passer. Je n’avais pas entièrement deviné la fin mais quand même un peu. Pourtant, j’ai lu sous tension ce livre jusqu’au dénouement.

Je trouve que cette construction en deux parties fait la force de ce roman car la première partie, qui pourrait apparaître un peu longue au vu du nombre de pages, pose très clairement la psychologie des deux héroïnes. Le lecteur se sent capable de comprendre et d’anticiper les comportements des deux sœurs. La deuxième partie sert à amener la tension et à faire de ce livre une sorte de thriller, genre (il me semble) de prédilection de Shirley Jackson. L’auteur arrive à surprendre sur les évènements mais aussi sur le comportement de Constance dans cette deuxième partie.

Mon édition est complétée par une postface de Joyce Carol Oates. J’ai trouvé que l’auteur allait très loin dans l’interprétation du rôle de la nourriture dans le livre mais c’est quand même un point extrêmement important dans le livre.

Constance nourrit sa sœur, leur lien passe par là. La pièce principale de la demeure familiale est clairement la cuisine, où beaucoup de scènes se passent. Si vous lisez ce livre ou si vous souhaitez relire ce livre, je vous conseille d’y prêter attention (j’avoue que j’ai lu la postface au milieu du livre …) Parce que bien sûr je vous conseille ce livre que j’ai beaucoup aimé.

Les avis de Titine et de Lewerentz (c’est elle qui m’a donné envie de lire ce livre, c’est écrit dans ses commentaires).

Références

We have always lived in the castle de Shirley JACKSON – postface de Joyce Carol Oates (Penguin Classics, 2009)

Un siècle de littérature américaine – Année 1962

L’enfer de Church Street de Jake Hinkson

LEnferDeChurchStreetJakeHinksonJ’ai vu cette nouvelle collection sur plusieurs blogs mais j’avais résisté, toujours à cause du fameux Sukkwan Island, aux éditions Gallmeister. Sauf que je suis allée au Divan à Paris. Et il était dans les coups de cœur des libraires. J’ai donc acheté le livre et l’ai lu rapidement. Et c’était du pur bonheur ! Vraiment.

Je l’ai commencé mardi, en lisant les 150 premières pages, et terminé mercredi, en lisant les 80 dernières. Cela m’a confirmé que les transports en commun (surtout les gens qui sont dedans en fait) gâchaient mes lectures parce que sur les 80 dernières pages, j’en ai lu 50 dans le RER et 30 à la maison. J’ai trouvé que pour les cinquante pages le rythme avait changé, que cela s’essoufflait, qu’il n’y avait plus d’humour alors que pour les trente dernières pages, cela reprenait. Ce qui n’a absolument aucun sens. J’en suis donc venue à la conclusion que c’était un problème de concentration. Je vous raconte tout cela car je me suis achetée un nouveau carnet de lecture où il faut noter tous ces éléments qui peuvent jouer sur l’avis que l’on peut se faire d’un livre.

Commençons maintenant. La première partie est une sorte de courte introduction. Un homme en fuite tente de braquer quelqu’un pour manger et avancer dans sa fuite. Après avoir écarté plusieurs proies potentielles, il porte son choix sur Geoffrey Webb, un homme obèse qui semble facile à braquer. Celui-ci se révèle en réalité très difficile à braquer car il a du bagou. Il persuade notre braqueur de monter avec lui pour faire un bout de route, le temps qu’il lui raconte son histoire. À la fin du trajet, il lui donnera tout son argent (3000 dollars tout de même).

Le braqueur accepte d’aller à destination, c’est-à-dire Little Rock en Arkansas. La confession commence. Geoffrey Webb n’a pas toujours été l’homme qu’il est aujourd’hui. Un jour, il a été jeune et fringant ! Si, si ! Il a eu une enfance difficile, a un jour été emmené dans une église baptiste par un oncle où il a découvert sa vocation, inspiré par le Frère Leonard : entrée en religion mais non par conviction. Jugez plutôt :

J’avais aussi découvert une profession. Le Frère Leonard devint mon modèle, et en le regardant travailler pendant les années qui suivirent je commençai à comprendre que son boulot était une arnaque écœurante.

Le ministère peut être un métier dur, j’en suis sûr. Les prêtres voient les gens dans leurs pires moments, et on fait parfois appel à eux pour jouer les médiateurs dans des litiges d’une rare violence et être les témoins des plus affreuses tragédies humaines. On attend d’eux qu’ils apportent la lumière dans les ténèbres les plus obscures.

