Jeune femme au luth de Katharine Weber

 

Cette idée de lecture a été piquée chez Dominique : je pourrais vous faire des billets sur au moins trois mois avec toutes les idées de lecture que je lui ai déjà pris. Pour l'instant, parlons de ce livre. Il s'agit du deuxième roman (mais premier traduit en français) de l'américaine Katharine Weber. On y parle de Patricia Dolan, la petite quarantaine, une historienne de l'art attachée à la bibliothèque de la collection Frick. Célibataire, sa vie se résume à son métier et son père Pete et son grand-père Paddy qui lui tous les deux transmis l'amour de leur terre natale, l'Irlande. Dans cette petite vie, en apparence bien calme, apparaît Mickey, un "cousin irlandais". Il est beaucoup plus jeune qu'elle mais elle en tombe follement amoureuse. Ce que j'ai oublié de vous dire, c'est que l'histoire se situe dans les années 90. uand on parle Irlande, on parle surtout politique et guerre. Mickey est membre d'une faction de l'IRA. Il demande à Patricia de l'aider pour le vol d'un Vermeer, la Jeune femme au luth.Le vol accompli (pas par elle rassurez-vous) elle se retrouve seule avec le tableau, face à la mer dans une maison irlandaise. C'est l'occasion pour elle de nous raconter toute l'histoire depuis le début (sa vie avant et pendant "Mickey") et surtout la fin…

J'ai beaucoup aimé cette lecture pour l'aspect intimiste du récit : une femme, face à la mer, en plein hiver, regarde sa vie. Elle y parle de ses amours, ses peines, ses chagrins, de comment elle survit (elle ne vit plus depuis assez longtemps) mais aussi de ce que l'Art a pu lui apporté dans sa jeunesse mais encore maintenant. 

Les premières phrases : "19 janvier, pluvieux. Elle est belle. Rien au monde, absolument rien, n'est plus intéressant à étudier qu'un visage. Son regard me fascine, m'aimante, me tient prisonnière. Il fait froid, sombre, humide. Pourquoi suis-je ici ? Pour quoi faire ? Dans ces journées si courtes de janvier, la campagne entière, avec ses moutons, ses cochons, ses vaches semble plongée dans un désespoir hivernal. Le vent coupant, glacé, souffle jusque dans mes os. Je me demande par moments si j'arriverai un jour à me réchauffer.Je regarde mon visage dans le miroir et il me paraît lointai, flou, moins réel que le sien."

En conclusion, une belle lecture. Merci Dominique !

Un autre avis (pour ceux qui ne sont pas encore convaincus) : celui de Dda.

Références

Jeune femme au luth de Katharine WEBER – traduit de l'américain par Moea Durieux (Les éditions du sonneur, 2008)

Le supplice des week-ends de Robert Benchley

 

Le premier livre voyageur que je lis : il vient de chez Keisha et va partir chez Cécile. N'hésitez pas à demander qu'il fasse escale chez vous à Keisha même si votre prénom n'est pas Cécile : c'est un livre qui me semble destiné à connaître des gens avec d'autres prénoms…

Il s'agit ici d'un recueil de nouvelles de l'humoriste américain Robert Benchley (1889-1945). Au maximum, elles font huit pages et la plus petite en fait deux. Mais comme le dit son fils, il faut lire ces "morceaux humoristiques" à dose homéopathique pour pouvoir les savourer. Il y a plusieurs types de nouvelles : notamment celle où Robert Benchley se moque des découvertes scientifiques de son époque, ironise sur la géopolitique et d'autres où il croque le quotidien. Les premières : je n'ai pas trop aimé parce qu'il discrédite tout ce qui est scientifique en en faisant un charabia qu'on ne peut pas comprendre. Les deuxièmes : j'ai aimé mais sans plus parce qu'elles s'inscrivent dans un contexte international qui n'est plus le nôtre. Mais quand Robert Benchley croque le quotidien, on ne peut que rire (au minimum sourire) : c'est fait avec justesse, un humour et une ironie formidable.

Pour les procrastinateurs de tout poil :

"Nombre de gens sont venus me demander comment j'arrivais à travailler tellement tout en continuant à avoir l'air aussi dissipé. […] Le secret de mon énergie et de mon efficacité incroyable n'est pourtant pas compliqué. Il repose sur l'application d'un principe psychologique bien connu, dont j'ai poussé le perfectionnement à un degré tel qu'il est maintenant devenu presque trop perfectionné, et qu'il me faudra bientôt lui restituer un peu du côté rudimentaire qu'il avait initialement. Ce principe psychologique, le voici : N'importe qui peut accomplirn'importe quelle tâche, aussi lourde soit-elle, pourvu que ce ne soit pas celle qu'il soit censé accomplir à ce moment-là." (p. 37-38)

Un autre exemple (Benchley est un peu macho mais c'est drôle quand même)

"Ceci est écrit à l'intention des hommes dont les épouses insistent continuellement pour qu'ils demandent des renseignements aux préposés. Des années durant, j'ai souffert de la persécution suivante : à peine avions-nous mis le nez dehors, ne fût-ce que pour faire une course, que Doris m'obligeait à poser des questions aux gens. […] Il m'est difficile de définir mon aversion pour ce qui est de demander des renseignements aux inconnus. […] Les hommes ont probablement peur de passer pour des casse-pieds ou d'avoir l'air ridiculeusement peu au courant de ce qi se passe. Alors que l'insistance de la femme est vraisemblablement basée sur l'expérience qui lui a appris que presque tout le monde en sait plus long que son mari sur presque tous les sujets." (p. 105-106)

En conclusion, une lecture qui m'a bien fait rire. Merci Keisha !

