Le porteur de flambeau de Arvo Valton

LePorteurDeFlambeauArvoValtonC’est un livre que j’ai découvert complètement en fouillant sur internet car oui, il fallait absolument que je lise un auteur estonien. Je l’ai donc fait venir à la bibliothèque sans avoir vu que sur la couverture il y avait écrit nouvelles. J’étais un peu déçue en revenant avec le livre à la maison mais il s’est avéré qu’au final c’est une très bonne surprise car les nouvelles sont très bien troussées.

Si j’ai bien compris la préface, ce recueil est un recueil fabriqué par l’éditeur française pour faire connaître l’auteur. On peut donc penser que c’est un choix des « meilleures nouvelles ». Il y a donc onze nouvelles, et à mon avis aucune n’est plus faible que l’autre. Elles sont différentes tout en formant un tout cohérent. Il n’y a donc rien à redire quant à cette création de l’éditeur.

Arvo Valton, né en 1935 à Tallin, a écrit la plupart de ses textes lorsque l’Union Soviétique occupait encore son pays. Il s’est fait une spécialité de croquer des situations quotidiennes, en y introduisant de l’absurde, du farfelu. Je vais essayer de faire un résumé d’une phrase pour chaque nouvelle :

  •  Le porteur de flambeau : un homme se réveille dans une morgue et essaie d’expliquer au gardien qu’il doit sortir car il n’est pas vraiment mort.
  • Dans une ville étrangère : un homme trouve le cadavre de son meilleur ami, qu’il ne connaissait pas, dans une ville étrangère. S’en suit un dialogue de sourd avec la police.
  • Le collet : un homme se retrouve devant un piège absurde au milieu d’un champ et se demande qui peut bien tomber dedans.
  • Le messager : un homme arrive, sur son cheval, dans une ville en prétendant avoir un message. Toute la ville est dans l’expectative de connaître ce fameux message …
  • Le tonneau : un homme décide d’habiter dans un tonneau pour montrer à l’humanité qu’on peut se contenter de peu mais l’administration tatillonne lui cherche des noises.
  • Le courant d’air (c’est ma préférée) : l’appartement d’un couple se retrouve envahi par des passants qui ne veulent plus faire le tour de l’immeuble et prennent donc le chemin le plus direct (quoique, ils montent jusqu’au troisième étage tout de même).
  • Tous comprenaient : un homme arrive au travail et décide de ne pas travailler, boit, s’endort sur sa table de travail … Tout le monde se demande dans l’entreprise ce qui se passe.
  • Événement littéraire à Mustamäe : un homme cherche désespérément son codétenu, un écrivain espagnol, pour lui rendre les affaires qu’il a oubliées en prison. Le problème est qu’il arrive un peu tard.
  • Le gâteau : un jeune couple veut choisir un gâteau dans une pâtisserie. Le vendeur un peu spécial leur en déconseille un qu’ils prendront tout de même.
  • Les harengs : un homme croise une femme dans un parc qui essaie de le persuader qu’elle n’est pas un hareng.
  • L’amour à Mustamäe (la plus jolie et originale) : un homme emménage dans un appartement, tombe amoureux de sa voisine d’en face d’un amour bien particulier dont naîtra une petite fille.

Comme il est dit dans la préface, l’auteur mêle à son récit qui peut paraître absurdes, des détails réalistes, clin d’œil à la réalité estonienne, compréhensible par ceux qui la vivent. Clairement, ce sont des allusions qu’un lecteur francophone lambda ne peut pas comprendre facilement. Pourtant ces nouvelles valent le coup d’être lu.

Pour admirer l’art de l’auteur en premier lieu. Enfin une personne qui respecte l’idée qu’une nouvelle est un récit ramassé. avec un nombre restreint de personnage, avec une véritable histoire à l’intérieur. (Je trouve qu’il y a beaucoup d’auteurs qui pensent que les nouvelles sont des bouts de romans, que l’on peut laisser voguer les personnages, ne donner aucune fin, même ouverte au texte ; c’est ce qui me déprime en général dans les nouvelles). Ici, on a 11 nouvelles pour 180 pages avec une mise en page aérée. Chaque nouvelle créé un/son univers. Il n’y en a pas une qui n’a pas une chute, un détail qui fait sourire.

J’en viens à la deuxième raison de pourquoi ces nouvelles doivent être lus : pour pouvoir sourire à des petits détails de rien du tout, à des petites trouvailles qui vous font voir un court moment votre monde autrement. Comme je l’ai écrit, Le courant d’air est ma nouvelle préférée. Pendant ma lecture, d’abord je souriais bêtement (je crois que j’ai fait un adepte de mon livre dans le RER) mais en plus je m’imaginais la scène. Cela aurait pu tout à fait se produire. Qui n’a jamais vu un chemin non officiel, tracé à force de passage, dans les bois, dans les parcs par exemple.

Une très bonne excursion dans la littérature estonienne.

