L’étoile du soldat de René Follet et de Christophe de Ponfilly

Présentation de l’éditeur

Alors que la Russie est encore  soviétique, un jeune Russe, Nikolaï, est contraint d’effectuer son service militaire en Afghanistan, occupé à cette époque par les troupes de l’URSS, en guerre ouverte avec la résistance afghane. Fait prisonnier par une unité de la guérilla, le jeune homme aura l’opportunité de découvrir le vrai visage de ceux qu’il combat – et du même coup de réviser ses convictions de façon radicale.

Mon avis

Cette BD est la suite d’un projet ayant pour moteur Christophe de Ponfilly. Cela avait commencé par un film sorti en salle le 22 novembre 2006 (Christophe de Ponfilly s’est suicidé en mai 2006) associé à la parution d’un livre aux éditions Albin Michel. Cela s’est poursuivi par la parution de cette bande dessinée.

On va commencer parce que j’ai le moins aimé : les dessins et les couleurs. Ils sont biens mais sont vieillots. Pour le coup, je me dis que j’aurais mieux fait de lire le livre mais je crois qu’avec cette bd, les auteurs font passer autres choses (c’est souvent le cas avec les bd d’ailleurs). À la fin, il y a des croquis préparatoires qui sont magnifiques pour contre.

Dans cette bd, on apprend énormément du contexte historique (la guerre russe d’Afghanistan). Le scénario est basé sur le manque de tolérance des deux camps en cas de guerre (c’est donc très généralisable) et aussi sur le fait que la guerre est souvent faite par ceux qui ne l’ont pas décidé. Le jeune russe ne veut pas partir à la guerre (une guerre dont on entend les pires horreurs et qui est la pire affectation que l’on puisse avoir). Quand il se retrouve là-bas, il ne pense qu’à déserter. Quand il se fait prendre (après avoir montré lors d’un pillage d’un village qu’il n’était pas comme les autres), certains Afghans veulent le tuer mais il réussit à s’adapter, à ne pas mourir … Au fur et à mesure, il va faire partie des leurs, adopter l’islam (il découvre l’Autre contre qui il se bat contre son gré). C’est cette transformation qui passe mieux à mon avis en image. On se rend mieux compte. Il va être obligé une fois de tuer ses anciens camarades. Ce qui est triste, c’est qu’il ne sera jamais vraiment accepté et sera tué avant de pouvoir vivre son rêve : faire du rock dans un groupe.

En conclusion, le travail de Christophe de Ponfilly était un travail important car il portait un regard humain sur cette société guerrière.

Références

L’étoile du soldat de Christophe de PONFILLY (scénario), de René Follet (dessin), de Jérôme Deleers (couleurs) (Casterman, 2007)

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Le roi blanc de Davide Toffolo

Ben, j’ai été déçue par cette bande dessinée. Le sujet est extraordinaire : le gorille albinos, unique cas connu, qui a vécu près de 40 ans au Jardin Zoologique de Barcelone. Le gorille est mort en 2003 à la suite d’un cancer de la peau. Je ne sais pas ce que vous auriez fait mais moi j’aurais parlé de sa vie, de comment on l’a capturé, de sa mort, de qui il était de ce que l’on aurait obligé à faire, quitte à être choquant et irrévérencieux.

Mais l’auteur n’a pas choisi cette voie. On a l’impression qu’il a plutôt choisi de relater sa relation avec le gorille. Par exemple, il raconte une version “inventée” de la capture du gorille (après il explique que ce n’est pas le cas mais que la réalité est plus barbare car elle fait intervenir des braconniers). Il raconte l’émotion qu’il a en attendant de revoir le gorille, juste avant sa mort (il vient à Barcelone car la mort prochaine a été annoncée). Il raconte son émotion après l’avoir vu. Il raconte l’émotion d’une petite fille qui se rend compte de ce qui se passe pour le gorille. En lisant cela, je ne me suis jamais sentie proche du gorille, je n’ai rien appris. J’ai un sentiment de frustration de ne pas être rentré dans un univers particulier. Ce sont des attentes déçues, peut être pas forcément un mauvais album. Mais bon …

En plus, comment il a réussi à rentrer dans cette bd sa relation sexuelle avec une fille rencontrée par hasard, et surtout le rapport avec le gorille albinos me dépasse.

