Le miroir brisé de Jonathan Coe

LeMiroirBriseJonathanCoeAprès la lecture de Stasiuk, je cherchais une lecture détente, et qui donne le moral. Je me suis tournée vers un livre jeunesse (à partir de 11 ans) de Jonathan Coe, parce qu’il est pour moi une valeur sûre. C’est un bon livre pour la jeunesse (et jeune, je ne le suis plus trop visiblement) mais je n’y ai pas trouvé ce que j’y cherchais.

Quand le roman s’ouvre, Claire est une petite fille de huit ans, vivant avec ses deux parents, dans un petit pavillon d’une petite ville anglaise. Elle est heureuse mais trouve déjà que tout est un peu terne, sans relief, sans couleur, sans fantaisie. Ses parents ont visiblement quelques ennuis d’argent à ce qu’elle comprend, ils la laissent un peu trop souvent seule pour discuter entre eux, elle est enfant unique en plus. Un jour, elle va traîner à la décharge et trouve un miroir brisé (celui du titre).

Quand elle regarde dedans, le monde ne lui apparaît pas reflété exactement comme il existe réellement. Ainsi le petit pavillon de ses parents, de construction très cartésienne dirons-nous, ressemble au palais du dieu de la mer (son père), il est tout biscornu et décoré de coquillages. En fait, le miroir reflète un monde tel qu’elle l’aimerait et est donc en rapport avec son âge. Tout au long de son enfance, cela l’aide beaucoup à supporter un quotidien un peu triste.

Un épisode décisif se passe un jour à l’école, lui faisant perdre foi en un monde meilleur, les adultes ne défendant pas la justice mais leurs propres intérêts. De plus, les reflets du miroir ont commencé au fil du temps à ressembler à la réalité. Elle laisse donc son miroir de côté pendant quelques temps, quelques années plus exactement et le reprend pendant son adolescence (ingrate) … pour y découvrir de nouvelles choses et se sentir un peu moins seule.

Vous aurez sans doute compris que Jonathan Coe livre ici un conte sur la perte des rêves de l’enfance mais aussi sur la manière dont il est possible de changer les choses une fois adulte, si on arrive à garder l’esprit de l’enfance justement. Entendons-nous bien, il ne dit pas qu’il faut des châteaux biscornus un peu partout ou que la population ne soit constituée que de pompiers, infirmières ou princesses. Le propos est quand même un peu plus compliqué que cela. Je dirais plutôt que les enfants les plus « rêveurs » dans leur enfance sont d’après lui ceux qui ont développé la plus grande capacité d’imaginer un autre monde, pas forcément un monde extrêmement différent mais un monde meilleur. Ils ne peuvent le faire seul, mais en se regroupant ensemble.

C’est un livre plein de bons sentiments et très mignon, avec un déroulé de l’action assez rapide, qui à mon avis convient bien à un enfant de 10 ans. Je me rappelle bien qu’à l’époque je préférais les livres courts au livres longs, que je portais plus d’intérêt à l’intrigue qu’aux personnages. Sauf que j’ai grandi depuis et pour moi, le livre manque de profondeurs tant justement au niveau des personnages qu’au niveau de l’action : tout est trop simple (les gentils sont gentils et les méchants sont méchants), trop immédiat, sans aucune anicroche. Les gentils gagneront forcément ; il suffit qu’ils soient ensemble.

À la fin, il y a une sorte de miroir brisé où on peut se contempler et j’ai bien vu que j’y voyais trouble. Mon cas est donc désespéré … Je ne peux pas aider à changer le monde.

Un autre avis sur Lecture / Ecriture.

Références

Le miroir brisé de Jonathan COE – illustrations de Chiara Coccorese – traduit de l’anglais par Josée Kamoun (Gallimard Jeunesse, 2014)

Cœur de pierre de Séverine Gauthier et Jérémie Almanza

CoeurDePierreSeverineGauthierJeremieAlmanzaJ’ai découvert cet album jeunesse sur la chaîne YouTube de Margaud Liseuse, qui je crois me rappeler à acheter cette BD au salon de Montreuil cette année. L’occasion s’est présentée de le lire, donc je l’ai lu. C’est absolument trop mignon, très triste à la fin mais bon il faut une morale tout de même à l’histoire.

Dans cette BD, il y a trois personnages qui incarnent trois expressions utilisant le mot cœur : le cœur d’artichaut, le cœur de pierre et le cœur en or. Le cœur d’artichaut est la petite fille rousse sur la couverture. Le cœur de pierre est le petit garçon sur la couverture. Le cœur en or est un petit garçon.

La BD commence par la présentation du garçon au cœur de pierre, dans un univers très sombre, que rappelle le côté gauche de la couverture.