Références

Le porteur de flambeau de Arvo VALTON – préfacé et traduit par Antoine Chalvin (Éditions Viviane Hamy, 1992)

Le chasseur de Viken Klag

LeChasseurVikenKlagPremière chose : je vous souhaite, à vous qui passez par ici, ainsi qu’à vos proches, une bonne année, la santé et le bonheur. Cette année est l’année où je deviendrais tatie pour la première fois (en mai normalement). Je suis donc ravie.

Deuxième chose : les vacances se terminent. Je n’ai pas comblé mes billets de retard, tant au niveau des romans que des BD. J’ai surtout scanné mes magazines pour pouvoir gagner de la place (j’en ai autant que de livres …) Je me suis remise un peu au russe. J’ai travaillé mon allemand (pas mes cours d’allemand par contre). Donc c’est cool. Ce qui m’a remotivé, c’est que j’ai commencé à lire un livre extraordinaire : Fluent forever d’un chanteur d’opéra qui prend plaisir à apprendre les langues (un peu comme Benny Lewis si vous connaissez). Je trouve que ces conseils sont très concrets et donc cela m’a donné envie d’essayer. Je pense que j’en parlerais sur le blog car il est vraiment très intéressant. L’année commence bien pour l’instant !

L’année commence bien aussi au niveau lecture car j’ai fait une bonne pioche à Gibert en me basant uniquement sur la couverture.

Le chasseur est une nouvelle de 70 pages publiée sur un très beau papier (très agréable au toucher, avec une belle couleur) et illustrée par des photographies. Le livre se termine par une explication de la vie de Viken Klag. J’avoue que les photos et la postface ne m’ont pas trop parlées. Par contre, le texte est formidable. Il a été publié pour la première fois dans le recueil Le Mystère des montagnes, en 1934 mais c’est la première traduction française.

La nouvelle commence par cette phrase qui m’a tout de suite accrochée

J’ai ouvert les yeux et le monde m’est apparu bien trop étroit.

L’auteur, dans un récit autobiographique, raconte son enfance dans le massif du Sassoun à l’est de la Turquie. Il était un enfant remuant, il pouvait détruire les récoltes de ses voisins par exemple. Il ne rêvait que d’une chose chasser, parcourir les montagnes de sa région. Rester au village en attendant le retour de son père et de ses frères ne lui allait pas. Il n’était pourtant encore qu’un enfant. Il désobéissait, se prenait des sacrés roustes mais il ne comprenait pas et continuait à n’en faire qu’à sa tête. C’est la partie de la nouvelle qui m’a le plus plu car j’ai trouvé que l’auteur arrivait parfaitement à rendre une atmosphère de paradis perdu mais surtout de liberté, de la soif de vivre du petit garçon.

La nouvelle présente ensuite son entrée dans l’âge adulte, son premier émoi amoureux, sa première chasse et surtout comment il va devenir écrivain. Cela m’a fait moins rêvé que la première partie. Pourtant, l’auteur arrive à présenter les quinze premières années de sa vie, sans aucune transition, sans ellipses artificielles (cinq ans après … ). Ce qui frappe à la lecture, j’ai trouvé, c’est la continuité dans le mode de pensée (due à une continuité dans le mode de narration). Tout se fait naturellement. Jamais le narrateur ne se plaint de ce qu’a été sa vie ou de ce qu’elle est aujourd’hui. À la lecture, je me suis dit que j’aurais aimé rencontré l’auteur pour savoir ce qu’il avait conservé de son paradis perdu.

C’est une petite nouvelle qui souffle un vent d’air frais et de liberté sur cette nouvelle année. Je vous la conseille.

Références

Le chasseur de Viken KLAG – traduit de l’arménien par Papken Sassouni – postface de Anahide Ter Minassian – photographies de Izabela Schwalbé (Collection diasporales / Éditions Parenthèses, 2014)

P.S. J’espère qu’ils vont traduire les autres nouvelles du recueil …

En coulisses de Evguéni Zamiatine

EnCoulissesZamiatineCe recueil regroupe trois textes. Une sorte d’essai : En coulisses (1929), un résumé d’une conférence Psychologie de la création et une nouvelle Un dragon (1918). Le tout est précédé d’une biographie de l’auteur.

Les deux premiers textes parlent du même sujet : la création littéraire. Le premier se focalise plutôt sur l’œuvre de l’auteur tandis que l’autre a une vocation plus didactique. Dans l’ensemble, ils présentent et approfondissent les mêmes idées :

  • on distingue l’art mineur et l’art majeur, « la création artistique » et le « métier artistique ». Le deuxième s’apprend et le premier est inné, sauf que pour pratiquer le premier, il faut avoir appris le deuxième. Ainsi, un auteur doit connaître ce qui l’a précédé, l’avoir analyser, compris et digérer pour pouvoir apporter sa pierre à l’édifice, une pièce nouvelle dans la forme et dans le fond mais qui fait suite à ce qui précède.
  • un auteur doit savoir suivre une pensée et surtout un cheminement d’image (il y a une illustration magnifique dans le livre de ce principe). L’imagination ne doit pas être contenue. C’est un art que l’on possède quand on est destiné à la création artistique mais il doit être pratiqué pour s’améliorer.
  • La création littéraire est affaire d’imagination et de subconscience plutôt que de conscience. Il faut savoir endormir, « hypnotiser » celle-ci pour laisser parler les deux autres. L’auteur illustre son propos en citant son cas personnel. À la suite d’une conférence où il avait disséqué le processus de création, il n’arrivait plus à écrire car il se regardait faire : il était conscient. Il n’a pu reprendre l’écriture que quand il a pu de nouveau oublier. Il explique qu’aucun auteur ne peut raconter comment il fait car il ne s’en rend pas compte lui-même.

