La mère prodigue de Philippe Honoré

C'est le billet d'InColdBlog sur L'Obligation des sentiments (deuxième roman de Philippe Honoré) qui m'a fait penser que j'avais tout simplement son premier roman dans ma PAL. C'est un tout petit livre de 110 pages qui est aussi opressant que son deuxième. Au passage, je précise que j'avais particulièrement aimé ce deuxième roman ; c'est comme ça que le premier était arrivé dans ma PAL. 

Résumé

Au début, c'est un duo : un homme et une femme. Un fils et sa mère. La rencontre est explosive. Cela fait quinze ans qu'ils ne se sont pas vus. Il la vouvoie ; elle le tutoie en ne lui envoyant à la figure que des paroles violentes. Pour elle, il n'est rien. On découvre ensuite qu'elle sort de prison, qu'elle ne voulait pas venir dans l'appartement de son fils, qu'un homme qu'elle adore par dessus tout l'a forcé. Cet homme arrive ; le duo devient trio …

Mon avis

Dans le résumé, j'ai essayé de ne pas trop en dévoiler. C'est un peu difficile. Comme dans L'Obligation des sentiments, Philippe Honoré fait parler tour à tour les personnages et dévoile ainsi au fur et à mesure leur(s) histoire(s). C'est ce qui rend le roman opressant. Il y a bien sur l'horreur que l'on découvre mais il y a aussi cette écriture si particulière : sans grandes descriptions d'émotions, très sèche, très rude. Comme L'Obligation des sentiments, tout ces ingrédients en font un roman admirable.

Références

La mère prodigue de Philippe HONORE (Le Bord de l'Eau Editions, 2001)

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

 

 

Quatrième de couverture

" Janvier 1946 : Tandis que Londres se relève péniblement des drames de la guerre, Juliet se demande quel va bien pouvoir être le sujet de son prochain roman. Lorsqu'elle reçoit une lettre d'un habitant de Guernesey, cette petite île anglo-normande oubliée, lui parlant d'un cercle littéraire et de tourtes aux pelures de pommes de terre, la curiosité de Juliet est piquée … Au fil des lettres qu'elle échange avec les habitants – aussi fantasques qu'attachants – de Guernesey, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté sans pareille sous l'Occupation et le destin héroïque et bouleversant d'Elizabeth, une femme d'exception …"

Mon avis

J'ai adoré ce livre, je crois comme à peu près tout le monde (voir les autres avis).

D'abord, pour le fait historique qu'il m'a appris. Naïvement, je croyais qu'aucun teritoire britannique n'avait été occupé pendant la guerre ; j'avais oublié les îles anglo-normandes ! Ici, les deux auteurs nous rendent bien compte de cette période de l'Histoire de Guernesey (ça a l'air trop beau comme île !) tout en n'étant pas manichéens.

Ensuite, j'ai aimé ce livre pour les personnages surtout ceux d'Elizabeth (même si elle est absente du livre) et de Juliet. Elizabeth a réussi à souder toute une communauté de gens qui ne se connaissaient que de vue. Pour faire ça, il faut être une sorte d'ange ou de fée. Juliet, elle, par son caractère si pétillant s'est intégrée à ce petit monde en un rien de temps. Pour ça aussi, il faut être très fort. Elle mérite vraiment son bonheur, cette fille là !

Finalement, j'ai aimé ce livre pour l'importance qu'il donne à la lecture : elle ouvre nos esprits au(x) monde(s) et aux gens qui nous entourent. Ce n'est cependant possible que si on parle de ses lectures. 

Ce livre est à recommander à tous ses amis et à déconseiller à tous ses ennemis !

P.S. à Isola : Il doit sûrement être possible d'être une Miss Marple à Guernesey puisqu'il y avait Bergerac à Jersey ! 

P.P.S. : J'ai oublié de dire que c'était un roman épistolaire (c'est ce qui donne, à mon avis en tout cas, un côté rapide : il s'y passe toujours quelque chose).

