Les Dix Jours de Yangzhou – Journal d’un survivant de Wang Xiuchu

Comme je l’ai dit il va y avoir toute une série de billets qui ne sont pas du tout dans l’ambiance de Noël. Voilà le premier.

Cela fait je ne sais combien de temps que j’ai ce livre dans ma PAL ; cela fait tellement de temps que je ne sais même plus où je l’ai acheté (et l’étiquette de prix ne me donne aucun indice). Ce n’est pas très grave puisque je l’ai lu maintenant.

Le thème du livre est le massacre de la population de Yangzhou, en 1645, pendant 10 jours, qui a eu lieu après la prise de la ville par les armées mandchoues (lors de la « transition » entre la dynastie des Ming et celle des Qing). C’est un livre d’un peu moins de 100 pages : 2/3 est consacré à une introduction et 1/3 au texte de Wang Xiuchu lui-même.

L’introduction est écrite par Pierre Kaser, maître de conférences au département des études asiatiques de l’université d’Aix-Marseille et membre de l’irAsia, Insitut de recherches asiatiques. La première partie de l’introduction est consacrée à une présentation de l’histoire de la ville et de sa place dans l’histoire chinoise (l’auteur va jusqu’à la période contemporaine). L’auteur se concentre ensuite sur la bataille de Yangzhou lors des guerres marquant la fin de la dynastie Ming. Suite à des difficultés économiques entre autre, la Chine connaît deux rebellions (à partir des années 1620-1630) : une au Nord, celle de Li Zicheng et une au Sud, celle de Zhang Xianzhong. On sait que la rébellion du Nord, avec l’aide des Mandchous, s’est imposée en avril 1644 face à la dynastie Ming (le dernier empereur se suicidant avant la prise de son palais). Cependant, conquérir Pékin n’est pas conquérir la Chine. La guerre continua donc.

Les mois suivants la chute de Pékin et la fondation par Li Zicheng d’une éphémère dynastie Shun qui s’acheva avec sa mort en mai 1645, vont ainsi révéler la détermination de Dorgon (1612-1650), à qui était revenue, après la disparition d’Abahai (1593-1643), la corégence de la nouvelle dynastie Qing dont le jeune empereur Shunzhi (1644-1661) n’était âgé que de six ans, face à la désorganisation et à l’égoïsme suicidaires des derniers fidèles de Ming. Ceux-ci s’étaient repliés en désordre à Nankin, incapables de choisir un digne successeur au défunt Fils du Ciel. Le prince Fu (1607-1646), finalement sélectionné, ne prendra jamais la mesure de sa responsabilité. Devenu l’empereur Hongguang (r. 1644-1645), il se livrait à la débauche, pendant que quelques serviteurs zélés jouaient leur vie par respect pour leur engagement jusqu’à servir jusqu’à la mort le souverain de cette dynastie des Ming du Sud (Nan Ming) quel qu’il fût (p.21).

Shi Kefa était un de ces hommes. Il défendit vaillamment la ville, mais devant l’absence de renfort et la présence en nombre de soldats mandchous à l’extérieur de la ville, il n’a rien pu faire. La ville fut prise et laisser en pâture aux soldats, après la mort de Shi Kefa. Le texte de Wang Xiuchu est le témoignage d’un des survivants. Pierre Kaser présente ensuite le devenir du texte, sa circulation, son interprétation, son oubli, sa récupération aussi. Il présente les différentes versions chinoises et en traduction (en langues occidentales). Plusieurs fois, ce texte a été supposé être un faux témoignage, c’est-à-dire ne datant pas de l’époque du massacre.  Les gens se sont basés sur l’estimation du nombre de morts que donne l’auteur à la fin de son texte (une estimation de 800 000 morts tout de même), qui ne pouvait qu’être fausse d’après eux. Visiblement les historiens ramènent le nombre de morts plutôt entre 20 000 et 30 000, certains vont jusqu’à 300 000. Pour mémoire le massacre de la population chinoise par les japonais à Nankin, en décembre 1937, soit trois siècles plus tard, a fait entre 40 000 et 300 000 victimes. Cela donne, je pense, une idée de l’ampleur du massacre de Yangzhou.

L’introduction de Pierre Kaser est extrêmement claire et bien construite. Elle présente, pour moi, un point très positif : la lecture des notes de bas de page, de taille imposante, n’est pas obligatoire. Vous pouvez vous les réserver pour une relecture, pour une envie d’approfondissement du sujet des sources utilisées. C’est tellement rare. Après pour être quand même précise, je suis contente d’avoir fait mes lectures sur la Chine, à l’été, avant de lire ce livre car je ne suis clairement pas sûre que j’aurais autant profité de cette introduction.

Passons au texte lui-même de Wang Xiuchu (on a très peu, voire pas, de traces de l’existence de cette personne). Sur trente pages, ils racontent ce qu’il a vu et entendu. Comme il le dit lui-même, il ne raconte que cela, et aucunement ce qui a pu lui être rapporté après. Le bilan de ces dix jours pour lui est le suivant :

Des huit que nous étions au début de cette triste période – mes deux frères aînés, mon jeune frère, ma belle-sœur et son fils, mon épouse, mon fils et moi – nous n’étions plus que trois, si j’omets de compter mes parents par alliance (p. 94).