L’enfant au cœur de pierre était né en décembre, et tous les médecins lors de l’auscultation annoncèrent aux parents qu’ils ne pouvaient entendre les battements du cœur de leur petit garçon.

C’est ainsi que tomba l’horrible diagnostic. On leur dit que leurs fils ne sourirait jamais, qu’il n’aimerait personne et serait allergique à tous les sentiments que les autres éprouvaient ; qu’il serait tous les jours de très méchante humeur ; qu’il avait une pierre à la place du cœur !

Ces parents s’en désolent et oublient de s’occuper de leur fils malgré le terrible diagnostic. Il grandit donc seul. Comme personne n’essaie de le changer, le diagnostic se réalise. Avec son caractère, il n’a aucun ami. Pourtant la petite fille au cœur d’artichaut en tombe follement amoureuse au premier regard et lui effeuille donc son cœur, jour après jour, pour lui montrer son amour et essayer de lui faire enfin connaître l’amour. J’ai adoré que l’expression « cœur d’artichaut » soit prise au sens propre. La petite fille ouvre la porte de son cœur (même ça c’est une expression), prend une feuille de son artichaut et la donne au garçon au cœur de pierre. C’est juste magnifique et ingénieux.

Le petit garçon jette la feuille car il ne peut pas la comprendre. Le problème est que comme vous le savez tous, l’artichaut est un objet fini, il y a un nombre limité de feuille. Comment fera la petite fille quand elle n’aura plus de cœur. C’est là où intervient le garçon au cœur d’or pour tout arranger (que je vous ai mis sur la deuxième image ; vous le reconnaissez car il a des cheveux en or) car lui est amoureux de la petite fille au cœur d’artichaut.

Cœur de pierre - page 17
Cœur de pierre – page 17

Quand j’ai vu le personnage, j’ai trouvé qu’il n’était pas particulièrement moral d’introduire un trio amoureux dans un livre jeunesse mais en fait non, il vont rester 2 + 1. Comme je le disais en introduction, cela va mal se terminer pour le garçon au cœur de pierre. C’est un peu normal à mon avis mais le problème est que l’album se termine là-dessus, on en garde une impression de profonde tristesse. Cela fait pitié pour les gens qui ont un cœur de pierre et qui sont insensibles. Les cœurs en or et d’artichaut s’en sortiront toujours apparemment.

Sauf qu’il m’a fallu réfléchir pour en arriver à cette conclusion. Quand je suis tombée sur la dernière page, j’essayais compulsivement de tourner les pages avec mon doigt (j’ai lu cette BD sur la tablette) et cela ne marchait pas. J’ai vu le mot fin seulement après. Ma première pensée a été qu’il était vraiment plus difficile d’être un enfant de nos jours que de mon temps (je suis déjà vieille). Après j’ai réfléchi pour aboutir à mes conclusions.

P.S. : L’univers du dessinateur, ses dessins, ses couleurs sont une véritable splendeur. Sur papier, cela doit être beaucoup mieux qu’en numérique à mon avis. La couverture et la planche que j’ai mise en donne une bonne idée à mon avis.

Références

Cœur de pierre de Séverine GAUTHIER (scénario) et Jérémie ALMANZA (Delcourt, 2013)

Quelques minutes après minuit de Patrick Ness

Quatrième de couverture

Depuis que sa mère est malade, Conor redoute la nuit et ses cauchemars. Quelques minutes après minuit, un monstre apparaît, qui apporte avec lui l’obscurité, le vent et les cris. C’est quelque chose de très ancien, et de sauvage. Le monstre vient chercher la vérité.

Mon avis

J’ai piqué cette idée de lecture chez De Litteris (Theoma en avait aussi parlé ici).

Le livre est basée sur une idée de Siobhan Dowd, auteur jeunesse dont j’ai bien envie de lire La parole de Fergus maintenant, décédée d’un cancer à l’âge de 47 ans en 2007. Elle n’a pas eu le temps de commencer à rédiger ce livre même si le schéma était là. Patrick Ness explique dans sa préface-hommage qu’il a repris le tout, non pas pour écrire un livre à la place de Siobhan mais écrire son livre à lui en hommage à Siobhan Dowd. Rien que pour cela, le livre prend une résonance peu commune. L’a-t-elle pensé pour ses enfants ? pour des gens qui vivaient la même situation qu’elle ? Le livre en lui-même est magnifique et particulièrement soigné dans la mise en page, qui met en valeur les magnifiques illustrations de Jim Kay, très propos car elles permettent de mieux appréhender la dimension « fantastique » du livre.