D'autres avis

J'ai l'impression que tout le monde dans la blogosphère a commenté ce livre : Florinette, Cécile, Lily, Tamara, Emjy, Yspaddaden, Keisha, Michel, Karine:), Fashion, Clarabel, Joelle, …

Références

Le cercle littéraire des mateurs d'épluchures de patates de Mary Ann SHAFFER et de Annie BARROWS – traduit de l'anglais parAline Azoulay-Pacvon (France Loisirs, 2008)

Amis, amants, chocolat de Alexander McCall SMITH

 

 

Quatrième de couverture

"Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas. A Edimbourg, la rédactrice en chef de la Revue d'éthique appliquée, Isabel Dalhousie, a de bonnes raisons de méditer cette pensée … Un homme hanté par un visage inconnu, depuis qu'il a subi une greffe du coeur, est persuadé que la douleur que lui provoquent ses visions finira par le tuer si Isabel n'en découvre pas l'origine. Cartésienne convaincue, celle-ci préfère mettre de côté les théories sur la mémoire cellulaire et concentrer son enquête sur la mort suspecte du donneur. Par ailleurs, la vie amoureuse de sa nièce, si peu avisée en matière d'homes, interfère de manière inattendue dans son travail. Isabel devra faire appel à tout sens commun pour affronter les élans du coeur qui semblent secouer la capitale écossaise !"

Mon avis

Je suis en train de lire Day de A.L. Kennedy. C'est un livre un peu compliqué à cause du style adopté par l'auteur (billet à venir, j'espère bientôt). Je voulais donc faire une pause dans cette lecture avec un petit livre sympathique, qui se lit vite. Comme j'avais déjà lu la première et la quatrième aventure d'Isabel Dalhousie, mon choix s'est porté sur Amis, amants, chocolat d'Alexander McCall Smith.

Que dire d'Isabel Dalhousie ? C'est une femme d'une quarantaine d'année, célibataire, rentière (elle a hérité des actions de sa mèr) mais qui tient quand même à travailler. Pour cela, elle est rédactrice en chef de la Revue d'éthique appliquée. Vous allez me dire: qu'est-ce que c'est que ça ? Visiblement, c'est de l'éthique appliquée à la vie de tous les jours. Premier exemple. Doit-on encourager le vice ? …mais pas n'importe quel vice : celui du chocolat. En effet, c'est mauvais parce que ça fait grossir mais c'est aussi un bon anti-dépresseur. Manger ou ne pas manger du chocolat, telle est la question. Autre exemple. Si on est dans un hôtel et qu'il y a un buffet à volonté pour le petit déjeuner, est-ce moral de prendre des petits pains supplémentaires pour le déjeuner ? Toute la vie d'Isabel Dalhousie est comme ça : elle réfléchit à la moralité, au bien fondé de chaque action, même les plus simples au lieu d'agir comme tout le monde le ferait. Je peux vous dire qu'à lire c'est très très drôle. 

Isabel a aussi une nièce, Cat, qui a autour de vingt-cinq ans et qui tient une sorte d'épicerie-salon de thé. Celle-ci a une vie amoureuse très très compliquée mais surtout un ex-amant, Jamie, qui ne désespère pas qu'elle lui revienne. Il est en cela encouragé par Isabel qui en a fait son plus proche confident. En réalité, celle-ci en est secrètement amoureuse (parce qu'elle ne sait pas si c'est bien ou pas bien …) A part ça, Isabel Dalhousie est très gentille. A chaque fois que quelqu'un a un problème (soit qu'il s'est fait tué, soit qu'il a disparu …), Isabel veut aider (à noter, Jamie et Cat sont contre). Elle y arrive mais en faisant plein de bourdes qui entraînent pour elle de nouveaux questionnements. Comme vous l'aurez compris, j'aime beaucoup cette femme : je la trouve très second degré ! 

Ici, c'est un psychologue qui l'aborde dans le café de Cat. Au fur et à mesure de la conversation (qui porte sur l'éthique bien évidemment), il avoue à Isabel que depuis sa greffe de coeur, il voit un visage qu'il ne connaît pas et qu'il pense que ce souvenir vient de son donneur. Les cellules de son nouveau coeur auraient stocké les souvenirs de son ancien propriétaire (concept de mémoire cellulaire). Isabel, par son enquête, va osciller entre une théorie qui tend à confirmer cette idée et une théorie plus cartésienne (soutenue par Jamie). A cela s'ajoute un soupirant italien de Cat qu'elle essaye de refiler à sa tante … Vous tirez de tout ça la rocambolesque et très sympathique deuxième aventure d'Isabel Dalhousie !

