Le paumé de Fatos Kongoli

LePaumeFatosKongoliJ’ai piqué cette idée de lecture sur Passage à l’Est !, qui en parlait ici. J’avoue que pour cette première lecture albanaise je suis plutôt impressionnée. En fait, c’est ma deuxième lecture albanaise mais je n’en ai pas encore parlée mais là aussi j’ai été impressionnée … A suivre, donc ! Pour revenir au livre de Fatos Kongoli (mathématicien de formation), en 185 pages, l’auteur développe un livre très dense sur les conséquences sur la vie d’une personne de la vie sous un régime autoritaire.

On est en mars 1991, période très troublée en Albanie, puisque marquant une période transitoire après l’effondrement du régime communiste albanais. Le narrateur, comme beaucoup de ses compatriotes, veut partir vers l’Italie. Il est même sur un bateau avec un de ses plus proches amis, quand il décide soudain de ne pas partir et donc de rester en Albanie. Et pour tout dire, il n’y en a visiblement pas beaucoup qui reste. Au cours de déambulations dans la ville de Tirana, entrecoupées de beuveries, l’auteur nous raconte sa vie de son enfance à aujourd’hui, en passant par sa vie de jeune adulte. La narration se situant à cette époque de 1991 est très minoritaire dans le livre et ne sert qu’à accentuer les ressentiments sur la période passée.

Le roman commence par décrire l’enfance du narrateur, dans une banlieue peu favorisée de Tirana et l’acte fondateur qui a déclenché tous ses malheurs. Il est sous l’emprise de deux autorités, voire trois. Xhoda est un instituteur redouté car il a la main leste pour pas forcément grand chose. Le narrateur ne se rappelle d’ailleurs plus ce qui lui a valu sa première correction. Ce qu’il se rappelle, c’est que son père, pas forcément courageux, lui en a flanqué une autre pour qu’il se rappelle mieux de la leçon. Humilié, il décide de se venger sur le chien de la fille adorée de Xhoda, la fille se prénommant Vilma. C’est pour lui une seconde erreur tragique car Vilma est la chasse gardée de la petite frappe de la banlieue, Fag (même si elle ne l’aime pas du tout). De plus, tout le monde va apprendre ce qu’il a fait et il va en ressentir une sorte de honte car tout le monde lui fait sentir que s’en prendre à un petit animal innocent n’est pas forcément une bonne chose. Là-dessus s’ajoute une autre honte, celles de ses parents. Ceux-ci se plient aux quatre volontés de leur voisin du dessus, même s’ils ne le supportent pas. C’est quelque chose que le narrateur ne comprend pas car personne ne lui explique. À partir du jour où il apprend que ses parents font cela pour lui, pour lui assurer un avenir qui a été compromis par un oncle qui a fui l’Albanie (et est donc un traitre à la nation comme toute sa famille), il ressent une sorte de honte car il est détenteur d’un secret inavouable, qu’il doit cacher alors qu’il lui semble inscrit sur son front. Quand j’ai lu ce passage, j’ai tout de suite pensé que cela devait être écrasant pour un adolescent, surtout dans un pays sous dictature.

Une seconde partie se déroule quand il rentre à l’université, à Tirana, loin de sa banlieue. Il va se lier d’amitié avec le fils d’un haut dignitaire du régime qui va lui faire découvrir un autre monde. Cet autre monde n’est pour autant pas moins violent. Chacun doit faire plaisir à un personnage qui a plus de pouvoir que lui pour ne pas tomber. Son ami ne supporte cette hypocrisie et a une vision plus libre que les personnages de son monde. Sa cousine aussi d’ailleurs. Elle entamera d’ailleurs une relation amoureuse avec notre héros. Au début dans l’idée de rendre jaloux un homme qu’elle ne supporte pas mais qui l’aime. Notre héros n’a pas compris la subtilité des relations dans ce milieu ; il profite de son amour mais ne se rend pas compte qu’il vient de se faire un ennemi mortel, qui n’aura de cesse de lui créer des problèmes.

Le roman raconte la suite d’ennuis que notre héros vivra pendant la dictature albanaise, mêlant finalement très peu de personnages. Ce qui caractérisent ceux-ci, c’est la rancœur tenace et plus généralement n’oublient rien. Le temps par exemple n’influe pas sur une vengeance programmée depuis des années. Le narrateur a commis une erreur de jeunesse et est victime d’une action d’un membre de sa famille. Ces deux petites choses vont faire que sa vie soit ratée, sans aucune chance de pouvoir améliorer les choses car on le transformera toujours en victime à écraser à cause de ces deux faits.

Ce qui frappe aussi, c’est le milieu clos : on ne peut échapper à son destin dans un tel milieu. Il n’y a pas de possibilités d’avenir, d’évolution (à part à détruire l’autre). Les personnages ne se concentrent que sur l’instant présent. Finalement, on retrouve cette idée que chacun abuse du peu de pouvoir qu’il a pour brimer celui qui est en dessous. Après, la question est est-ce que c’est dû à la nature de l’homme ou à la nature du régime qui a discipliné les esprits dans cette manière de voir les choses. Et là, je n’ai pas trouvé de réponse dans le livre.

Références

Le paumé de Fatos KONGOLI – roman traduit de l’albanais par Christiane Montécot et Edmond Tupja (Rivages, 1999)

Un siècle de littérature européenne – Année 1992

3 réflexions au sujet de « Le paumé de Fatos Kongoli »

  1. Je ne suis pas sûre d’avoir envie de le lire… Comme auteur albanais, je n’ai lu que Ismaël Kadaré, dont j’avais beaucoup aimé Avril brisé, Froides fleurs d’avril, Le palais des rêves. (peut-être des idées pour ton siècle de littérature européenne, un joli projet !) 😉

    1. C’est dommage. Le côté inéluctable du destin du narrateur est un peu déprimant mais c’est une lecture intéressante. J’ai mis Avril brisé dans ma PAL récemment 🙂 L’histoire semble intéressante et la (nouvelle ?) couverture semble magnifique.

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