L’histoire, c’est donc celle de Conor dont la mère souffre d’un cancer depuis le début de l’année. Il s’accroche car il vit tout seul avec elle. Il se débrouille pour sa vie quotidienne et soutient sa mère le mieux qu’il peut. Pas très loin, il y a la grand-mère (une grand-mère trop moderne à son goût) et beaucoup plus loin, un père absent en Amérique (qui s’occupe de sa nouvelle famille). Conor a depuis avril peut être un cauchemar récurrent dont il ne parle à personne (même pas à nous). Au moment où nous arrivons, l’état de la mère de Conor empire, il reçoit la vit de l’if de son jardin, qui s’anime pour devenir un monstre, quelques minutes après minuit. Un gentil monstre, qui peut devenir méchant. Il va raconter trois histoires à Conor, des histoires pas forcément compréhensibles pour lui, mais il attend en retour de Conor, la quatrième. On comprend de suite que ce sera l’histoire de son cauchemar.

Attention, je vais spoiler très légèrement (même beaucoup mais c’est ce que j’ai aimé dans le livre). Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est qu’on ne cède pas à la facilité. Il n’y a pas de beaux sentiments, de leçons de moral. Dans les histoires de l’if, les gens ne sont ni bons, ni méchants. Dans la vraie vie, des enfants se retrouvent sans un de leurs parents à cause de la maladie. C’est une épreuve difficile. Et oui, personne n’est parfait, enfants comme adultes, et on peut avoir des « mauvaises »pensées mais comme le dit l’if, c’est les actes qui comptent et non les pensées. Elles, elles peuvent être contradictoires, insensées, mauvaises. Il y en a des millions qui traversent notre tête chaque jour, formulées clairement ou non. Le tout est de ne pas en avoir honte, de se dire la vérité et d’agir correctement car c’est cela qui va rester finalement.

Ce livre est un véritable coup de cœur et va trouver une place de choix dans ma bibliothèque personnelle. La preuve en est que même si le livre est court (215 pages), je retenais le moment de finir ma lecture (qui s’est faite les larmes aux yeux) pour faire comme Conor, et me dire que non tout n’est pas fini pour eux.

Références

Quelques minutes après minuit de Patrick NESS – d’après une idée originale de Siobhan Dowd – illustrations de Jim Kay – traduit de l’anglais par Bruno Krebs (Gallimard Jeunesse, 2012)

La steppe infinie de Esther Hautzig

Quatrième de couverture

Esther Rudomin avait dix ans quand son monde bascula. Jusque-là elle avait cru que sa vie heureuse dans la ville polonaise de Wilno durerait toujours. Elle chérissait tout, depuis les lilas du jardin de son grand-père jusqu’au pain beurré qu’elle mangeait chaque matin à son petit déjeuner. Et lorsque les armées d’Hitler envahirent la Pologne, en 1939, et que les Russes occupèrent Wilno un an plus tard, le monde d’Esther resta intact : pour elle, les guerres et les bombes s’arrêtaient à la grille du jardin.

Mais un matin de juin 1941 deux soldats russes, baïonnette au canon, se présentèrent.

Ce livre commence par une tragédie et la tragédie n’est jamais loin tout au long de l’histoire d’Esther, mais il est aussi un témoignage émouvant sur la résistance de l’esprit humain, par la façon dont les Rudomin gardèrent courage d’un bout à l’autre des cinq années que dura leur exil, malgré la faim et les privations.

Voici la véritable histoire d’une enfance sibérienne : elle a été applaudie comme « un grand document qui vivra longtemps dans la mémoire de chaque lecteur ».

Mon avis

Encore un livre que j’ai découvert grâce à mes errances sur Library Thing qui est vraiment une mine d’idées pour moi. Ce livre est un véritable coup de cœur ! Je regrette de ne pas l’avoir découvert plus jeune (la première parution en français s’est faite en 1986), même si la lecture est faite pour les grands et les petits.

Esther Hautzig signe donc ici une autobiographie magistrale de son enfance, ou plutôt adolescence, sibérienne. Elle était une enfant heureuse de la bourgeoisie polonaise. Elle habitait une grande maison divisée en appartements mais où tous les habitants de la maison étaient de la famille : grand-père, grand-mère, cousins, cousines, tantes, oncles … Ses grands-parents paternels ne vivaient pas très loin non plus ; il suffisait de traverser le parc pour leur faire un coucou. La guerre n’est pour eux qu’un écho lointain qui ne les a pas encore atteint.