A noter que chez 10/18, ils ont mis ce livre dans la collection Grands Détectives alors que ce n'est pas des enquêtes au sens classique du terme. Par contre, les éditions des deux terres, qui publient initialement ces livres, les mettent comme roman tout simplement. C'est un peu compliqué dans une librairie : les poches sont au rayon policier et les grands formats au rayon littérature anglophone …

Références

Amis, amants, chocolat de Alexander McCall SMITH – traduit de l'anglais par Martine Skopan (10/18, 2007)

Le testament des gouttes de pluie de Einar Mar Gudmundsson

 

 

Quatrième de couverture

"Dans la banlieue de Reykjavik, un sellier bourru réunit en son atelier des pêcheurs, compagnons de boisson, et prend place dans son fauteuil aux bras sculptés. Un pasteur prête une oreille distraite à sa femme qui raconte son rêve. Le dernier fermier de la ville et son chien noir attendent …

Le gardien du jardin des plantes, lui, sait que c'est là, juste après le carré des simples, que la part d'ombre du quartier s'avance …

Soudain un terrible orage, une véritable tempête s'abat sur l'île et sur une Reykjavik grelottante à la limite du monde.

Magique, limpide, cristallin, Le testament des gouttes de pluie est comme un opéra sensuel, comme une odeur de terre après l'orage."

Mon avis

Il ne faut pas chercher. Dans ce roman il ne se passe rien (sauf peut-être dans les cinquante dernières pages …) à part une chose : la pluie tombe, plus ou moins fort, mais elle n'arrête pas de tomber. N'emêche que ce livre est absolument splendide.

Récemment, j'ai été à Eurodisney où j'ai fait le manège de Peter Pan. On y vole dans un bateau au dessus du décor. C'est exactement ce qu'on ressent à la lecture de cet ouvrage. On y est cependant inquiet à cause des nuages noirs, anonciateurs de tempête, qui s'amoncellent au dessus d'un Reykjavik peuplé de fantômes, d'elfes et de toutes sortes de créatures féériques.

C'est, parmi les trois titres que j'ai lu de l'auteur, celui qui a l'écriture la plus aboutie : elle est poétique, parfois drôle (les extraits ci-dessous n'y font pas justice mais on ne peut pas recopier tout un livre).

Einar Mar Gudmundsson restera pour moi un écrivain à suivre. On peut lire sur le blog d'Eric Boury que Gaïa prévoit d'éditer une trilogie de l'auteur mais dans longtemps à cause de l'emploi du temps surchargé du traducteur.

D'autres avis

lemague.net, Philippe Bouquet (sur le blog du traducteur)

Extraits

"Bien évidemment, tous les soleils s'éteignent sous les paupières de Daniel. Du nuage qui passe à l'intérieur de son front pleuvent quelques gouttes de sueur perlée qu'on voit brusquement scintiller. Et l'étang calme de sa pensée, sa surface se ride et les embruns volent au vent. Oui, le pasteur Daniel. On dirait qu'il est, sinon arraché à son autre monde, du moins projeté dans le nôtre." (p. 51) 

"Rappelle-toi cependant que les rêves sont toujours bénéfiques, oui, même lorsqu'ils sont mauvais, ils sont quand même bons car ils purifient l'âme, un peu comme une course de natation. Je crois même avoir lu quelque part qu'on peut les considérer comme les peignes fins avec lesquels on attrape les poux de l'esprit." (p. 55)