Mais c’est exactement la raison pour laquelle la religion, pour l’essentiel, est une escroquerie. En dépit de toute son histoire et de son prestige, de tous les bâtiments construits pour l’honorer et de tout le sang versé pour la diffuser, la religion n’a rien de différent de la lecture des lignes de la main ou de l’interprétation du marc de café.

Leonard, l’homme au grand cœur et au large sourire, ne travaillait probablement pas plus de trois heures par semaine. Mais il était payé comme s’il en faisait cinquante ! Il entretenait une femme et deux enfants adolescents en lisant des histoires de la Bible le mercredi soir. Cet aspect ne fut pas sans importance à mes yeux.

Cela me frappa de plein fouet, comme une inspiration divine. La religion est le boulot le plus génial jamais inventé, parce que personne ne perd d’argent en prétendant parler à l’homme invisible installé là-haut. Les gens croient déjà en lui. Ils acceptent déjà le fait qu’ils lui doivent de l’argent, et ils pensent même qu’ils brûleront en enfer s’ils ne le paient pas. Celui qui n’arrive pas à faire de l’argent dans le business de la religion n’a vraiment rien compris.

Donc une fois sa vocation déterminée, il ne lui reste plus qu’à faire les études qui vont avec et trouver un travail. C’est ce qu’il va faire avec brio, en se retrouvant après quelques années aumônier à Little Rock, Arkansas, dans une église baptiste gérée par Frère Card. Il est en charge du groupe des jeunes, et en particulier d’animer une réunion le mercredi soir. Il fait la connaissance de Frère Card, de sa femme, de leur fille Angela mais aussi des paroissiens qui sont soit des bien pensants en puissance ou des trafiquants. Les premiers sont bernés par le bagou de Webb mais les seconds le percent assez rapidement à jour. Par contre, on ne rencontre pas beaucoup de « gens normaux » dans ce livre.

Comme vous l’aurez vu à la couverture, il s’agit d’un roman noir. Il y aura donc des crimes et des meurtres (et pour le coup vraiment beaucoup), mais cela je ne vais pas vous en parler.

Le roman en lui-même est excellent : l’histoire, les personnages … Tout est absolument original et personnel. Trois éléments m’ont particulièrement intéressée dans ma lecture : l’humour de l’auteur et le rythme qu’il donne à son récit mais aussi le thème de la religion traitée de manière si irrévérencieuse (j’espère que vous l’avez vu à l’extrait).

L’auteur a un humour un peu pince sans rire. Ce n’est pas la franche rigolade mais plutôt une remarque, une manière de dire quelque chose qui détend l’atmosphère. Cela fait sourire pendant la lecture. C’est donc un peu comme du sport. Le rythme est ce qui m’a tout de suite scotché au livre. Les idées et les actions fusent sans pause. Je vous mets le premier paragraphe pour que vous puissiez juger :

Je travaillais depuis trois semaines dans une usine de plastiques dans le Mississippi lorsque le contremaître – un bouseux à la dentition en décapsuleur du nom de Cyrus Broadway – commit l’erreur de me traiter de connard feignant. Alors bon, je suis peut-être feignant, mais je suis aussi méchant comme une teigne. J’ai fréquenté des prisons et des cellules de dégrisement partout dans ce pays, depuis les cachots poussièreux à la frontière du désert Mojave jusqu’aux cabanes humides sur une île au large de la côte du Maine. Et personne ne peut m’insulter impunément, même si, pour ce gars-là, ce n’est qu’une plaisanterie. Le temps qu’on me sépare de Cyrus Broadway, je lui avais tellement écrasé la gueule qu’elle n’était plus de la chair à saucisse. Ses grandes dents de cheval étaient dispersées sur le sol de l’atelier, à côté de lui.

Je ne me suis pas donné la peine d’attendre les flics du Mississippi pour leur raconter. Je suis parti le soir même. J’ai traversé la Louisiane en catimini, je me suis infiltré au Texas, et j’ai fini par me retrouver à traîner autour d’une station Texaco à la sortie de Sallisaw, dans l’Oklahoma.

Je pense que cet extrait permet aussi de voir l’art de l’auteur pour dresser des portraits, situer des personnages.