Mais en 1941, les Russes qui étaient encore, à ce moment-là, les alliés des Allemands arrivent chez eux. Ils détiennent le père d’Esther. « Heureusement », toute la famille a pu fuir sauf Esther et sa mère. Ils seront relégués en Sibérie, ainsi que la grand-mère paternel, en tant qu’ennemis de classe (comprendre qu’ils sont d’affreux capitalistes). Le grand-père paternel sera séparé d’eux sur le quai de la gare. Comme six semaines de voyage dans des wagons à bestiaux et la descente aux enfers. Quand ils arrivent, ils apprennent qu’ils devront travailler dans une mine de gypse. Le père devra travailler au transport du gypse une fois extrait, la mère au dynamitage, la grand-mère devra manier la pelle et Esther désherber les pommes de terre pour que tout le monde puisse manger. C’est une vie très difficile car pour l’instant il fait très chaud sur la steppe. Ils ont peu à manger … Mais les Russes deviendront les ennemis des Allemands. Leurs vies changent. Ils devront aller travailler au village. Le père sera comptable. La mère travaillera à la boulangerie (pas en tant que vendeuse). Ils devront loger dans une petite cabane à onze personnes mais Esther pourra « enfin » aller à l’école ! Elle ne connaît pas très bien le russe mais veut absolument y aller.

Esther alors devient une enfant-adulte. Elle a toutes les envies d’une jeune fille qui grandit : avoir les mêmes affaires que les autres, se faire accepter, avoir des bonnes notes, être aimée de ses professeurs, avoir des beaux habits. On vit ses premières amours aussi. Il y les demandes aux parents, les stp, stp, stp …Mais d’un autre côté elle doit subir tous les malheurs qui s’abattent sur ses parents : les changements de logement, la pauvreté, la faim, l’envoi de son père sur le front, la séparation, la peur du lendemain, de l’effroyable hiver sibérien. Elle doit aussi aider sa mère à s’occuper de la maison, gagner un peu d’argent pour aider ses parents … Elle troque au marché.

C’est ce que j’ai énormément aimé. Beaucoup plus que le journal d’Anne Franck (je l’ai lu beaucoup plus jeune aussi ; ceci explique cela). Esther Hautzig ne nous cache rien mais elle garde toujours cette appétit de vivre (qui lui vient de sa famille, de ses souvenirs aussi), de s’adapter (ce dont on aurait pu douter au vu de son enfance assez protégée). Elle ne se plaint jamais des méchants Russes, de ce qui lui arrive. Elle va toujours de l’avant. C’est impressionnant (je ne pense pas que j’aurais été capable d’en faire autant). À la fin de la guerre, elle aura de la peine de rentrer en Pologne, de quitter la vie qu’elle s’est construite (sa mère lui dit qu’elle est complètement folle), le semblant de sécurité qu elle a obtenu.

On s’attache tellement à Esther qu’on se demande pourquoi elle arrête de nous raconter sa vie après son retour en Pologne. J’étais toute triste de la quitter …

Le moment est triste est quand on apprend que toute sa famille paternelle et une très grosse partie de sa famille maternelle est morte durant la Shoah. Esther vivra encore plus le fait d’avoir été relégué en Sibérie comme une chance qui l’a sauvé. Sa mère regrettera éternellement de ne pas avoir dit aux militaires russes qui sont venus en de matin de juin que l’homme qui sonnait à la porte était son frère, et non pas un inconnu.

Références

La steppe infinie de Esther HAUTZIG – traduit de l’américain par Viviane de Dion (L’École des loisirs / Médium, 1986)

La photo sur la couverture, c’est Esther adolescente.

Qui veut la peau de Sherlock Holmes ? de Hervé Jubert

Roman paru dans le numéro 340 du Je Bouquine de juin 2012 et découvert grâce à l’avis de Catherine.

Le 31 décembre 1888, Watson passe voir Holmes. Celui-ci s’ennuie et cela va le tuer bien évidemment. Pourtant une chose extraordinaire se passe : le Times est imprimé flou, les lettres sont troubles. Holmes s’est rendu au Yard. Lestrade, Mac Donald, Gregson sont inconnus au bataillon alors qu’ils ont été les policiers figurant dans les enquêtes de Holmes. La seule solution est d’aller voir Mycroft au club Diogène. Mais là encore personne. Mycroft a disparu mais tous ses amis aussi ! Pourtant quelqu’un, par le biais d’un télégramme, va mettre Holmes et Watson sur une piste. Ils doivent se rendre au 1 Bush Villas Elm Grove Southsea comté de Portsmouth (qui est l’adresse du premier cabinet de Conan Doyle, si je ne me trompe pas). Ils vont alors trouver un fauteuil magique, qui va les faire voyager dans le temps, dans le passé et dans le futur, et dans l’espace, en Angleterre, en Suisse, pour corriger ce qui ne va pas. Cela va les mener de Moriarty à Conan Doyle.