Il a entendu deux de ses frères se faire assassiner à coups de sabre, il a vu son autre frère se faire blesser et agoniser très lentement. De nombreuses personnes de sa famille. Il a été plusieurs fois obligé de se séparer de sa femme (enceinte de 8 mois tout de même) et de son fils pour les protéger. Il l’a vu se faire frapper, sans pouvoir rien dire car elle lui avait dit de ne rien faire pour qu’au moins un des deux puisse rester en vie. Pendant dix jours, il a erré de cachette en cachette pour se protéger et protéger sa famille. Il a donc pu voir de lui-même l’ampleur de ce qui se passait. Il décrit des scènes abominables : des viols, des bébés à même le sol, écrabouillés par les sabots des cheveux, les meurtres, les brimades, les coups, la recherche systématique par les soldats de nouvelles victimes… Il décrit la peur et la survie surtout. En trente pages, il dit dix fois, cent fois plus que n’importe quel film, n’importe quel livre, n’importe quel reportage sur ce qu’est la guerre, sur la réalité de ce qu’est vraiment un massacre. On ne peut pas dire qu’on « aime » ce genre de texte, on peut juste se dire que oui, il faut se souvenir et faire vivre cette mémoire.

C’est encore plus vrai quand on lit la conclusion du texte :

Tout ce que j’ai noté ici en désordre sont des choses que j’ai vécues personnellement, vues personnellement ; ce ne sont, en aucun cas, des choes entendues ici ou là. Qu’elles servent d’avertissement à ceux qui, vivant dans des temps de paix et ne connaissant que la tranquilité et la joie, négligent de réfléchir sur eux-mêmes, et son incapables de maîtriser leur appétit pour le plaisir (p. 94).

et ce qu’en dit Pierre Kaser :

Wang Xiuchu achève son récit par une mise en garde qui peut passer pour un poncif, mais derrière laquelle on sent poindre la douleur éprouvée par un rescapé choqué par le peu d’attention qu’on porta, la paix installée, aux atrocités que lui et sa famille avaient traversées. On sait par Qian Chengzhi qu’un quart de siècle après la chute de Yangzhou, le souvenir du massacre s’était estompé dans l’esprit des jeunes habitants de la ville. N’en va-t-il pas de même avec celui du massacre de la place Tian’anmen pour la jeunesse chinoise actuelle, qui, dans son immense majorité, ignore tout des événements tragiques qui se sont déroulés à Pékin, le 4 juin 1989 ?

Il s’agit de ma participation à l’opération Un Mois Un Éditeur de Sandrine du blog Tête de lecture. Cette opération met en avant une « petite » maison d’édition chaque mois et ce mois-ci il s’agit des éditions Anacharsis.

Références

Les Dix Jours de Yangzhou – Journal d’un survivant de WANG Xiuchu – traduit du chinois et présenté par Pierre Kaser (Anacharsis, 2013)

Quelques ouvrages sur la Chine ancienne

ArmeeDeTerreCuiteRenzoRossiJ’ai commencé mes lectures sur la Chine ancienne par ce livre sur l’armée de terre cuite. Mon idée était de partir de mes connaissances de bases et la seule connaissance que j’avais sur la Chine ancienne était qu’il y avait des soldats de terre cuite enterrés dans la tombe d’un roi quelconque et que cela datait d’il y a très longtemps.

Heureusement, le livre de Renzo Rossi, L’armée de terre cuite – Les guerriers de la chine ancienne, a corrigé toutes ces idées idiotes. Contrairement à ce que je pensais, l’armée de terre cuite n’est pas enterrée avec l’empereur mais autour de gigantesques fosses autour du mausolée non pas de n’importe quel roi, mais juste Qin Shi Huangdi, premier empereur de Chine ayant vécu au IIIe siècle avant J.-C. (je n’étais pas loin pour la date, tout de même), dans un complexe formant plusieurs km2.

Dans un premier temps, Renzo Rossi brosse une description très intéressante du site archéologique en lui-même. Il faut savoir que le premier soldat a été découvert par des paysans en 1974. Depuis le site n’a cessé d’être fouillé. Pour l’instant, ont été mis à jour trois fosses pleine de soldats de différents régiments diront nous et une fosse vide, le mausolée de l’empereur n’a pas encore été fouillé et je me demande s’il le sera un jour (si vous avez un élément de réponse, je suis preneuse). La collection à laquelle appartient l’ouvrage s’intitulant Les grands mystères de l’archéologie, je m’attendais à ce que l’auteur décrive par le menu les différentes hypothèses du pourquoi cette fosse vide, qui a travaillé sur ces terres cuites, combien d’hommes. Que nenni. L’auteur donne des éléments de réponse mais ne donne pas ses sources. À lire le livre, les grands mystères de l’archéologie semblent en réalité plutôt très bien compris.

