Le tueur de Eraldo Baldini

Quatrième de couverture

En 1934, Hermann Maag est un enfant – presque – comme les autres. Blond aux yeux bleus, sportif et discipliné, il ne rêve que d’une chose : entrer aux jeunesses hitlériennes et prouver qu’il est un bon petit allemand. L’idée que l’on se mette en travers de son chemin lui paraît inconcevable. S’il le faut, il tuera ses amis les plus proches, voire sa famille pour assouvir ses désirs. Et il y prendra goût, au fil des années, cherchant dans le regard de sa victime cette lueur de terreur qui le rend invincible.

Le romancier Eraldo Baldini raconte l’évolution implacable d’un homme qui devient un monstre. Sept chapitres glacés comme la mort, sept coups de poignard dans le dos.

Mon avis

Il était évident que pour ce réveillon de jour de l’an, il fallait un livre bien glauque, bien plombant. Quoi de mieux qu’un opuscule traînant dans ma PAL depuis 2005, avec en couverture, un poignard brandit, en l’attente d’un corps à mettre en dessous ? Franchement ?

Dans la préface, Valerio Evangelisti explique que le roman noir, au sens de roman qui arrive à capter les crispations à un temps donné, sont très rares en Italie (et les auteurs étrangers sont assez peu traduits en tout cas en 2000). Il dit qu’Eraldo Baldini est un des rares auteurs italiens de romans noirs.

On sent bien que le sujet de Baldini est la naissance et la survivance du mal, c’est-à-dire est-ce que le mal est une personne et une fois mort, on ne peut plus retrouver ce mal là ou bien est-ce que le mal est une idée qui s’incarne ? L’auteur choisit la deuxième possibilité sans aucun doute.

Dans les six premiers chapitres, il étudie comment Hermann Maag est devenu comme cela. C’est assez particulier car dans le premier chapitre, c’est l’enfant qui est en scène. Le narrateur bien qu’extérieur parle avec les mots d’un enfant ou plus exactement il adopte un ton proche de celui de l’enfant (un gamin de treize ans par encore tout à fait sûr de lui face à ses camarades). On explore classiquement les doutes, les envies, les fanfaronnades … Puis dans le deuxième chapitre, le ton a déjà changé. On sent la maturité, l’assurance, le pragmatisme. C’est d’autant plus terrible qu’on ne voit pas venir le premier meurtre. C’est quelque chose qui arrive comme cela. Cela donne l’idée que c’est absurde et soudain d’autant plus que l’on ne rentre jamais dans la tête de Hermann Maag sauf dans le chapitre 6 (c’est-à-dire celui où il meurt en 1985). Après le chapitre 2, on pense que l’on a à faire à un adolescent psychopathe.

Tout à coup, au chapitre 3, on revoit notre position. Il tue sa mère à l’aide d’un oreiller car elle est dépressive. À l’école, on lui a expliqué qu’un malade mental coûtait 4 marks par jour à la société allemande. La fait qu’il y ait une maladie mentale dans sa famille pouvait l’empêcher de rentrer dans les SS, son rêve. L’idée que l’on a est qu’il tue car il est formaté dans une société où les gens sont évalués sur leur utilité.

Les chapitres 4 et 5 reviennent sur l’attitude du soldat Maag pendant le la Seconde Guerre Mondiale, en Italie. Ce qui m’a frappé, c’est qu’Eraldo Baldini n’utilise pas les possibilités de vengeance des victimes, qu’il met pourtant en place dans le roman, un peu comme si le mal ne pouvait que se détruire lui-même, que la victime était quelqu’un d’innocent par définition. Une victime ne peut pas se transformer en tueur. On est toujours dans l’idée que le mal est une idée qui survit à une incarnation. Il ne sert à rien de détruire l’incarnation car le mal restera.

Le chapitre 7, qui se déroule en décembre 1995, en Suisse, est absolument terrible et bouleverse tout ce que l’on pourrait penser. Il est glaçant.

AH, AU FAIT, BONNE ANNÉE ET BONNE SANTÉ À VOUS TOUS QUI LISEZ CE BLOG MAIS AUSSI À VOTRE FAMILLE ET À TOUS LES GENS QUI COMPTENT POUR VOUS !

Références

Le tueur de Eraldo BALDINI – traduit de l’italien par Serge Quadruppani – préface de Valerio Evangelisti (Points Seuil / collection Policier, 2004)

P.S. Dans quelques heures (c’est-à-dire quand j’aurais dormi et réfléchi), bilan du mois de décembre de la SSHD. Préparez-vous !

6 réflexions au sujet de « Le tueur de Eraldo Baldini »

  1. je vois que tu t’es lancée dans une lecture qui respire la joie et la bonne humeur MOUARF 🙂
    je note dans mon petit calepin LAL, mais ma décision est prise pour quelque temps = je vide ma pal (on ne rit pas !) 😀

    1. J’étais dans totalement dans l’ambiance d’hier soir, non ? J’ai pas arrêté d’entendre les pompiers, la police, le SAMU. Et donc tu vides ta PAL, c’est intéressant. J’ai la même intention mais cela consistera pour moi à acheter un tout petit peu moins de livre et pour cela c’est facile, je me lance dans de nouveaux projets. Comme ça, la librairie ne sera plus mon unique sortie et ce sera plutôt pas mal.

    1. Ce n’est pas vraiment un roman policier mais c’est une bonne lecture je pense. Bonne année à toi aussi 🙂

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