J’espère que vous avez aussi été, comme moi, frappé par la manière de traiter la religion. J’ai déjà lu des ouvrages qui critiquent ou qui dénoncent en montrant, mais je n’avais jamais lu ce genre de phrase, surtout dans le livre d’un auteur américain. C’est irrévérencieux et assez violent (on peut diverger sur le fait que cela soit vrai ou non). Il y a une sacrée liberté de ton pour le coup. Cela a l’air assez caractéristique de cette collection car je suis en train d’en lire un autre, Cry Father de Benjamin Whitmer et c’est un peu la même chose.

Je vous recommande donc très fortement ce roman noir, sauf si la religion est un élément très important de votre vie et sur lequel vous ne supportez pas que l’on parle.

L’avis de Sibylline sur Lecture/Écriture.

Références

L’enfer de Church Street de Jake HINKSON – traduit de l’américain par Sophie Aslanides (Neonoir/Gallmeister, 2015)

Sukkwan Island de Ugo Bienvenu – d’après le roman de David Vann

SukkwanIslandDavidVannBDJe tiens à m’excuser pour cette looooongue absence mais je n’avais pas assez le moral pour écrire des billets de blog. J’ai été en vacances toute cette semaine où j’ai fait de belles lectures, ce qui m’a redonné l’envie de les partager.

Je suis à la bibliothèque du Trocadéro mercredi et en regardant les nouveautés, je suis tombée sur cette BD qui est l’adaptation en roman graphique du roman de David Vann. Elle était dans ma wish-list juste par curiosité mais je n’étais pas vraiment pressée de la lire (cela m’a donc évité un achat).

Pour rappel et grosso modo, Sukkwan Island est l’histoire d’un père emmenant son fils adolescent une année sur île déserte d’Alaska pour faire de la survie dans une cabane, aventure qui va mal tournée. Je ne sais plus si j’en avais parlé ici mais je n’avais pas du tout aimé le roman de David Vann. Danièle Sallenave avait dit à la radio le fameux truc qui se passe à la page je ne sais plus combien parce que « tout le monde l’avait lu ». J’avais donc attendu un peu avant de le lire mais j’avais fini par le lire et là cela avait été la déception. Je n’avais pas vu en quoi le roman était intéressant mais surtout je n’avais pas compris la psychologie des personnages. Ce que j’avais par contre aimé, c’est la découverte de l’Alaska.

Pas rancunière, j’ai donc redonné une chance à cette histoire avec l’adaptation de Ugo Bienvenu. J’ai eu raison, sa BD se lit d’un trait ! Dans l’ensemble (je ne me rappelle plus non plus de tous les détails), l’adaptation est fidèle au roman.

Les planches de paysages sont sublimes (cela donne envie de les découper). Il est à noter que les images sont en noir et blanc contrairement à la couverture. La scène de l’incendie de la cabane est grandiose !

Ce qui m’a plu par rapport au roman, c’est que j’ai compris (et adhéré) au personnage du père. Ugo Bienvenu l’a dessiné comme un homme propre sur lui, l’homme typiquement américain dans les séries TV (celui qui a le sourire tout blanc, bien rasé … il ne faut pas oublier qu’il est dentiste tout de même). Il ne semble jamais très expressif la nuit quand il pleure sur sa vie ou le jour quand il donne des ordres, fait son fier-à-bras … Il ne rit pas ni même ne sourit, il n’a aucune complicité avec son fils. Par contre, toutes les expressions et sentiments du fils sont concentrés dans son regard : soit affolé, soit désabusé, toujours méfiant envers son père. Il a un peu toujours les mêmes yeux que sur la couverture. Il ne sait pas pourquoi il est là mais il ne le sent pas.

Grâce aux dessins, j’ai mieux compris la première partie du livre. Par contre, j’avais trouvé la deuxième partie du livre plus intéressante car plus complète (et surtout moins froide) et là j’ai trouvé le roman graphique un peu plus léger. Pourtant, je n’ai pas l’impression qu’il manque des évènements (mais comme je le disais je n’en suis plus sûre).

Si vous avez aimé le livre, je pense que cela peut vous plaire pour vous y replonger d’une autre manière. Si comme moi, vous n’aviez pas accroché, cela peut vous permettre de redonner une autre chance à cette histoire.

Références

Sukkwan Island de Ugo BIENVENU – d’après le roman de David Vann (Denoël Graphic, 2014)

Reflets dans un œil d’or de Carson McCullers

RefletsDansUnOeilDOrCarsonMcCullersCette semaine, j’ai lu Reflets dans un œil d’or de Carson McCullers. Je l’ai pris totalement au hasard dans ma PAL car il était petit (130 pages) et que c’est ce qu’il me fallait pour aller repasser. Ce livre est un bijou, tout simplement.