Devant tenir quand même un certain nombre de pages, l’auteur commence alors à vulgariser et très bien (n’ayant aucunes connaissances, j’ai appris plein de choses) sur la période historique tout simplement. Après un rappel historique de ce qui a précédé l’empire de Qin Shi Huangdi (premiers habitants, âge de Bronze = dynasties Xia, Shang et Zhou, Époque des Printemps et des Automnes, Période des Royaumes Combattants), l’auteur donne une première idée de la forme de l’empire du premier empereur, puis continue à suivre le fil de l’histoire en parlant de la dynastie des Han. Il revient ensuite sur la vie quotidienne de l’époque : vie religieuse, vie après la mort, agriculture, commerce et structure de la ville chinoise.

À souligner, l’ouvrage est richement illustré avec des illustrations de bonne qualité, toujours très à propos.

Si on résume, il y a une soixantaine de pages sur les soldats de terre cuite et cent vingt sur la Chine ancienne. Si je fais le bilan de ma lecture, je dirais que ce qu’il en sortira sera positif. J’ai appris beaucoup de choses sur la manière de vivre à l’époque mais aussi sur la chronologie des évènements. Cependant, les dates restent plutôt floues dans ma tête (je n’ai pas fait d’effort pour les retenir au cours de ma lecture aussi). Le livre a aiguisé mon appétit sur le sujet (c’est ce que je demande à un ouvrage de vulgarisation) mais n’est pas une fin en soi pour comprendre de manière correcte la Chine ancienne.

3minutesComprendre50FaitsCHineAncienneYijieZhangLa même semaine, je suis tombée au Relay de Paris Saint-Lazare sur 3 minutes pour comprendre les 50 faits les plus marquants de la Chine ancienne de Yijie Zhuang (qui est le directeur de l’ouvrage et donc pas le seul rédacteur). Quand j’ai trouvé ce livre, j’étais absolument ravie car je voulais lire un livre de cette collection depuis très longtemps, la voyant dans tous les rayons de vulgarisation scientifique (ils n’ont pas que des livres sur ce sujet mais je ne fréquente pas forcément les bons rayons).

J’ai donc ouvert pour la première fois un livre de cette collection ! Pour vous décrire, les 50 faits marquants sont divisés en thématiques, 7 dans ce livre : La terre, l’architecture et les États ; les grandes découvertes ; les bronzes et les rituels ; les sciences et la société ; l’au-delà et les croyances ; l’écriture et la philosophie ; la guerre, les transports et le commerce. Chaque thématique a sa couleur. On trouve dans chaque thématique un glossaire, une biographie d’un personnage jouant un rôle dans la thématique et entre 6 et 8 faits marquants. Chaque fait marquant est présenté sur une double page : à gauche le texte, à droite l’illustration. Le texte est divisé en plusieurs catégories : condensé en 3 secondes, histoire en 30 secondes (le texte principal), fouille en 3 minutes, biographie en 3 secondes et histoires liées (renvoyant à d’autres faits dans le livre).

Le livre en lui-même est très surprenant car il est hybride : on n’est ni dans un ouvrage de vulgarisation, ni dans un ouvrage scientifique. Il rentre trop dans des détails très particuliers de cette période sans avoir donné d’aperçu vraiment global de la période. La lecture préalable de l’ouvrage de Renzo Rossi m’a beaucoup aidé pour tirer quelques profits de la lecture de ce livre-ci.

L’ouvrage cherche tout de même à vulgariser des sujets très complexes, avec des textes très courts et rigoureux. Ainsi, on voit très clairement que l’ouvrage est écrit par des chercheurs car chaque fait est justifié par une découverte archéologique, qui elle-même est détaillée dans la rubrique fouille en 3 minutes. Il est aussi indiqué là où il y a encore débat. On a l’impression d’avoir une photographie à un instant t d’une science en marche. Je trouve cela très intéressant mais surtout très ambitieux.

Le point faible de l’ouvrage est son illustration. La plupart du temps, elle n’est pas à propos, pas vraiment jolies, pas vraiment mise en page. Le problème vient du format de la collection qui oblige à forcément avoir une illustration sur chaque double page car quand quand l’illustration est là, elle est vraiment bien faite. En général, ce sont celles montrant les découvertes archéologiques : il y a une volonté de toujours situer l’endroit de la découverte sur une carte, d’indiquer à quoi servent des objets dont l’utilisation n’est pas toujours évidente à comprendre. L’illustration sert le texte. Parfois non. Je pense par exemple à la première thématique, pour le fait « Fleuves et moussons », il y a une photo d’un fleuve avec un caractère chinois mais vous ne savez pas lequel. Je sais à quoi ressemble un fleuve donc cela ne m’apporte rien. Par contre, l’illustration du fait « Chars et chevaux » expliquent très bien l’usage des objets présentés.

En résumé, l’illustration est très inégale, le texte est rigoureux et ambitieux (cela doit être la vulgarisation intelligente dont parle la quatrième de couverture).