Les dessins ne sont pas trop ma tasse de thé car il ressemble à des dessins de presse et peuvent donc être parfois très caricaturaux, notamment sur les visages.

Références

Le roi blanc de Davide TOFFOLO – traduction de l’italien de Émilie Saada (Casterman / écritures, 2005)

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Turbans et chapeaux de Sonallah Ibrahim

Le point de vue des éditeurs

Ce roman se présente comme un récit parallèle à la chronique de l’historien Jabarti, témoin oculaire de la conquête de l’Égypte par Bonaparte en 1798. Il serait l’œuvre d’un jeune disciple possédant quelques rudiments de français qui vont lui permettre d’être recruté à l’Institut d’Égypte, en tant que sous-bibliothécaire. Il peut ainsi fréquenter des Français, observer de près leurs mœurs, s’informer de leurs idées. Il note ce qu’il voit et entend d’un ton généralement neutre, parfois amusé, et n’hésite pas à consigner ses émois amoureux. On apprend ainsi qu’une Française – et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de Pauline Fourès, la maîtresse de Bonaparte ! – lui a accordé ses faveurs. Cependant, copiste et informateur de Jabarti, il est aussi au courant de tout ce qui se passe en Égypte, et ne manque pas de dénoncer les crimes commis par les mamelouks et les Ottomans, ou les compromissions des grands “turbans” locaux.

Roman historique, Turbans et chapeaux n’en reste pas moins une œuvre d’une brûlante actualité. Écrit lors de l’invasion américaine de l’Irak, il explore, avec la vigueur qui a fait la renommée de Sonallah Ibrahim, l’histoire des relations orageuses entre les Arabes et l’Occident depuis deux siècles.

Mon avis

J’ai trouvé ce livre sur une table de la bibliothèque sur le thème de l’excentricité. J’avoue ne pas avoir compris ce qu’il faisait là. Par contre, j’ai énormément aimé cette découverte (de l’auteur et de la littérature égyptienne donc c’est le premier livre que je lis).

Je commencerais par un reproche. L’histoire se passe au Caire pendant la conquête de l’Égypte par Bonaparte en 1798 (et les trois ans d’occupation qui s’en sont suivis). Cela aurait sans aucun doute aidé à ma compréhension d’avoir un rappel historique, d’avoir un rappel sur l’organisation sociale et ethnique (ou religieuse) de la ville, ainsi que de sa géographie (parce que les noms de quartier sont restés très énigmatiques). De même, en postface, on nous dit que ce livre reprend des passages du livre de Jabarti. Lesquels est-ce ? Pas de précisions. Quels sont les éléments inventés, les événements historiques ? Il y a un peu plus de choses mais c’est un livre qui en demandent plus. Je crois que ces manques faussent un peu la lecture.

En effet, j’ai lu ce livre comme un roman d’aventures (d’aventures historiques mais d’aventures tout de même). Le narrateur est dans la vingtaine et on sent qu’il est avide de vivre les évènements qui se produisent. Il essaye de braver les dangers, de mieux connaître les Français, de comprendre les réactions de ses compatriotes (les collaborateurs, les opposants, de la ville ou d’en dehors, les simples habitants, les commerçants, les artisans, les hommes, les femmes …) C’est aussi pendant cette occupation que le narrateur se découvre une conscience politique et religieuse. Je crois que l’auteur a pris un excellent point de vue en ne choisissant pas de camp et en faisant du narrateur un observateur en pleine éducation.

Ce livre n’est clairement pas à la gloire du savoir-vivre français. Toutes les exactions commises par les soldats ne nous sont pas épargnées. Cependant, Sonallah Ibrahim va mettre de la compassion dans le récit du narrateur qui a pitié de la manière dont Bonaparte traite ses soldats, notamment quand ils souffrent de la peste. Le narrateur raconte très bien la vie quotidienne, les habitudes égyptiennes et nous les fait un peu découvrir. Le narrateur est souvent dans la rue mais arrive aussi à connaître la haute sphère de la société par l’intermédiaire de son maître.