Le premier texte se clôture par une tirade qui m’a  fait beaucoup rire :

Je perds beaucoup de temps, sans doute bien plus que le lecteur n’en a besoin. Mais le critique, lui, en a besoin — le critique le plus exigeant et le plus tatillon que je connaisses : moi-même. Ce critique-là, je n’arriverai jamais à le berner, et tant qu’il ne m’a pas dit que j’avais fait tout ce qu’il était possible de faire, impossible de mettre le point final.

S’il y a encore d’autres avis dont je tiens compte, ce sont ceux de mes camarades dont je sais qu’ils savent comment se fabriquent un roman, un récit, une pièce. Eux-mêmes l’ont fait, et bien fait. Il n’existe pas pour moi d’autres critiques, et je ne comprends pas comment il peut y en avoir. Imaginez que débarque dans une usine, sur un chantier naval, un jeune effronté qui n’a jamais dessiné le plan d’un navire de toute sa vie, et qu’il commence à expliquer à l’ingénieur et aux ouvriers comment construire un bateau : on le flanquerait dehors séance tenante.

Par bonté d’âme, nous n’en faisons rien lorsque de jeunes individus de ce genre nous empêchent parfois de travailler, au moins autant que des mouches en été…

Un dragon est une nouvelle très courte (4 pages), que les éditeurs présentent comme une illustration des principes présentés précédemment. À mon avis, il s’agit d’un récit allégorique présentant l’évolution de la Révolution après 1917. On admire la manière dont l’histoire est racontée (je suppose pour éviter la censure) mais surtout la virtuosité de la langue manipulée par Zamiatine. La pensée file à une vitesse impressionnante ; on ne se rend pas compte du changement d’idées, de perspectives, de comment l’histoire à évoluer. C’est un texte de 4 pages éblouissant de maitrise.

Les propos de Zamiatine sont emprunt de bons sens et sonnent justes. Il parle de ce qu’il connaît et ne théorise pas. C’est ce qui fait de ce recueil de texte un livre particulièrement intéressant. Par contre, je ne connais pas assez son travail pour savoir de quelle manière il s’inscrit dans son œuvre.

Références

En coulisses de Evguéni ZAMIATINE – traduit du russe par Sophie Benech (Éditions interférences, 2014)

Rue involontaire de Sigismund Krzyzanowski

RueInvolontaireSigismundKrzyzanowskiJ’ai profité de mon jardin les deux derniers jours pour lire des petits livres de ma PAL dont celui-ci acheté au dernier salon du livre. Je vous ai parlé de Sigismund Krzyzanowski ici et ici. C’est un livre d’une cinquantaine de pages, contenant trois textes : Rue Involontaire, La clepsydre, Le feutre gris et des extraits du carnet de l’écrivain. Le manuscrit de Rue involontaire a une histoire assez extraordinaire vu qu’il a été restitué par le FSB (ex-KGB) en 1995 mais n’est apparu qu’en 2012 sur la fiche de l’inventaire du fonds Krzyzanowski, aux archives littéraires russes. Dans la préface, la traductrice Catherine Perrel explique les raisons possibles de cette disparition de plus de 20 ans. On connaissait l’existence de ce texte car il était mentionné dans une lettre de 1933 mais il n’avait jamais été retrouvé.

La rue involontaire est une rue dans le quartier de l’Arbat (rue commerçante de Moscou) où « quelques coudes zigzaguant avaient « involontairement » formé une petite rue ». Rue Involontaire a apparemment un grand caractère autobiographique car l’auteur vivait dans le quartier et était aussi alcoolique (c’est léger à mon avis comme preuve). Le texte est composé de sept lettres écrit par un homme seul et alcoolique (donc), qui timbre ses lettres (reste des jours où on payait la vodka en timbre et non en argent) et les envoie par sa fenêtre de toi. Il ne choisit que des destinataires dont il ne connaît pas le nom : l’homme sur les timbres, le facteur, le monsieur qui a sa lumière allumée même tard le soir, le monsieur qui a le plus grand nombre de sonnerie (dans les appartements communautaires, il y avait soit plusieurs sonneries pour une même porte, soit une sonnerie avec un code en morse pour savoir à qui la visite est destinée : le destinataire de la lettre a quand même six longs coups de sonneries). Dans ses lettres, l’auteur accompagné de son « coauteur, la vodka » exprime sa solitude et parle du fait que l’alcool l’aide non pas à oublier mais à supplier. Comme c’est Krzyzanowski, c’est drôle, bien tourné et plein d’esprit. On ne peut que féliciter la traductrice que de savoir retranscrire cela. La lettre à « l’homme du timbre » débute par les mots suivants :

