Quatrième de couverture
L’ADN de Voltaire a été décrypté. À peine la médecine française a-t-elle proclamé ces résultats spectaculaires que le cerveau du philosophe disparaît. L’auteur du larcin menace de cloner l’auteur de Candide. Science-fiction ? Pas tout à fait. Nous sommes en 2011, la France s’enlise dans la paresse intellectuelle. Le commissaire Marcel Attias mène l’enquête, des intellectuels parisiens se mobilisent, l’opinion publique s’enflamme. Qui est le voleur ? Passera-t-il à l’acte ? Un virevoltant jeu du chat et de la souris commence …
Journaliste au Monde, ancien directeur des Cahiers du cinéma, du Monde des livres et du Monde 2, Franck Nouchi réussit ici un premier roman enlevé et malicieux. Il mélange les éléments d’une enquête policière traditionnelle au récit d’une histoire littéraire aussi véridique que surprenante.
Mon avis
J’ai hésité à faire un billet sur ce livre parce que franchement j’ai détesté, que ce livre est le symbole de tout ce que je n’aime pas dans la “littérature” française, dans le “journalisme” à la française, que je vais être assez méchante. J’écris le billet et je l’enlèverai au moindre problème.
J’ai payé 15 euros ce livre en ebook (il paraît que c’est de bon ton de préciser ce genre d’informations en ce moment) et franchement je ne regrette pas de l’avoir acheté en virtuel car après l’écriture de ce billet, j’utiliserais le bouton effacer de ma liseuse et ce livre restera un mauvais souvenir pour … quelques temps.
C’est un livre qui se lit parce qu’il est écrit en français. Vous savez la langue que vous et moi parlons tous les jours. C’est strictement la même langue que nous, un français parlé de tous les jours … pas trop littéraire, un français pour se faire comprendre. Je trouve que c’est la moindre des choses venant d’un journaliste de la presse écrite dont l’écriture d’articles est quand même la base du métier. Vous ne trouverez pas dans ce livre de belles citations, que vous noteriez dans vos petits carnets et qui vous accompagneraient toute votre vie.
Je n’ai pas compris le but de Franck Nouchi en écrivant ce premier roman. Voulait-il parler de Voltaire ? dénoncer la situation de “médiocrité ambiante”, de “paresse intellectuelle” ? rendre hommage à ses amis ? faire un livre compris uniquement par le milieu de l’édition et où le lecteur lambda se demanderait poliment ce qu’il fait là ?
Parce que oui, si vous vous voulez savoir où il est possible de rencontrer des gens connus dans Paris, de discuter avec Philippe Sollers à la terrasse d’un café, savoir où BHL habite, lisez ce livre. Il parle d’un monde complètement déconnecté de la réalité, ou plutôt de ma réalité. Mon rêve n’est pas de rencontrer BHL pour de vrai, n’est pas de parler à Nicolas Sarkozy, ou à tout autre président, pour de vrai. Dans le roman, le commissaire s’extasie et on s’extasie avec lui que “tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil”. BHL est un type formidable, Axel Kahn est un scientifique extraordinaire, son frère est un redoutable polémiste, Philippe Sollers est le plus grand intellectuel que nous ayons, Sarkozy est un type formidablement sympathique que la presse démolit tous les matins par simple plaisir car elle a la flemme de faire des enquêtes. Le commissaire s’extasie devant les magasins de luxe Hermès si je me rappelle bien … Il se demande si il ne va pas acheter une machine Nespresso. Je me suis demandée, moi, si l’auteur n’avait pas des parts dans la société. Je ne vous parle pas du nombre de fois où le Monde est cité comme le journal le plus extraordinaire. C’est une catastrophe dès qu’il n’est plus en kiosque. Je vous renvoie à la biographie de l’auteur pour comprendre une telle admiration qui, je suppose, est partagée par tous. J’avais une amie algérienne qui me disait que dans les romans occidentaux, il lui semblait que les gens étaient obsédés par la possession des choses, de préférence de marques. Je crois que là l’auteur en a casé un maximum.
Ce qui ne m’a pas plus (aussi), c’est que c’est un livre d’époque, un livre de l’année 2011 : la Libye, DSK, Sarkozy, Carla Bruni, Jean-François Copé, Frédéric Lefèbvre … Dans cinq ans, un lecteur qui tomberait sur ce livre à la bibliothèque ne le comprendrait pas. Cela va de paire avec l’extase devant tout ce qui est éphémère qui nous est décrit dans le livre.