D’autres livres qui peuvent être intéressants sur le même sujet

Dans cette section, je vais classer les ouvrages qui sont intéressants mais dont je ne suis pas le bon public. Mon but initial est de me renseigner sur la culture chinoise (vie quotidienne, vie religieuse, organisation du territoire…), en sachant que je suis complètement néophyte sur le sujet. Les livres suivants m’ont appris des choses mais soit sont trop précis, soit supposent des connaissances préalables que je n’ai pas (en archéologie ou en histoire de l’art par exemple).

Bien évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de lire le Découvertes Gallimard sur le sujet et qui est intitulé La redécouverte de la Chine ancienne. Il a été écrit par Corinne Debaine-Francfort.LaRedecouverteDeLaChineAncienne

Il est divisé en six chapitres. Après un premier chapitre traitant de l’histoire de l’archéologie chinoise, l’auteur passe en revue le néolithique chinois, le temps des Shang, des Zhou, du premier empereur Qin Shi Huangdi et le temps de l’empire des Han. Toutes ces périodes sont donc décrites par le prisme de l’archéologie.

J’ai beaucoup aimé ce livre pour plusieurs raisons. Les différentes périodes historiques sont très bien décrites. On situe très bien, temporellement et spatialement, chaque période / dynastie (voire la coexistence des périodes). Par rapport aux livres que j’ai lu précédemment, c’est un très net apport de ce volume-ci. De plus, l’auteur prend le temps de décrire chaque illustration de manière très précise. Je me suis surprise à prendre de l’intérêt à la description des découvertes archéologiques, à la particularité de pièces apportant de l’information aux connaissances actuelles.

Le problème est qu’à un moment, j’ai saturé. Il y en avait trop, je n’arrivais plus à situer, plus à retenir. Pour là, le format m’est apparu trop court. Ce n’est pas un problème de pédagogie de l’auteur mais vraiment qu’il y a à un moment trop d’informations pour le lecteur lambda.

Pour une fois, j’ai aussi beaucoup aimé la partie Textes et Documents, que j’ai trouvé vraiment intéressante pour comprendre l’évolution de l’archéologie s’intéressant à la Chine ancienne.

Pour être honnête, j’avais lu avant le Découvertes Gallimard un gros livre que j’avais trouvé à la bibliothèque (en fait c’est la bibliothécaire qui me l’a mis dans les mains) sur le même thème : La Chine – 5000 ans d’histoire et d’archéologie, paru aux éditions Belfond, en 1985.

La démarche est tout autre que pour l’ouvrage précédent. Le fil est chronologique : on va du néolithique à la dynastie des Ming, sans qu’aucune période ne nous échappe (dynastie Shang, dynastie Zhou, Qin Shi Huangdi, dynastie des Han de l’Ouest, dynastie des Han de l’Est, dynastie du Nord et du Sud du IIIe au VIe siècles, les dynasties Sui et Tang, dynastie Song, dynastie Ming). Pour chaque période, les grandes découvertes archéologiques sont ensuite détaillées par site.

Les rappels historiques sont extrêmement brefs et supposent un grand nombre de connaissances. Par contre, les différentes particularités des objets trouvés sur les sites archéologiques sont particulièrement détaillés. Mais alors vraiment beaucoup détaillés ! Savoir que la statue fait 62.3 cm plutôt que 62.4 cm m’intéresse peu et pourtant c’est le type de détail qui est présenté. Si dans le Découvertes Gallimard sur La redécouverte de la Chine ancienne, j’avais été un peu perdue dans les descriptions des poteries, des bronzes … là, je me suis complètement noyée.

Le livre apporte très peu d’informations pour comprendre l’évolution de la société chinoise, mais par contre en lisant ce livre, on peut apprendre énormément sur l’évolution de l’art chinois. Il faut juste être le bon public.

Un autre bémol est que le peu de photos de paysages ou de sites de fouilles sont floues (je ne vois pas trop l’intérêt de mettre ce genre de photos). Par contre, les photos d’objets sont très nettes.

Si vous êtes intéressés, je pense que le livre ne peut que se trouver en bibliothèque (peut être aussi en occasion).

LaChineAncienneEmmanuelleLesbreAutre ouvrage sur la Chine ancienne : La Chine ancienne de Emmanuelle Lesbre, avec la collaboration de Marie Laureillard. C’est un tout petit livre de 90 pages, très intéressant et bien construit mais ne s’adressant pas forcément aux néophytes. Là encore, le livre s’intéresse à l’histoire de la Chine ancienne par le prisme de l’archéologie, et plus particulièrement des rites puisque la plupart des objets témoignant de cette période ont été retrouvés dans des tombes. Le texte se décompose en trois parties, les deux premières plus importantes que la dernière.

La première partie est intitulée Les ateliers de la Chine ancienne et décrit, par matériaux, « l’ensemble des objets » que l’on a pu trouver dans les tombes (description, utilisation supposée) mais aussi l’évolution de la manière dont les Chinois ont travaillé ces matériaux. Je n’ai jamais lu une explication aussi claire du travail du jade, des métaux et du laque ! C’est la partie qui m’a le plus plu.