Je vous vois dans votre petite fenêtre de papier verte. Vos épaules dépassent au-dessus du rebord strié et votre tête redressée est couverte d’un calot de toile. Et voilà que je vous colle vous-même sur la lettre que je vous adresse. Moi qui suis incapable d’adhérer à quoi que ce soit. Ça ne colle jamais. Car je ne suis pas un type collant.

Personnellement, j’admire ce style où on peut changer complètement d’idée en 5 lignes, de parler de soi sans en avoir l’air, de jouer sur les mots. C’est juste magnifique et tout le texte est comme cela. Je vous le conseille vivement.

La clepsydre parle aussi d’alcool puisque le texte parle en trois pages exactement d’un homme qui pour mettre à profit son talent pour la boisson décide de devenir une horloge par rapport à son état au fur et à mesure de ses beuveries et ainsi de se faire employer dans un bureau. Il s’entraîne ainsi à boire à partir de l’heure de prise de service et à rouler par terre quand il est l’heure de la fin du travail. Cela marche très bien car les horloges avec une précision à la minute coûte très chère. Cette nouvelle est un chef d’œuvre de concision, d’humour noir et la chute est brillante.

Le feutre gris parle d’un chapeau qui passe de tête en tête et qui provoque, la plupart du temps, le suicide de son propriétaire car il contient le syllogisme « À quoi bon ? » (j’avoue que je n’ai pas compris en quoi c’était un syllogisme, si quelqu’un de moins bêtes pouvaient m’expliquer) provoquant soit des questionnements sans fin, soit une absence de réaction chez l’humain à cause de têtes vides (pas un pensée, rien pour résister à « À quoi bon ? »). Ce  que j’ai beaucoup aimé dans ce texte, c’est justement les commentaires du narrateur sur ses têtes vides :

Plus mort que vif, évoquant un village qui vient d’être dévasté par la peste, le cerveau du vieil homme n’était peuplé que de rares pensées-invalides et pensées-retraitées. Elles recevaient leur maigre pension en approbations, accolades amicales, « ça, c’est sûr, mon vieux », « vas-y, raconte encore », mais se déplaçaient en s’appuyant sur des béquilles logiques, clopin-clopant. Quand Àquoibon fit irruption, les invalides neuronaux allèrent tous se cacher dans leurs trous, et le cerveau fut livré à son plein pouvoir.

La conclusion du texte (« chapitre » 9) fait intervenir l’auteur, plein d’esprit, mais surtout la chute est pleine d’humour. C’est rare de trouver un auteur qui à partir d’une histoire banale peut avoir un tel recul et un tel humour.

Les extraits des carnets de l’écrivain représentent quelques pages, entre les textes, où sont notées quelques pensées (une phrase à quelques phrases) que l’auteur notait donc dans ses carnets. Ma préférée est :

Cette vision du monde ne correspond pas à mes dioptries.

J’espère que vous serez d’accord avec moi qu’il faut que vous lisiez Krzyzanowski. Ce recueil est vraiment très bien pour commencer, croyez-moi (j’espère vous avoir convaincu en tout cas).

Une critique sur La Cause littéraire.

Références

Rue Involontaire de Sigismund KRZYZANOWSKI – traduction du russe et préambule par Catherine Perrel (Verdier, 2014)

Taxi Driver sans Robert de Niro de Fernando Ampuero

TaxiDriverSansRobertDeNiroAmpueroEncore une courte nouvelle (27 pages) publiée chez Zinnia.

Ici on est au Pérou. Le narrateur a perdu son travail d’assistant juridique car je cite :

les avocaillons spécialisés en droit du travail ne trouvaient plus de clients, car le nouveau gouvernement se fichait pas mal des grèves et de la stabilité du monde du travail.

En plus, son fils a une maladie dégénérative qui l’empêche de tenir sa tête correctement. Tout cela fait que quand il a perdu son travail, le seul métier logique pour lui a été taxi car il avait une voiture, une Pontiac.

Pour arrondir les fins de mois, notre narrateur dépouille et vend les personnes en état d’ébriété qu’il prend dans son taxi. La nouvelle raconte une aventure qui lui est arrivé en faisant cette besogne.

Ce qu’il faut d’abord savoir, c’est que vous n’avez jamais le point de vue des victimes des vols. Ils vous sont présentés derrière la vitre du taxi. D’autre part, le chauffeur de taxi est sympathique. On a tout de suite un peu pitié de lui car il a et a eu beaucoup de soucis : perte de son travail, enfant malade, ramener beaucoup d’argent à la maison même en temps de crise. On ne peut qu’être en empathie avec lui.