On sourit assez souvent dans ce roman car le narrateur a un côté jeune chien fou qui le rend attachant par sa naïveté (= de sa jeunesse) et son enthousiasme. Ses relations sexuels avec Pauline sont particulièrement symptomatiques de ce point de vue.

Une belle découverte !

Un autre avis

Celui de Catherine.

Références

Turbans et chapeaux de Sonallah IBRAHIM – roman traduit de l’arabe (Egypte) par Richard Jacquemond (Actes Sud, 2011)

Première parution en arabe en 2008.

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La tête de George Frédéric Haendel de Gert Jonke

Quatrième de couverture

Le 13 avril 1759, après avoir assisté à une ultime exécution du Messie à Covent Garden, George Frédéric Haendel mourait à Londres, au comble des honneurs et de la gloire. Dix-sept ans auparavant jour pour jour, avait eu lieu à Dublin la création de ce même oratorio ; et c’est encore un 13 avril, vingt-deux ans plus tôt, qu’une attaque avait terrassé le musicien, alors en proie aux pires difficultés financières, privé des faveurs du public et considéré pendant plusieurs années comme un homme fini.

Ces trois dates, à l’heure de la mort, semblent se concentrer en un seul et même instant dans le bref récit de Gert Jonke, avec une érudition teintée d’humour et une virtuosité hautement musicale, consacre aux derniers instants de la vie du compositeur.

Une citation

Même devenu aveugle, à un âge très avancé, il ne cessa de voir – mais il voyait avec son immense oreille et il entendait tout par la fenêtre de son œil intérieur. [p. 54]

Mon avis

Je ne connaissais pas cet auteur avant vendredi dernier, avant mes errements dans les rayons de la bibliothèque à la recherche des lettres de l’alphabet. Il y a plein de monde dans cette bibliothèque mais paradoxalement, le rayon littérature est le plus calme alors on peut errer comme on veut et même faire tourner les sièges. Quand j’allais à la bibliothèque de ma ville, il y avait toujours plein de monde, comme dans le tram, et en plus ils étaient tous fans des mêmes livres que moi qui n’étaient donc jamais en rayon. C’est peut être cela quand ils disent que les gens n’aiment plus les romans, la littérature …

J’ai lu toutes les quatrièmes de couvertures des trois livres disponibles de l’auteur … et tous parlent de musique. Quand on lit la biographie sur la quatrième de couverture, c’est confirmé. Cet auteur puise son inspiration dans la musique. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais j’ai toujours pensé qu’un artiste, c’était quelqu’un qui avait un regard très très particulier sur le monde et tout son travail c’est de le sortir au mieux de lui (peut être pour nous permettre de comprendre aussi un peu mieux le monde) car c’est un besoin impérieux. J’ai toujours pensé que c’était un métier difficile parce qu’il fallait sortir ce que vous aviez dans la tête.

Gert Jonke essaye de faire ressentir avec son art à lui, la littérature, ce qu’un autre artiste, un compositeur, peut ressentir à l’intérieur. Personnellement, j’ai ressenti la solitude de Haendel. Pendant les 56 pages de son récit, l’auteur se concentre particulièrement sur l’attaque qui a fait perdre à Haendel pendant plusieurs mois l’usage du côté droit de sa personne. Jonke nous décrit la musique qui défile dans sa tête, la musique qu’il n’arrive pas à écrire sur un papier. L’auteur nous raconte comment Haendel a revécu après avoir suivi une cure thermale. Tout le récit est donc marqué par cet événement et on lit tous les autres événements qui nous sont racontés par ce prisme-là.

J’ai trouvé que ce livre était très beau. Même moi qui ne comprend pas grand chose à la musique, j’ai eu l’impression d’approcher cet univers et surtout ce qui se passe dans la tête d’un compositeur.

Références

La tête de George Frédéric Haendel de Gert JONKE (1946 – 2009) – traduit de l’allemand par Uta Müller et Denis Denjean (Verdier, 1995).

Première parution en allemand en 1988.

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Vieilles histoires de Castille de Miguel Delibes

Quatrième de couverture

Un émigrant revient au village après une très longue absence, et se rappelle la vie quotidienne en Vieille Castille au début du siècle.