La deuxième partie est intitulée Dans l’oeuvre – Les rites funéraires. Elle décrit par le menu les rites funéraires et leur évolution au cours des siècles. C’est intéressant mais à mon avis moins novateur dans la présentation et pas du tout dans le texte car je n’ai pas vraiment appris plus que ce que j’avais déjà lu. Par contre, là encore, on ne peut saluer que la clarté des explications.

La troisième partie est courte mais permet de préparer un voyage en Chine si l’on s’intéresse particulièrement à l’archéologie du pays. Je ne sais pas si cette présentation est encore d’actualité puisque le livre a été publié en 2000, mais en tout cas c’est un début de piste.

Pourquoi ce livre ne s’adresse pas à des néophytes ? Tout simplement parce qu’il n’y a ni carte ni chronologie dans le texte. Il y a une carte au début de la troisième partie et une chronologie simplifiée à la fin. Pour s’adresser aux néophytes, à mon avis, cela aurait été plus judicieux de mettre la carte au début ou en tout cas aux moments où les différents endroits étaient cités et la chronologie n’aurait du être qu’un support du texte pour ce qui est de s’y retrouver dans les dates (il n’y a même pas de renvoi).

En conclusion, un très bon ouvrage mais à réserver à une deuxième étape de recherches bibliographiques.

Je voulais présenter d’autres livres mais le billet est déjà bien assez long ! Ce sera pour la prochaine fois.

Références

L’armée de terre cuite – Les guerriers de la Chine ancienne de Renzo ROSSI – traduit de l’italien par ? (Éditions Eyrolles, 2010)

3 minutes pour comprendre les 50 faits les plus marquants de la Chine ancienne de YIJIE Zhuang (directeur d’ouvrage) – traduit de l’anglais par Elisa Guenon (Le Courrier du livre, 2015)

La redécouverte de la Chine ancienne de Corinne DEBAINE-FRANCFORT (Découvertes Gallimard, 2012)

La Chine – 5000 ans d’histoire et d’archéologie de Hubert DELAHAYE et HAN Zhongmin – présenté et commenté par Wang Fangzi et Nebojsa Tomasevic (Belfond, 1985)

La Chine ancienne de Emmanuelle LESBRE – avec la collaboration de Marie LAUREILLARD (Hazan / Paris Musées, 2000)

P.S. : Je m’absente quelques jours pour le travail (pour une fois, je pars quelque part, c’est assez miraculeux). À bientôt !

Trois livres sur la Cité interdite

C’est un billet que je veux vous faire depuis plusieurs semaines car j’ai découvert trois livres merveilleux sur la Cité interdite de Pékin, trois livres merveilleux qui m’ont fait voyager pendant quelques semaines.

CitéInterditeDesFilsDuCielDecouvertesGallimardIl y a de cela un peu de temps maintenant, je trainais dans les rayons de la bibliothèque du Trocadéro en cherchant quel livre prendre. Je me suis retrouvée dans le rayon Histoire au niveau de la Chine et j’ai vu La Cité interdite des Fils du Ciel dans la collection Découvertes Gallimard.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais personnellement c’était, quand j’étais petite, et c’est toujours une collection que j’adule. À chaque fois que je lis un livre de cette collection, je me sens un petit peu plus intelligente et j’ai toujours envie d’en savoir plus. Pour en revenir à ce jour-là, je l’ai pris en me disant « Pourquoi pas ? » puisque je ne sais absolument rien sur l’histoire de ce palais.

Cette première lecture m’a fascinée car elle m’a ouvert les portes d’un monde que je ne connaissais pas et qui en plus ne m’intéressait pas particulièrement. Le livre s’ouvre par quelques photos de la Cité sous la neige, puis des détails des toitures.

Commence alors une plongée dans l’Histoire de la dynastie des Ming (1368-1644) et de la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911). Ne prenez pas peur car l’histoire chinoise est expliquée pour les débutants (ceux qui ne connaissent pas le nom des dynasties, comme moi par exemple). On apprend que la construction du palais a été lancée sous Yongle, troisième empereur de la dynastie des Ming et qu’il a été habité jusuq’au règne de Pu Yi, le dernier empereur des Qing. Habiter est un bien grand mot car finalement cela ne faisait pas plus que trois à quatre mois dans l’année.

Le livre est donc divisé en quatre chapitres, plus les témoignages et documents : « La Cité interdite, œuvre d’un empereur Ming », « Dans le plus grand palais du monde, les empereurs Qing », « Le règne de Qianlong », « Crépuscule d’une dynastie ». Rien qu’au vu des titres, vous comprenez facilement qu’il s’agit d’une plongée historique dans la Cité et non d’une visite touristique. Le règne des empereurs les plus marquants est détaillé : leur apport au niveau culturel, organisationnel, administratif, militaire. Cela donne lieu à une iconographie abondante (comme d’habitude) sur les peintures chinoises (portraits, scène de la vie de la cour), les porcelaines, les laques … Sont ainsi détaillés le rôle des missionnaires jésuites à la cour de Kangxi, la place des concubines et des eunuques … J’ai donc appris plein de choses sans jamais m’ennuyer au cours de la lecture de ces quatre chapitres.