Le livre est normalement dédié à Annemarie Schwarzenbach d’après ce que j’ai pu lire sur Wikipédia mais dans mon édition ce n’est pas le cas. Je ne sais pas pourquoi (et en plus, je n’ai pas pris le temps de chercher) mais si vous savez, je prends la réponse.

Le livre s’ouvre sur une préface de Jean Blanzat. J’ai trouvé que c’était une bonne préface dans le sens où, tout en étant courte, elle permettait de mettre l’accent sur les points sur lesquels on pouvait faire attention au cours de la lecture :

  • pour lui, il est tout à fait possible de lire ce roman comme un drame bourgeois ;
  • on pouvait y voir une dimension supplémentaire, caractéristique du roman américain : la capacité à généraliser

Si l’on en croit l’exemple de Reflets dans un oeil d’or, le plus récent roman américain a quelque peu changé de ton, il semble se tenir plus près de la vie banale, mais il n’a pas renoncé à son ambition essentielle. Il cherche à remonter, à travers la fiction des vies privées, aux mythes permanents du destin de l’homme.

  • faire attention à la manière dont sont décrits les personnages car chacun est décrit avec sa propre profondeur.

L’action se situe sur une base militaire américaine, dans le Sud. Les principaux personnages sont deux couples, voisins, un domestique Philippin et un soldat. Il y a aussi un cheval qui appartient à une des dames. Il paraît qu’il faut y voir un symbole de vigueur masculine mais je vais laisser cela de côté pour mon billet. Un des hommes est l’amant de la femme de son voisin. Le mari ne sait pas comment le prendre (il s’en doute mais ne veut pas trop voir) ; l’autre femme, elle, sait et ne supporte pas franchement. Elle ne pense qu’à partir mais le problème est qu’elle est malade et qu’elle doit apprendre à vivre avec la mort de sa petite fille. Elle supporte sa vie tant bien que mal grâce à l’aide son domestique philippin, Anacleto. Sur cet équilibre précaire vient se greffer un soldat qui tombe amoureux de la femme qui a déjà un amant. Voilà pour la lecture du roman en tant que drame bourgeois, un peu passionnel. Ne vous en faites pas, je ne pense pas avoir trop spoilé car l’histoire est racontée dès les premières pages.

Ce qu’on ne dit pas dans les personnages, c’est la personnalité des personnages. Rentrons plus en détail pour chacun. Il n’y en a que six après tout. Les Penderton sont le premier couple. Il y a le Capitaine et Léonore (c’est la femme qui a l’amant). Il y a donc aussi le couple formé par les Langdon, le Commandant et Alison. Le domestique philippin s’appelle donc Anacleto. Le soldat s’appelle L.G. Williams (mais pour l’armée, il s’appelle Elgé).

Léonore est une jeune femme dans la fleur de l’âge, séduisante et épanouie physiquement. Elle s’occupe en tant que femme du Capitaine de recevoir. En plus de ses occupations, elle aime monter son cheval, le fameux étalon (pas le Commandant, ne soyez pas mauvais esprit). On apprend au milieu du livre qu’elle souffre d’un défaut qu’elle nous avoue elle même. Elle est peu intelligente. Elle le sait, son mari le sait (mais d’après lui c’est normal pour une femme de moins de 40 ans), son amant le sait aussi (mais il ne l’en aime que plus). Finalement, sa description reste très superficielle. On sait juste qu’elle est séduisante vu qu’elle attire l’œil et qu’elle peut réagir de manière inappropriée par rapport à certaines situations. Alors qu’on aurait pu penser qu’elle était le personnage principale du roman, finalement non.

Le Capitaine est un personnage extrêmement complexe. Sur la base, il est chargé de l’enseignement, un métier pour lequel il est doué et respecté. Il n’aime pas monté à cheval. Il se couche tous les soirs à deux heures du matin pour travailler sur des sujets qui l’intéressent. En apparence, il est donc un homme très carré sur qui ont peut compter, peut être un peu froid. Quand on gratte un peu, c’est un cleptomane, un homme frustré et trop ambitieux. Quand on finit la lecture, on a l’impression de ne pas le connaître vraiment, ce qui est paradoxal vu que c’est un des personnages qui est le plus détaillé. Devant une situation, je n’arriverais pas à savoir ce qu’il va ou ce qu’il va penser. J’ai trouvé qu’il était attachant pour cela. Il a des réactions qui sont petites, mesquines mais c’est un humain.