Combinant distanciation ironique et sympathie profonde, Delibes évoque avec un art dépouillé et sensible ce monde où règnent l’immobilisme, la routine, la superstition, l’arriération et la pauvreté, mais que sauvent les relations communautaires, le contact sans médiations avec les forces élémentaires, et une fierté jamais déclarée d’appartenir à cette terre si riche d’une archaïque beauté.

Mon avis

J’ai découvert ce livre grâce à Dominique. J’ai beaucoup beaucoup aimé. Le livre est structuré en très courts chapitres, 17 au total (pour un livre de 56 pages). Chacun des chapitres fait trois pages. Chacun correspond à un souvenir, à une tradition, à un lieu. Le narrateur revient après 45 ans. On ne saura jamais ce qu’il pense vraiment de maintenant, sauf au 17ième chapitre. Il y a une impression de nostalgie sur le temps passé, sur un monde qui ne change pas et qui ne peut pas changer.

C’est typiquement le type de livre, à mon avis, où l’histoire ne compte pas (personne ne pourrait retenir précisément tous les souvenirs) mais par contre, quand vous refermez le livre, il vous reste une toute petite musique de nostalgie, un petit air de paradis perdu, isolé du monde. On emporte en refermant le livre un petit bout de Castille et ces impressions, je crois que c’est ce qui reste de ce tout petit livre .

Mon avis est court parce que le livre est court. C’est le deuxième livre de Miguel Delibes que je lis et chaque fois j’en retire la même chose. On a l’impression d’entendre une voix qui nous parle et de “sentir” le fond de l’âme de l’orateur. J’aime beaucoup cela.

Références

Vieilles histoires de Castille de Miguel DELIBES – traduit de l’espagnol par Rudy Chaulet (Verdier, 2000)(première parution en espagnol en 1981)

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Le Carnet Rouge de Teddy Kristiansen

C’est un album tout en jeu d’ombres et lumières, tout de sensations et d’impressions plus que d’actions. La couverture donne le ton. On va parler de guerre, de la Première Guerre Mondiale, et de peinture.

Un homme, qui vient de perdre sa femme, écrit une biographie d’un poète pour essayer de réapprendre à vivre. Un jour, il reçoit la lettre d’une vieille femme qui lui envoie les lettres de son frère avec ce célèbre poète. C’est un peintre qui a été célèbre dans les années 10 à Paris. Il n’en a jamais entendu parler. Celui-ci est mort pendant la Première Guerre. Commence alors une enquête.

En fait il lit les carnets, journaux intimes, laissés par le peintre : il vit la joie de la peinture, la peur au front … Il ne comprend pas comment ce peintre, qui semble si adulé, a pu être envoyé au combat. Il découvrira la solution. Elle sera étonnante mais il restera le seul à la connaître, selon sa volonté.

C’est une bande dessinée sans bulle (il y en a cinq peut être). Le texte est écrit dans la vignette. Il n’y a tout simplement pas ou peu de dialogue. C’est un album de deux solitudes : celle du peintre et celle du biographe. On différencie qui parle … par la couleur du texte. Finalement, on s’habitue vite et cela donne une lecture différente, faite d’introspection. Au contraire de l’album d’hier, les couleurs ne sont pas toute sombre même si le scénario est dépressif. Le champ de bataille est sombre bien évidemment mais le biographe est peint dans des vignettes très claires, comme si il était dans un autre monde. Ses traits sont brouillés, jamais très définis. Cela donne un côté aérien à sa présence dans l’album.

Une belle découverte.

Références

Le Carnet Rouge de Teddy Kristiansen (scénario, dessin et couleurs) – traduit du danois par Céric Perdereau (Soleil, 2007)

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La bulle de Bertold de Agrimbau et Ippóliti

Il faut que j’arrête de prendre des bd au hasard. Je me fais peur toute seule. Vous allez voir c’est une bande dessinée très gaie (je vais aller prendre la deuxième qu’il y a à la bibliothèque des mêmes auteurs même si cela me semblait bizarre : des gens habillés en rouge dans la neige). Près ? Commençons.

