Matière noire de Dror Burstein

MatiereNoireDrorBursteinL’histoire est simple à décrire même si elle n’est pas simple à vivre et à lire. Un fils, Ouri, va voir son père Amos pour qu’il lui explique pour sa sœur de 10 ans son ainée s’est suicidée, à l’âge de cinquante ans, il y un an. Le livre commence ainsi par un rapport de force entre les deux hommes. En fait, Ouri s’interroge sur son père, sur sa relation avec lui, sur le passé, plutôt qu’il ne l’interroge sur le suicide de sa sœur. La sœur, Dorit, reste une présence dont on ne parle pas. Le père, lui, ne se rend pas compte des interrogations de son fils, ou les évite, en divaguant. Cette partie du livre fait 70 pages et on comprend dès le début qu’on n’a pas affaire à une famille comme les autres.

Il s’agit plutôt de quatre individualités rassemblés par un même nom mais aussi par une manière de penser, un manière d’écrire, de rêver, de philosopher. En cela, Dorit était la plus exceptionnelle car dès le plus jeune âge, elle sortait d’elle des pensées et des questionnements d’adulte. Ses poèmes, par leur brièveté (un ou deux vers), étaient (sont ?) transcendants de justesse car il dévoile tout un monde d’images de beauté, comme de souffrances, une attention portée à la nature extraordinaire. Ouri a choisi le métier d’avocat mais c’est une vocation ratée. Il découvre sur le tard son admiration pour les textes hébraïques d’il y a 1000 ans. Le père s’est réfugié dans la religion ; avant il était professeur. Seule la mère, Rita, d’origine anglaise et professeur d’anglais en Israël, semble moins dans ce caractère, plus ancrée dans la vie réelle. Pourtant, son amour pour ses enfants est aussi très particulier (en tout cas par rapport à ce que je connais, c’est-à-dire mes parents) : elle semble ne pas montrer son amour comme si pour ses enfants, c’était évident mais elle reste sur la réserve par rapport à ses enfants qui semblent distant. Une autre chose que je n’ai pas compris, c’est si Rita et Amos étaient séparés, divorcés ? ou quelque chose comme cela. J’ai du mal à m’imaginer leurs vies de couple, de parents. Les seuls personnes de cette famille qui semblent vraiment proche, c’est Ouri et Dorit. Ce n’est pas une proximité de confidence, d’entraide mais plutôt une complicité en terme de manière de penser, de se comprendre.

La suite du roman fait un retour en arrière, un an auparavant avec des flashbacks. L’auteur fait des parties où seul certains personnages parlent (je n’ose écrire se parlent) par exemple Rita, Dorit, Amos puis Ouri et Rita, Rita, Amos et Ouri (encore). Dorit n’interviendra qu’à la fin pour donner sa version (cette partie est rédigée d’un point de vue extérieure). il faut voir qu’un an auparavant Ouri attendait une greffe de rein, que ses parents lui ont caché pendant deux mois la mort de sa sœur comme ils ont caché à sa sœur la maladie de son frère pendant cinq ans (il ne lui a pas dit non plus).

Pour moi, c’est un livre très beau, très poétique. On se laisse embarquer par l’univers des personnages, même si ce n’est pas le nôtre. C’est un peu comme si on se servait de leur univers pour nous laisser entraîner par nos pensées, par notre imaginaire (je ne suis pas sûre d’avoir bien compris l’histoire du coup…) C’est un livre qui met dans un certain état de pensée, qui influence l’humeur la manière de voir les choses pendant qu’on le lit. On revient vers le livre plus pour cela que pour l’histoire. Cependant, ce livre restera pour moi une expérience de lecture étrange car je n’ai pas réussi à comprendre ce qui unissait ses quatre personnages (ou en tout cas Amos, Ouri et Dorit). On arrive au mauvais moment car Dorit est encore là, parmi eux, et aucun n’a réussi à faire avec son absence. C’est comme cela que je me suis expliquée cette drôle de famille : ils n’ont pas encore réussi à construire de nouveaux liens familiaux.