Références

Le supplice des week-ends de Robert BENCHLEY – traduit de l'américain par Paulette Vielhomme – avant-propos de Jacques Sternberg (10/18, 1981)

Dans ce recueil, il y a les nouvelles suivantes : Le témoin peut disposer, De la vie sociale du triton, Le supplice des week-ends, Comment venir à bout de tout ce qu'on doit faire, De neuf à sept, Est-ce que les insectes pensent ?, L'étranger dans nos murs, Peinture de moeurs américaines, Arguments d'opéra, Méchants miroirs, La clef des finances internationales, Le voyage en wagon d'enfants, Oncle Edith et son histoire de revenant, Le français à l'usage des américains, Etait-ce le maillon qui manquait à la chaîne ?, Demande donc à ce Monsieur, Le mystère du hareng empoisonné, Le cambrioleur de Noël d'Editha, Qu'est ce que cela veut dire ?, Allocution aux jeunes gens, La folle équipée de Paul Revere, L'offensive européenne contre-attaquée, Comment composer une tragédie américaine, Les crimes fascinants, La semaine du carnaval dans la charmante ville de Las Los,Un autre conte de Noël d'oncle Edith, Si les murs pouvaient parler, Le péril dominical, Devons-nous en croire nos yeux ?, Comment je crée, Premier objectif : trouver le criminel, Le massacre du journal du dimanche, Comment, pas de Budapest ?, Apprenez à écouter la musique, Les vrais ennemis publics, Un homme bien de son temps, Mort aux pigeons, Les pullmans ne sont pas admis, Mystères tombés du ciel, Remarquable, n'est-ce pas ?, Est-ce qu'on rêve à l'envers ?, Des nouvelles du pays, Le coin des enfants, Partie de cartes, Pourquoi nous rions… si nous rions, L'affaire Mozart, "Oui, j'en ai entendu parler", Jusqu'à quand vivrez-vous ?, Des tests faciles, Hé, garçon !, Des records météorologiques, Gare aux espions !

La séquestrée de Charlotte Perkins Gilman

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Quatrième de couverture

Ce classique des lettres américaines est, selon Diane de Margerie qui en a établi la présente édition, « de ceux qui laissent une trace ineffaçable ». Et pour cause : ce récit halluciné, tendu et violent nous est livré à la première personne par une jeune mère tombée en dépression grave. Elle accepte de se soumettre à une cure de repos d’un genre radical, qui s’apparente à une séquestration pure et simple. L’idée du mari médecin : après un régime de privation si draconien, l’épouse taraudée par des idées d’émancipation n’aura qu’un souhait… échapper à sa prison pour retrouver enfin les doux plaisirs du foyers. Cependant elle ne réagit pas comme l’avait prévu la Faculté…
Charlotte Perkins Gilman (1860-1935) fut l’une des premières féministes de l’Amérique moderne. Rendue un temps « folle »par le mariage et la maternité, partagée entre l’amour des hommes et celui de quelques femmes élues, Charlotte la scandaleuse ne cessa de lutter pour qu’on la laisse être ce qu’elle était.

Mon avis

Je vous ai dit à l’occasion de ma lecture de la biographie d’Edith Wharton par Diane de Margerie que j’avais très envie de lire La séquestrée de Charlotte Perkins Gilman. C’est chose faite ! Charlotte Perkins Gilman est une contemporraine d’Edith Wharton (elles ont deux ans d’écart) et ont subi une époque assez semblable, chacune des deux s’en sortant différemment. Charlotte Perkins Gilman a subi son mariage, a fait alors une profonde dépression à la suite de ça et de la naissance de sa fille. Elle y a sûrement vu la fin d’une vie intellectuelle (la fin de l’écriture qui lui a permis d’échapper à toutes les difficultés de sa vie) puisqu’en ce temps la femme ne pouvait choisir de rester à la maison pour s’occuper du foyer mais y était obligée par le mari (et par le reste de la société). Elle a alors dû se plier à la cure de repos à la mode préconisée par le docteur Silas Wir Mitchell, décrite par Ann Lane (biographe de Charlotte Perkins Gilman) et citée dans la postface de Diane de Margerie :

« Ann Lane résume ainsi « sa méthode » [celle de Silas Wir Mitchell] : il fallait confiner ses patients, les mettre au lit, les isoler loin de leur famille, loin aussi de leurs lieux familiers, les gaver de nourriture, notamment de crême fraîche, car l’énergie dépend d’un corps bien nourri, enfin les soigner par des massages et des traitements électriques destinés à compenser la pasivité nécessaire à cette cure de repos.

Après ce régime draconien de séquestration, la patiente n’avait qu’une idée, éviter cette prison, retourner chez elle, retrouver la vie dite « normale », réconciliée à l’idée de s’affairer dans la maison auprès de son mari et de ses enfants. C’était un traitement par la négation ; l’absence de toute activité intellectuelle ; la mort de toute créavité artistique, considérée dangereuse. » (p. 68-69)

C’est cette cure de repos qui est décrite dans cette très courte nouvelle (48 pages) dont le titre en anglais est The Yellow Wallpaper. La jeune mère que nous suivons a déménagée pour trois mois dans une maison avec son mari (ils font des travaux dans la leur). Elle est un peu déprimée ; son marie, docteur, préconise qu’elle se repose, ne voit personne, ne fasse rien et elle ira sûrement mieux en sachant que cette jeune femme s’épanouit dans l’écriture. En plus, elle ne peut même pas choisir la chambre qu’elle va occuper. Elle doit aller au plus haut de la maison (il lui faut le grand air) dans une ancienne salle de jeux où il y a un papier peint très très moche. Par expérience personnelle je peux vous dire que ça peut vous faire vous poser beaucoup de questions. En effet, quand j’étais petite, j’étais dans la chambre que ma mère occupait trente ans plutôt et le papier peint était resté (il datait donc des années 60). Il était très bizarre et très sombre et vous donnait des cauchemards. Fini de parler de moi ! Donc, l’héroïne croît voir dans le papier peint un mystère à décrypter. En second plan, il y aurait une femme qui rampe et tente de s’échapper de ce monde. Je pense qu’il n’y pas besoin de vous expiquer la symbolique d’une femme qui rampe.