Pourtant la morale dit qu’il ne faut pas le faire. On ne peut pas être d’accord car il profite de gens qui sont en état de faiblesse. L’autre jour, je lisais que des touristes chinois s’étaient fait dépouillés sur la partie nord du RER B (c’est à Paris pour ceux qui ne connaissent pas). Je me suis dit pauvres touristes chinois, venir si loin pour subir cela. Je n’ai pas plaint les voleurs, qui pourtant vu où cela s’est passé ont sûrement aussi des problèmes du type de ceux de notre chauffeur de taxi. Dans cette nouvelle, j’ai plaint le chauffeur et pas ses victimes. Déjà en réussissant cela, Fernando Ampuero nous situe dans un autre système de valeur, dans un autre pays, un pays où les frontières du bien et du mal sont brouillés. En réfléchissant, on ne peut être que bien triste pour ce pays.

Dans l’aventure qui est arrivé à notre chauffeur de taxi, le phénomène est encore amplifié car un fait plus grave se passe et il devient le héros de toute une bande de gens. Il ne sera pas puni pour ce qu’il a fait alors qu’en France, ce serait un délit.

Pour résumer, la quatrième de couverture parle de « conte politique à forte dimension critique d’un société péruvienne déliquescente ». C’est exactement cela : un pays où il n’y a plus de société puisque chacun fait de son mieux pour s’en sortir.

Références

Taxi Driver sans Robert de Niro de Fernando AMPUERO – traduit de l’espagnol (Pérou) par Aurélie Bartolo (Zinnia Éditions, 2013)

Le brave Gaspard et la belle Annette de Clemens Brentano

LeBraveGaspardEtLaBelleAnnetteClemensBrentanoJ’écoutais l’autre jour une émission télé (je ne regardais pas puisque je travaillais) sur le Rhin, fleuve qui a inspiré beaucoup de romantique allemand. Tout à coup, ils se sont mis à parler littérature et entre autre à citer le mythe de la Lorelei. J’ai lu un livre récemment qui en parlait d’où mon oreille attentive au sujet. Ils disaient que le premier à en avoir parlé c’était Clemens Brentano. Première chose : je ne connais rien aux romantiques allemands donc je n’en avais jamais entendu parler. D’où recherche sur internet puis achat d’un livre qui est plutôt une nouvelle et qui ne parle pas de la Lorelei. Voilà, voilà …

Je vous ai déjà présenté plusieurs livres de cette série. Ce sont des « livraisons » choisies par un auteur sur un sujet particulier. Ici Pierre Péju a choisi six textes sur « La traversée du romantisme » dont Le brave Gaspard et la belle Annette. D’après la préface, Clemens Brentano (1778-1842) était un joyeux excentrique qui changeait d’avis tout le temps, en amour comme dans la vie de tous les jours. Il pouvait défendre une théorie un jour, soutenir le contraire le lendemain. Sur la fin de sa vie, il est même devenu mystique. D’après Pierre Péju, « comparée à ses longs récits […] dont le style est parfois embrouillé et la construction complexe », cette nouvelle « inspirée de faits réels, frappe par sa simplicité ».

Se promenant dans la vie un soir, le narrateur de l’histoire est attiré par un attroupement autour d’une vieille femme qui s’installe sur la pas de la maison ducale pour dormir. Les passants essaient en vain de l’en dissuader. Le narrateur décide de rester pour lui tenir compagnie et qu’elle lui raconte son histoire. Il est fortement impressionner par la volonté de la vieille (plus de quatre vingt ans tout de même) et surtout par sa piété. Elle vient voir sa filleule la belle Annette pour lui annoncer le suicide son petit-fils, le brave Gaspard, à qui la jeune femme était plus ou moins fiancé.

Le narrateur demande des explications sur ce suicide. Il s’avère que le petit-fils était obsédé par l’honneur, dont il parlait sans cesse à son père et son beau-frère, qui selon lui en manquait parfois. En fait, à mon avis, il ne s’entendait tout simplement pas avec eux. Quand on a ce genre de préoccupation, le mieux est d’aller à l’armée. C’est ce qu’il a fait et où il s’est distingué. Il vient montrer ses nouveaux galons à sa famille mais là lui arrive une aventure qui le poussera au suicide, à cause de son fameux honneur. La préoccupation de la vieille est de procurer à son petit-fils une tombe chrétienne au près de sa mère et de la belle Annette.

On se pose des questions au début parce que Annette ne semble pas devoir mourir demain et qu’en plus elle est susceptible de se marier. Ce que j’avais oublié, c’est qu’on est en plein romantisme donc on se rend compte au fur et à mesure du récit qu’Annette va bien mourir le lendemain elle aussi pour une question d’honneur. La demande de la vieille est donc bien légitime. Le narrateur va alors tout tenter pour la faire aboutir.