L’histoire est extrêmement sympa et plutôt jamais lu ce qui fait qu’on passe un excellent moment de lecture. Par contre, Hervé Jubert propose un stratagème extrêmement malin : faire vivre, pour de vrai (c’est que tout le monde existe), Conan Doyle d’une part, et ses personnages d’autre part, dans deux mondes différents qui vont se rencontrer grâce au fauteuil. Sherlock Holmes apprendra que Conan Doyle veut lui aussi sa mort et lui en voudra énormément d’ailleurs. Cela donne un côté science fiction passionnant à ce court roman et surtout fait toute son originalité pour expliquer que tout le monde est vécu pour de vrai.

À vous de voir qui veut la peau de Sherlock Holmes : Conan Doyle ou Moriarty ?

Sherlock Holmes – Le Chien des Baskerville de Deborah Kespert et Pierre Varrod

Aujourd’hui, billet de lecture sous forme de reportage photo (vous pouvez même cliquer sur les photos. C’est fou, non ?) J’ai lu le livre-objet qui est sorti cet automne, adapté du Chien des Baskerville. C’est un livre pour enfant mais à lire avec un adulte ou au moins à lire à deux car dedans il y a des questions auxquelles il faut répondre pour réfléchir à sa lecture et trouver l’assassin. Franchement, j’ai passé toute ma lecture à voir si j’aurais pu trouver (ce n’est pas évident mais d’un autre côté, je ne trouve jamais). Cependant, rassurez-vous, c’est le même que chez Conan Doyle.

Le livre arrive ! Plusieurs raisons à cela : vous l’avez acheter, on vous l’a offert, vous l’avez volé à quelqu’un ou dans une boutique, vous l’avez emprunté tout simplement.

L’étape suivante est de l’ouvrir.

Il y a deux parties. À gauche, on a le livre en lui-même : 32 pages seulement mais avec une mise en page très agréable, avec beaucoup d’illustrations. Pour ce que j’ai pu en juger l’adaptation de l’histoire est assez exacte et reprend bien les moments clés de l’histoire originale. C’est censé être le carnet d’enquête de Watson mais dedans on trouve des notes additionnelles de Holmes (il est vraiment plus intelligent que nous car il met les choses au point et ouvre une nouvelle perspective à chaque fois).

J’ai bien rigolé car on a l’impression que pour certaines illustrations, ils n’ont pas eu beaucoup de budget. Par exemple, pour la bottine volée à l’hôtel, on a l’impression que l’éditeur a pris une vieille chaussure après avoir marché dans la boue pour l’illustration. Les questions sont parfois profondes, genre « peut-on faire confiance aux témoins ? »Vaste question. Doit-on faire une dissertation de 2 heures ?

Vous allez me dire « mais à droite, il y a quoi ? » Une pochette avec des pièces à conviction. Cela peut être intéressant pour les lecteurs un peu idiot comme moi qui ont du s’y reprendre à plusieurs fois pour comprendre la généalogie des Baskerville ou à voir le plan de la lande. Par contre, pour le lecteur plus jeune, je trouve cela très sympa.

Une fois que vous aurez admis que Sherlock Holmes est plus talentueux que tout le monde, qu’il est le plus intelligent … il vous acceptera comme sous-fifre de son agence de détective. Parce que Sherlock Holmes, c’est comme le Père Noël, il ne peut pas s’en sortir tout seul, il a besoin d’assistant.

Vous l’aurez compris c’est un livre à offrir à un enfant et à lire avec lui pour passer un bon moment ensemble. Tout seul, c’est moins drôle.

Références

Sherlock Holmes – Le Chien des Baskerville de Deborah Kespert (texte), Carlton Books (maquette), Pierre Varrod (traduction) (éditions Tourbillon, 2011)

La Maison de Soie de Anthnony Horowitz

Quatrième de couverture

Un an après la mort de Sherlock Holmes, Watson entreprend de consigner l’une des enquêtes les plus noires qu’il a menées avec le célèbre détective…

Londres, novembre 1890. Edmund Carstairs, marchand d’art, craint pour sa vie. Faute de preuves, Holmes ne peut qu’attendre. Le lendemain, ce n’est pourtant pas d’un meurtre, mais d’un vol dont Carstairs est la victime. Holmes l’avait prévu. Ce qu’il ne pouvait imaginer, en revanche, c’est qu’en confiant à Ross, l’un des Irréguliers de Baker Street, la charge de monter la garde, il l’envoyait en fait à la mort. Et qu’avec ce meurtre horrible, c’était ce que Londres a de plus sordide qui se révélait aux deux enquêteurs…

« La partie reprend. » Et cette fois, Holmes et Watson n’en sortiront peut-être pas indemnes.

Mon avis

Je me suis ennuyée fortement en lisant ce livre (heureusement pas mortellement car sinon je ne pourrais pas écrire ce billet). Anthony Horowitz, pour moi, c’est l’auteur de plusieurs de mes livres de pré-adolescence mais aussi un des premiers scénaristes de la série Inspecteur Barnaby. Pour le coup, il m’a déçu. Il y survivra sans doute.