La nouvelle est suivie de 40 pages de postface de Diane de Margerie qui éclaire la vie de Charlotte Perkins Gilman mais aussi le contexte de l’époque (on a soigné de la même manière Alice James, soeur d’Henry). Le travail efectué par Diane de Margerie est éclairant et apporte un éclairage très important sur le texte.

En conclusion, une nouvelle à lire pour savoir comment il ne faut pas soigner la dépression !

D’autres avis

Ceux de Cathulu, de Lily, de Lou, d’Amanda Meyre, de Laure, de Malice, d’Un renard dans la bibliothèque, de Canthilde (qui commente aussi d’autres textes de Charlotte Perkins Gilman), de Brume

Références

La séquestrée de Charlotte PERKINS GILMAN – traduit de l’anglais (États-Unis) et présenté par Diane de Margerie (Phébus – Libretto, 2002)

Deux livres sur Edith Wharton et son oeuvre

Comme je vous l'ai dit plein de fois : j'ai lu trois livres d'Edith Wharton pendant les vacances et j'ai donc eu envie d'en savoir plus sur cette femme. Me voilà donc en train d'acheter deux livres qui portent le même titre Edith Wharton. Malgré cela, ils sont très différents.

 
Le premier : celui de Diane de Margerie. Pour la situer, il faut savoir qu'elle a traduit pas mal des romans et nouvelles d'Edith Wharton en français (et a aussi écrit quelques livres). C'est la petite fille de Jeanne Rostand, soeur d'Edmond Rostand et ex-femme de Dominique Fernandez (celui qui a fait paraître il y a peu Ramon chez Grasset). Elle fait aussi partie du jury Femina. C'est Monsieur Wikipedia qui me l'a appris. On trouve ici l'essai d'un écrivain sur un autre écrivain qu'il essaie de faire vivre devant nous.

Le but que Diane de Margerie s'est fixée : c'est de nous faire découvrir quelle part d'elle même Edith Wharton a mis dans ses oeuvres. Pour cela, elle nous parle de la vie de l'auteure : ses amitiés avec Henry James, avec Walter Berry (dont elle était amoureuse mais lui était gay), ses amours avec Morton Fullerton, son mariage raté avec Teddy Wharton. Au fur et à mesure, elle analyse les oeuvres d'Edith Wharton au vue des éléments biographiques. Elle s'intéresse tout particulièrement aux nouvelles et un peu moins aux romans. C'est un bon livre même si à mon goût elle insiste un peu beaucoup sur la pseudo vie sexuelle qu'elle imagine à Edith Wharton (j'ose espérer que ça n'explique pas toute l'oeuvre) qu'elle semble confondre avec vie affective (amour comme famille). Le point positif de ce livre, c'est que en gros je veux lire tout Edith Wharton mais en plus j'ai noté : La séquestrée de Charlotte Perkins Gilman et Anna Soror de Marguerite Yourcenar. 

 
Le deuxième est beaucoup plus universitaire. La vie de l'auteur est expédiée en une introduction et pendant les quatre chapitres qui composent le livre, c'est l'analyse très complète mais très arride de l'oeuvre d'Edith Wharton, pratiquement exclusivement concentrée sur les grands romans. J'y ai quand même trouvé des chemins de lecture intéressants. Je relirai une fois que j'aurai lu d'autres livres d'Edith Wharton. Peut être tout cela m'apparaitra plus clair.

Grâce à ces dames, la prochaine fois que je parle d'Edith Wharton ça sera normalement dans un billet à propos d'Été, d'Ethan Frome (merci à Dominique !) et de La lettre écarlate de Hawthorne (je l'avais dans ma PAL : ça tombe bien).  

La seule chose qui m'a manqué dans ces livres, c'est que les deux auteures n'ont pas su faire vivre Edith Wharton devant moi. Si vous connaissez des livres qui le peuvent, n'hésitez pas !

Références

Edith Wharton de Diane de Margerie (Flammarion, 2000)

Edith Wharton de Anne Ullmo-Michel (Belin – collection Voix américaines, 2001)

La chute de la Maison Usher d'Edgar Poe

Je continue mon exploration des nouvelles d’Edgar Poe par La chute de la Maison Usher. Une histoire à ne pas lire le soir !

Un homme arrive chez son ami d’enfance Roderick Usher qu’il n’a pas vu depuis longtemps. La batisse ressemble à une maison hantée. Un majordome l’accompagne dans la chambre du maître à travers un dédale de couloirs tous aussi glauques les uns que les autres. Ils croisent le médecin de famille qui ne le voit pas et enfin il arrive dans la pièce du maître. L’ami d’enfance a énormément changé : il a une figure cadavérique, les cheveux qui flottent autour de sa tête, des yeux de fous (et même les pensées d’un fou). Au lieu de partir directement, le voyageur s’installe pour quelques jours dans la demeure pour aider son ami qui pense qu’il va mourir (c’est sympa parce que personnellement moi je serais partie tout de suite). Le même jour il aperçoit Madeline Usher, la soeur jumelle de Roderick. Elle aussi est très malade et a déjà un pied dans la tombe mais résiste quand même (elle n’aperçoit même pas le voyageur dans le salon). Le soir de l’arrivée du narrateur, elle s’allonge dans son lit et c’est le début de la fin. Quand elle meurt, Roderick décide de la garder quinze jours dans le manoir pour éviter que les docteurs, qui n’avaient pas compris sa maladie, s’intéressent de trop près à son corps. Le narrateur et lui mettent donc en bière Madeline et vont la déposer dans une des anciennes oubliettes du manoir. Là, les phénomènes étranges commencent…

