L’histoire du scorpion qui ruisselait de sueur de Akram Musallam

Présentation de l’éditeur

C’est un scorpion tatoué au dos d’une jeune Française que le narrateur a rencontrée un soir, dans un dancing, sur la côte israélienne. Il hante chaque nuit ses rêves, tente d’escalader le miroir de sa chambre, n’y parvient pas, tombe et recommence sans cesse, ruisselant de sueur. Mais un scorpion, qui ne boit pas d’eau, qui n’a pas de pores, peut-il transpirer ? Et s’il transpire, reste-t-il le même, ne perd-il pas tout son venin ?

Construit de bout en bout sur cette métaphore, ce roman d’Akram Musallam dénonce la situation issue des accords d’Oslo et de l’échec de la deuxième intifada. Et il le fait avec beaucoup de lucidité et d’amertume, et avec cette autodérision qui est l’une des principales caractéristiques de la littérature palestinienne. L’impuissance du scorpion est aussi celle du père du narrateur, qui a perdu une jambe, et sa virilité avec, rouillé. Il demande néanmoins à son fils de lui masser la jambe amputée ou de la laver, ne pouvant reconnaître la perte ou l’accepter. D’autres figures apparaissent au fil du récit pour aussitôt disparaître, dont celle d’un prisonnier, « mulet de la révolution », qui vient d’être libéré après dix-huit ans d’incarcération, et qui se trouve contraint de se remettre au service de ceux qui l’ont toujours considéré comme un vrai mulet…

En campant de tels personnages, dotés chacun d’une forte charge symbolique, et grâce à une écriture à la fois sobre et dense, Akram Musallam se place parmi les plus talentueux écrivains palestiniens d’aujourd’hui.

Mon avis

J’avoue volontiers que je n’ai pas tout compris au livre, en particulier à ce qui semble être le principal, la métaphore du scorpion. J’ai donc lu ce livre il y a trois semaines et je ne sais toujours pas quoi en penser. Il ne m’a pas semblé qu’il y ait d’histoires au sens le plus basique du terme (ces choses avec un début, un milieu et une fin).

Ce que j’ai ressenti c’est l’omniprésence du vide dans ce texte, un vide qui dans la tête du narrateur semble détruire tout mais qui semble aussi caché quelque chose vers lequel il faut aller. Le principal vide c’est la jambe du père du narrateur. Que le père en soit éprouvé même vingt ans après c’est je pense logique mais même le narrateur est très marqué par cela (il venait de naître quand l’accident c’est passé) : il y voit des symboles (perte de la virilité mais aussi perte de souvenirs) Il y a le cinéma-club où il a rencontré la fille au scorpion qui sera détruit lors de frappes aériennes. Là encore, il ressent très vivement ce vide que lui laisse les décombres. Il perd une partie importante de sa vie. Dans tout le roman, il semble pourtant courir après quelque chose mais je n’ai pas compris quoi.

Ce qui m’a fait penser à cela, c’est un procédé narratif que l’auteur utilise de manière très étrange. Il s’agit de ses discussions avec le « mulet » de la quatrième de couverture. Il ne parle pas de ce qu’il ressent mais plutôt de comment il doit écrire dans ce roman ce qu’il ressent. Il fait en quelque sorte intervenir les réflexions qu’il a eu en écrivant son roman. On a l’impression qu’il tourne autour du pot comme si il tournait autour de ce qu’il ressentait.

En conclusion, je pense que ce roman aurait mérité, dans mon cas au moins, une préface ou une postface parce qu’on sent qu’il y a quelque chose mais nous aussi on court après ce quelque chose, même si on ne connaît pas sa nature.

Références

L’histoire du scorpion qui ruisselait de sueur de Akram MUSALLAM – roman traduit de l’arabe (Palestine) par Stéphanie Dujols (Actes Sud / Sindbad, 2010)