C’est un livre romantique car à la fin, tout le monde meurt sauf trois personnages. Le récit prend plutôt la forme d’un conte genre « il était une fois » « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». J’ai adoré parce que c’est follement original (jamais lu cette histoire ailleurs), le style est simple mais efficace (cela aurait pu avoir été écrit aujourd’hui). Il n’y a pas de longueurs grâce à une construction habile et des éléments disséminés dans le texte pour pousser à la lecture.

Une bonne découverte à mon avis !

Références

Le brave Gaspard et la belle Annette de Clemens BRENTANO – traduction par Gabrielle Buffet Picabia – préface de Pierre Péju (Mercure de France, 1997)

Deux nouvelles de Alberto Barrera Tyszka

Il y a une ou deux semaines, Magali Homps, une des responsables de la maison d’édition Zinnia, a mis un commentaire sous mon billet de La Maladie de Alberto Barrera Tyszka, m’expliquant que sa maison d’édition avait fait paraître deux nouvelles de cet auteur et que peut-être elles pourraient me plaire.

Intriguée, j’ai découvert sur leur site que Zinnia est une maison fondée en 2013, à Lyon, qui se consacre exclusivement à la promotion et à la diffusion des littératures latino-américaines. J’ai donc feuilleté le catalogue parce que quitte à commander des livres, autant ne pas en commander deux. Finalement, j’ai utilisé mon compte PayPal pour en commander trois. Les ouvrages sont disponibles en papier et en numérique (ils sont moins chers alors). J’ai choisi le papier car le site dit qu’un soin particulier est accordé à la création du livre.

J’ai reçu les trois livres dans la semaine. Première constatation : en effet, ils sont très beaux. Ce sont des nouvelles donc ce sont des petits formats. C’est un peu le même type de texte que l’on vend avec les magazines féminins ou Le monde l’été sauf que là, c’est une maison d’édition qui le fait, par des gens qui lisent et donc ils savent que un beau texte est lu et gardé dans une bibliothèque et ne doit pas tomber en ruine au bout de deux lectures. Ils sentent, ils sont cousus, les couvertures sont discrètes et de bon goût avec un léger relief, le papier est épais, la police est à la bonne taille. Un livre quoi, pas un assemblage de papier.

J’ai lu cette semaine les deux nouvelles de Alberto Barrera Tyszka. J’en ai préféré une par rapport à l’autre.

CorrespondanceDesAutresLa Correspondance des autres est l’histoire d’un professeur qui décide d’aller enseigner bénévolement la littérature dans une prison de Caracas. Il va avoir des élèves, tous volontaires, qui vont l’écouter. Jusqu’au jour où une émeute va se produire et va bouleverser la vie du professeur mais aussi de ses nouvelles.

Le texte fait une vingtaine de pages et j’ai eu du mal à comprendre ce que l’auteur avait bien pu vouloir signifier. À mon avis, le texte parle de l’importance de la maîtrise de la parole et de l’écrit et surtout du pouvoir que cela donne par rapport à ceux qui ne l’ont pas (ou qui l’on perdu). Le texte, à travers les différentes situations et les différents personnages, envisage ces situations. La dernière image du livre est inoubliable et très significative.

C’est un texte, bien écrit et bien amené. Il fait passer beaucoup d’idées en très peu de pages. Cela aurait peut être demandé plus de pages.

Je dis cela car la veille j’avais lu Balles perdues, plus longe puisqu’il fait une cinquantaine de pages. Je vous recommande absolument ce deuxième texte. Balles perdues est l’histoire d’un père qui voit à la télé son fils aîné se faire tirer dessus lors d’une manifestation et disparaître dans la foule. Le choc est d’autant plus que personne ne comprend ce qu’il faisait dans cette manifestation politique puisqu’il était le plus apolitique de la famille.

BallesPerduesLa famille après vérification s’inquiète et voudrait savoir ce qu’il est devenu. Elle va voir les hôpitaux, les morgues, la télévision (pour voir s’il n’y aurait pas d’autres images qui en disent plus). Rien, pas de nouvelles. Cependant, la famille se divise sur la stratégie à apporter : aller voir les télévisions, oui mais lesquelles, celles pro-gouvernement, celles anti-gouvernement ? On voit les dissensions arriver, chacun choisissant sa voie mais surtout il y a un grand absent dans le texte, c’est le disparu. La chute est d’autant plus marquante pour le lecteur.

En peu de pages, l’auteur passe d’un thème un peu thriller (dans le sens d’évènement palpitant), au drame familial, à la chronique des divisions d’un pays et de l’influence des médias sur les gens. On ne perd jamais le fil même en véhiculant autant d’idées, l’histoire est menée de mains de maître. Tout est logique et naturel. C’est une vraie nouvelle avec un fond intéressant et mémorable.