En comparaison, le commandant Langdon ne m’est pas apparu comme quelqu’un de sympathique. Il trompe sa femme malade dans sa propre maison ; cela n’aide clairement pas à en avoir une bonne opinion. Pourtant, il essaie de ménager la chèvre et le chou, sa femme et sa maîtresse, d’être ami avec le mari de sa maîtresse. Il connaît tous ces hommes au contraire du Capitaine. Il n’est décrit que par ses relations aux autres, on ne peut pas s’attacher avec un tel personnage.

Sa femme, Alison, est, elle, décrite comme une sorte de femme-enfant, qu’il faut protéger après la perte de son bébé, malade qui plus est mais qui arrive à faire des plans d’avenir. Elle aussi est très paradoxale car elle a un caractère de tête, tout en étant fragile. Il faut voir comme elle tient tête à son mari, au Capitaine, comme elle juge Léonore (bien comme quelqu’un de stupide). Sa relation avec Anacleto est intéressante car il semble être son ami, sa confidente, plutôt que son domestique. C’est un personnage intelligent et sensible. On s’attache à elle ; elle ne fait pas pitié.

Elgé Williams, le soldat, est un psychopathe amoureux. Il voit une fois Léonore nue en regardant chez elle depuis la rue. Il en tombe amoureux après avoir pensé pendant des années que les femmes n’étaient qu’une même et terrible maladie pour les hommes. Il fait ensuite une fixation sur elle, quitte à observer chez elle la nuit, à rentrer chez elle la nuit malgré la présence de son mari, à braver son mari. Il est évident qu’elle ne l’aimera jamais. Pourtant, le sentiment de haine qui naît tout au long du roman entre le soldat et le Capitaine n’est pas humain. Il tire plutôt vers la maladie mentale que vers autre chose.

Je ne pense pas comme l’auteur de la préface que le livre peut se lire simplement comme un drame bourgeois. Si s’en était un, l’auteur aurait insisté sur le caractère de certains personnages, nous aurait attaché plus à l’un qu’à l’autre. Ici, ils ont des réactions étranges auxquelles on ne s’attend pas. Il y a de la froideur, et paradoxalement une certaine touffeur qui se dégage de tout cela : ils sont englués, ne réagissent pas. Je sais que le drame est ce qui se passe sur la fin mais il ne me semble pas que l’auteur en fasse un drame. Elle ne dramatise pas.

C’est exactement ce que souligne l’auteur de la préface. Ici, on parle de l’incarnation du destin de l’homme. Le dénouement est inévitable. Il n’aurait pu en être autrement. Le livre reste très moderne grâce au fait justement qu’on ne peut pas l’interpréter comme un simple drame bourgeois. Si les sentiments bons ou mauvais avaient été présents, ils auraient été trop marqués par une époque.

J’ai adoré ce livre. A partir du moment où j’ai commencé à le lire, je n’ai pas pu le lâcher. Cela fait une semaine que je l’ai fini (et oui je n’écris pas mes billets en une fois) et je n’arrête pas d’y penser. Je n’arrive pas à mettre mes mots sur ce que l’auteur de la préface appelle un « écart » par rapport à ce que l’on s’attend car je ne vois pas à quoi j’aurais pu m’attendre. Une fois que Carson McCullers a commencé son histoire, je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement.

Je suppose que je ne suis pas toute seule à avoir lu ce livre. Je suis intéressée par vos interprétations. J’ai acheté le DVD du film. Il me reste à le voir. L’avez-vous vu ?

Références

Reflets dans un œil d’or de Carson McCULLERS – roman traduit de l’anglais par Charles Cestre – préface de Jean Blazat (Livre de poche, 2005)

Un siècle de littérature américaine – Année 1941

Le nageur dans la mer secrète de William Kotzwinkle

LeNageurDansLaMerSecreteWilliamKotzwinkleCe livre est juste magnifique. Par contre il ne faut surtout ne pas le lire si vous (ou votre femme) êtes enceinte. Je n’avais jamais entendu parler de cet auteur avant la semaine dernière (il a quand même écrit E.T.) et l’émission du Masque et la Plume où Arnaud Viviant vantait un livre de cet auteur qui vient de paraître chez Cambourakis. En faisant une petite recherche internet, je suis tombée sur ce texte, paru aux éditions Actes Sud, au début de l’année dans leur collection Les Inépuisables. Me rappelant mon coup de cœur pour Le chemin du serpent de Torgny Lindgren, je l’ai acheté cette semaine et lu ce samedi.