La lecture des témoignages et documents a été plus fastidieuse car je n’ai pas trouvé que les textes apportaient grand chose par rapport au corps principal du texte. C’est la vision d’occidentaux, au cours du temps, de la Cité interdite. Sur cette partie-là, mon avis est plus mitigé.

Pour résumer, la première partie est fantastique pour se plonger dans la Chine des Ming et des Qing, ne nécessite en plus aucune connaissance préalable, la deuxième partie est d’un intérêt plus limité. De cette lecture, je suis sortie enthousiaste mais pourtant très frustrée. La description de la Cité interdite ne prend qu’une vingtaine de pages, il y a assez peu d’images d’extérieurs comme d’intérieurs (et celles qu’il y a ont mal vieilli) et les descriptions ne sont pas vivantes, dans le sens où on n’a pas l’impression d’y être.

J’ai commencé à chercher des photos sur internet. Je tombais toujours sur les mêmes bâtiments et parfois les mêmes clichés, avec peu de descriptions très intéressantes. Ma belle-sœur m’a dit que les photos étaient interdites (mais en fait non) ; mon frère m’a dit que cela coûtait moins cher de mettre toujours les mêmes clichés partout. J’étais donc toujours aussi frustrée.

DansLaCitePourpreInterditeCyrilleJavaryÀ mon avis, il existe un livre sur pratiquement sur tous les sujets, il suffit juste de le trouver et de parler la bonne langue (je ne doute pas qu’il existe ce qu’il faut en chinois mais je ne le parle pas donc cela ne m’aide pas). J’ai donc commencé à faire un peu de bibliographie et je suis tombée sur le livre de Cyrille Javary, Dans la Cité pourpre interdite. Ce livre est une perle, une pépite, un joyau. Je ne saurais que dire pour vous faire ressentir mon plaisir de lecture. Je ne suis jamais allée en Chine, je ne connais rien au pays, je ne parle pas la langue mais pourtant j’ai l’impression d’avoir été dans cette cité.

Le livre se présente comme un véritable guide touristique de la Cité interdite. Je vous le conseille si vous allez visiter ce monument. Il fait 150 pages et il faut donc prévoir plusieurs jours pour voir tout en détail. Ce livre détaille la même partie qui était décrite dans le Découvertes Gallimard, c’est-à-dire une infime partie de la Cité, mais par contre il le fait bien, et même très bien.

Les bâtiments sont traités un par un dans l’ordre de la visite. Le nom du bâtiment est expliqué, l’architecture est détaillée, l’intérieur commenté. Ce qui est important et passionnant, c’est le fait que l’auteur explique le pourquoi du comment de cette architecture, de ce choix d’agencement dans sa globalité et dans le détail. Il lie beaucoup de choses avec le Ying et le Yang, qui sont eux aussi clairement expliqués. Je vous parle de globalité et de détail, car le Ying et le Yang sont un peu comme des fractals, l’auteur parle lui d’aimants (l’analogie est meilleur car dans le Ying et le Yang, le Nord et le Sud ont leur importance). Dans un aimant, il y a un pôle nord et un pôle sud. Si vous coupez l’aimant, vous aurez deux aimants avec un pôle nord et avec un pôle sud. Le Ying et le Yang expliquent l’agencement global de la Cité mais aussi l’agencement de chaque palais pris séparément.

L’auteur insiste beaucoup aussi sur la place des nombres dans la cité, par exemple dans les clous plantés dans les portes. On se prend à observer et à compter leur nombre comme si on y était et lire ensuite la description pour voir si on a eu raison.

Car oui, ce livre de poche est illustré, non par des photos mais par de magnifiques encres de chine, beaucoup plus belles que tous les clichés que j’ai pu voir jusqu’à présent. Elles permettent de se focaliser sur le détail, de souligner ce qui est remarquable.

Je me suis régalée tout au long de ma lecture et je voulais continuer à découvrir d’autres livres de Cyrille Javary dont l’érudition m’a tellement fascinée. J’ai donc continué ma petite bibliographie et suis tombée sur La Cité interdite – Le Dedans dévoilé coécrit avec Charles Chauderlot, livre que j’ai obtenu à moitié prix en état neuf. Pour le coup dans cette lecture, j’en ai pris plein les yeux.

CiteInterditeCharlesChauderlotJ’ai appris avec cet ouvrage pourquoi c’était toujours les mêmes bâtiments qui apparaissaient dans les livres, sur les sites internet… Tout simplement, parce que c’est la seule partie (et infime partie) qui est ouverte au public. La partie la plus interdite au temps des Ming et des Qing est devenue la plus ouverte et la partie la plus ouverte au temps impérial est devenue la plus interdite.