On est dans un pays qui n’est pas le nôtre (plus exactement, dans la ville de Butanie en Patagonie) et j’espère que cela ne deviendra jamais. Imaginez qu’à chaque délit, on vous coupe un membre (je vous sens moins chaud tout de suite). Bertold est accusé de terrorisme et donc d’avoir tué des gens, douze personnes exactement. En plus, il est le rouage qui veut gripper la machine. On lui coupe donc les deux bras et les deux jambes. Heureusement, il y a une “organisation charitable” qui s’occupe de lui jusqu’au jour où le directeur du théâtre pneumatique et son acolyte (le programmeur) l’engage. Pour quoi faire ? Pour jouer des pièces de théâtre bien évidemment. Les acteurs sont tous des troncs humains. On leur donne des nouvelles jambes et de nouveaux bras, gérés par un ordinateur et donc le programmeur. Vous allez me dire que cela sent l’esclavagisme. Et vous aurez raison mais Bertold va essayer de changer le théâtre mais aussi la cité de Butanie, en utilisant son talent, le programmeur. C’est ça l’histoire.

On ne peut dénier l’originalité du scénario. Les dessins sont très beaux aussi. Chaque image est une petite peinture ; les coups de pinceaux sont apparents. Les visages sont théâtraux dans le sens où les expressions sont surjoués. Les couleurs sont évidemment très sombres pour marquer une société proche de l’apocalypse (il ne connaisse pas trop le soleil là bas).

J’ai donc beaucoup aimé (comme en général toutes les bandes dessinées qui nous envoient ailleurs) même si cela fait peur. Ce qui est drôle c’est qu’en ce moment j’ai l’impression de faire un cycle de lecture sur la société dirigée par des intelligences artificielles ou non. Le point commun de tout cela est que l’homme décide de l’avenir des intelligences artificielles et pas le contraire.

Références

La Bulle de Bertold de AGRIMBAU et IPPÓLITI – traduction de l’italien par Jean-Michel Boschet (Albin Michel, 2005)

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La place aux Autres de Philippe Mouche

Quatrième de couverture

Une ville, avec des caméras de surveillance à tous les coins de rue. Tristan, ancien élu fatigué de politique, décide de partir à la recherche du Présent. Le Présent se trouve peut-être dans les mots de ces réfugiés climatiques avec qui il partage sa maison, sous la protection du Sous-Commandant, un chat pas très domestique. Ou bien dans cet hypermarché où une Inconnue règle l’unique achat de Tristan : une boîte de petits pois.

Comment retrouver l’Inconnue ? Combien y a-t-il de petits pois dans la boîte ? Qui est Argus, l’internaute qui voit tout et sait tout ? Les questions se multiplient dans une ville en effervescence. D’étranges tribus urbaines s’agitent et la révolte gronde dans un univers “où nos existences mêmes sont en garde à vue, où tout ce que nous vivrons pourra être retenu contre nous”. Comme courir tout nu sur la place aux Autres.

Mon avis

Ce livre est très agréable à lire et très amusante. On sent tout le plaisir que l’auteur a eu à l’écrire. Ce qui m’a moins plu c’est que finalement, on sent plus le plaisir que la réflexion que l’auteur a voulu y mettre car Philippe Mouche aborde une multitude de thèmes qui sont d’actualité dans notre société.

Tristan a toute sa vie défendu ses idées de manière traditionnelle (en utilisant la politique) en espérant changer un tout petit peu les choses. Il abandonne tout cela pour se concentrer sur une autre quête (celle du Présent absolu) et c’est justement comme cela qu’il va devenir le héros de la Révolution pacifique qui va renverser le modèle de société existante. En ne faisant rien (ou plus exactement en se battant avec les moyens de la société civile : internet …), il va faire ce qu’il a toujours voulu faire. Quand je dis internet, en fait, ce n’est pas internet, c’est le Nuage, l’enfant d’internet. C’est une sorte d’internet qui n’est pas dans la vie réelle, qui est comme une seconde vie que l’on ne rencontre pas dans la vie réelle (ou rarement)(c’est un peu le but aussi).

Un des autres thèmes est la recherche du présent absolu. Il s’agit de vivre dans le moment présent pas dans un présent où on est déjà en train d’anticiper le futur proche (je vous conseille de lire le livre d’Éric Sadin La société de l’anticipation sur le sujet, c’est passionnant). Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué mais par exemple, on ne peut plus juste marcher dans la rue, on utilise un téléphone pour savoir où est notre ami, où on va manger. On ne profite plus.