Imaginez vous en hiver, en plein milieu de la forêt américaine. Votre femme a ses premières contractions. Il vous faut conduire en pleine nuit pour rejoindre l’hôpital. Vous allez être papa dans la nuit.

C’est ce moment que raconte Le nageur dans la mer secrète. Ce court roman de 88 pages se concentre sur Johnny Laski et sur sa femme Diane qui ressent les premières contractions. On va suivre les deux personnages pendant cette nuit censée être magique, la nuit où toute leur vie va basculer définitivement.

L’accouchement est décrit en utilisant la métaphore des marées. La contraction monte puis elle redescend. Le bébé est un nageur qui se débat dans la « mer secrète ». C’est beaucoup plus beau dans le texte, rassurez-vous.

On arrive à ressentir la froideur du médecin et de l’équipe médicale, l’essai de proximité de l’infirmière, la solitude ou plutôt l’entre-deux du couple. De manière générale, tous les sentiments sont bien rendus dans ce livre dans le sens où ils semblent véridiques.

C’est la première fois que je lis un texte aussi centré sur l’accouchement et non sur la maternité, l’avant accouchement ou l’après accouchement. Je pense que c’est ce qui fait la force du texte et qui en fait un texte inoubliable. On nous raconte un moment de vie, un moment qui pourrait se produire dans la vie de chacun. L’auteur aurait poursuivi, il aurait été obligé d’inventer des péripéties, des sentiments grandiloquents. Cela aurait gâché son histoire et surtout sa narration dépouillée.

Je vous conseille ce texte (sauf si vous êtes enceinte, je répète) et je comprends pourquoi Actes Sud a décidé de le republier dans sa collection Les inépuisables (vous pouvez aussi le trouver en Babel donc vous n’avez aucune excuse).

L’avis de Sybilline

Références

Le nageur dans la mer secrète de William KOTZWINKLE – roman traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias (Actes Sud / Les inépuisables, 2014)

Un siècle de littérature américaine – Année 1975

Face aux ténèbres de William Styron

FaceAuxTenebresWilliamStyronHier, j’ai été à l’exposition du Musée du Luxembourg sur Paul Durand-Ruel. J’ai trouvé que c’était magnifique (les tableaux, l’accrochage, la lumière … je voulais partir avec deux tableaux, un de Sisley et un de Monet) mais c’était vraiment très court. Il n’y avait que quatre salles (je ne savais pas trop à quoi m’attendre vu que je n’étais jamais allée dans ce musée). Je vous dis cela pour justifier que je n’ai pas fait de billets hier alors que j’ai fini des livres cette semaine.

J’ai acheté hier Face aux ténèbres – Chronique d’une folie de William Styron et je l’ai fini aujourd’hui. Je commence bien sûr par le dernier que j’ai terminé … C’est vraiment n’importe quoi.

J’ai voulu lire ce livre après avoir vu la réponse de Cathulu à un commentaire lui demandant les différents livres traitant de la dépression (c’était à la suite de son billet sur le livre de Céline Curiol dont le Masque et la plume a dit tant de bien).

Une note de l’auteur nous indique comment ce livre a vu le jour. Il est issu d’une conférence que William Styron a donné à Baltimore en mai 1989 « à l’occasion d’un symposium sur les troubles de l’affectivité ». Le texte de la conférence, « considérablement étoffé », a été publié par Vanity Fair en décembre de la même année. Le format ne satisfaisait pas entièrement l’auteur. Il a donc légèrement retouché son texte, qui a pris la forme du livre que je vous présente ici.

Pendant 120 pages, William Styron va nous expliquer sa dépression, comment il a plongé dans cet état, comment il était à ce moment-là, comment il s’en est sorti. Bien sûr, il essaie de tirer de son expérience personnelle des considérations plus générales. Le livre ne suit pas le plan chronologique que je viens de vous décrire.

L’auteur commence son récit par une description d’un voyage de quatre jours, en 1985, à Paris, pour recevoir le prix Cino Del Duca. À moment-là, il était déjà dépressif depuis plusieurs mois. il décrit très bien le fait de ne pas réussir à être heureux alors que tout le monde le serait à sa place. Il décrit aussi l’état de torpeur et de paralysie qui le gagne quand il s’agit de participer à une conversation. Il parle de l’envie de ne plus bouger de son lit.