C’est un très bon texte. Si toutes les nouvelles étaient comme cela …

Références

La correspondance des autres de Alberto Barrera Tyszka – traduit de l’espagnol par Nicole Rochaix (Zinnia Éditions, 2013)

Balles perdues de Alberto Barrera Tyszka – traduit de l’espagnol par Nicole Rochaix (Zinnia Éditions, 2013)

Deux nouvelles de Eduard von Keyserling

VersantSudEduardVonKeyserlingJ’ai toujours voulu lire Eduard Von Keyserling depuis la première fois que j’en ai entendu parler. Depuis un an, quoi. Depuis la sortie du Thesaurus. Puis je me suis dis que ce n’était pas raisonnable d’acheter toutes les œuvres si aucune ne me plaisait. J’ai pris donc deux poches : Versant Sud (1914) et Été Brûlant (1904).

Ils ont rempli leur rôle en me mettant du baume au cœur et surtout plein de petites paillettes dans les yeux. Parce que c’est très bien écrit. Parce que ce sont deux histoires d’un autre âge, d’un temps qui n’existera plus dans pas très longtemps (pour cause de Première Guerre mondiale) et on le sent dans la narration.

Été brûlant est l’histoire de Bill, un jeune comte, qui vient de rater son bac et qui est condamné à passer les mois de vacances avec son père pour potasser (je trouve très drôle les parents qui réagissent comme cela ; peut être qu’il fallait le faire avant, non ?). Sa mère et les autres enfants partent de leur côté. Cela promet de mauvaises vacances car son père est un être qui a toujours été froid avec sa famille. La seule chose réjouissante est la jolie cousine du domaine d’à côté. Le problème est qu’elle va se marier bientôt et dixit la quatrième de couverture, cela va « précipiter le jeune comte et son père dans la tragédie ». Il y a longtemps que j’ai lu Premier Amour mais à mon avis il s’est un peu inspiré.EteBrulantEduardVonKeyserling

Versant Sud est l’histoire de Karl Erdmann von Wallbaum, jeune soldat qui revient voir sa famille pendant une permission. Il est heureux de retrouver sa famille mais surtout une amie de sa mère qui est hébergée chez eux. Tous les hommes de la maison sont amoureux d’elle et elle le leur rend bien minaudant quelque peu. Sauf avec Karl, qu’elle semble considérer comme un frère alors que pour lui son amour est le meilleur. Cette fois-ci, il a un atout dans sa manche : pendant sa permission, il a prévu un duel (le problème datant d’avant la permission). Il espère qu’elle saura l’aider dans ce qu’il présente comme ses derniers instants.

Rien qu’en racontant les livres, on voit bien que Versant Sud est une œuvre plus complexe que Été brûlant (cela fait titre de soap américain je trouve). Pourtant Eduard von Keyserling a écrit ces textes dans sa période mature je pense puisqu’il est né en 1855 et mort en 1918. Il appartient au courant de l’impressionnisme allemand (je pensais que c’était un mouvement uniquement pictural)(c’est pour montrer mon inculture mais vous pouvez lire des explications dans le wikipedia allemand ou dans le wikipedia anglais)(ou si quelqu’un veut m’en donner). Ses histoires se passent dans la Courlande, région ouest de la Lettonie d’aujourd’hui (c’est une région qui était sous domination russe au moment où Keyserling écrit ses nouvelles).

À mon avis, ces deux textes sont une très bonne introduction à cet auteur, dans le sens où la lecture, rapide, en est très agréable et où ils donnent envie de tout lire de l’auteur (tout cela pour dire que je me suis achetée le Thesaurus).

Références

Été Brûlant de Eduard von KEYSERLING – roman traduit de l’allemand par Jacqueline Chambon et Peter Krauss (Babel / Actes Sud, 2001)

Versant Sud de Eduard von KEYSERLING – roman traduit de l’allemand par Jacqueline Chambon et Peter Krauss (Babel / Actes Sud, 2001)

Un siècle de littérature européenne – Année 1904
Un siècle de littérature européenne – Année 1914

Sang réservé suivi de Désordre de Thomas Mann

SangReserveThomasMann

Lewerentz, par un de ses commentaires, m’a donné envie d’ouvrir un des Thomas Mann de ma PAL. Comme je n’allais tout de même pas commencer par La Montagne Magique, j’ai choisi ce recueil de deux nouvelles.

La première nouvelle, Sang réservé, est assez connue en France car bien qu’écrite en 1905, publiée en 1921 en Allemagne, elle a été publiée en France en 1931 quelques mois après La confidence africaine de Roger Martin du Gard qui traitait du même thème, l’inceste entre un frère et une sœur. J’ai lu le livre de Roger Martin du Gard (personnellement je vous le conseille) mais le texte de Thomas Mann est totalement différent. On est dans une famille bourgeoise au début du XXième siècle en Allemagne. Le père s’est enrichi à la force du poignet et subit les légères moqueries de ses quatre enfants, Kunz, Marit, Siegmund et Sieglind, qui sont habitués aux choses les plus raffinées. Les deux derniers, nommés d’après la Chanson des Nibelungen, sont des jumeaux inséparables. Or, Sieglind doit se marier très prochainement avec un homme dénué de tout ce qui plaît au goût luxueux des jeunes gens. Pour fêter leurs derniers moments ensemble, ils iront voir un opéra de Wagner qui les transportera.