"Peu importe l'époque de son apparition et la manière dont les lèvres en font mention, le conteur est le seul à pouvoir ressuciter les siècles et à les revêtir d'habits si neufs que les temps anciens cessent d'être hors d'atteinte, mais deviennent aussi proches de nous que la boulangerie, la crèmerie ou le coiffeur du coin. Voilà pourquoi tous ces pauvres types à la mode, quelque soient les noms qu'ils se donnent, journalistes pique-assiettes, animateurs radio, psychiatres et professeurs ne sont que les vestiges d'époques révolues ou les membres d'espèces animales éteintes par comparaison aux antiques héros et aux histoires racontées depuis toujours et ce, bien qu'ils agitent désespérément autour d'eux des cartes d'identité, des certificats d'assurance, des portefeuilles, de veux tacots ou ce genre de chose comme si les histoires n'étaient jamais arrivées et que la réalité n'était rien qu'invention …" (p. 105-106)

"A l'intérieur d'une salle sans aucune fenêtre ouverte, le silence s'abat tout à coup. Nous disposons d'exemples de mouches parfaitement innocentes qui, rendues folles par la claustrophobie, ont mis fin à leurs jours, de professeurs qui ont eu de telles suées pour cause de manque de tabac et d'allergie que l'odeur âcre de la sueur n'a jamais disparu de leurs chemises et, la chose est d'une telle notoriété que presque à chaque fois qu'Herbert prononce un discours, certains élèves de l'école s'évanouissent sans parler de ceux qui sont pris de crampes et de celui qui s'est arraché la langue à force de se la mordre." (p. 197)

Références

Le testament des gouttes de pluie de Einar Mar GUDMUNDSSON – traduit de l'islandais par Eric Boury (Editions Gaïa, 2008)

Les anges de l'univers de Einar Mar Gudmundsson

 

 

Quatrième de couverture

" Pensionnaire de l'hôpital psychiatrique de Kleppur, Pall Olafsson occupe ses journées à faire défiler ses souvenirs, confondant allègrement imaginaire et réalité. Si le jour de sa naissance, qui correspond à l'entrée de l'Islande dans l'Otan, lui semble être un premier malentendu, les coïncidences suivantes s'enchaînent comme autant de tableautins cocasses et incongrus. Einar Mar Gudmundsson signe ici un premier roman saisissant et original que le New York Times a présenté comme une Conjuration des imbéciles islandaise.

 "Compte rendu hallucinatoire – et qui donne le frisson – de la plongée d'un adolescent dans la schizophrénie, ce roman intensément poétique remet en question l'establishement psychiatrique … Gudmundsson brosse le portrait du supplice mental et spirituel de Pall avec un grand humour et une remarquable acuité." Publishers Weekly "

Mon avis

Tout d'abord le thème : qu'est ce qu'un fou (et son entourage) ressent quand il devient fou ? C'est simpliste comme description mais c'est ce que raconte ce roman. Pall fait défiler devant nous ses souvenirs : petit, adolescent quand la maladie "se déclare" (il a d'abord mal à la tête, devient agressif, paranoïaque puis agit de façon étrange pour le commun des mortels). Il continue avec ses souvenirs à l'hôpital psychiatrique où il décrit d'autres internés. Ca m'a rappelé ma prof de philosophie en terminale qui nous avait expliqué que les fous ont une logique que nous ignorons et qui leur est propre. Finalement, à la fin du roman, il va vivre hors de l'hôpital dans différents foyers … On le suivra ainsi jusqu'à la fin de sa vie.

Comme dans Les chevaliers de l'escalier rond, Einar Mar Gudmundsson donne la parole à une personne qui est hors de la société normale, à une personne dont on n'entend jamais la voix. Il arrive (merci à la traductrice) à retranscrire cela par un ton simple mais détaché du monde réel. Son écriture est toujours aussi belle et poétique.

Vous l'aurez compris : j'ai particulièrement aimé ce roman. C'est donc un coup de coeur !!! Un seul regret : je n'ai pas pu trouver le film en DVD …

Un autre avis

Citation

"L'été était arrivé quand j'ai pris congé du temple de la solitude et mis fin à ce séjour terrestre." (p. 211)

Références

Les anges de l'univers de Einar Mar Gudmundsson – traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson (10/18, 2001)

Les chevaliers de l'escalier rond de Einar Mar Gudmundsson

 

 

Résumé

Reykjavik, fin des années 60. On construit en masse de nouveaux immeubles. Dans un de ces immeubles habite Johann Petursson, petit garçon de sept ans. Il vient de donner un coup de marteau sur la tête d'Oli. Rassurez-vous, rien de grave. Par vengeance, Oli "désinvite" le petit garçon de sa fête d'anniversaire. Tout le roman part de là ; on est dans la tête de Johann qui vit d'autant plus mal cette "injustice" que l'oncle policier d'Oli, une sorte de montagne de muscles, doit venirà cette fête.