Un extrait

Elle a ramassé ses cheveux sur sa nuque et les a secoués, les gouttes m’ont éclaboussé, elle m’a regardé et a dit que le lien entre frère et sœur était à ses yeux le plus beau, car il contenait le meilleur de ce qui liait un homme et une femme, sans tout le mal qui découlait de la passion et des déceptions, quand il n’assouvissait pas les désirs de chacun et la volonté de transformer l’autre en instrument de sa passion, ou de sa détresse, […]

Références

Matière noire de Dror BURSTEIN – roman traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech (Actes Sud, 2014)

L’affaire chocolat de Haïm Gouri

Quatrième de couverture

Robi et Mordi se retrouvent par hasard sur le quai d’une gare, quelque part en Europe, après la guerre. Deux ombres grises dans la brume d’une ville en ruine, qui parlent un langage d’ombres. Deux hommes réduits à leur plus simple expression. Ils se connaissent d’avant, mais on ne sait rien ou presque de leur passé. Ils vont ensemble à la soupe populaire, et c’est pour eux un luxe de refuser ce repas quand il est froid. Alors que Robi recherche sa famille, rêve d’amour et de fortune, Mordi reste prostré chez lui, à essayer de comprendre. L’affaire chocolat pourra-t-elle leur apporter la richesse, ainsi que Robi l’imagine ?

Juifs, survivants. Ces mots n’apparaissent jamais. Mais on sait. Dialogues épurés, atmosphère raréfiée, évitant tout ce qui, depuis , a pu devenir « cliché », ce roman unique a la densité de la poésie de Paul Celan, l’intense retenues des textes de Samuel Beckett.

Mon avis

Je n’ai pas tout compris à ce livre.

Haïm Gouri est poète, écrivain, journaliste, ancien ministre. Pendant les années d’après-guerre, il a arpenté l’Europe pour saisir le destin des Juifs survivants. Il a d’ailleurs publié un journal relatant le procès d’Eichmann, auquel il a assisté. L’affaire chocolat a été publié pour la première fois en Israël en 1965.

Les qualités (tout de même) : une belle écriture quand on prend chaque passage séparément (2-3 pages). Cela emporte, fait rêver. On est dans une ambiance d’après-guerre qui semble un peu cotonneuse, flottante. Il y a l’avant (en particulier la Shoah dans le cadre des personnages de ce livre) mais aussi la nécessité de retrouver une vie, de la reconstruire pour profiter de ce que d’autres ne pourront pas vivre malheureusement.

Là où j’ai eu du mal à tout saisir, c’est dans ce qui arrive aux personnages. Je n’ai pas réussi à saisir qui était qui entre Robi et Mordi. L’auteur refuse de personnifier ses personnages (description des sentiments ou des actions inexistantes) et les laisse plus ou moins sous forme d’ombres. Cela rend très difficile la lecture. La deuxième chose est que certains passages semblent complètement déconnectés ou très métaphoriques. J’avoue ne pas avoir saisi tout le temps où l’auteur voulait en venir. Cela a encore un peu plus compliqué ma lecture.

Pour ce qui est de l’affaire chocolat, elle n’intervient qu’à la toute fin du roman. Une rumeur court que le chocolat distribué par l’armée américaine calmerait la libido des gourmands. Les fabricants se retrouvent avec des stocks énormes. La personne qui a lancé la rumeur achète les stocks. La rumeur est démenti par cette même personne, qui revend le chocolat à des prix prohibitifs en ces temps de pénurie.

Est-ce que vous avez lu ce livre ? Est-ce que vous l’avez mieux compris ? Est-ce qu’il faut accepter de ne pas tout comprendre comme l’écrit quelqu’un sur Amazon ?

Références

L’affaire chocolat de Haïm GOURI – roman traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech (Denoël, 2002)