C’est aussi un thème abordé : l’omniprésence de l’intelligence artificielle dans nos vies. L’intelligence artificielle est un système qui apprend au fur et à mesure et qui s’adapte aux données qu’on lui donne à manger. La question qui se pose est : est-ce que nous pourrons revenir en arrière ou la machine peut-elle prendre le contrôle et avoir sa vie propre (et notamment avoir la conscience de sa destruction programmée et agir avec instinct, pour se sauver)(c’est un thème important et ancien dans la littérature).

Un autre thème est l’impact de la vidéosurveillance dans nos vies et notamment à quoi elle peut servir.

Le livre est très agréable à lire mais il manque d’ampleurs tant au niveau des thèmes abordés (l’auteur a envisagé énormément de thèmes mais n’en développe vraiment aucun. Il n’y a ni cause, ni description détaillée du thème, ni de conséquences détaillées, ni de solutions envisagées) que des personnages qui ne sont pas assez décrits à mon goût (dans le sens où ils sont moins importants que les péripéties).

En conclusion, il faut plus chercher dans ce livre une lecture détente qu’un livre réflexion sur notre société. Je ne l’aurais pas lu dans le cadre du prix, j’aurais aimé sans aucune réserve mais là, il y a le prix qui dit que les livres sélectionnés sont les suivants :

Pourquoi « Une Autre Terre » ?

Le roman d’anticipation représente la société humaine dans un avenir plus ou moins lointain en présentant aussi bien des utopies, comme dans L’An 2440, rêve s’il en fut jamais de Louis-Sébastien Mercier (1777), ou des dystopies comme Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932). Parmi tous ces futurs, certains mettent l’accent sur des évolutions du contexte de la vie humaine, de l’environnement. Ils mettent en avant un monde qui n’est plus le nôtre ; c’est à présent une autre terre.

Quelles œuvres sont concernées ?

Le Prix « Une Autre Terre » récompense une roman d’anticipation (nouveauté ou réédition) pour sa prise en compte du contexte environnemental actuel et présagé. Par roman d’anticipation, on entend un texte décrivant le monde tel qu’il pourrait être dans le futur.

Références

La place aux Autres de Philippe MOUCHE (Gaïa, 2011)

Livre dans le cadre du prix Une Autre Terre.

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La liseuse de Paul Fournel

Quatrième de couverture

La stagiaire entre dans le bureau de Robert Dubois, l’éditeur, et lui tend une tablette électronique, une liseuse. Il la regarde, il la soupèse, l’allume et sa vie bascule. Pour la première fois depuis Gutenberg, le texte et le papier se séparent et c’est comme si son cœur se fendait en deux.

Une citation

Nous avons vidé les livres de ce qu’il y avait dedans pour en vendre davantage et nous n’en vendons plus. Tout est notre faute. (p. 40)

Mon avis

Ce livre m’a fait sourire car j’ai eu l’impression de ressentir le plaisir que l’auteur a eu à l’écrire.

Robert Dubois est un éditeur de la vieille école. Sacoche de cuir où on range les manuscrits le week-end pour les lire (parce qu’il est évident que l’éditeur lit tous les manuscrits et c’est ce qu’il l’oblige à en prendre pour les jours de repos). Il y a quelques années, lui qui était le seul à bord de sa maison d’édition, a du accepter qu’on lui colle un jeune loup obsédé par les chiffres (il est persuadé que l’on peut savoir combien un livre peut vendre avant de l’avoir même mis sur le marché … c’est comme cela je pense que l’on réfléchit pour nous vendre certains livres). Après avoir accepté le principe, le jeune loup décide qu’il peut très bien se mettre à l’édition. Cela donne le pire bien évidemment. Robert accepte dès lors des compromis : publier des gros et des petits, des nouveaux et des anciens. Il s’adapte.

Il est dubitatif pour la liseuse au début. Puis après, il s’habitue et s’adapte encore. enfin, plus exactement, il forme la nouvelle génération à s’adapter comme si lui n’avait plus l’âge de penser le futur. Il apprend à la jeune génération à aimer le texte, à penser que la liseuse (sa liseuse c’est plus une tablette mais bon) amène vers le texte mais ne le remplace pas.