Pour tout vous dire j’ai été un peu déçue par la « chute » de la nouvelle. Deux phrases mal placées au début du texte et un titre trop explicite vous font tout de suite deviner ce qui va se passer. C’est plutôt pour l’atmosphère qu’Edgar Poe a su créér que cette nouvelle est intéressante. Si Double assassinat dans la rue Morgue est considéré comme précurseur de la nouvelle policière, La chute de la Maison Usher est plus dans le côté fantastique (plutôt vieux films d’horreur). À la lecture vous avez le souffle coupé par cette ambiance glacante, froide pleine de toiles d’arraignée, de majordome qui n’a rien a envié à celui de la famille Adams.

L’avis très mitigé de La Liseuse.

J’ai complété ma lecture par une des nombreuses adaptations en bandes dessinnées de cette nouvelle. Celle que j’ai choisie a été publiée en 2007 chez Emmanuel Proust dans la collection Atmosphères.

L’adaptation et les dessins ont été réalisés par Nicolas Guillaume. Le monsieur a un peu changé l’histoire sur la fin mais l’idée générale reste la même. Dans les dessins, on retrouve parfaitement l’ambiance de la nouvelle d’Edgar Poe. Ils sont réalisés (à mon avis mais je n’y connais rien) à l’encre de chine (en tout cas mon frère arrivait à faire des dessins à peu près pareils avec l’encre de chine) et sont donc en noir et blanc. On voit les coups de pinceau (ou de plume ?). L’auteur ne dessine pas avec minutie les visages mais préfèrent montrer leurs émotions en accentuant certains traits. Cela amplifie l’angoisse que l’on peut ressentir à la lecture. Les décors de la maison sont eux dessinnés avec minutie. La technique que l’auteur utilise consiste souvent à montrer la pièce en général et à faire des zooms sur des détails particuliers comme un réalisateur de film pourrait le faire pour montrer ce qui peut faire peur dans un tel endroit. Il y aussi les dessins des phénomènes météorologiques : la pluie, le vent, les feuilles qui tombent. L’auteur arrive a capté la violence qui se déchaine sur cet maison.

À noter : comme dans La vengance d’une femme de Lilao publié dans la même collection, Emmanuel Proust a mis le texte de la nouvelle juste après la bande dessinnée.

En conclusion : pour lire cette nouvelle, mettez-vous dans un endroit confortable avec une seule lumière pour éclairer votre livre. Laissez le reste de la pièce dans l’ombre et préparez vous à frissonner !

Références

La chute de la Maison Usher d’Edgar Poe dans Nouvelles histoires extraordinaires – traduit par Charles Baudelaire (GF, 2008)

La chute de la Maison Usher d’Edgar Poe – adaptation : Nicolas Guillaume d’après la traduction de Charles Baudelaire, dessins : Nicolas Guillaume (Emmanuel Proust, 2007)

Double assassinat dans la rue Morgue de Edgar Poe

Pourquoi ?

Je vous ai parlé il y a quelque temps de l’idée de Cléanthe de donner son avis sur toutes les nouvelles de Henry James, mais séparément. Je trouve que c’est une bonne idée, en tout cas pour les nouvelles qui ne sont pas parues en recueil du temps de l’auteur. En général, des recueils de nouvelles, je ne garde qu’une impression sur le style et souvent j’ai même oublié les nouvelles avant d’avoir fermé le livre. Donc je trouve intéressant d’écrire un billet sur chaque nouvelle surtout quand l’auteur ne leur a pas vraiment donné d’unité. Pour tout vous dire, c’est plus ou moins intéressé que je fais ça : c’est toujours dans l’idée de diminuer ma PAL. En effet, j’ai plein de nouvelles dans mes livres non lus et avec cette méthode, je vais pouvoir les lire pas forcément en entier, en lire une par ci par là. Je trouve ça très sympa : comme ça, je ne me sens obligée à rien !

Je créé une nouvelle catégorie nouvelles où je metterai les billets de ce type.

George Sand et Moi a signalé je ne sais plus où que c’était le bicentenaire de la naissance d’Edgar Allan Poe cette année (je ne savais pas parce que Charles Baudelaire dans sa préface des Histoires extraordinaires dit que c’est en 1811 ou 1813 que le Monsieur est né ; en tout cas une chose est sûre, on fête le 160 ième anniversaire de sa mort). Ce sera donc le premier auteur que je lirai de cette manière (je n’avais même pas lu Double assassinat dans la rue Morgue : honte sur moi !) Il est dans ma PAL depuis 1995 (double honte sur moi !)

Résumé

C. Auguste Dupin enquête, avec son acolyte dont on ne connaît pas le nom (et qui ne sert pas grand chose à Dupin à part pour décrire l’aventure), sur un double meurtre qui a eu lieu dans la rue Morgue à Paris. Ce fait divers est décrit dans les journaux comme suit :

« Double assassinat des plus singuliers. – Ce matin, vers trois heures, les habitants du quartier Saint-Roch furent réveillés par une suite de cris effrayants, qui semblaient venir du quatrième étage d’une maison de la rue Morgue, que l’on savait occupée en totalité par une dame l’Espanaye et sa fille, mademoiselle Camille l’Espanaye. Après quelques retards causés par des efforts infructueux pour se faire ouvrir à l’amiable, la grande porte fut forcée avec une pince, et huit ou dix voisins entrèrent, accompagnés de deux gendarmes.