Johann va monter en esprit plein de stratagèmes pour pouvoir venir quand même. Finalement, il y arrive, nous décrit cette fameuse fête, puis le reste de la journée et une partie de la nuit qu'il passe avec ses copains dans un immeuble en construction. Là se produit un drame qui va faire perdre à Johann son insouciance d'enfant.

Mon avis

Pour tout vous dire, j'ai trouvé le roman sympathique (parfois il y a quelques longueurs mais bon c'est un premier roman: il faut être indulgent). L'écriture et la traduction y sont pour beaucoup: c'est vraiment un enfant de sept ans qui parle. C'est ce qui est le plus impressionnant.

La fin m'a laissé sous le choc. J'ai trouvé ça horrible parce que la gravité du fait ne s'accorde pas avec le ton de l'enfant. Je crois que c'est ce que l'auteur a voulu faire par son écriture faussement innocente (et très poétique) mais vraiment c'est dur …

Une autre critique

Papercuts

Références

Les chevaliers de l'escalier rond de Einar Mar GUDMUNDSSON – taduit de l'islandais par Eric Boury (Editions Gaïa, 2007)

Le violoncelliste sourd de Francis Malka

L'autre jour, j'étais à Paris dans le quartier latin (mon quartier favori vous vous en doutez …). Je rentre dans la librairie du Québec (que j'ai découverte en septembre dernier au festival America à Vincennes) à la recherche d'auteur inconnu de moi ; ce qui pour la littérature québécoise n'est pas trop difficile, je dois l'avouer. Et là miracle, j'en connaissais un : Francis Malka dont j'avais lu l'extraordinaire Jardinier de Monsieur Chaos l'année dernière. Voilà comment je suis rentrer en possession de ce livre et de quelques autres …
 
 
Quatrième de couverture

"Un jeune violoncelliste ambitieux se brouille avec son maître. Un projecteur se détache du plafond lors d'un concert et le blesse à la tête. Une surdité soudaine metfin à une carrière prometteuse.

Fin ? Pas tout à fait. Car, contre toute attente, l'ouïe du violoncelliste se rétablit. Suivant les conseils de Léon Honneger, son impressario, le jeune musicien concevra la plus grande imposture qu'ait vue le monde musical à ce jour : il cachera son rétablissement au monde entier et feindra la surdité afin de relancer sa carrière. Le succès est instantané. Du jour au lendemain, il devient un prodige, un phénomène qui fait courir les foules d'un bout à l'autre de l'Europe. Comment un sourd peut-il manier le violoncelle avec tant de doigté ? Et surtout, comment peut-il jouer aussi juste ?

Mais le secret est d'autant plus lourd à porter qu'il est grand. Si le violoncelliste parvient à berner tout le monde, des médias jusqu'à Clara Higgins, son accompagnatrice, il ne fait pas le poids face à ceux dont le métier consiste à démasquer les imposteurs.

C'est ainsi que, sous la menace constante que son mensonge soit révélé au grand jour, il doit maintenant obéir malgré lui aux ordres des services secrets israéliens."

Mon avis

On passe un bon moment de lecture. Il y a de très beaux passages sur la musique, la surdité, le mensonge, la guerre et la paix (un peu cynique tout de même) mais c'est moins original que Le jardinier de Monsieur Chaos. De fait, ça m'a un petit peu déçue.

L'écriture est par contre toujours aussi élégante, fine et précise (dans l'expression du ressenti du personnage principal).