Je l’ai cherché en anglais et en version électronique mais on ne veut pas nous le vendre (j’aurais pu tricher mais je ne le fais pas). Je l’ai donc acheté en français et en version électronique. J’en suis bien contente car c’est le type de livre que je n’aurai pas revendu car c’est du Sherlock Holmes mais qui finalement, aurait encombré ma bibliothèque. Le fichier epub est de mauvaise qualité car il y a des traits d’union au milieu de certaines phrases (au moins sur une cinquantaine d’occurrence). Il manque parfois des deuxièmes parties de négation (identique pour la version papier ?). La traduction a été faite un peu trop vite (faute à une « sortie mondiale ») car il y a parfois une grammaire assez « approchante » (« Vous savez qui je veux dire » à la page 130)(c’est assez étrange pour une phrase qui est censée être prononcée par Watson) ou des expressions assez étranges (« Je l’ai vu faire feu de sa propre main ! » à la page 133)(je ferais attention la prochaine fois que l’on me tendra la main). Il y a des erreurs dans les noms : la femme de Watson s’appelle Morston au lieu de Morstan (mais apparemment (d’après le forum de la SSHF) cette erreur est carrément du à la version anglaise du livre).

Si on passe outre tout cela, il y a la manière dont est rédigé le livre. Watson parle dix fois trop. Je veux bien qu’au moment où il écrit le livre, il soit vieux et seul mais quand même. Il fait de longs paragraphes sur le Londres de l’époque, sur les autres aventures qu’il a eu avec Sherlock Holmes, sur sa femme. Le roman aurait pu être plus ramassé et donc plus tenu si on avait pas voulu trop étaler la confiture sur la tartine.

De manière générale, je pense qu’Anthony Horowitz plus que Watson a voulu trop faire de rappel au canon holmésien et a voulu tout remettre dans ce livre (Moriarty, Mycroft …) Par exemple, pour Moriarty, la personne qui a un peu lu Sherlock Holmes devine tout de suite que c’est lui. Il n’y a pas 50 millions de mathématiciens qui travaillent sur le binôme de Newton. Si le livre est censé être écrit un an après la mort de Sherlock Holmes (pas aux chutes de Reichenbach)(il a même eu un enterrement national)(l’histoire se passe un an avant les chutes de Reichenbach), pourquoi mettre des doutes sur le fait que c’est Moriarty qu’il rencontre à un moment dans le livre, le fidèle lecteur le sait déjà puisqu’il a déjà lu le canon. Horowitz nous réexplique encore une fois comment Watson a fait la connaissance de Mycroft, la physionomie de Mycroft. Il en profite pour souligner le rôle des Irréguliers. Par contre, j’ai aimé la manière dont l’auteur justifie pourquoi Sherlock Holmes ne fait plus affaire à Wiggins et à ses amis.

Quant au dénouement, il a bien sûr satisfait la lectrice moderne que je suis (on retrouve le scénariste d’Inspecteur Barnaby avec bonheur ; c’est la partie la plus intéressante du livre)(il en fallait du talent pour réussir à mettre ensemble les deux affaires qui occupent tout le livre). Alors qu’Anthony Horowitz avait plutôt bien suivi la manière de raconter de Watson (en tout cas pour tout ce qui est de la description des actions et de l’enquête de Holmes), il choisit de partir dans une explication que Watson, le prude Watson, n’aurait pas pu écrire à l’époque où il vivait et surtout à l’époque où il a été élevé. Il est évident que les pratiques dénoncées existaient mais à l’époque de Sherlock Holmes, de Watson, de Conan Doyle, le plus grand crime n’était pas de le faire mais de le dire.

Si j’ai un conseil, c’est un cadeau de Noël à réserver à votre neveu qui n’a jamais lu Sherlock Holmes. Comme cela, à son prochain anniversaire, vous pourrez lui offrir l’intégrale des aventures du célèbre détective. Il en sera charmé sans aucune doute.

Références

La Maison de Soie de Anthony HOROWITZ – traduit de l’anglais par Michel Laporte (Hachette, 2011)

Young Sherlock Holmes – Bedlam de Andrew Lane

Andrew Lane a décidé de faire publier cette courte nouvelle où il utilise son héros récurrent, le jeune Sherlock Holmes.

J’avais lu le tome 1 pendant l’été (il y en a quatre qui sont parus à ce jour) et comme je vous l’avais dit, le petit gars aurait pu s’appeler Sherlock ou Peter, on n’aurait pas vu la différence. Ce premier tome avait au moins le mérite d’avoir une histoire, une minuscule enquête. Les faiblesses étaient dues au fait qu’il fallait installer les personnages.