Cependant les cris avaient cessé ; mais au moment où tout ce monde arrivait pêle-mêle au premier étage, on distingua deux fortes voix, peut-être plus, qui semblaient se disputer violemment, et venir de la partie supérieure de la maison. Quand on arriva au second palier, ces bruits avaient également cessé, et tout était parfaitement tranquille. Les voisins se répandirent de chambre en chambre. Arrivés à une vaste pièce située sur le derrière, au quatrième étage, et dont on forcera la porte qui était fermée, avec la clef en dedans, ils se trouvèrent en face d’un spectacle qui frappa tous les assistants d’une terreur non moins grande que leur étonnement.

La chambre était dans le plus étrange désordre, – les meubles brisés et éparpillés dans tous les sens. Il n’y avait qu’un lit, les matelas en avaient été arrachés et jetés au milieu du parquet. Sur une chaise, on trouva un rasoir mouillé de sang ; dans l’âtre, trois longues et fortes boucles de cheveux gris, qui semblaient avoir été violemment arrachées avec leurs racines. Sur le parquet gisaient quatre napoléons, une boucle d’oreille ornée d’une topaze, trois grandes cuillers d’argent, trois plus petites en métal d’Alger, et deux sacs contenant environ quatre mille francs en or. Dans un coin, les tiroirs d’une commode étaient ouverts et avaient sans doute été mis au pillage, bien qu’on y ait trouvé plusieurs articles intacts. Un petit coffret de fer fut trouvé sous la literie (non pas sous le bois de lit) ; il était ouvert, avec la clef dans la serrure. Il ne contenait que quelques vieilles lettres et d’autres paiers sans importance.

On ne trouva aucune trace de madame l’Espanaye ; mais on remarqua une quantité extraordinaire de suie dans le foyer ; on fit une recherche dans la cheminée, et, – chose horrible à dire ! – on en tira le corps de la demoiselle, la tête en bas, qui avait été introduit de force et poussé par l’étroite ouverture jusqu’à une distance considérable. Le corps était tout chaud. En l’examinant on découvrit de nombreuses excoriations, occasionnées sans doute par la violence avec laquelle il y avait été fourré, et qu’il avait fallu employer pour le dégager. La figure portait quelques fortes égratignures, et la gorge était stigmatisée par des meurtrissures noires et de profondes traces d’ongles, comme si la mort avait eu lieu par strangulation.

Après un examen minutieux de chaque partie de la maison, qui n’amena aucune découverte nouvelle, les voisins s’introduisirent dans une petite cour pavée, située sur les derrières du bâtiment. Là gisait le cadavre de la vieille dame, avec la gorge si parfaitement coupée, que, quand on essaya de le relever, la tête se détacha du tronc. Le corps, aussi bien que la tête, était terriblement mutilé, et celui-ci à ce point qu’il gardait à peine une apparence humaine.

Toute cette affaire reste un horrible mystère, et jusqu’à présent on n’a pas encore découvert, que nous sachions, le moindre fil conducteur.« 

Mon avis

Cette nouvelle est construite en quatre grandes parties. Dans un premier temps, le narrateur apporte son point de vue sur les facultés analytiques, sur l’imagination, l’ingénuosité et sur la supériorité du jeu de dame sur le jeu d’échecs (accusé d’une trop grande complexité (toutes les pièces ont un mouvement différent) : celui qui gagne est celui qui a fait le moins de fautes d’inattentions et pas celui qui a su le mieux analyser le jeu) et sur le whist (jeu de carte où les facultés analytiques des joueurs s’exercent le mieux). Après cet avis général, le narrateur en vient à nous parler de sa rencontre avec Dupin, être humain avec de grandes facultés analytiques(dont il nous donne un exemple).

Puis, le narrateur nous décrit le fait divers mais non à travers d’un récit mais de coupures de presse (c’est assez original : en tout cas, je n’ai jamais vu ça dans mes lectures).

Dupin décide alors d’enquêter sur ce fait divers. Ils se rendent tous les deux rue Morgue. Après une analyse minutieuse de la scène de crime Dupin part : il a résolu l’affaire. Son crédo est différent de celui de Sherlock Holmes. Dupin affirme qu’il faut montrer que ce qui est impossible à vue de nez est en réalité possible pour trouver l’explication du mystère. Ainsi au début on pourrait penser que c’est un mystère de chambre close mais Dupin montrera que non.

Dans la quatrième partie c’est la conclusion de l’affaire par la désignation du responsable des crimes. Dupin n’est pas guidé par l’idée de sauver l’innocent arrêté injustement mais par le plaisir d’exercer ses méninges. Il ai au courat qu’il est supérieur à la police. C’est cependant un personnage sympathique avec un caractère particulier (il n’aime que la nuit). Son seul « extra »dans un budget serré c’est les livres (si après ça il ne vous apparaît pas comme quelqu’un de sympathique). C’est un mélange de Sherlock Holmes et d’Harry Dickson (parce qu’il apparaît dans des histoires à caractère fantastique). D’ailleurs le dénouement m’a fortement rappelé le dénouement d’une des histoires de Jean Ray. Je comprends donc mieux pourquoi Double assassinat dans la rue Morgue est considéré comme précurseur de la nouvelle policière.

Quant au style de Poe, il ne peut qu’être qualifié d’admirable. Tout en étant direct, il arrive à créér en peu de mot un suspense et une ambiance très « sanguinolente ». Je trouve personnellement que ce style correspond bien aux nouvelles. J’aimerais bien savoir ce que cela donne dans son roman Les aventures d’Arthur Gordon Pym dont Julien a fait une chronique ici. De quoi encore enrichir ma LAL… ne jamais prendre de bonnes résolutions c’est encore pire après !

