Plan D de Simon Urban

PlanDSimonUrbanCela fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. Je pourrais vous donner plein de raisons : j’ai fait des folies au salon du livre la semaine dernière (c’était génial comme d’habitude surtout pour la découverte des petits éditeurs mais du coup, mes pieds étaient fatigués et mon cerveau aussi), je travaille (en tout cas j’essaye), j’étudie mon allemand (cela me plaît moins depuis que mon cours s’est transformé en cours de bien-pensance), je suis bloquée dans le RER (enfin sur le quai parce que souvent il me lâche avant destination mais la bonne nouvelle est que j’ai battu mon record : 2h40 pour aller au boulot et donc impossible de lire tellement j’étais stressée). Tout cela est vrai mais en fait, j’étais plongée dans ce gros roman excellentissime mais gros et donc long à lire.

Plan D est un peu une uchronie, avec un fond criminel, d’espionnage avec de l’argent et du sexe (voire de l’amour). On est en 2011. Le mur de Berlin n’est pas tombé. Il y a donc toujours deux Allemagne et deux Berlin : une Allemagne de l’Ouest prospère mais dépendant énergétiquement et une Allemagne de l’Est moribonde qui a subit la Réanimation il y a 20 ans, dont principal soucis n’est pas l’énergie mais l’afflux d’argent. En effet, dans quelques jours doivent commencer les négociations qui permettront au gaz russe de passer par le territoire est-allemand pour rejoindre le territoire ouest-allemand. Cela amènera un droit de passage bienvenu à l’Allemagne de l’Est. Le problème est que l’Allemagne de l’Ouest ne négociera qu’avec une Allemagne de l’Est démocratique. Or, on vient de trouver pendu à un pipeline, dans une zone interdite, un vieillard de 80 ans. Il semble avoir été tué selon les anciennes méthodes de la Stasi et après enquête, il s’avère que c’est une éminence grise de la Réanimation et qui a mis le chef actuel du pays au pouvoir. C’était aussi un formidable visionnaire qui avait envisagé tous les évènements qui sont en train de se passer. Devant la gravité de la situation, les deux Allemagne, en fait un enquêteur de chaque pays, vont collaborer pour que les négociations tant attendue est quand même lieu.

Il y a du rebondissement, des fausses pistes, des mensonges, des trahisons à tous les étages. J’ai eu du mal à suivre à certain moment ; je me demandais de quel côté était tel personnage, s’il était un méchant, s’il était impliqué (il faudrait que je lise plus de romans d’espionnage à mon avis pour que mon esprit devienne agile sur ces questions). Au final, j’étais tellement prise à savoir qui était qui que j’ai du relire plusieurs fois le dénouement pour comprendre. Je sais qui c’est maintenant mais je n’ai pas compris comment l’enquêteur de l’Allemagne de l’Est a réussi à s’enfuir (si quelqu’un peut me dire comment, ce serait gentil). J’ai remarqué qu’à la fin il y a beaucoup d’éléments qui manquent ou qui ne sont pas exploités. Par exemple, la trahison de l’ancien chef de l’enquêteur d’Allemagne de l’Est nous est dite mais qu’est-ce qu’on en fait après ? On pense juste que sa vie sera toujours aussi pourrie et qu’il ne passera jamais à l’Ouest comme il le désire. Il y a d’autres éléments qui manquent sur cet ancien chef (par exemple où est-il maintenant ?) : soit l’auteur prépare une suite soit il a regardé son fichier Word et a vu qu’il était déjà trop long et a donc décidé d’abréger (je précise qu’il écrit des nouvelles d’habitude ; c’est son premier roman et il attaque avec un truc de 570 pages). À part ces problèmes à la fin, l’enquête et l’action sont vraiment très bien.

Cependant, les deux points que j’ai le plus aimé dans le roman, ce sont les personnages et la reconstitution Allemagne de l’Est / Allemagne de l’Ouest.

Il y a deux personnages principaux : l’enquêteur de l’Allemagne de l’Est et l’enquêteur de l’Allemagne de l’Ouest mais tout est vu du point de vue du premier. Celui-ci a 56 ans, s’est fait largué par l’amour de sa vie il y a un an, a subi une procédure disciplinaire il y a un an suite à la recherche de documents dans les locaux de la Stasi (il voulait comprendre pourquoi et comment son ancien chef venait de disparaître). Il est extrêmement sarcastique, ironique au niveau du régime. En fait il porte un regard non formaté sur celui-ci, Tout cela fait qu’il n’est pas au mieux de sa forme. C’est encore plus souligné si on le compare à l’Allemand de l’Ouest qui avec ses trois ans de plus arrive avec un physique de rêve, un sourire blanc, des pantalons à la dernière mode (même les sous-vêtements sont différents), une bagnole que même un ministre de l’Allemagne de l’Est ne se paierait pas. J’ai beaucoup aimé donc le côté tourmenté de l’inspecteur de l’Allemagne de l’Est, particulièrement ses états d’âme sur le régime et son obsession pour son ancienne copine, qu’il ne veut pas considérer comme ancienne (elle ne semble pas s’y opposer). Par contre, j’ai été gêné par la manière dont l’auteur introduit les passages concernant les états d’âme de son héros (même tous les moments en rapport avec sa vie personnelle). Cela m’a semblé comme des cheveux qui tombent dans la soupe : cela brisait à chaque fois le rythme du récit et souvent n’avait pas de rapport alors que c’était de très longs passages. Parfois, il y avait des moments de vulgarité non nécessaire (à moins que les hommes pensent comme cela).

L’opposition des deux héros fait partie intégrante de la description de l’opposition Allemagne de l’Est / Allemagne de l’Ouest. La première est décrite comme un pays moribond où l’idéologie socialiste n’a plus trop sa place, un pays prêt à livrer son âme à l’Ouest capitaliste mais surtout comme un pays menteur et corrompu, ne souhaitant pas le bonheur de ses citoyens (plutôt garder comme des prisonniers). L’Allemagne de l’Ouest n’est pas épargnée car elle est présentée comme un pays corrompu par le capitalisme, un pays tout aussi menteur mais dont on donne aux citoyens l’impression d’être heureux en les endormant avec des beaux pantalons et de belles brosses à dents. L’arrivée des envoyés de l’Ouest contribue à déciller notre inspecteur de l’Est sur ce que ce que le pays où il espère aller un jour est vraiment : tout ce qu’ils ont est beau mais semble vain, juste plus enrobée. Ici, il faut souligner le travail du traducteur qui a mis énormément de notes explicatives car il y a de nombreuses références historiques, qui auraient pu échapper aux lecteurs français. Cela m’a donné envie de fouiller un peu plus bien évidemment sur des évènements que je ne connaissais pas.

Comme je le disais au début, j’ai beaucoup aimé malgré tous les petits défauts (je les excuse parce que c’est un premier roman et qu’il est très réussi).

 Références

Plan D de Simon URBAN – traduit de l’allemand par Brice Germain (Stock / La cosmopolite noire, 2013)

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