Ici, Andrew Lane explique que cette nouvelle aurait du apparaître dans le tome 3 mais qu’il l’a supprimé car elle n’apportait rien. Il l’a ensuite remaniée pour qu’elle puisse se situer entre le tome 3 et le tome 4. Je vous rassure : cela n’apporte toujours rien (le niveau d’anglais est toujours aussi facile par contre).

L’histoire est simple : Sherlock Holmes se fait enfermer à Bedlam, un asile de fou, et Sherlock Holmes réussit à s’échapper de Bedlam. Pourquoi et qui a voulu qu’il soit enfermer ? On ne nous le dira pas. Andrew Lane essaye de monter un pseudo mystère avec un fantôme. Même cela il ne l’exploite pas jusqu’au bout. Cependant, la seule chose un peu intéressante du livre est le raisonnement logique que fait Sherlock pour justifier que les fantômes ne peuvent exister.

En gros, j’ai été déçue. Cela vient sûrement du fait que publier un chapitre de livre qui n’était pas assez bon pour rentrer dans un livre ne m’apparaît pas forcément comme judicieux.

Références

Young Sherlock Holmes – Bedlam de Andrew LANE (Macmillan Children’s Books, 2011)

Young Sherlock Holmes – Death Cloud de Andrew Lane

Vous pouvez retrouver, entre autre sur le net, les avis de Matilda, de George et de Lily Tigre.

Andrew Lane a voulu imaginé dans cette série comment Sherlock Holmes est devenu Sherlock Holmes. Visiblement, cela a commencé quand il avait quatorze ans et qu’il n’a pas pu retourner chez lui après une dure année au pensionnat de garçon, suite à l’absence de son père (pour des causes militaires) (et que Mycroft ne veut pas l’autoriser à rentrer chez lui (parce que je trouve que son père à mon avis il doit être un peu mort) parce que sa sœur a l’air bizarre et que sa mère pleure). Il est envoyé chez son oncle, frère de son père (qui a un nom a couché dehors mais apparemment c’est une tradition que les hommes Holmes aient des noms étranges) et qui en plus ne fait qu’écrire des serments,  et sa tante, qui parle tout le temps toute seule (parce que son mari ne lui parle pas tout simplement). Tout cela promet des vacances palpitantes.

Mais comme tous les jeunes de cet âge-là (dans les romans surtout)(et peut être un peu plus jeune), Sherlock Holmes se découvre des ennemis et des amis en même temps qu’un mentor (ce qui va bien sûr augmenter l’intérêt des vacances, il va s’en dire). Son ennemi sera dans un gros paquet : un baron français qui veut anéantir l’Angleterre, les sous-fifres de celui-ci et des abeilles. Des amis, il en aura deux de son âge Matty, un orphelin qui vit du chapardage avec son cheval et sa barcasse, et Virginia la fille du fameux mentor. Celui-ci porte le doux nom de Amyus Crowe. Il est américain, chasseur de prime et a été engagé par Mycroft pour que son frère apprenne d’autres choses que ces bêtises qu’on lui apprend au pensionnat (qui se sert encore de nos jours des mathématiques, du latin, de l’anglais ?), c’est-à-dire à reconnaître les plantes, survivre en situation adverses, traquer une proie humaine ou non (qui osera dire que cela ne peut pas servir si on ne s’appelle pas Sherlock Holmes). Pour résumer, il luttera sontre ses ennemis avec son mentor et ses deux amis.

Que dire d’autres ? J’ai cru que j’avais progressé en anglais de manière vertigineuse car j’ai tout compris à part trois scènes (mais depuis j’ai eu la preuve par a + b que ce n’est pas le cas).  Donc le niveau d’anglais est assez simple.

Tout dans ce livre est vraiment sympathique et bien trouvé. L’histoire est rythmée, les personnages bien marqués, on apprend des petites choses sur l’Angleterre de l’époque. Le livre a un petit club des Cinq (je pense à ça car le garçon va habiter chez son oncle et sa tante, comme dans le club des Cinq ils vont chez Tante Cécile et l’oncle scientifique qui s’isole sur une île pour faire ses expériences). Je trouve que pour un pré-adolescent, c’est à recommander (c’est sorti en français depuis ne vous inquiétez pas).

Le seul problème est que le garçon aurait pu ne pas s’appeler Sherlock Holmes, je n’aurais pas vu la différence (il n’y a aucune spécificité du personnage : il se sent seul. C’est l’archétype de la plupart du anti-héros de la plupart de ces romans jeunesse). Je trouve cela un peu gênant tout de même car c’est un peu l’argument commercial du livre. Je me demandais si finalement Andrew Lane n’aurait pas eu intérêt à commencer par la fac (ce qui est dans l’intention de l’auteur) ou choisir un mode de narration moins linéaire. Ici, on sent gros comme une maison que la série commence quand Sherlock a quatorze et va finir quand il en aura une vingtaine, que l’on va suivre cela chaque année.