Après ce voyage, il consulte un psychiatre. Cela l’entraîne à aborder le traitement. Doit-il prendre la forme d’une thérapie, des médicaments, des deux ? J’ai trouvé que ce qu’il disait était vraiment intéressant car pour lui, à une dépression correspond une personne. Finalement, la souffrance d’un individu est difficile à prendre en compte et surtout à comprendre. L’auteur insiste sur le désarroi des psychiatres à comprendre la douleur engendrée par une dépression, un désarroi qu’il tente de cacher en prescrivant uniquement des médicaments (pas d’écoute …)

La conclusion du texte est qu’il vaut mieux être averti de ce qu’est une dépression, ne pas craindre de se faire aider, ne pas craindre forcément l’hôpital, ne pas tarder à consulter et ne pas attendre de plonger définitivement.

Personnellement, j’ai trouvé ce texte très intéressant dans la démarche et dans l’ordre suivi pour expliquer la dépression. On comprend bien le comment, la rapidité et l’ampleur que peut prendre une telle maladie, le pourquoi (un petit peu expliqué mais parfois incompréhensible), la guérison. La partie qui m’intéressait le plus était sur les symptômes de la dépression. Comment est-ce dans la tête d’un malade au moment de la maladie ? Je suis un peu déçue car l’auteur le montre comme s’il était une personne extérieure. Il raconte des situations mais ne note que ce qu’aurait pu noter ses proches, ses amis. Par pudeur et par tact, il ne raconte pas ce que lui a pensé à ce moment-là (je ne sais d’ailleurs pas s’il le pourrait). Par contre, quand il parle de suicide, il raconte ce qu’il se passait dans sa tête. Finalement, il raconte cela uniquement quand il était au fond du trou alors que ce qui pourrait aider c’est de raconter ce qui sa passait dans sa tête avant.

Mon passage préféré est celui qui parle d’Albert Camus et de Romain Gary. Albert Camus vient de mourir dans un accident de voiture. Roman Gary raconte à William Styron les forts moments de mélancolies de l’auteur de L’Étranger. Il lui explique que l’accident de voiture est une forme de suicide car Albert Camus savait que le conducteur de la voiture était un chauffard.  Romain Gary n’a jamais compris les moments dépressifs de son ami et ne comprend pas son geste final. Quelques années, il sera lui aussi dépressif et se suicidera. Par cette « anecdote », l’auteur cherche à illustrer que c’est un mal qui peut toucher tout le monde, même ceux qui se croient à l’abri.

En conclusion, je dirai que ce texte a un peu vieilli. Il a été publié pour la première fois en 1990 mais depuis, le grand public est, je pense, plus informé de ce qu’est une dépression. Cependant, le texte incarne, d’une manière personnelle, pour le cas de William Styron, les conseils que l’on peut lire aujourd’hui dans les journaux ou sur internet. C’est ce qui fait clairement sa valeur.

Références

Face aux ténèbres – Chronique d’une folie de William STYRON – traduit de l’américain par Maurice Rambaud (Folio, 2013)

Première parution aux États-Unis : 1990

Première parution en France (aux éditions Gallimard) : 1990

Un siècle de littérature américaine – Année 1990

Scandal in Skibbereen de Sheila Connolly

ScandalInSkibbereenSheilaConnollyJ’ai lu le deuxième de la série, malgré le peu d’enthousiasme suscité par le premier volume (surtout dans les commentaires parce que moi, j’avais bien rigolé). Ben, surprise ! … il est beaucoup mieux même si à mon avis l’auteur a un sacré problème avec les meurtres. Elle n’arrive pas à envisager de les résoudre. Ce qui est gênant pour un auteur de roman policier (j’ai lu sur les blogs anglophones (je n’arrive pas à retenir qui habite où, en fait) que c’est plus un cozy mystery).

On retrouve Maura, trois mois après les faits qui ont été raconté dans le premier tome. Elle est devenu propriétaire du pub Sullivan’s et de la maison de Old Mick, propriétaire décédé du même pub (je spoile un peu mais comme il y a peu de chances que vous lisiez le livre, vous ne m’en voudrez pas). Cela la change beaucoup puisque quand elle était à Boston, où sa grand-mère irlandais l’a élevée, elle était pauvre et était sans aucune attache (sauf sa grand-mère, avant son décès). Contrairement au premier volume, Sheila Connolly ne nous le rabâche pas toutes les trois lignes (ce qui vraiment est très reposant) et en plus elle ne rappelle pas toute l’histoire, c’est juste sous-entendu.  On peut enfin se concentrer sur le cozy mystery ! On retrouve tous les personnages : Rose, Mick, Jimmy, Bridget, Sean (le policier).