P.S. : J’ai trouvé la phrase qui a inspiré Fabrice Bourland. « Je l’observais dans ces allures, et je rêvais souvent à la vieile philosophie de l’âme double, – je m’amusais de l’idée d’un Dupin double, – un Dupin créateur et un Dupin analyste. »

D’autres avis

Ceux de Nihil, Papillon

Des avis sur le recueil Histoires extraordinaires : Les chats de bibliothèque, Biblioblog, awa74, Andy, Anne

N’hésitez pas si vous avez d’autres avis à me les signaler parce qu’il y en a vraiment beaucoup ; j’ai un peu la flemme de chercher … mais très envie de connaître l’avis d’autres personnes.

Références

Histoires extraordinaires de Edgar Allan Poe – traduction de Charles Baudelaire (Bibliothèque Lattès, 1995)

À noter que beaucoup de nouvelles sont disponibles sur internet (sur Wikisource par exemple) puisque tombées dans le domaine publique.

L'image dans le tapis d'Henry James

Quatrième de couverture

Dans tous les récits de Henry James, il y a une présence invisible et inquiétante. Pourtant, il ne s’agit pas toujours d’un fantôme. Il peut s’agir d’une présence plus terrible, plus déroutante et plus évanescente. C’est le cas de L’Image dans le tapis qui est construit comme un roman policier dont le coupable se révèle être l’enquêteur lui-même, le malheureux narrateur, coupable d’être le seul sur la piste de cette mystérieuse présence et de laisser le crime s’accomplir, coupable enfin de faire d’une oeuvre littéraire le coeur de son existence.

James écrit ici une des plus belles, mais aussi une des plus honnêtes mystifications littéraires jamais données en pâture aux critiques dont il veut se venger. Mais l’auteur se prend au jeu et la plaisanterie devient une quête métaphysique.

Mon avis

L’histoire : un critique littéraire est très fier du nouvel article qu’il vient de pondre sur le nouveau livre d’un auteur connu. Il se pique d’être un fin connaissance de l’oeuvre de cet auteur et d’aimer tout particulièrement ce dernier livre. Or, lors d’un week-end chez une amie, le critique rencontre ce fameux auteur et la fameuse amie lui met sous les yeux la critique dithyrambique… L’auteur en parle alors au critique et lui explique que l’article est assez commun à tous les autres. Personne n’a jamais compris l' »intention générale » que l’auteur a voulu mettre dans son oeuvre. Commence alors une quête infernale pour le critique… Trouver cette fameuse intention générale. N’y arrivant pas il met au courant un de ces amis, qui lui met au courant sa future femme, et là c’est encore pire !

L’auteur laisse assez ouvert le dénouement… On peut penser plein de choses. Ce que j’en ai retiré, c’est que soit on ne peut jamais bien comprendre une oeuvre dans sa globalité, soit qu’on ne peut jamais comprendre les intentions de l’auteur (ça, je le savais déjà : chacun voit ce qu’il veut bien voir dans un livre), soit qu’il faut rester humble quand on fait la critique d’un livre… J’ai regretté de ne pas avoir assez de connaissances pour savoir si c’était autobiographie et j’avoue ne pas avoir vraiment saisie la préface en tout cas sur ce sujet…

C’était la première nouvelle d’Henry James que je lisais. J’ai trouvé qu’il y avait des passages un peu longs mais dans l’ensemble, le texte se lit comme un roman policier : va-t-il oui ou non découvrir cette fameuse intention générale ?

Un autre avis

Celui d’Amanda Meyre.

Références

L’image dans le tapis de Henry JAMES – traduit de l’anglais par Fabrice Hugot (Éditions du rocher – collection Motifs, 2009)

Les Européens de Henry James

Quatrième de couverture

« Je n’espère pas les trouver intelligents, ni aimables – du moins au début – ni élégants, no intéressants. Mais j’exige qu’ils soient riches, tu peux en être sûr. »

La Baronne Münster a abandonné l’Europe et son mariage raté ; accompagnée de son frère Félix elle s’apprête à rencontrer leurs cousins d’Amérique. Malgré l’austérité toute puritaine de ces parents Bostoniens, Eugénie est résolue à faire bon usage de son éducation raffinée pour trouver un nouvel époux. Riche.

Mon avis

D’un côté il y les Européens. Ils sont deux, un frère et une soeur : Félix Young et la Baronne Münster (je n’ai pas arrêté de penser au fromage parce que dans le livre il n’y a pas les trémas sur le u). Le premier, artiste, aime la vie. Il apprécie des plaisirs simples, aime regarder les choses nouvelles et s’extasie sur tout et trouve tout intéressant. Quelqu’un qu’on a plaisir à cotoyer, quoi. La deuxième est plus sophistiquée (plus compliquée serait plus adapté) ; elle a une très haute opinion de sa personne. Elle a conclu un mariage morganatique (je fais ma savante, mais j’ai du regarder dans le dictionnaire) avec un prince régnant allemand. Son mariage n’étant pas un vrai mariage, il peut la répudier et c’est ce qu’il veut faire (en gentleman, il lui laisse quand même le choix du moment). Elle espère se trouver une nouvelle situation, de préférence avec un homme riche, en Amérique où elle part visiter ces cousins de Boston.

Nous en voilà donc à parler des Américains : ceux-ci sont très puritains. Pour ces gens, la vie ne peut pas être simple, drôle et ne peut sûrement pas être une source de joie. Tout le contraire de l’opinion des deux Européens.