Basé sur de bonnes idées, le livre manque de complexité pour faire un bon pastiche mais reste un très bon livre jeunesse. Mais pas de soucis, je lirais les autres car ils sont dans ma PAL et que surtout que j’aime les lectures qui reposent comme celle-là (même si il n’y pas du SH dedans).

Références

 Young Sherlock Holmes – tome 1 : Death Cloud de Andrew LANE (MacMillan, 2010)

J’ai enfin lu tous les Enola Holmes … en français.

Pour une fois, j’ai fait un montage de couverture. Que de progrès !

J’ai enfin lu les cinq derniers tomes de la série d’Enola Holmes. J’ai beaucoup aimé, même si mon préféré est le tome 5.

Ces cinq livres couvrent toute la quatorzième année de la sœur de Mycroft et Sherlock Holmes.

Nous avions laissé Enola Holmes à Londres après avoir fui la tutelle de ses frères. Au début du tome 2, elle est installée chez une logeuse sourde, Mrs Tupper, et tient un cabinet de « spécialiste en recherches – toutes disparitions ». Plus exactement, elle est la secrétaire du Dr Leslie T. Ragostin, personnage cependant imaginaire. C’est donc elle qui mène les enquêtes.

Les cinq tomes sont donc des enquêtes menées par Enola pour le compte du Dr imaginaire.

Dans le tome 2, la jeune sœur de Sherlock essaye de retrouver la jeune lady Cecily Alistair, disparue de manière étrange en pleine nuit. Cela va mener Enola des bas-fonds à la haute aristocratie, du monde des anarchistes aux grands bourgeois.

Dans le tome 3, Watson a disparu or Enola a une faible pour lui après qu’il ait aidé Cécily dans l’enquête précédente. Elle va donc intervenir dans l’enquête de Sherlock Holmes quitte à damner le pion à son grand frère.

Dans le tome 4, on retrouve Cecily, la jeune lady rebelle, qui va subir un mariage forcé, sur les instructions de son père. Enola va devoir la retrouver (car bien sûr elle est séquestrée) et la sauver (pour la ramener à sa mère).

Dans le tome 5, Mrs Tupper a disparu en laissant « pour seuls indices quelques jupons épars et un énigmatique message ». Dans ce volume, on se plonge dans l’Histoire dans l’Angleterre. On y rencontre Florence Nightingale, personnage absolument incroyable. Il y a du code secret, de l’énigme.

Dans le tome 6, Enola réalise une vraie enquête dans le sens où elle ne le fait plus à partir du bouche à oreille. C’est un client qui vient la voir et lui demande son aide. C’est aussi le tome le plus triste puisqu’on y apprend ce qu’est devenu la mère d’Enola. C’est bien sûr le sujet filé tout au long de la série.

Mon avis

Cela ne m’étonne pas que je n’ai pas tout compris en anglais car le vocabulaire et le style sont assez élevés, plus que pour de nombreux livres dits pour adultes. C’est ma première surprise.

Une autre chose m’a marqué : Nancy Springer n’a pas copié les livres de Conan Doyle. Enola Holmes n’est pas le jumeau féminin de Sherlock Holmes ; sa manière d’enquêter est totalement différente. Elle utilise à la fois son intuition, son intelligence, un peu de hasard. Il y a moins d’esprit déductif donc. Je dirais qu’Enola Holmes a une méthode plus féminine malgré tout ce que peuvent en penser Sherlock et Mycroft !

Un des points forts de la série : la description de la société de l’époque. Nancy Springer a choisi de ne pas s’attarder sur l’architecture du Londres victorien mais plus sur la société de l’époque et notamment sur le sort fait aux femmes et sur l’écart entre les différentes couches de la société.

Deux points faibles. Quand on lit la série à la suite, cela peut paraître parfois répétitif (un peu comme les quatrièmes de couverture d’ailleurs). Un deuxième point faible (qui faisait partie de mes points forts) est la méthode d’enquête intuitive d’Enola qui peut donner l’impression d’actions plaquées pour faire avancer le livre.

Mais je n’hésiterais pas à la faire lire à tout le monde !

Références

Les enquêtes d’Enola Holmes de Nancy SPRINGER – traduit de l’anglais par Rose-Marie Vassallo (Nathan)

  • L’Affaire Lady Alistair (2007)
  • Le Mystère des pavots blancs (2008)
  • Le secret de l’éventail (2009)
  • L’énigme du message perdu (2010)
  • Métro Baker Street (2011)