Le criquet de fer de Salim Barakat

LeCriquetDeFerSalimBarakatJ’avais ce livre depuis six mois dans ma PAL (et du coup j’ai oublié comment j’en ai entendu parlé), quand je l’ai ressorti après avoir lu un livre d’un auteur portant le même nom (mais pas le même prénom). En fait, je cherchais l’autre livre sur LibraryThing quand il m’a aussi indiqué que je possédais ce livre. Voilà, voilà …

Le livre est court en plus. C’est le récit par Salim Barakat de son enfance en Syrie, aux débuts des années 50, en pleine guerre, le pays étant déjà instable à l’époque. Salim Barakat n’enjolive pas du tout son enfance et son « personnage » puisqu’il présente dans ce livre cinq tableaux d’une extrême violence sur ses jeux lorsqu’il était enfant. Pendant 100 pages, aucune personne de son entourage ne sera vraiment présenté, ils resteront des ombres. Le contexte n’est que sous-entendu ; il n’y a aucun récit de combat, de révoltes … sauf une fois où il est fait allusion à la manière dont les autres groupes  regardent les kurdes.

J’ai été vraiment gênée par cette lecture (dans mon confort peut être). La description des jeux d’enfants ne mènent à rien. En tout cas, c’est ce que je me suis au début. C’est violent et voilà : comment j’ai torturé des chats, comment j’ai torturé des grenouilles … cela devient vite long parce qu’on ne voit pas bien où l’auteur veut en venir. Puis, au fur et à mesure de l’avancement de ma lecture, j’ai commencé à voir le style (il est franchement magnifique mais le livre est trop court et trop fort pour pouvoir l’apprécier), les phrases évocatrices des sentiments de l’enfant, d’une sorte de malaise, d’étouffement. Dans le sens où ses gestes étaient comme dictés par quelque chose de plus fort que lui. Puis, après j’ai compris. Ben c’est tout simplement cela une enfance dans un pays en guerre. Des jeux d’enfants avec des pensées et des actions copiées sur les adultes. Plus exactement, le monde des adultes rentrant dans le monde des enfants. À la fin du livre, la seule pensée que j’avais est que c’était franchement tragique. Il n’y a pas une note positive, rien. J’étais triste pour l’auteur car on ne se remet pas de ce genre d’enfance ; j’étais aussi curieuse de savoir comment il était devenu lui, tout simplement.

En conclusion, ce n’est pas le type de lecture que je recommanderai. Pourtant c’est une lecture qui montre ce qui nous est habituellement caché. Le livre rompt le silence, ne nous montre pas d’images horribles d’enfants en sang, mais donne surtout à comprendre le ressenti d’enfants qui essaient de vivre « normalement » dans un monde où c’est impossible.

Extraits

Les extraits que j’ai choisi ne rendent pas compte de l’écriture et du ton du livre. J’ai retenu les passages qui m’ont marqués et qui m’aide un peu à mieux voir ce qui se passe aujourd’hui en Syrie.

Mais notre haine du Khabour n’arrêta pas son cours. Il demeura le prince des fleuves, un prince bruyant regroupant autour de lui des villages bruyants, des villages qui se partageaient l’espace, les fruits et les coutumes, depuis celles des Assyriens jusqu’à celles des Kurdes et des Yazidis.

Les village assyriens n’avaient pas leur égal pour la culture de la vigne, tandis que les villages kurdes et yazidis leur étaient supérieurs pour la pâture et l’élevage, et pour quelques petites cultures comme le concombre et le coton. Mais tout cela n’était rien au regard de l’étrangeté des Yazidis.

En ce temps-là, nous étions des enfants. Et l’histoire qui relègue les Yazidis parmi les sectes ésotériques nous importait guère, pas plus que leurs origines ou les intrigues des anglais qui en avaient fait l’une des minorités du Moyen-Orient, se jouant de nos sociétés noyées dans leur passé jusqu’à l’étouffement ou figées dans la soumission. En ce temps-là, nous étions intrigués et étonnés à la fois par ces hommes qui tressaient leurs cheveux comme les femmes et laissaient pousser des moustaches si épaisses qu’elles cachaient leurs lèvres. Ils étaient sales, ne se baignaient pas et adoraient le roi Paon – le Grand Satan comme ils disaient.

Ce fur le début de la joie officielle et violente, et celui de la pauvreté populaire et violente. Cela sortit de l’école, gagna le marché puis la maison, pour ne plus la quitter.

Références

Le criquet de fer de Salim BARAKAT – récit traduit de l’arabe (Syrie) par François Zabbal (Babel / Actes Sud, 2012)