Écrite en 1925, la deuxième nouvelle a un sujet plus classique. Dans l’Allemagne des années 20, subissant de plein fouet l’inflation, des jeunes gens de bonne famille, d’une vingtaine d’années, invitent leurs amis pour se distraire. Participe à la fête les deux autres enfants des parents âgés de cinq ans, la mère et le père qui s’isole au début de la nouvelle puis se mêle à la fête pour mieux observer la nouvelle génération. Un drame se produit : la petite chérie du père tombe en amour pour un ami de son grand frère.

J’ai énormément aimé ces deux nouvelles, même si clairement pour la première nouvelle, j’ai manqué de références culturelles. Ce qui m’a impressionné, c’est l’écriture de Thomas Mann. Il arrive à recréer le contexte historique de manière très fine en utilisant un intérieur de maison bourgeoise et des relations familiales identiques dans les deux nouvelles. En effet, les deux textes mettent en avant une nouvelle génération décidée à perdre son indépendance par rapport à la précédente : elle veut s’amuser, s’affranchir des convenances, vivre dans l’absolu défini par l’Art et les sentiments. Les parents portent dessus un regard complaisant. Cependant, on sent que tout cela est permis par le fait qu’on est dans un milieu bourgeois. Thomas Mann porte lui un regard attentif mais aussi amusé sur ses personnage et leurs manières de vivre. Il décrit tout très finement et très légèrement en laissant penser au lecteur qu’il ne fait que jeter un coup d’œil dans ces vies, qu’il ne fait que passer.

Références

Sang réservé suivi de Désordre de Thomas MANN – traduit par ??? – préfacé par Jacques Brenner (Livre de poche, 2005)

Un siècle de littérature européenne – Année 1905
Un siècle de littérature européenne – Année 1925

Un logique nommé Joe de Murray Leinster

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J’ai piqué cette idée de lecture dans le Canard enchaîné. La quatrième de couverture est laconique : « En 1946, Murray Leinster imagine les dérives d’un réseau informatique mondial ». Le livre est en réalité une nouvelle puisqu’il ne fait que 40 pages.

Un homme, travaillant à la maintenance des « logiques », s’aperçoit d’un problème un jour. Alors qu’auparavant les gens pouvaient chercher toutes sortes d’informations dans le réseau mondial des logiques (qui piochent leurs informatiques dans une sorte de réserve de connaissances), ceux-ci se mettent à proposer des services. Ainsi, l’homme n’est plus obligé de réfléchir mais la solution lui est donnée instantanément (plus intelligente que ce qu’il n’aurait jamais trouvé bien évidemment). Genre : « comment puis-je braquer une banque ?, « comment puis-je me débarrasser de ma femme ? », « comment puis-je rentrer à la maison bourré sans que ma femme ne s’en rende compte ? ». La nouvelle de Murray Leinster étudie les conséquences de la prise de pouvoir insidieuse des machines sur l’homme (ce n’est pas sans rappeler notre situation moderne).

Le texte est excellent et se lit très rapidement d’ailleurs. C’est là tout le problème. Murray Leinster avait vu une situation qui allait se produire mais il n’a pas eu la prétention d’en faire un roman. Je trouve que cela aurait mérité plus de pages car là, on reste superficiel au niveau de la réflexion, puisque à la fin des 40 pages, le problème est réglé. La réflexion est montré par des situations qui aboutissent trop vite pour qu’on est vraiment le temps de réfléchir. À la fin du texte, on a envie de crier : ENCORE ! ENCORE !

Pour donner une idée du style, je mets un extrait du passage qui m’a le plus enchantée :

Si quelque chose d’équivalent était arrivé à l’époque des cavernes et si on avait été obligés de ne plus faire de feu… si on avait dû arrêter de se servir de la vapeur au XIXe siècle, et de l’électricité au XXe… c’était la même chose. Nous avons une situation très simple. AU XIXe siècle, l’homme était obligé de se servir d’une machine à écrire, de la radio, du téléphone, du téléscripteur, des journaux, des bibliothèques publiques, des encyclopédies, des fichiers, des annuaires, plus les services de messagerie, d’avocats-conseils, de chimistes, de médecins, de diététiciens, d’archivistes, de secrétaires… tout cela pour noter ce dont il voulait se souvenir et pour lui dire ce que d’autres personnes avaient noté et qu’il désirait savoir ; pour transmettre ce qu’il disait à quelqu’un d’autre et pour lui transmettre ce qu’ils répondaient.

Tout ce qu’il nous faut, à nous, ce sont les logiques. Lorsque nous voulons savoir, ou voir, ou entendre quelque chose, lorsque nous désirons parler à quelqu’un, nous pianotons sur les touches d’un logique. Coupez les logiques et tout va fiche le camp.

Références

Un logique nommé Joe de Murray LEINSTER – traduit de l’américain par Monique Lebailly (Le passager clandestin / dyschroniques, 2013)