Charles Chauderlot, qui est en fait l’auteur principal du livre, est le premier occidental à s’être vu accorder un laissez-passer pour la partie interdite (actuelle) de la Cité interdite, dans le but de réaliser des lavis des endroits de son choix. Je vous conseille de visiter son site pour vous rendre compte de son travail. Sur chaque double page, vous avez un lavis d’un endroit, d’un détail que Charles Chauderlot a trouvé intéressant, mais aussi un texte, un peu comme un journal intime, indiquant la date, la lumière, le temps, les fonctionnaires rencontrés 9la partie interdite est occupée par l’administration chinoise) et les difficultés et/ou bonheurs qu’il a eu avec eux.

J’ai trouvé cette manière de présenter les choses très intéressantes. Charles Chauderlot représente très rarement des personnages sur ses lavis, même dans les zones touristiques qu’il a aussi peint. En regardant le dessin, j’avais l’impression d’être une privilégiée en train de visiter un endroit hors du temps (déserté aussi), de pouvoir observer à ma guise sans être déranger. Je lisais ensuite le texte et j’avais toute une ambiance qui se recréait autour de moi. A chaque fois, je me figurais des gens formidablement gentils et expansifs mais aussi têtus et décidés, des gens qui vivaient dans un vieux palais mais comme des ombres, qui veillaient à ne pas déranger quelque chose de sacré. Tout au long de ma lecture, j’ai ressenti cette impression et c’était le dépaysement assuré à chaque fois que je prenais le livre.

Cyrille Javary a pour ce livre écrit la préface mais aussi des pages intermédiaires qui expliquent l’histoire de la Cité interdite, de Pékin, l’importance des animaux, des éléments, des nombres dans la Cité interdite. Contrairement à ce que j’aurais pensé, Javary se renouvelle sans cesse ; il ne répète pas ce qu’il a dit dans le livre précédent. Il réexplique parfois mais toujours de manière différente. En très peu de pages, on apprend énormément de nouveau, dans des explications toujours claires et concises.

Ces deux auteurs se sont alliés pour nous offrir un excellent livre magnifiquement illustré ; il est à la fois dépaysant et instructif.

J’en ai terminé avec mon voyage dans la Cité interdite, en tout cas en ce qui concerne les genres hors romans et mémoires. J’espère que cela vous aura plu.

Références

La Cité interdite des Fils du Ciel de Gilles BÉGUIN et Dominique MOREL (Découvertes Gallimard, 2004)

Dans la Cité pourpre interdite de Cyrille JAVARY – illustrations de couverture et illustrations intérieures de Patrice SERRES (Picquier poche, 2009)

La Cité interdite – Le Dedans dévoilé de Charles CHAUDERLOT et Cyrille J.-D. JAVARY (Éditions du Rouergue, 2006)

Kersten, médecin d’Himmler – Tome 1 : Pacte avec le diable de Fabien Bedouel et Pat Perna

KerstenBedouelPernaKersten, médecin d’Himmler est un diptyque consacré à la vie de Félix Kersten, qui devenu médecin de Himmler, « profita » de la situation pour sauver des Juifs entre autre. Je ne connaissais pas du tout cette histoire mais elle a déjà été racontée apparemment dans un livre de Joseph Kessel, intitulé Les mains du diable.

Dans ce premier volume, on fait la connaissance de Félix Kersten (1898-1960) quand il va au ministère des affaires étrangères à Stockholm pour demander un permis de travail. On est en juin 1945, il est allemand et pas n’importe quel allemand : le médecin personnel d’Himmler. Sa demande est refusée par le nouveau ministre. Cependant, un fonctionnaire récupère le dossier, l’étudie et découvre que Kersten n’est peut être l’homme que l’on croit. Ainsi, les auteurs de cette BD commencent à nous dérouler le passé de ce médecin énigmatique.

Le 10 mars 1939, à Berlin, Félix Kersten est appelé pour soigner le Reichsführer Himmler lui-même. En effet, le nazi a beaucoup entendu parler du médecin et souhaite savoir s’il peut le soulager de ses douleurs à l’estomac. Le médecin y arrive sans difficultés apparentes. Dès lors, Himmler ne pourra plus se passer de lui et le fera appeler n’importe quand. Kersten en profite pour lui demander des services, entre autre libérer ses amis, mais aussi pour espionner et renseigner ces mêmes amis.

Dans ce premier volume, on ne découvre pas le « dernier des Justes » (ou je ne l’ai pas compris). On découvre plutôt la manière dont il a réussi à s’infiltrer dans les petits papiers de Himmler, comment Heydrich, chef de la Gestapo en est arrivé à se moquer. Par contre, dans ce volume, il sauve peut-être des Juifs mais on ne le sait pas car il m’a plutôt semblé qu’il essayait de sauver des amis de son réseau de « résistance ». C’est la petite chose qui m’a gêné dans cet album : je n’ai pas réussi à comprendre quelles étaient ses convictions, à quel réseau il appartenait. C’est resté très nébuleux dans mon esprit. Le scénario est pour moi une réussite car tout semble vraisemblable, alors qu’il est précisé dans la présentation de l’éditeur que le livre est un mélange entre fiction et réalité (j’espère qu’il y aura une petite note explicative dans le deuxième tome).