Dans les cousins, il y a Mr Wentworth, ces deux filles Gertrude et Charlotte, son fils Clifford. Autour d’eux gravitent d’autre cousins les Acton : Robert, Lizzie et leur mère. Il y a aussi Mr Brand, un homme d’église.

Après le « choc » de l’arrivée des cousins européens qu’on ne connait pas, les Wentworth décide de coucher le frère et la soeur dans une maison séparée de la leur, de l’autre côté de la rue. C’est cette rue qui va symboliser le fossé entre Américains et Européens. Ils se regardent un peu comme des bêtes curieuses ; c’est très drôle à lire. Cela m’a un peu rappelé La Sorcière de Salem d’Elizabeth Gaskell (en un peu moins violent heureusement). Le thème dans lequel s’exprime cette incompréhension c’est l’amour … Et là vous allez voir que mon résumé va devenir très compliqué ! Félix tombe follement amoureux de Gertrude au premier regard. Mais celle-ci, dans la tête de Mr Wentworth, est destiné à Mr Brand qui saura tempérer son caractère emporté. Charlotte et Mr Brand sont amoureux mais même eux ne le savent pas ; ils vont le découvrir au fur et à mesure. Clifford est amoureux de Lizzie Acton. Robert tombe amoureux (et c’est réciproque) de Eugénie. Le roman est comment ils vont réussir à démêler cet imbroglio. J’ai tout simplement adoré !

Il faut quand même l’avouer c’est un peu moins fluide que Washington Square : il y a quelques passages un peu longs (c’est une des toutes premières oeuvres d’Henry James avant même Washington Square) et des phrases où je me suis posée la question du sens (c’est un problème de traduction à mon avis) mais cela reste plutôt très bon.

À noter l’explication de Patrick Besson, dans la préface, pour lire Henry James :

« Il y a deux parties dans l’oeuvre romanesque de Henry James : la première et la faconde. Il a écrit à la main tant que celle-ci ne lui a pas fait mal, puis il s’est mis à dicter. C’était un grand et gros bavard, ainsi qu’en témoigne la dizaine de milliers de mondains qui ont dîné avec lui. À partir de L’Âge difficile, il devient difficile à lire car il parle trop. Son trait s’est perdu puisqu’il ne se sert plus d’une plume. Les histoires sont toujours aussi bonnes – comme tous les dîneurs en ville, James était maître en bonnes histoires – mais trop de salive les embrouille.« 

D’autres avis

Celui de Whiterose

Sur le film de James Ivory adapté du livre : L’oeil sur l’écran

À noter : le 15 avril, on a fêté le 166 ième anniversaire de la naissance d’Henry James. On nous le dit ici.

Références

Les Européens de Henry JAMES – traduit de l’anglais (États-Unis) par Denise Van Moppès, préface de Patrick Besson (Points – collection Signatures, 2009)

Washington Square de Henry James

Quatrième de couverture

Quoi de plus délicat que les relations entre un veuf inconsolable et une fille qui ne ressemble pas à sa mère ? À New York, l’implacable docteur Sloper vit seul avec son unique enfant, Catherine, un être vulnérable. Une vieille tante écervelée papillonne entre eux. Un soir surgit un jeune homme au visage admirable… Dans la vénérable demeure de Washington Square, le quatuor est en place pour jouer un morceau dissonant.

Mon avis

Mon premier Henry James ! Bien qu’en ayant plusieurs dans ma PAL, c’est un auteur qui me faisait assez peur. Je pensais qu’il avait un style un peu compliqué pour moi … Mais je crois que j’ai commencé par le bon volume pour découvrir cet auteur. L’histoire est plutôt bien  : la fin bien qu’un peu triste me plait beaucoup parce qu’inattendue et pleine d’ironie. Mais c’est surtout l’auteur (et le traducteur) qui fait de ce livre un très bon livre. Le docteur Sloper, le père de Catherine (la jeune fille amoureuse), vous fait des répliques à la docteur House… Sloper ne s’intéresse pas vraiment à sa fille comme un père mais plutôt comme un observateur extérieur : il la regarde avec objectivité mais cette objectivité brisera sa confiance en les autres tout comme le fera le faux amour du jeune homme. Quant à la tante, comme on dit: avec des amis pareils, pas besoin d’ennemis. Ces quatre personnages de la bonne société New-Yorkaise, Henry James les décrit fort bien. On s’y croirait. En fermant ce livre, on pense juste « pauvre Catherine » …

D’autres avis

Celui de Folfaerie (elle y parle aussi du film), de Caroline, de Fanny Lombard, de Erzébeth, de Nanne, de Katell … et c’est un des livres préférés d’Emjy

À noter : Cléanthe s’est fixé comme autochallenge de lire toutes les nouvelles d’Henry James. Pour l’instant, elle en a lu cinq … Cela promet des billets très intéressants !

Références

Washington Square de Henry JAMES – traduit de l’anglais par Claude BONNAFONT (Liana Levi – collection piccolo, 2002)

Le vice de la lecture de Edith Wharton

Vous commencez à me connaître assez bien, en tout cas, en termes de lecture et vous vous doutez donc que quand j’ai vu ce tout petit livre de 38 pages avec pour titre Le vice de la lecture, j’ai sauté dessus parce qu’il y avait lecture dans le titre. En plus le livre est beau avec ses petites rayures rose et blanches : cela n’enlève rien. Cela peut paraître très cher (5 euros) pour un si petit livre mais

  1. vous soutenez un travail éditorial : « La Petite Collection a été créée pour que puissent exister des textes trop courts pour être publiés dansun grand format, mais trop grands pour ne pas être édités. Notre mot d’ordre reste le même depuis la création de notre maison d’édition : publier des textes inédits et des textes oubliés ou méconnus dignes de vivre ou de revivre, d’être découverts ou retrouvés, des ouvrages auxquels on revient et avec lesquels on vit, que nous souhaitons accompagner assez longtemps pour qu’ils trouvent leurs lecteurs. Grâce à cette nouvelle collection, nous pouvons ajouter auourd’hui : quelle que soit leur longueur.« 
  2. personnellement depuis mercredi, je l’ai lu trois fois, j’y suis revenu à plusieurs en lisant un passage par ci par là (je me suis demandée quel passage je pourrais vous citer dans tous ceux que j’avais noté : en gros les 35 pages). En fait c’est comme si vous aviez un livre avec plus de pages donc c’est rentable (si on peut parler de rentabilité pour un livre).