Cela a pour moi été une source de grande déception : Maura sort avec Sean et non pas avec Mick. Je m’imaginais cela depuis le premier volume et non, l’auteur a fait tout le contraire de ce que je voulais. Je m’imagine Mick comme beau, fort, gentil et ténébreux alors que Sean pour moi est grand et maigre mais gentil aussi. Je pense que Maura est petite, gentille et très dynamique (un peu trop et se fourre donc toujours dans le pétrin). Il lui faut donc quelqu’un qui la protège et je pensais à Mick et pas au policier. Ce qui m’a fait rigolé, c’est que dans ce coin d’Irlande, d’après l’auteur, il n’y a pas beaucoup de gens entre 20 et 30 ans. Elle insiste beaucoup là-dessus (visiblement, elle a une marotte à chaque volume). Cela m’a fait pensé qu’elle était mandatée par l’office du tourisme pour attirer des femmes là-bas pour le repeuplement de ce coin du pays. Cela m’a fait regarder où était Skibbereen (j’ai même fait Street View) et donc, si tu est un homme de trente ans et qui habite par là, je veux bien venir habiter chez toi.

Tout cela j’espère vous permet de mieux situer le contexte général du roman. Passons à l’histoire, au fond du problème quoi. Skibbereen s’honore d’avoir un taux de criminalité très bas mais depuis l’arrivée de Maura, on compte déjà trois morts en trois mois (deux dans le premier volume et un dans celui-là)(à mon avis, elle porte la poisse). Pour l’instant, l’évènement reste suffisamment rare pour qu’il soit fascinant.

Un jour, Althea, une fashionista new-yorkaise, arrive dans le pub comme un éléphant au milieu d’un troupeau de souris et demande si par hasard il n’y aurait pas aux alentours des familles issus de la noblesse anglo-irlandaise (ou plus précisément des familles qui ont eu de l’argent dans le temps). En effet, elle travaille dans un musée et a eu connaissance d’une esquisse de Van Dyck (c’est ce qu’elle suppose) qui pourrait la préparation d’un tableau qui serait dans la région de Cork (au vu de qui possédait l’esquisse). Commence alors une véritable chasse au trésor. Maura, trop récente du coin, s’adresse à Old Billy qui squatte un fauteuil du bar toute la journée et qui raconte ses vieilles histoires au touriste. Il aiguille Althea vers le manoir des Townsend, où vit la dernière descendante de la famille qui a plus de quatre-vingt ans. Elle est gardé par deux domestiques, un couple, et un jardinier. Althea, toute à son enthousiasme, y va le soir-même et se fait claquer la porte au nez. Le problème est qu’au matin, on retrouve le jardinier assassiné sur la pelouse. Maura est obligé de signaler à Sean, la présence de l’américaine (car ce ne peut être un hasard tout de même). Une fois qu’il y a eu le meurtre, Maura se consacre à aider Althea avec l’aide de Gillian, une artiste locale, qui vit la moitié de l’année à Dublin, et Harry, le neveu de la vieille dame du manoir qui est descendu à la suite du meurtre. Ils recherchent le tableau dans la maison, le trouve, cherche ensuite la preuve formelle que c’est un Van Dyck …

La mort du jardinier revient épisodiquement dans la mémoire de Maura (mais elle ne le connaissait pas donc bon …) mais elle préfère chercher la peinture que de s’occuper du meurtre ou de son pub. À la page 230 (sur 294), on en arrive enfin à la résolution du meurtre ! C’est quand même pour cela que je lis des romans policiers pas pour chercher des peintures. Enfin, bref … Le problème est que la résolution s’exécute par un tour de passe-passe (un personnage extérieur à l’histoire et à la région ; c’était déjà la même idée dans le premier volume) et qu’il n’y a pas d’arguments logiques pour cette réponse. C’est ce qui me fait dire que l’auteur a un problème avec les meurtres. Il ne faut pas faire mourir les gens si on ne veut pas résoudre d’énigmes !

C’est tout à fait le genre de romans dont j’aime voir les défauts et chicaner sur l’histoire alors qu’en réalité j’y passe un bon moment de détente et de rigolade. Il ne faut juste pas chercher à y voir ce qu’il n’y a pas.

Références

Scandal in Skibbereen de Sheila CONNOLLY (Berkley Prime Crime, 2014)