Pour les dessins, j’ai particulièrement apprécié le travail qui a été effectué sur les visages (Himmler et Kersten sont extrêmement ressemblant) et leurs expressions. Ainsi je trouve que la tension de Kersten quand il essaie d’obtenir quelque chose, paraissant à la fois déterminé, sûr de lui et en plein doute, est palpable dans chacune des situations.

J’ai adoré lire ce premier volume car il m’a fait connaître une histoire que je ne connaissais pas du tout. Je lirai sans aucun doute le deuxième tome.

Références

Kersten, médecin d’Himmler – tome 1/2 : Pacte avec le diable de Patrice PERNA (scénario), Fabien BEDOUEL (dessin) et Florence FANTINI (couleurs) (Glénat, 2015)

Pour l’amour du peuple – Un officier de la Stasi parle

PourlamourdupeupleStasiparleJ’ai emprunté ce livre à la bibliothèque pour en savoir plus sur la Stasi. Il s’agit d’un livre de la collection Histoire à deux voix, chez Albin Michel. Dans une première partie, il y a le témoignage d’un officier de la Stasi et dans une deuxième partie (que l’on pourrait qualifier de postface) un historien, ici Alexandre Adler, éclaire le texte en le remettant dans son contexte.

Le témoignage anonyme de l’officier de la Stasi est censé avoir été écrit au moment de la dissolution de celle-ci, le jour donc où cet officier est licencié. Le Mur de Berlin est tombé, l’Allemagne pas encore réunifié. L’officier revient sur sa vie et son engagement pour son travail. Si vous voulez lire ce livre pour les mêmes raisons que moi, il faut abandonner de suite car il ne décrit absolument pas ce qu’était son travail (à part quelques bribes sur le recrutement et l’utilisation des collaborateurs non officiels, mais avec ses yeux cela reste assez inoffensif). En lisant, on a l’impression de lire le témoignage d’un cadre licencié dans la plus inoffensive entreprise. Il s’est dévoué à son travail, n’a pas compté ses heures, est monté dans la hiérarchie à la force du poignet, a mis sur pied une équipe de collaborateurs extraordinaires… Il ne comprend pas comment tout cela peut se terminer. De plus, son « entreprise » tout de même était la meilleure, celle qui pouvait le plus servir au peuple. Tout ce qu’il a fait, c’est pour aider le peuple, lui épargner tous ces gens qui étaient contre la sécurité, l’État. Il n’y a aucune réflexion, aucun repentir, rien (il faut dire que c’est un témoignage écrit à chaud et donc sans recul).

Bien sûr, l’auteur revient sur les récents évènements qui n’étaient absolument pas prévus par la Stasi qui écoutait vraiment tout pourtant. J’ai eu l’impression qu’il regardait cela de loin, comme s’il ne pouvait plus maintenant changer l’Histoire, son histoire. Il analyse cela plus cruellement (pour lui) puisque la dernière phrase du texte est « Nous devrions laisser à d’autres le soin de trahir les idéaux… » (sous entendu nos idéaux).

Plus que le témoignage d’un officier de la Stasi, cela m’a semblé être le témoignage d’un homme qui est en train de tout perdre, qui doit tourner un page parce que l’Histoire est en train de la tourner pour lui, peut être un peu trop vite pour pouvoir être digéré facilement. Je n’ai pas eu l’impression que le contexte allemand soit important dans ce livre. En fait si, parce que les gens de la Stasi ont été rendu à la vie civile alors que dans d’autres pays où les régimes se sont effondrés, les fonctionnaires sont restés dans les administrations, qui ont juste été renommées et réorganisées. Cela m’a donné une impression bizarre parce que ce n’est pas ce que je cherchais en lisant ce livre.

Pour la postface d’Alexandre Adler, je suis par contre très mitigée. J’ai été intéressée par la première partie qui fait un parallèle entre la violence de la bande à Baader et celle de la Stasi, par l’analyse sur le fait que la Seconde Guerre mondiale (absence de père, prisonnier ou mort …) a préparé le terrain pour l’Allemagne de l’Est (ce que tu ne trouves pas chez toi, l’État te le fournira). C’est une analyse que l’on retrouve dans The File de Timothy Garton Ash (livre beaucoup plus intéressant à mon avis). La deuxième partie de la postface est beaucoup moins intéressante car elle fait un peu étalage de confiture. Alexandre Adler resitue la Stasi dans l’histoire des services secrets, de manière rapide, un peu comme pour écrire un roman d’espionnage. Cela n’a que peu ou pas de rapport avec le texte de la première partie. Ce n’était pas nécessaire, d’autant que cela n’ouvre que peu de perspectives si je veux en savoir plus sur la Stasi.

Références

Pour l’amour du peuple – Un officier de la Stasi parle (Albin Michel, 1999)

Première parution en Allemagne : 1990