Extraits

"M. Stein a conclu la première année de classe sur la note suivante : "Votre immense talent, qui vous portera très loin, n'a d'égal que votre ambition, qui vous y mènera par le mauvais chemin." Jamais personne ne m'a décrit aussi justement." (p. 18)

"Je réalise maintenant qu'un meurtrier sommeille en chacun de nous, chez certains si profondément que rien ne le réveillera, mais chez d'autres suffisament près de la surface pour qu'un jour, une menace quelconque le tire de son sommeil. L'homme n'est après tout qu'un mammifère aux instincts violents, qui, pendant des millions d'années, a tué son semblable pour survivre. La spécialisation des rôles dans la société moderne permet simplement à ceux qui ne veulent pas commettre la violence de la déléguer à d'autres, tandis que la technologie permet à ces derniers de la commettre sans se salir les mains. Derrière cette hiérarchisation et cette déresponsabilisation du meurtre, derrière la propreté clinique du bouton de mise à feu et du projectile téléguidé, derrière les discours de paix de nos dirigeants, se cachent en fait des Homo sapiens qui s'entretuent toujours à coups de pierres." (p. 187-188)

Références

Le violoncelliste sourd de Francis MALKA (Hurtubise HMH – América, 2008)

Le coeur du Mid-Lothian de Walter Scott

 

 

Quatrième de couverture

"Sans Walter Scott, et l'immense influence qu'il a exercée, Balzac, Stendhal, Hugo, Dumas n'auraient pas été les mêmes. Il a su transformer l'histoire passée, mais aussi l'époque moderne, en drame poignant. Le coeur du Mid-Lothian (1818), dont le nom désigne la prison d'Edimbourg, raconte l'histoire, qui commence en 1736, de gens simples, écrasés par l'injustice, et les efforts d'une jeune paysanne pour faire innocenter sa soeur, injustement condamnée à mort. Emeutes, dialogues pathétiques, procès, amour et violence, tous les ressorts d'une oeuvre populaire s'unissent aux tourments de la conscience, à l'héroïsme quotidien, au ton de la ballade et de l'épopée : c'est pourquoi on considère le roman comme le chef-d'oeuvre de Scott. La traduction que les romantiques avaient lue datait de 1821. Nous donnons de ce roman pour la première fois une version précise et complète."

 

Mon avis

Je suis très, très, très contente d'avoir lu ce livre.

Premièrement, normalement, je ne lis jamais de classiques (à part, scandinaves parce qu'ils n'en sont pas vraiment pour moi …) et surtout des classiques de 800 pages. Ce sont des livres qui me rappelle l'école et les lectures obligatoires. Avec ce livre, je n'ai eu aucun problème !!! J'ai découvert que je me faisais de fausses idées et qu'il y avait de très bons romans dans les classiques. J'enfonce sûrement des portes ouvertes pour certains.

J'avais choisi de lire Walter Scott car j'avais lu dans mon livre sur la littérature anglaise que c'était lui qui avait inventé le roman historique genre que j'adore par dessus tout. Ici il mêle la petite et la grande histoire :

  • l'affaire Porteous : un soldat qui a réprimé trop sévèrement une émeute qui faisait suite à la pendaison d'un contrebandier. Il est condamné à mort mais il bénéficiera d'un sursis. La population d'Edimbourg se venge en le "kidnappant" à la prison même et en le pendant ;
  • l'affaire de la famille Deans (famille fortement religieuse) inspirée d'une histoire réelle. Effie est tombée amoureuse d'un homme dont elle tombera enceinte. Le problème c'estqu'à cette époque les enfants hors mariage c'était plutôt mal vu surtout quand ils mourraient à la naissance. Ce qui est le cas ici ; elle est donc condamnée à mort pour infanticide. Sa soeur Jeanie va demander une grâce à Londres auprès de la Reine.

Son roman se déroule de manière très ingénieuse entre ces deux histoires ; ceci est dû à une écriture (et une traduction) vraiment superbe, très vivante tant au niveau des dialogues que des descriptions.

Le seul bémol que je mettrai c'est moi, qui ne suis pas familière ni avec l'histoire de l'Ecosse ni avec l'histoire des religions, j'ai eu beaucoup de mal à comprendre les parties qui entraient trop profondément dans les querelles de religion en Ecosse (il y a une introduction à ce thème dans la notice à la fin du livre ; à mon avis à lire avant de commencer le roman).