Il s’agit d’un essai d’Edith Wharton, très grande lectrice depuis son adolescence, sur la lecture

« Peu de vices sont plus difficiles à éradiquer que ceux qui sont généralement considérés comme des vertus. Le premier d’entre eux est celui de la lecture. » (p. 7)

Elle oppose les lecteurs nés, dans lesquels je me suis un peu reconnue, à une seconde catégorie de lecteurs, les lecteurs mécaniques

« Le lecteur mécanique est l’esclave de son marque-page : s’il en perd l’emplacement, il se trouve dans l’ennuyeuse nécessité de recommencer au début […]. Le lecteur-né est son propre marque-page. Il se rappelle instinctivementà quel moment de l’histoire il a reposé son livre, et les pages s’ouvrent d’elles-même à l’endroit qu’il cherche. » (p. 16-17)

« Se forcer à lire – « lire par volonté », en quelque sorte – n’est pas plus lire que l’érudition n’est la culture. Lire vraiment est un réflexe ; le lecteur-né lit aussi inconsciemment qu’il respire ; et pour pousser l’analogie plus avant, lire n’est pas plus une vertu que respirer. Plus on confère à l’acte du mérite, plus il en devient stérile. » (p. 8)

« Le lecteur mécanique, qui lit toujours consciencieusement, sait exactement combien il lit, et vous le dira avec l’orgueil d’une ménagère scrupuleuse qui a calculé au demi-gramme près la consommation journalière de nourriture dans son foyer. Tout comme la ménagère a tendance à se rendre au marché chaque jour à telle heure, le lecteur mécanique a souvent un horaire précis pour emmagasiner ses provisions intellectuelles ; et il n’est pas rare qu’il lise seulement un nombre d’heures donné par jour. […] Il s’ensuit pour celui qui lit à l’heure qu’il n’a souvent « pas le temps de lire » ; une situation inconnue du lecteur-né dont les modes de lectures constituent un flux continu sous-jacent à toutes ses autres occupations. » (p. 14-15)

J’ai aussi les défauts des lecteurs mécaniques

« Dans sa perspicace étude de caractères, Manoeuvres, Miss Edgeworth dit de l’un de ses personnages : « Jamais son esprit n’avait été submergé par un torrent de connaissances inutiles. Que le courant de la littérature l’ait irrigué n’est perceptible qu’à sa fertilité. » Ceci ne pourrait être plus heureuse description de ceux qui lisent intuitivement ; et son antithèse, un digne portrait du lecteur mécanique. Son esprit est dévasté par ce torrent de connaissances inutiles que ses demandes ont aidé à gonfler. Il est probable que si ne lisait que ceux qui savent lire, personne d’autre que ceux qui savent écrire ne produirait de livres ; mais c’est la moindre des offenses du lecteur mécanique que d’avoir encouragé l’auteur mécanique. » (p. 24)

« Le désir de se tenir au courant est, semble-t-il, la plus grande motivation de cette catégorie de lecteurs : ils semblent envisager la littérature comme un funiculaire à bord duquel on ne peut « embarquer » qu’en courant à toutes jambes ; pendant qu’on trouvera le lecteur-né se promenant avec indolence en digilences et autres chaises de poste, vaguement au fait des nouveaux moyens de locomotion. » (p.12)

Heureusement, je n’en ai pas tous les défauts non plus

« Pour le lecteur mécanique, les livres une fois lus ne sont pas comme des choses qui grandissent, qui prennent racine et dont les branches s’entrelacent, mais des fossiles étiquetés puis rangés dans les tiroirs d’un meuble de géologue ; ou putôt, comme des prisonniers condamnés à une vie entière de confinement solitaire. Avec un tel état d’esprit, les livres ne se parlent jamais les uns aux autres. » (p. 18)

Une dernière citation, pour la route :

« La valeur des livres est proportionnelle à ce que l’on pourrait appeler leur plasticité – leur capacité à représenter toutes choses pour tous, à être diversement modelés par l’impact de nouvelles formes de pensées. Là où, pour une raison ou une autre, cette adaptabilité réciproque manque, il ne peut y avoir de réelle relation entre le livre et le lecteur. En cela, on pourrait dire qu’il n’y a pas de critère de valeur abstrait en littérature : les plus grands livres jamais écrits valent pour chaque lecteur uniquement par ce qu’il peut en retirer. Les meilleurs livres sont ceux desquels les meilleurs lecteurs ont su extraire la plus grande somme de pensée de la plus haute qualité ; mais c’est généralement de ces livres-là que les piètres lecteurs recueillent le moins. » (p.9-10)

Moi, je vous le dis : il faut lire ce livre.

Les premières pages sont ici.

Sinon, je voulais savoir si quelqu’un avait lu des livres d’Edith Wharton ? Là encore, je voudrais en savoir plus …

Références

Le vice de la lecture de Edith WHARTON – traduit de l’américain par Shaïne Cassim (La petite collection – Les éditions du Sonneur, 2009)