Rue des voleurs de Mathias Énard

RueDesVoleursMathiasEnard

Présentation de l’éditeur

À Tanger, un adolescent libre penseur, assoiffé de liberté, connaît ses premiers émois avec sa cousine Meryem. Surpris par ses parents, pudibonds, obsédés par les questions d’honneur, de morale et de qu’en dira-t-on, il se fait rouer de coups, ce qui le décide à fuir et à vivre dans la rue, puis à traverser la Méditerranée.

De Tanger à Barcelone, un roman d’apprentissage contemporain, l’épopée d’un jeune homme sauvé par son amour des polars noirs et des poètes orientaux.

Mon avis

Je vais séparer mon avis en deux, une pour le texte en lui-même et une pour le livre audio.

J’ai choisi d’écouter ce livre parce que c’est un livre qui me faisait peur. Pour moi, Mathias Énard est un style difficile. En plus, c’était sur le printemps arabe. Je me disais que personne n’avais assez de recul pour écrire un roman qui ne soit pas du journalisme. Que nenni ! Il ne fallait tout simplement par croire les critiques que j’avais lu.

Mathias Énard a choisi comme héros un jeune marocain, vivant au Maroc, pays où justement il y a eu très peu de manifestations. Le roman se passe donc pendant le printemps arabe mais ce n’est qu’un arrière fond. Il sert surtout de catalyseur à la réflexion du narrateur sur son avenir. Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est que le héros est un homme qui choisit. Il ne subit jamais même dans des situations très difficiles. Les peronnages autour de lui sont plus passifs et ont plus une tendance marquée. Ils tendent vers l’islamisme radical, le militantisme. Ils sont moins complexes car ils ne sont décrits que par ces choix qui semblent inamovibles.

J’ai trouvé que Mathiaas Énard avait été très intelligent de situer une partie de son roman en Espagne où le narrateur retrouve une jeune fille rencontrée au Maroc. En présentant un tableau de la jeunesse européenne et maghrébine, il écrit un roman générationnel sur la quête d’un but, d’un idéal aussi, dans un monde qui s’effondre. Il échappe ainsi, à mon avis au cliché, et au fameux roman sur le printemps arabe que « tout le monde attendait ». En cela, il est bien écrivain et non un journaliste. Il nous présente une vision du monde plutôt qu’un fait journalistique.

Quand j’ai écouté la première piste du CD, je me suis dit que la voix de Othmane Moumen était beaucoup trop mature pour interpréter les « mémoires » d’un jeune homme d’une vingtaine d’années d’autant plus qu’au début du livre on peut penser qu’il s’agit d’une narration classique (on commence quelques mois, semaines, jours avant les évènements marquants du roman). AU fur et à mesure de l’écoute on se rend compte que le narrateur ressasse des évènements. Il y a des réflexions qui reviennent par exemple. La voix mature du comédien permet de poser le discours. On comprend que le jeune homme est un vieil  homme , dans le sens d’homme qui a beaucoup vécu.

Pour être plus claire, le livre audio m’a permis de ne pas me tromper de rythme. Je sais que si j’avais lu le livre par moi-même, j’aurais lu trop vite et j’aurais pensé que le style n’était pas adapté à l’histoire. Avec la lecture audio, j’ai pu me concentrer sur le contenu du texte car le comédien avait fait le travail d’adaptation pour moi. Ce sera plus facile maintenant pour moi de découvrir le texte en papier, de regarder plus précisément le style de Mathias Énard qui me faisait si peur.

Merci à Chloé des éditions Audiolib qui m’a envoyé le livre mais aussi un extrait en mp3 du livre. C’est plus simple pour voir si la voix du lecteur vous convient.

En résumé, un très bon livre audio à mon avis.