En conclusion, c'est un très, très bon roman qui donne envie de lire plus de Walter Scott.

D'autres avis

Ceux de Madame Charlotte, de Cryssilda et d'Isil

Extrait (c'est la morale qui résume tout le livre)

"Cette histoire n'aura pas été racontée en vain, s'il apparaît qu'elle illustre une grande vérité : que le coupable, bien qu'il puisse atteindre à la splendeur temporelle, ne goûtera jamais le vrai bonheur ; que les conséquences néfastes de nos crimes survivent longtemps à leur accomplissement et, tels les fantômes des gens assassinés, hantent à jamais les pas du malfaiteur ; et que les voies de la vert, si elles conduisent rarement à la grandeur terrestre, mènent toujours à une vie agréable et paisible."

Références

Le coeur du Mid-Lothian (La prison d'Edimbourg) de Walter SCOTT – traduction nouvelle de Sylvère Monod (Folio, 1998)

Mon voisin de Milena Agus

 

 

Résumé

Sardaigne. Il fait chaud. Une femme seule dans un appartemet avec un enfant qui ne parle pas. Séparée de son voisin par un mur où dessus il y a des tessons de bouteilles. Seule, elle s'imagine le suicide parfait. Elle pense "mon fils sera dans une meilleure famille sans moi".

Un jour, le mur est dégagé de quelques tessons : le voisin et elle commence à sympathiser. Les jours passent, il y a de moins en moins de tessons de bouteilles ; le voisin et son fils sont rentrés dans la vie de la jeune mère et de son enfant pour éclairer leurs avenir …

Mon avis

J'aime l'écriture de Milena Agus, comment elle parle de la Sardaigne. Quand il pleut, il suffit de lire un de ses livres pour être au chaud sous le soleil de l'Italie. Mais par contre, comme pour Mal de pierre, je n'arrive pas à adhérer à l'histoire. Pour les deux livres, je me suis dit "Oui bon, et alors ?". C'est sympathique mais sans plus ; je ne crierai pas au chef d'oeuvre. 

Autres avis

Celui de Bellesahi

Références

Mon voisin de Milena AGUS – traduit de l'italien par Françoise Brun (Liana Levi – Piccolo, 2009)

Le vampire de Ropraz de Jacques Chessex

 

 

Quatrième de couverture

"En 1903 à Ropraz, dans le Haut-Jorat vaudois, la fille du juge de paix meurt à vingt ans d'une méningite. Un matin, on trouve le cercueil ouvert, le corps de la virginale Rosa profané, les membres en partie dévorés. Stupéfaction des villages alentour, retour des superstitions, hantise du vampirisme. Puis, à Carrouge et à Ferlens, deux autres profanations sont commises. Le nommé Favez, un garçon de ferme, est le coupable idéal. Condamné, emprisonné, soumis à la psychiatrie, on perd sa trace en 1915. A partir d'un fait réel, Jacques Chessex donne le roman d'une fascination meutrière. Qui mieux que lui sait dire la "crasse primitive", les fantasmes des notables, la mauvaise conscience d'une époque ?

Mon avis

Je découvre Jacques Chessex avec ce livre et c'est une belle découverte : je vais sûrement me laisser tenter par son dernier livre Un Juif pour l'exemple chez Grasset.

Plus que l'histoire (qui est bien mais comme il paraît que c'est un fait divers ce n'est pas vraiment de lui … ou en tout cas je ne sais pas ce qu'il a inventé), c'est l'atmosphère que l'auteur a su mettre dans ce livre qui m'a séduite. J'avais l'impression d'étouffer dans cette région de Suisse, de ressentir l'angoisse des habitants face au vampire, le soulagement d'avoir un coupable (je dirais plutôt un bouc-émissaire …). Là encore, un final à couper le souffle (je crois que c'est ça qu'il a inventé). Un petit bémol, il y a des descriptions un peu trop sordides pour moi (par exemple, celles des chairs découpées) : c'est ce qui m'empêche d'en faire un coup de coeur.

Références

Le vampire de Ropraz de Jacques CHESSEX (Livre de Poche, 2008)