En résumé, j’ai eu l’impression de lire les mémoires à peine déguisée d’un homme qui cherchait à remercier ses amis, ou à se faire bien voir des personnes qui comptent. C’est un livre de clins d’œil qui ne peuvent sûrement être compris que par certaines personnes (du monde de l’édition de préférence). Parfois, on a l’impression que l’auteur se réveille (ou le commissaire), allez savoir et critique un peu cette fameuse médiocrité ambiante, cette paresse intellectuelle. À un moment, il y a même une critique du fait que les fameux intellectuels sont déconnectés des préoccupations des gens, de la vraie situation (le clonage de Voltaire n’est pas anodin et peut avoir des conséquences énormes). Ils parlent de choses qui n’intéressent qu’eux et qui ne font avancer aucun débat. Je me suis demandée alors si il n’y avait pas un second degré qui m’échappait mais très fortement ou si tout simplement l’auteur ne cherchait pas à se détacher de son milieu. Le pompon est atteint quand le commissaire dit :
La mendicité [il parle de la "quête de louanges et d'articles à laquelle se livrent les auteurs modernes"], le paupérisme de l’esprit, nous y sommes, comme jamais. Et personne ne se lève pour dire : “Assez ! Assez de cette corruption intellectuelle, assez de ces renvois d’ascenseur, assez de ces fausses valeurs que les médias encensent à longueur de journée.”
J’ai failli crier “moi monsieur, moi monsieur” en levant le doigt ou prendre ma plus belle plume pour dire à l’auteur d’arrêter de se prendre pour un écrivain, de se contenter d’être journaliste, littéraire, si il veut, ou tout au moins de s’auto-éditer et d’envoyer son livre à ses amis.
Franck Nouchi a voulu de manière très, très flagrante faire un pastiche de Simenon (les allusions incessantes à la femme de l’inspecteur est un des éléments de ce pastiche) mais comme il le dit si bien BHL n’est pas Malraux, Minc n’est pas Voltaire et j’ajouterais Nouchi n’est pas Simenon. Les ambiances de Simenon sont très particulières. Franck Nouchi n’a pas réussi à retranscrire cela (pour l’excuser, dans les téléfilms, il n’y arrive pas non plus). Là encore, je me suis demandée si l’auteur travaillait souvent. D’après lui, quand vous travaillez dans la police (judiciaire), vous pouvez dormir au bureau, choisir vos horaires, lire les romans de Voltaire. Si vous êtes subordonnés, pas de problème, vous pouvez dire ce que vous pensez de lui à votre chef et il vous répond en vous donnant du “chère amie”. La fameuse “opinion publique” qui s’enflamme se résume aux journalistes, auto-proclamés représentants de la population (les politiques ont au moins la décence de nous faire voter). Dans le livre, il n’est nullement question du péquin de base, celui qui est visiblement victime de la paupérisation des esprits.
Ce qui m’inquiète, c’est que ce livre serait arrivé par la poste, il aurait été refusé sans aucun doute. Il est arrivé avec un nom connu et cela lui a valu d’être édité, d’avoir au moins un article dans le Monde des Livres. Pour moi, c’est ce qui va tuer le livre. J’ai cette impression que les éditeurs comme les journalistes ne prennent même pas le temps de lire d’autres livres que ceux qu’ils reçoivent en service de presse, qu’ils ne prennent même pas le temps de lire des livres tout court car comment peut-on défendre un livre qui n’apporte rien, qui ne peut pas emporter ses lecteurs par son histoire ou par son style. Comment peut-on laisser passer un livre où il y a clairement la description d’un vie, d’amitiés, en écrivant roman sur la couverture ? Aujourd’hui, dans le domaine de la littérature française, il y a de vrais talents, des gens qui sont capables de vous faire admirer leur style, de vous raconter une histoire, de vous toucher, de vous faire réfléchir … des gens qui sont imprégnés de littérature et qui ne se présentent pas comme des sauveurs de la France alors qu’ils sont exactement comme les autres.
Si vous vous demandez ce qu’est devenu Voltaire dans cette histoire, il se résume à des citations que vous pouvez trouver dans vos livres de philosophie ou dans les livres de Voltaire tout simplement.
Ce livre a souffert de la comparaison avec le livre de Pessoa que j’étais en train de lire en même temps. C’est un écrit non terminé de l’auteur mais il m’est apparu dix fois plus travaillé que ce texte ci. Pour clore le suspens, j’ai lu le livre jusqu’au bout et je peux même vous dire que l’enquête sera abandonnée. C’est comme dans les journaux : quelque chose dont on ne parle plus n’existe plus.
Références
Le cerveau de Voltaire de Franck NOUCHI (Flammarion, 2012)