Le style de Paul Fournel est fourmillant. On tourne les pages en ressentant la passion de Paul,, l’enthousiasme de la nouvelle génération au projet qu’on lui propose.

Je ne doute pas que cela soit un livre à clef germanopratine mais même si on ne les comprend pas ces clefs, c’est un très agréable moment de lecture. En effet, il donne un aperçu pas forcément morose (ou tout blanc ou tout noir) de ce qui nous attend. Il montre juste que c’est à nous de décider.

Le billet de Mollat.

Références

La liseuse de Paul FOURNEL (POL, 2012)

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Saison de la migration vers le Nord de Tayeb Salih

Présentation de l’éditeur

Au jeune étudiant rentré au pays après un séjour en Europe, Moustafa Saïd entreprend de raconter son histoire : celle d’un destin déchiré entre la vie immémoriale de l’Afrique et le mouvement de l’Occident.

Moustafa Saïd en effet a passé de nombreuses années en Angleterre, où il a mené des études brillantes, séduit de nombreuses femmes, provoqué le suicide de deux d’entre elles, brisé le mariage d’une autre… Sur sa vie plane une ombre de mystère.

Peu de temps après son récit, inachevé, il meurt noyé dans le Nil, alors qu’il était excellent nageur : son confident tentera dès lors de remonter le cours d’une vie complexe, de comprendre qui fut réellement le fascinant Moustafa Saïd, et c’est avec une science dramatique extrême que l’auteur distille les éléments de cette envoûtante enquête.

Mon avis

Comme en témoigne le sommaire des catégories sur le côté droit, je ne lis pratiquement jamais de littérature africaine et j’ai trouvé que c’était un tort. Du coup, j’ai eu une lubie soudaine : lire un livre d’un auteur soudanais. J’ai fait mes petites recherches sur internet, croisées avec le catalogue de la bibliothèque à côté de mon travail. En est sorti ce livre de Tayeb Salih (il est vraiment culte apparemment en plus). Je peux vous dire que ce roman est admirable.

Le thème est intéressant, de même que la manière de le traiter. Plus que l’immigration, je crois que le thème développé est comment vivre dans une société quand on est seul et particulier. Bien sûr, la particularité est évidente quand on est dans un pays étranger et donc a fortiori quand on est dans un pays étranger de culture différente. Cependant, Moustafa Saïd était déjà particulier avant de partir du Soudan pour aller en Angleterre. Cette particularité, il l’a devait à sa naissance, à sa mère et à la mort de son père mais aussi à son éducation très poussée (mélange d’intelligence hors norme et de sociopathie). Cette particularité se renforcera en Angleterre. Il ne voudra pas être victime et le plus simple est alors d’être le chasseur (ici, de femmes). Il fera tout pour ne pas se faire manger mais manger. Le thème de l’immigration (et du retour) est plus traité au travers du narrateur, le jeune étudiant qui revient au pays avec son doctorat de poésie en poche. Plus que par le texte (où on nous décrit le Soudan de l’époque), c’est par le point de vue que l’on comprend la différence : l’incompréhension parfois le sentiment de supériorité se perçoit.

L’histoire sur l’enquête du narrateur pour savoir ce que cachait Mohamed Saïd est très intéressante car elle forme un fil narratif qui n’aurait pas tenu avec uniquement le thème de la particularité dans un pays. On se demande tout au long du roman ce que va découvrir le narrateur.

L’écriture est poétique à souhait. On a l’impression d’écouter un conteur jumelé avec un poète. Tayeb Salih ne juge jamais. je crois qu’on ne sent pas sa présence, comme si il n’y avait pas l’auteur entre le narrateur et nous. C’est dire que les personnages du roman sont extrêmement vivants.

Bien sûr, maintenant, je veux lire les autres livres de Tayeb Salih !

Références

Saison de la migration vers le Nord de Tayeb SALIH – roman traduit de l’arabe (Soudan) par Abdelwahab Meddeb et Fady Noun (Actes Sud / Babel, 1983)

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