L’avis de Kathel

Références

Rue des voleurs de Mathias ÉNARD – texte intégral lu par Othmane Moumen (Audiolib, 2013)

L’Hôpital de Ahmed Bouanani

Présentation de l’éditeur

On ne franchit pas impunément le grand portail de l’hôpital. Dans un institut situé aux confins d’une ville, un homme se trouve brutalement plongé dans un espace-temps indéfini, en marge de la réalité et de la conscience.
Il décrit la vie quotidienne de ce microcosme où s’invente une mythologie de la survie. L’Hôpital est le tableau sidérant d’un enfermement que trouent le vol des mouettes dans le ciel, l’écoute du ressac de l’océan, les bruits des radios voisines, les rires et les jeux des pensionnaires, l’affabulation et la convocation de la mémoire. C’est aussi l’odyssée d’une communauté et d’un homme qui ne vont nulle part lorsqu’il n’y a plus rien à dire.
Publié une première fois au Maroc en 1990, introuvable à ce jour, L’Hôpital est un livre essentiel de la littérature maghrébine. A l’instar du Passé simple de Driss Chraïbi, de Nedjma de Kateb Yacine, de L’Institut Benjamenta de Robert Walser ou des récits de Kafka, il est de ces textes rares qui à la fois affirment leur autonomie littéraire absolue et expriment en profondeur la société de leur temps. Habité par un désespoir et une révolte qui lui donnent son intensité tragique, L’Hôpital est un texte universel et un acte de liberté qui résonne ici et maintenant.

Cinéaste et écrivain, Ahmed Bouanani (1938-2011) est une figure majeure de la vie intellectuelle et artistique marocaine.

Mon avis

Ahmed Bouanani et plutôt cinéaste qu’écrivain. L’Hôpital est son seul texte publié et est basé sur son expérience en tant que tuberculeux et non en tant que malade psychiatrique.

Le narrateur rentre à l’hôpital psychiatrique mais on ne saura jamais pour quelle raison, seulement qu’il y a encore espoir de guérison et donc de sortie plus ou moins définitive. Dans le livre, il est écrit plusieurs fois qu’il va écrire un livre mais d’autres fois, on voit bien qu’il est malade car il part dans ses rêves/cauchemars à partir de la réalité qu’il vit.

Le texte alterne donc, de manière très rapide, des croquis  de la vie de l’hôpital, où les soignants sont plutôt du genre absent, les moments d’introspection (où il y a des phrases qui vont dire toute la société tout en étant très lapidaire) et les moments de « folie ».

Ce que j’ai préféré, ce sont les petites scènes de la vie de l’hôpital où le narrateur décrit les malades, leurs réactions, leurs vies avec ou sans lui (il est plus observateur que participant). Tous les habitants de l’hôpital semblent trop « sains » pour vivre à l’extérieur. Le pourquoi ils sont là est très peu abordé. Ils semblent aussi trop honnêtes, trop francs dans leurs propos. C’est peut être cela qui fait que l’on a l’impression que Ahmed Bouanani a réussi à décrire la société marocaine de l’époque, en parlant de ses exclus (les scènes du ramadan sont très intéressantes). Parce qu’il ne pouvait tout simplement pas faire mentir ses personnages.

Le style est impeccable. J’ai relu plein de phrases plusieurs fois pour m’en imprégner car dans une même phrase, on peut avoir plein d’images justes ensemble. Dans une phrase, l’auteur arrive à incorporer tout un univers. Il arrive à faire comprendre la complexité des sentiments de ses personnages. C’est un style que j’aime toujours et cela n’a pas loupé encore cette fois-ci.

Une très, très belle découverte !

Des citations

(que j’ai piqué dans le Transfuge de ce mois-ci parce que moi j’ai tout souligné en fait)

Je suis comme un cheval sauvage prisonnier dans un corps serein où la vie bat malgré la peur, malgré la menace d’être un jour dilué comme un vulgaire soluté dans l’atmosphère meurtrière de l’hôpital.

Des types comme nous ne guérissent pas !! (…) On tente de reprendre le train en marche, on glisse, on se casse la gueule sur l’asphalte, il est toujours trop tard pour vivre, toujours…

Références

L’Hôpital – récit en noir et blanc de Ahmed BOUANANI (Verdier, 2012)